‹ Dogme et rituel de la haute magie (volume 2)Chapitre 9 sur 40 · I.M miClPlKNDAlRK · texte numérisé non relu

I.M miClPlKNDAlRK

Cette philosophie a donc pour principe ce (pii est, et n’a rien d’hypothéticiue ni de hasardé.

Mercure Trismégiste commence son admirable symbole connu sous le nom de table d’émeraude par cette triple affirmation : Il est vrai, il est certain sans erreur, il est de toute vérité. Ainsi le vrai confirmé par l’expérience en physicpie, la certitude dégagée de tout alliage d’erreur en philosophie, la vérité absolue indiquée par l’analogie dans le domaine de la religion ou de l’infini , telles sont les premières nécessités de la vraie science, et c’est ce que la magie seule peut accorder à ses adeptes.

Mais, avant toutes choses, qui es-tu, toi qui tiens ce livre entre tes mains et (|ui entreprends de le lire? ...

Sur le fronton d’un temple que l’antiquité avait dédié au Dieu de la lumière on lisait cette inscription en deux mots : Coniiais-toi.

J’ai le même conseil à donner à tout homme qui veut s’approcher de la science.

La magie, que les anciens appelaient le sanctum regnum., le saint royaume ou le royaume dh Dieu, regnum Dei^ n’est faite que pour les rois et pour les prêtres : êtes-vous prêtres, êtes-vous rois ? Le sacerdoce de la magie n’est pas un sacerdoce

106 DOGMIi DE LA HAUTE MAGIE.

vulgaire, et sa royauté u’a rien à débattre avec les princes de ce inonde. Les rois de la science sont les prêtres de la vérib's et leur règne reste caché pour la multitude, comme leui*s sacrifices et leurs prières. Les rois de la science, ce sont les hommes qui connaissent la vérité et que la vérité a rendus libres selon la promesse formelle du plus puissant des initiateurs.

L’homme qui est esclave de ses passions ou des préjugés de ce monde ne saurait être initié, il ne parviendra jamais, tant qu’il ne se réformera pas ; il ne saurait donc être un adepte, car le mot adepte signifie celui qui est parvenu par sa volonté et par ses œuvres.

L’homme qui aime ses idées et qui a peur de les perdre, celui qui redoute les vérités nouvelles et qui n’est pas disposé à douter de tout plutôt que d’admettre quelque chose au hasard, celui-là doit refermer ce livre, qui est inutile et dangereux pour lui: il le comprendrait mal et en serait troublé, mais il le serait bien davantage encore si par hasard il le comprenait bien.

Si vous tenez à quelque chose au monde plus qu’à la raison, à la vérité et à la justice si votre volonté est incertaine et chancelante, soit dans le

LE RÉCIPIENDAIRE

bien , soit dans le mal; si la logique vous effraye, si la vérité nue vous fait rougir ; si on vous blesse en louchant les erreurs reçues, condamnez tout d’abord ce livre, et faites, en ne le lisant pas, comme s’il n’existait pas pour vous, mais ne le décriez pas comme dangereux: les secrets qu’il révèle seront compris d’un petit nombre, et ceux qui les comprendront ne les révéleront pas. Montrer la lumière aux oiseaux de nuit, c’est la leur cacher, puisqu’elle les aveugle et devient pour eux plus obscure que les ténèbres. Je parlerai donc clairement, je dirai tout, et j’ai la ferme confiance que les initiés seuls, ou ceux qui sont dignes de l’être, liront tout et comprendront quelque chose.

Il y a une vrai et une fausse science, une magie divine et une magie infernale, c’est-cà-dire mensongère et ténébreuse : nous avons à révéler l’une et à dévoiler l’autre ; nous avons à distinguer le magicien du sorcier et l’adepte du charlatan.

Le magicien dispose d’une force qu’il connaît, le sorcier s’efforce d’abuser de ce qu’il ignore.

Le diable, s’il est permis dans un livre de science d’employer ce mot décrié et vulgaire, le diable se donne au magicien et le sorcier se donne au diable.

DOdMIi DK LA IIAUTK MAfJlK.

Lü magicien est le souverain pontife de la nature, le sorcier n’en est (pie le profanateur.

Le sorcier est au magicien ce (pie le superstitieux et le fanatique sont à l’homme véritablement religieux.

Avant d’aller plus loin, définissons nettement la magie.

La magie est la science traditionnelle des secrets de la nature, qui nous vient des mages.

