LA PIERRE DES PHILOSOPHES. — ELAGABALE
séparées, elles ont une môme force ; réunies, elles sont deux forces qui se détruisent mutuellement. C’est pour la môme raison que le pouvoir spirituel s’affaiblit dès qu’il veut usurper le temporel, et que le pouvoir temporel périt victime de ses empiétements sur le pouvoir spirituel. Grégoire VII a perdu la papauté, et les rois schismatiques ont perdu et perdront la monarchie. L’équilibre humain a besoin de deux pieds, les mondes gravitent sur deux forces, la génération exige deux sexes. Tel est le sens de l’Arcane de Salomon, figuré par les deux colonnes du temple, Jakin 'et Bohas.
Le soleil et la lune des alchimistes correspondent au môme symbole et concourent au perfectionnement et à la stabilité de la pierre philosophale. Le soleil est le signe hiéroglyphique de la vérité, parce que c’est la source visible de la lumière, et la pierre brute est le symbole de la stabilité. C’est pourquoi les anciens mages prenaient la pierre Elagabale pour la figure môme du soleil, et c’est pour cela aussi que les alchimistes du moyen âge indiquaient la pierre philosophale comme le premier moyen de faire l’or philosophique, c’est-àdire de transformer toutes les puissances vitales figurées par les six métaux en soleil, c’est-à-dire
Cil vérité et en lumière, première et indispensable opération du grand œuvre, qui conduit aux ada])tations secondaires, et qui fait, par les analogies de la nature, trouver l’or naturel et grossier aux créateurs de l’or spirituel et vivant,’ aux possesseurs du vrai sel, du vrai mercure et du vrai soufre philosophiques.
Trouver la pierre philosophale, c’est donc avoir découvert l’absolu, comme le disent d’ailleurs tous les maîtres. Or, l’absolu, c’est ce qui n’admet plus d’erreurs, c’est le fixe du volatil, c’est la règle de l’imagination, c’est la nécessité même de l’être, c’est la loi immuable de raison et de vérité ; l’absolu, c’est ce qui est. Or ce qui est est en quelque sorte avant celui qui est. Dieu même n’est pas sans raison d’être et ne peut exister qu’en vertu d’une suprême et inévitable raison. C’est donc cette raison qui est l’absolu ; c’est à elle que nous devons croire, si nous voulons que notre foi ait une base raisonnable et solide. On a pu dire de nos jours que Dieu n’est qu’une hypothèse, mais la raison absolue n’en est pas une : elle est essentielle à l’être.
Saint Thomas a dit : «Une chose n’est pas juste parce que Dieu la veut, mais Dieu la veut parce
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qu’elle est juste. » Si saint Thomas avait déduit logiquement toutes les jeonséquences de cette belle pensée, il eût trouvé la pierre philosophale, et, au lieu de se borner à être l’ange de l’école, il en eût été le réformateur.
Croire à la raison de Dieu et au Dieu de la raison, c’est rendre l’athéisme impossible. Ce sont les idolâtres qui ont fait les athées. Lorsque Voltaire disait ; « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer,» il sentait plutôt qu’il ne comprenait la raison de Dieu. Dieu existe-t-il réellement? Nous n’en savons rien, mais nous désirons que cela soit, et c’est pour cela que nous le croyons. La foi formulée ainsi est la foi raisonnable, car elle admet
le doute delà science; et en effet, nous ne croyons
qu’aux choses qui paraissent probables, mais que nous ne savons pas. Penser autrement, c’est délirer; parler autrement, c’est s’exprimer en illuminés ou en fanatiques. Or, ce n’est pas à de pareilles gens que la pierre philosophale est promise.