Au moyen de cette science, l’adepte se trouve investi d’une sorte de toute-puissance relative et peut agir surhumainement, c’est-à-dire d’une ma-

nière qui passe la portée commune des hommes.

C’est ainsi que plusieurs adeptes célèbres, tels que Mercure ïrismégiste, Osiris, Orphée, Apollonius de Thyanes, et d’autres qu’il pourrait être dangereux ou inconvenant de nommer, ont pu être adorés ou invoqués après leur mort comme des dieux. C’est ainsi que d’autres, suivant le flux et le reflux de l’opinion, qui fait les caprices du succès, sont devenus des suppôts de l’enfer ou des aventuriers suspects, comme l’empereur Julien, Apulée , l’enchanteur Merlin , et l’archisorcier , comme on l’appelait de son temps, l’illustre et malheureux Cornélius Agrippa.

LE RÉCIPIENDAIRE

Pour parvenir au sanctum regnum, c’est-à-dire à la science et à la puissance des mages, quatre choses sont indispensables : une intelligence éclairée par l’étude, une audace que rien n’arrôte, une volonté que rien ne brise et une discrétion que rien ne puisse corrompre ou enivrer.

Savoir, oser, vouloir, se taire, voilà les quatre verbes du mage qui sont écrits dans les quatre formes symboliques du sphinx. Ces quatre verbes peuvent se combiner ensemble de quatre manières et s’expliquent quatre fois les uns par les autres (1),

' A la première page du livre d’Hermès, l’adepte est représenté couvert d’un vaste chapeau qui, en se rabattant, peut lui cacher toute la tète. Il tient une main élevée vers le ciel, auquel il semble commander avec sa baguette, et l’autre main sur sa poitrine ; il a devant lui les principaux symboles ou instruments de la science, et il en cache d’autres dans une gibecière d’escamoteur. Son corps et ses bras forment la lettre Aleph, la première de l’alphabet, que les Hébreux ont empruntée aux Egyptiens; mais nous aurons lieu plus tard de revenir sur ce symbole.

(1) Voir le jeu du Taro,

Le mage est véritablement ce que les cabalistes hébreux appellent le microprosope, c’est-à-dire le créateur du petit monde. La première science magique étant la connaissance de soi-mème, la première aussi de toutes les œuvres de la science, celle qui renferme toutes les autres et qui est le principe du grand œuvre, c’est la création de soimême : ce mot a besoin d’être expliqué.

La raison suprême étant le seul principe invariable, et par conséquent impérissable, puisque le changement est ce que nous appelons la mort, l’intelligence, qui adhère fortement et s’identifie en quelque manière à ce principe, se rend par là même invariable, et par conséquent immortelle. On comprend que, pour adhérer invariablement à la raison, il faut s’être rendu indépendant de toutes les forces qui produisent par le mouvement fatal et nécessaire les alternatives de la vie et de la mort. Savoir souffrir, s’abstenir et mourir, tels sont donc les premiers secrets qui nous mettent au-dessus de la douleui\ des convoitises sensuelles et de la peur du néant. L’homme qui cherche et trouve une glorieuse mort a foi dans l’immortalité , et l’humanité tout entière y croit avec lui et pour lui, car elle lui élève des

LE RÉCIPIENDAIRE

autels ou des statues en signe de vie immortelle.

L’homme ne devient roi des animaux qu’en les domptant ou en les apprivoisant, autrement il en serait la victime ou l’esclave. Les animaux sont la figure de nos passions, ce sont les forces instinctives de la nature.

Le monde est un champ de bataille que la liberté dispute à la force d’inertie en lui opposant la force active. Les lois physiques sont des meules dont tu seras le grain, si tu n’en sais pas être le meunier.

Tu es appelé à être le roi de l’air, de l’eau, de la terre et du feu ; mais, pour régner sur ces quatre animaux du symbolisme, il faut les vaincre et les enchaîner.

Celui qui aspire à être un sage et à savoir la grande énigme de la nature doit être l’héritier et le spoliateur du sphinx ; il doit en avoir la tête humaine pour posséder la parole, les ailes d’aigle pour conquérir les hauteurs, les flancs de taureau pour labourer les profondeurs, et les griffes de lion pour se faire place à droite et à gauche, en avant et en arrière.

Toi donc qui veux être initié, es-tu savant comme Faust? Es-tu impassible comme Job? Non, n’est-

DOGMli DE LA HAUTE MAGIE.

ce pas? Mais tu peux l’ètie si tu veux. As-tu vaincu les tourbillons des pensées vagues? Es-tu sans indécision et sans caprices? N’acceptes-tu le plaisir que quand tu le veux, et ne le veux-tu que quand tu le dois? Non, n’cst-ce pas? il n’en est pas toujours ainsi? Mais cela peut être si tu le veux.

Le sphinx n’a pas seulement une tête d’homme, il a aussi des mamelles de femme ; sais-tu résister aux attraits de la femme? Non, n’est-ce pas? et ici tu ris en répondant, et tu te vantes de ta faiblesse morale pour glorifier en toi la force vitale et matérielle. Soit, je te permets de rendre cet hommage à l’âne de Sterne ou d’Apulée; que l’âne ait son mérite, je n’en disconviens pas, il était consacré à Priape comme le bouc au dieu de Mendès. Mais laissons-le pour ce qu’il est, et sachons seulement s’il est ton maître ou si tu peux être le sien. Celui-là seul peut vraiment posséder la volupté de l’amour qui a vaincu l’amour de la volupté. Pouvoir user et s’abstenir, c’est pouvoir deux fois. La femme t’enchaîne par tes désirs : sois maître de tes désirs , et tu enchaîneras la femme.

La plus grande injure qu’on puisse faire à un homme, c’est de l’appeler lâche. Or qu’est-ce donc qu’un lâche ?

Ll< RÉCIPIENDAIRK.

Un lâche c’est celui qui néglige le soin de sa dignité morale pour obéir aveuglément aux instincts de la nature.

En présence du danger, en effet, il est naturel d’avoir peur et de chercher à fuir : pourquoi donc est-ce une honte ? Parce que l’honneur nous fait une loi de préférer notre devoir à nos attractions ou k nos craintes. Qu’est-ce, à ce point de vue, que riioimeur ? C’est le pressentiment universel de l’immortalité et l’estime des moyens qui peuvent y conduire. La dernière victofre que ' l’homme puisse remporter sur la mort, c’est de triompher du goût de la vie, non par le désespoir, mais par une plus haute espérance, qui est renfermée dans la foi, pour tout ce qui est beau et honnête, du consentement de tout le monde.

Apprendre à se vaincre, c’est donc apprendre à vivre, et les austérités du stoïcisme n’étaient pas une vaine ostentation de liberté !

Céder aux forces de la nature, c’est suivre le courant de la vie collective, c’est être esclave des causes secondes.

Résister à la nature et la dompter, c’est se faire une vie personnelle et impérissable, c’est s’affranchir des vicissitudes de la vie et de la mort.

li/l nOGMK DE EA IIAIITIÎ MAGIE.

Tout homme (jui est y)rôt à mourir plutôt (ju’à abjurer la vérité et la justice est véritablement vivant, car il est immortel dans son àrne.

Toutes les initiations antiques avaient pour but de trouver ou de former de pareils hommes.

Pythagore exerçait ses disciples par le silence et les abstinences de toutes sortes; en Egypte, on éprouvait les récipiendaires par les quatre éléments; dans rinde, on sait à quelles prodigieuses austérités se condamnaient les faquirs et les brames, pour parvenir au royaume de la libre volonté et de l’indépendance divine.

Toutes les macérations de l’ascétisme sont empruntées aux initiations des anciens mystères, et elles ont cessé parce que, les initiablesne trouvant plus d’initiateurs, et les directeurs des consciences étant devenus à la longue aussi ignorants que le vulgaire, les aveugles se sont lassés de suivre des aveugles, et personne n’a voulu subir des épreuves qui ne conduisaient plus qu’au doute et au désespoir : le chemin de la lumière était perdu.

Pour faire quelque chose, il faut savoir ce qu’on veut faire ou du moins avoir foi en quelqu’un qui le, sait. Mais comment risquerais-je ma vie à

LE RÉCIPIENDAIRE. ^ 'î 5

l’aventure et suivrais-je au hasard celuiqui ne sait pas lui-même où il va?

Dans la voie des hautes sciences, il ne faut pas s’engager témérairement, mais, une fois en marche, il faut arriver ou périr. Douter, c’est devenir fou; s’arrêter, c’est tomber; reculer, c’est se précipiter dans un gouffre. ^

Toi donc qui as commencé la lecture de ce livre, si tu le comprends et si tu veux le lire jusqu’à la fin, il fera de toi un monarque ou un insensé. Quant à toi, fais du volume ce que tu voudras, tu ne pourras ni le mépriser ni l’oublier. Si tu es pur, ce livre sera pour toi une lumière; si tu es fort, il sera ton arme; si tu es saint, il sera ta religion ; si tu es sage, il réglera ta sagesse.