Les ignorants qui ont détourné le christianisme primitif de sa voie en substituant la foi à la science, le rêve à l’expérience, le fantastique à la réalité; les inquisiteurs qui ont fait pendant tant
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(le siècles à la magie une guerre d’extermination, sont parvenus à couvrir de tenèbres les anciennes découvertes de l’esprit humain; en sorte cpie nous tâtonnons aujourd’hui pour retrouver la clef des phénomènes delà nature. Or, tous les phénomènes naturels dépendent d’une seule et immuable loi, représentée aussi par la pierre philosophale et surtout par sa forme symbolique, qui est le cube. Cette loi, exprimée dans la cabale parle quaternaire, avait fourni aux Hébreux tous les mystères de leur tétragramme divin. On peut donc dire que la pierre philosophale est carrée en tous sens, comme la Jérusalem céleste de saint Jean, et qu’elle porte écrit d’un côté le nom de noSï?,
de l’autre celui de Dieu : sur une de ses faces celui
d’AoAM, sur l’autre celui d’HÉVA, puis ceux d’Azox et ÏNRi sur les deux autres côtés. En tête d’une traduction française d’un livre du sieur de Nuisement
sur le sel philosophique, on voit l’esprit de la terre debout sur un cube que parcourent des langues de feu ; il a pour phallus un caducée, et le soleil et la lune sur la poitrine, à droite et à gauche ; il est barbu, couronné, ettient un sceptreà la main. C’est r^zo^/ides sages sur son piédestal de sel et de soufre. On donne quelquefois à cette image la tête sym-
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boliqiie du bouc de Mondés; c’est le Baphomet des Templiers, le bouc du sabbat et le verbe des gnostiques ; images bizarres qui ont servi d’épouvantails au vulgaire après avoir servi aux méditations des sages, hiéroglyphes innocents de la pensée et de la foi qui ont servi de prétexte aux fureurs des persécutions. Combien les hommes sont malheureux dansleur ignorance, mais combien ils se mépriseraient eux-mêmes s’ils parvenaient à la connaître !
l.A MÉDECINE UNIYEHSELLE.
CAPDT.
RESUnUECTlO.
CmCULUS.
La plupart de nos maladies physiques viennent de nos maladies morales, suivant le dogme magique unique et universel, et en raison de la loi des analogies.
Une grande passion à laquelle on s’abandonne correspond toujours à une grande maladie qu’on se prépare. Les péchés mortels sont ainsi nommés parce qu’ils font physiquement et positivement mourir.
Alexandre le Grand est mort d’orgueil. 11 était naturellement tempérant, et s’abandonna par orgueil aux excès qui lui donnèrent la mort.
François I" est mort d’un adultère.
Louis XV est mort de son Parc-aux- Cerfs.
Quand Marat fut assassiné, il se mourait de colère et d’envie. C’était un monomane d’orgueil qui se croyait seul juste, et aurait voulu tuer tout ce qui n’était pas Marat.
la médecine universelle.
Plusieurs de nos contemporains sont morts d’ambition déçue après la révolution de février.
Dès cjue votre volonté est irrévocablement conürmée dans une tendance à l’absurde, vous ôtes mort, et l’écueil où vous vous briserez n’est pas loin.
Il est donc vrai de dire que la sagesse conserve et prolonge la vie.
Le grand Maître a dit : « Ma chair est une nourriture et mon sang un breuvage. Mangez ma chair et buvez mon sang, vous aurez la vie. » Et comme le vulgaire murmurait, il ajouta : « La chair n’est pour rien ici ; les paroles que je vous dis sont esprit et vie. » Il voulait donc dire : Abreuvez-vous de mon esprit et vivez de ma vie.
Et, lorsqu’il allait mourir, il attacha le souvenir de sa vie au signe du pain et celui 'de son esprit au signe du vin, et institua ainsi la communion de la foi, de l’espérance et de la charité.
C’est dans le môme sens que les maîtres hermétiques ont dit : Rendez l’or potable, et vous aurez la médecine universelle; c’est-à-dire: Appropriez la vérité à vos usages, qu’elle devienne la source à laquelle vous vous abreuverez tous les jours, et vous aurez en vous-mêmes l’immortalité des sages.
DO(iMK DK LA IIALTK MAGIE.
La tempérance, la tranquillité d’ame, la simplicité
de caractèi’e, le calme et la raison de la volonté, rendent riiomme non-seulement heureux, mais bien portant et fort. C’est en se rendant raisonnable et bon que l’homme se rend immortel. Nous
sommes les auteurs de nos destinées, et Dieu ne nous sauve pas sans notre concours.
La mort n’existe pas pour le sage : la mort est un fantôme rendu horrible par l’ignorance et la faiblesse du vulgaire.
Le changement atteste le mouvement, et le mouvement ne révèle que la vie. Le cadavre même ne se décomposerait pas s’il était mort : toutes les molécules qui le composaient restent vivantes et se meuvent pour se dégager. Et vous penseriez que l’esprit s’est dégagé le premier pour ne plus vivre ! vous croiriez que la pensée et l’amour peuvent mourir quand la matière même la plus grossière ne meurt pas !
Si le changement doit être appelé la mort, nous mourons et nous renaissons tous les jours, car tous les jours nos formes changent.
Craignons donc de salir et de déchirer nos vêtements, mais ne craignons pas de les quitter quand vient l’heure du repos.