Mais, si tu es méchant, ce livre sera pour toi comme une torche infernale; il fouillera ta poitrine en la déchirant comme un poignard ; il restera dans ta mémoire comme un remords; il te remplira l’imagination de chimères, et il te conduira parla folie au désespoir. Tu voudras en rire, et lu ne sauras que grincer les dents, car ce livre est pour toi comme cette lime de la fable qu’un serpent essaya de ronger, et qui lui usa toutes les dents.

DOr.Mlî DE L\ HAUTE MAGIE.

I» ' S l l (1. 1 1 I i â 1 1 la série des iiiilialioiis.

J’ai dit que la révélation, c’est le verbe. Le verbe, en effet, ou la parole, est le voile de l’ètre et le signe caractéristique de la vie. Toute forme est le voile d’un verbe, parce que l’idée mère du verbe est l’unique raison d’être des formes. Toute flgure est un caractère, tout caractère appartient et retourne à un verbe. C’est pourquoi les anciens sages, dont Trismégiste est l’organe, ont-ils formulé leur dogme unique en ces termes :

Ce qui est au-dessus est comme ce qui est au-dessous, et ce qui est au-dessous est comme ce qui est au-dessus.

En d’autres termes, la forme est proportionnelle à l’idée, l’ombre est la mesure du corps calculée avec sa relation au rayon lumineux. Le fourreau est aussi profond que l’épée est longue, la négation est proportionnelle à l’affirmation contraire, la production est égale à la destruction dans le mouvement qui conserve la vie, et il n’y a pas un point dans l’espace infini qui ne soit le centre d’un cercle dont la circonférence s’agrandit et recule indéfiniment dans l’espace.

Toute individualité est donc indéfiniment perfectible, puisque le moral est analogique à l’ordre

LE UÉCIPIENDAIKE.

physi(iue, et puisqu’on ne saurait concevoir un

point qui ne puisse se dilater, s’agrandir et jeter des

rayons dans un cercle philosophiquement infini.

Ce qu’on peut dire de Pâme entière, on doit le dire de chaque faculté de râme.

L’intelligence et la volonté de l’homme sont des instruments d’une portée et d’une force incalculables.

Mais l’intelligence et la volonté ont pour auxi- « liaire et pour instrument une faculté trop peu connue et dont la toute-puissance appartient exclusivement au domaine de la magie : je veux parler de l’imagination, que les cabalistes appellent le diaphane ou le translucide.

L’imagination, en effet, est comme l’œil de l’àme, et c’est en elle que se dessinent et se conservent les formes, c’est par elle que nous voyons les reflets du monde invisible, elle est le miroir des visions et l’appareil de la vie magique : c’est par elle que nous guérissons les maladies, que nous influençons les saisons, que nous écartons la mort

des vivants et que nous ressuscitons les morts,

parce que c’est elle qui exalte la volonté et qui lui donne prise sur l’agent universel.

L’imagination détermine la forme de l’enfant

clans le sein de la mère et fixe la destinée des

hommes; elle donne des ailes à la contagion et

dirige les armes à la guei're. Etes-vous en danger dans une bataille? croyez-vous invulnérables comme Achille, et vous le serez, dit Pai'acelse. La peur attire les balles, et le courage fait rebrousser chemin aux boulets. On sait que les amputés se plaignent souvent des membres qu’ils n’ont plus. Paracelse opérait sur le sang vivant en médicamentant le résultat d’une saignée ; il guérissait les maux de tête à distance en opérant sur des cheveux coupés; il avait devancé de beaucoup, par la science de l’unité imaginaire el de la solidarité du tout et des parties, toutes les théories ou plutôt toutes les expériences de nos plus célèbres magnétiseurs. Aussi ses cures étaient-elles miraculeuses, et a-t-il mérité qu’on ajoutât à son nom de Philippe Théophraste Bombast celui d’Auréole Paracelse, en y ajoutant encore l’épithète de divin !

L’imagination est l’instrument de V adaptation du verbe.

L’imagination appliquée à la raison, c’est le génie.

La raison est une, comme le génie est un dans la, multiplicité de ses œuvres.

LE RÉCIPIENDAIRE

Il y a un principe, il y a une vérité, il y a une raison, il y a une philosophie absolue et universelle.

Ce qui est est dans Tunité considérée comme principe, et retourne à l’ unité considérée comme fin.

Un est dans un, c’est-à-dire tout est dans tout.

L’unité est le principe des nombres, c’est aussi le principe du mouvement, et par conséquent de la vie.

Tout le corps humain se résume dans l’unité d’un seul organe, qui est le cerveau.

Toutes les religions se résunient dans l’unité d’un seul dogme, qui est l’affirmation de l'être et de son égalité à lui-même, qui constitue sa valeur mathématique.

11 n’y a qu'un dogme en magie, et le voici : le visible est la manifestation de l’invisible, ou, en d’autres termes, le verbe parfait est, dans les choses appréciables et visibles, en proportion exacte avec les choses inappréciables à nos sens et invisibles à nos yeux.

Le mage élève une main vers le ciel et abaisse l’autre vers la terre, et il dit: Là-haut l’immensité! là bas l’immensité encore; l’immensité égale l’immensité. Ceci est vrai dans les choses visibles, comme dans les choses invisibles.

IXXJMK 1)1- J.A IIAUTK MACIK.

La première lettre de l’alphabet de la langue sainte, Aleph x , représente un homme qui élève une main vers le ciel, et abaisse l’autre vers la terre.

C’est l’expression du principe actif de toute chose, c’est la création dans le ciel, correspondant à la toute-puissance du verbe ici-bas. Cette lettre à elle seule est un pantacle, c’est-à-dire un caractère exprimant la science universelle.

La lettre î< peut suppléer aux signes sacrés du macrocosme et du microcosme, elle explique le double triangle maçonnique et l’étoile brillante aux cinq pointes : car le verbe est un et la révélation est une. Dieu, en donnant à l’homme la raison, lui a donné la parole; et la révélation, multiple dans ses formes, mais une dans son principe, est tout entière dans'” le verbe uiiRcrsel, interprète de la raison absolue.

C’est ce que veut dire le mot si mal compris de catholicisme, qui, en langue hiératique moderne, signifie infaillibilité.

L’universel en raison, c’est l’absolu, et l’absolu, c’est l’infaillible.

Si la raison absolue conduit la société tout entière à croire irrésistiblement à la parole d’un enfant.

lÆ RliCllUliNDAlRli.

l-il

cet enfant sera infaillible, de par Dieu et de par riiumanité tout entière.

La foi n’est autre chose que la confiance raisonnable dans cette unité de la raison et dans cette universalité du verbe.

Croire, c’est acquiescer à ce qu’on ne sait pas encore, mais à ce que la raison nous rend sûrs d’avance de savoir, ou du moins de reconnaître un jour.

Absurdes donc sont les prétendus philosophes qui disent : Je ne croirai pas ce que je ne sais pas.

Pauvres gens ! si vous saviez, est-ce que vous auriez besoin de croire?

Mais puis-je croire au hasard, et sans raison? — Non certes ! La croyance aveugle et aventurée, c’est la superstition et la folie. Il faut croire aux causes dont la raison nous force d’admettre l’existence d’après le témoignage des effets connus et appréciés par la science.

La science ! grand mot et grand problème !

Qu’est-ce que la science?

Nous répondrons à cette question dans le second chapitre de ce livre.

LES COLONNES DU TEMPI.E

CHOCMAH.

DOMÜ8.

GNOSIS.

La science, c’est la possession absolue et complète de la vérité.

Aussi les sages de tous les siècles ont-ils tremblé devant ce mot absolu et terrible; ils ont craint de. s’arroger le premier privilège de la divinité, en s’attribuant la science, et ils se sont contentés, au lieu du verbe savoir, de celui qui exprime la connaissance, et, au lieu du moi science, ils ont adopté celui de gnose, qui exprime seulement l’idée de connaissance par intuition.

Que sait l’homme, en effet? Rien, et pourtant il ne lui est pas permis de rien ignorer.

Il ne sait rien, et il est appelé à tout connaître.

Or la connaissance suppose le binaire. Il faut à l’être qui connaît un objet connu.

Le binaire est le générateur de la société et de la loi; c’est aussi le nombre de la gnose. Le binaire

LES COLONNES DU TEMPLE

est l’iniité se multipliant d’elle^même pour créer; et c’est pour cela que les symboles sacrés font sortir Ève de la poitrine même d’Adam.

Adam, c’est le tétragramme humain, qui se résume dans le jod mystérieux, image du phallus cabalistique. Ajoutez à ce jod le nom ternaire d'Ève, et vous formez le nom de Jéhova, le tétragramme divin, qui est le mot cabalistique et magique par excellence :

mn>

que le grand-prêtre, dans le temple, prononçait Jodchéva.

C’est ainsi que l’unité complète dans la fécondité du ternaire forme, avec lui, le quaternaii’e, qui est la clef de tous les nombres, de tous les mouvements et de toutes les formes.

Le carré, en tournant sur lui-même, produit le cercle égal à lui-même, et c’est la quadrature du cercle que le mouvement circulaire de quatre angles égaux tournant autour d’un même point.

Ce qui est en haut, dit Hermès, égale ce qui est en bas : voilà le binaire servant de mesure à l’unité ; et la relation d’égalité entre le haut et le bas, voilà ce qui forme avec eux le ternaire.

12/| IXHkMIl DK LA UAlJTlv MA(;iK.

Le principe créateur, c’est le phallus idéal ; et le principe créé, c’est le cleïs formel. *

L’insertion du phallus vertical dans le cteïs horizontal forme le stauros des gnostiques, ou la croix philosophique des maçons. Ainsi le croisement de deux produit quatre, qui, en se mouvant, déterminent le cercle avec tous ses degrés.

K , c’est l’homme; 3 , c’est la femme; 1 , c’est le principe ; 2, c’est le verbe ; A, c’est l’actif ; B, c’est le passif; l’unité, c’est Bohas; et le binaire, c’est Jakin.

Dans les trigrammes de Fohi, l’unité, c’est le yang; et le binaire, c’est le yin.

yang yin.

Bohas et Jakin sont les noms des deux colonnes symboliques qui étaient devant la porte principale du temple cabalistique de Salomon.

Ces deux colonnes expliquent en cabale tous les mystères de l’antagonisme, soit naturel, soit politique, soit religieux, et ils expliquent la lutte génératrice de l’homme et de la femme : car, selon la

LES COLONNES DU TEMPLE

loi Lie la nature, la femme doit résister à l’iiomme, et lui, doit la charmer ou la soumellre.

Le principe actif cherche le principe passif, le plein est amoureux du vide. La gueule du serpent attire sa queue, et, en tournant sur lui -même, il se fuit et il se poursuit.

La femme est la création de l’homme, et la création universelle est la femme du premier principe.

Quand l’être principe s’est fait créateur, il a érigé un jod ou un phallus, et, pour lui faire place dans le plein de la lumière incréée, il a dû creuser un cteïs ou une fosse d’ombre égale à la dimension déterminée par son désir créateur, et attribuée par lui au jod idéal de la lumière rayonnante.

Tel est le langage mystérieux des cabalistes dans le Talniud, et, à cause des ignorances et des méchancetés du vulgaire , il nous est impossible de l’expliquer ou de le simplifier davange.

Qu’est- ce donc que la création ? C’est la maison du Verbe créateur. Qu’est-ce que le cteïs ? C’est la maison du phallus.

Quelle est la nature du principe actif? C’est de répandre. Quelle est celle du principe passif? C’est de rassembler et de féconder.

1^6 DOGMR Dli LA HAUTE MAGIE,

Qu’est-ce que l’horiiiiie? C’est l’iiiitiateui*, celui qui brise, qui laboure etijui sème.

Qu’est-ce que la femme? G’esl la formatrice, celle qui réunit, qui arrose et ([ui moissonne.

L’homme fait la guerre, et la femme procure la paix ; l’homme détruit pour créer, la femme édifie pour conserver ; l’homme c’est la révolution, la femme c’est la conciliation ; l’homme est le père de Caïn, la femme est la mère d’Abel.

Qu’est-ce que la sagesse? C’est la conciliation et l’union des deux principes, c’est la douceur d’Abel dirigeant l’énergie de Caïn, c’est l’homme suivant les douces inspirations de la femme, c’est la débauche vaincue par le légitime mariage, c’est l’énergie révolutionnaire adoucie et domptée par '‘les douceurs de l’ordre et de la paix, c’est l’orgueil soumis à l’amour, c’est la science reconnaissant les inspirations de la foi.

Alors la science humaine devient sage, parce qu’elle est modeste, et se soumet à l’infaillibilité de la raison universelle, enseignée par l’amour ou par la charité universelle. Elle peut alors prendre le nom de gnose, parce qu’elle connaît du moins ce qu’elle ne peut encore se vanter de parfaitement

savoir.

LES COLONNES DU TEMPLE

L’unité ne peut se manifester que par le binaire ; runité elle-même et l’idée de l’unité font déjà deux.

L’unité du macrocosme se révèle par les deux points opposés des deux triangles:

L’unité humaine se complète par la droite et la gauche. L’homme primitif est androgyne. Tous les organes du corps humain sont disposés par deux, excepté le nez, la langue, l’ombilic et le jod cabalistique.

La divinité, une dans son essence, a deux conditions essentielles pour bases fondamentales de son être : la nécessité et la liberté.

Les lois de la raison suprême, nécessitent en Dieu

et règlent la liberté, qui est nécessairement raisonnable et sage.

Pour rendre la lumièrevisible. Dieu a seulement supposé l’ombre.

Pour manifester la vérité, il a rendu le doute possible.

L’ombre est le repoussoir de la lumière, et la possibilité de l’erreur est nécessaire pour la manifestation temporelle de la vérité.

Si le bouclier de Satan n’arrêtait la lance de Michaël, la puissance de Fange se perdrait dans le vide ou devrait se manifester par une destruction infinie dirigée de haut en bas.

Et si le pied de Michaël ne retenait Satan dans son ascension, Satan irait détrôner Dieu, ou plutôt se perdre lui-même dans les abîmes de la hauteur.

Satan est donc nécessaire à Michaël comme le piédestal à la statue, et Michaël est nécessaire à Satan comme le frein à la locomotive.

En dynamique analogique et universelle, on ne s’appuie que sur ce qui résiste.

Aussi l’univers est-il balancé par deux forces qui le maintiennent en équilibre : la force qui attire et celle qui repousse. Ces deux forces existent

LES COLONNES DU TEMPLE

en physique, en philosophie et en religion. Elles produisent en physique l’équilibre, en philosophie la critique, en religion la révélation progressive. Les anciens ont représenté ce mystère par la lutte d’Éros et d’Antéros, par le combat de Jacob avec l’ange , par l’équilibre de la montagne d’or que tiennent liée, avec le serpent symbolique deFInde, les dieux d'un côté et de l’autre les démons.

Il se trouve aussi figuré par le caducée d’Hermanubis, par les deux chérubins dp l’arche, par les deux sphinx du chariot d’Osiris, par les deux Séraphins, le blanc et le noir.

Sa réalité scientifique est démontrée par les phénomènes de la polarité et par la loi universelle des sympathies ou des antipathies.

Les disciples inintelligents de Zoroastre ont divinisé le binaire sans le rapporter à l’unité, séparant ainsi les colonnes du temple, et voulant écarteler Dieu. Le binaire en Dieu n’existe que par le ternaire. Si vous concevez l’absolu comme deux, il faut immédiatement le concevoir comme trois, pour retrouver le principe unitaire.

C’est pour cela que les éléments matériels analogues aux éléments divins se conçoivent comme

quatre, s’expliquent comme deux, et n’existent finalement que comme trois.

La révélation , c’est le binaire ; tout verbe est double et suppose deux.

La morale qui résulte de la révélation est fondée sur l’antagonisme, qui est la conséquence du binaire. L’esprit et la forme s’attirent et se repoussent comme l’idée et le signe, comme la vérité et la fiction. La raison suprême nécessite le dogme en se communiquant aux intelligences finies, et le dogme, en passant du domaine des idées à celui des formes, se fait participant de deux mondes, et a nécessairement deux sens qui parlent successivement, ou à la fois, soit à l’esprit, soit à la chair.

Aussi dans le domaine moral y a-t-il deux forces: une qui attente, et l’autre qui réprime ou qui expie. Ces deux forces sont figurées dans les mythes de la Genèse par les personnages typiques de Caïn et d’Abel.

Abel opprime Caïn par sa supériorité morale ; Caïn, pour s’affranchir, immortalise son frère en le tuant, et devient la victime de son propre forfait. Caïn n’a pu laisser vivre Abel, et le sang d’Abel ne laisse plus dormir Caïn.

Dans l’Évangile, le type de Caïn est remplacé

LES COLONNES DU TEMPLE

par celui de rEiifant prodigue, à qui son père pardonne tout, parce qu’il revient après avoir beaucoup souffert.

En Dieu, il y a miséricorde et justice: il fait justice aux justes et miséricorde aux pécheurs.

Dans l’ànie du monde, qui est l’agent universel, il y a un courant d’amour et un courant de colère.

Ce fluide ambiant et qui pénètre toute chose ; ce rayon détaché de la gloire du soleil et fixé par le poids de l’atmosphère et par la fqrce d’attraction centrale; ce corps du Saint-Esprit, que nous appelons l’agent universel, et que les anciens ont représenté sous la figure du serpent qui se mord la queue ; cet éther électrico-magnétique, ce calorique vital et lumineux, est figuré dans les anciens monuments par la ceinture d’Isis, qui se tourne et se retourne en nœud d’amour autour des deux pôles, et par le serpent qui se mord la queue, emblème de la prudence et de Saturne.

Le mouvement et la vie consistent dans la tension extrême des deux forces.

Plût à Dieu , disait le Maître, que vous fussiez tout froid ou tout chaud !

En effet, un grand coupable est plus vivant

132 DOGMIÎ Dlî IA HAUTE MAGIE.

qu’un homme lâche et tiède, et sou retour à la vertu sera en raison de l’énergie de ses égarements.

La femme qui doit écraser la tête du serpent, c’est l’intelligence, qui surmonte toujours le courant des forces aveugles. C’est, disent les cabalistes, la vierge de la mer, dont le dragon infernal vient lécher les pieds humides avec ses langues de feu qui s’endorment de volupté.

Tels sont les mystères hiératiques du binaire. Mais il en est un, le dernier de tous, qui ne doit pas être révélé: la raison en est, selon Hermès Trismégiste, dans l’inintelligence du vulgaire, qui donnerait aux nécessités de la science toute la portée immorale d’une aveugle fatalité. Il faut contenir le vulgaire, dit-il encore, par la frayeur de l’inconnu ; et le Christ disait aussi : Ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent aux pieds , et que , se retournant contre vous, ils ne vous dévorent. L’arbre de la science du bien et du mal, dont les fruits donnent la mort, est l’image de ce secret hiératique du binaire. Ce secret, en effet, s’il est divulgué, ne peut être que mal compris, et l’on en conclut ordinairement à la négation impie du libre arbitre, qui est le principe moral de la vie. Il est donc dans l’essence

LES COLONNES DU TEMPLE

(les choses que la révélation de ce secret donne la mort, et ce n’est pourtant pas encore là le grand arcane de la magie ; mais le secret du binaire conduit à celui du quaternaire, ou plutôt il en procède et se résout par le ternaire, qui contient le mot de l’énigme du sphinx tel cpi’il eût dû être trouvé pour sauver la vie, expier le crime involontaire, et assurer le royaume d’OEdipe.

Dans le livre hiéroglyphique d’Hermès (1), que l’on nomme aussi le livre de Thot, le binaire est représenté soit par une grande prêtresse ayant les cornes d’Isis, la tête voilée, un livre ouvert, qu’elle cache à demi sous son manteau ; ou par la femme souveraine, la déesse Junon des Grecs, tenant une main élevée vers le ciel et l’autre abaissée vers la terre, comme si elle formulait par ce geste le dogme unique et dualiste qui est la base de la magie et qui commence les merveilleux symboles de la table d’émeraude d’Hermès.

ï)3.mV J pocalypse de saint Jean, il est question de deux témoins ou martyrs auxquels la tradition prophétique donne les noms d’Élieet d’Hénoch : Élie, l’homme de la foi, du zèle et du miracle ;Hénoch,

(G Voir le jeu du Taro.

13/l DOGME DE LA HAUTE MAGIE.

le inêine que les Égyptiens oui appelé Hermès et que les Phéniciens honoraient sous le nom dcÉadmus, l’auteur de l’alphabet sacré et de la clef universelle des initiations au Verbe, le père de la cabale, celui, disent les saintes allégories, qui n’est pas mort comme les autres hommes, mais quia été enlevé au ciel pour revenir à la fin des temps. On disait à peu près la même chose de saint Jean luimême, qui a retrouvé et expliqué dans son Apocalypse les symboles du Verbe d’Hénoch. Cette résurrection de saint Jean et d’Hénoch, attendue à la fin des siècles d’ignorance, sera le renouvellement de leur doctrine par l’intelligence des clefs cabalistiques qui ouvrent le temple de l’unité et de la philosophie universelle, trop longtemps occulte et réservée seulement à des élus que le monde faisait mourir.

Mais nous avons dit que la reproduction de l’unilé par le binaire conduit forcément à la notion et au dogme du ternaire, et nous arrivons enfin à ce grand nombre, qui est la plénitude et le verbe parfait de l’unité.

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