‹ Dogme et rituel de la haute magie (volume 3)Chapitre 40 sur 104 · Nun. — La force qui produit les mélanges · texte numérisé non relu

Nun. — La force qui produit les mélanges

5 n He. — Le récipient et le producteur passif des formes.

21 v) Schin. — Le feu naturel et central équilibré par la double polarisation.

Le mot employé par Moïse, lu cabalistiquement, nous donne donc la description et la définition de cet agent magique, universel, figuré dans toutes les théogonies par le serpent et auquel les Hébreux donnaient aussi le nom d'OD, quand il manifeste sa force active ; le nom d'OB, quand il laisse apparaître sa force passive, et celui d'ÀouR, quand il se révèle tout entier dans sa puissance équilibrée, productrice de la lumière dans le ciel et de For parmi les métaux.

C'est donc là cet ancien serpent qui enveloppe le monde et qui apaise sa tète dévorante sous le

pied d'une Vierge, figure de l'initiation; de cette Vierge, qui présente un petit enfant nouveau-né à l'adoration des rois ma^es et reçoit d'eux, en échange de cette faveur, de l'or, de la myrrhe et de l'encens.

Le dogme sert ainsi clans toutes les religions hiératiques à voiler le secret des forces de la nature dont peut disposer l'initié, les formules religieuses sont les résumés de ces paroles pleines de mystère et de puissances qui font descendre les dieux du ciel et les soumettent à la volonté des hommes. La Judée en a emprunté les secrets à 1'Égypte, la Grèce envoya ses hiérophantes et plus tard ses théosophes à l'école des grands prophètes ; la Rome des Césars minée par l'initiation chrétienne des catacombes s'écroula un jour dans l'Église et l'on refît un symbolisme avec les débris de tous les cultes qu'avait soumis la reine du monde.

Selon le récit de l'Évangile, l'inscription par laquelle était déclarée la royauté spirituelle du Christ était écrite en hébreu, en grec et en latin ; c'était l'expression de la synthèse universelle.

L'hellénisme, en effet, cette grande et belle religion de la forme, n'avait pas moins annoncé la venue du Sauveur que les prophètes du judaïsme ;

la fable de Psyché est une abstraction plus que chrétienne, et le culte des panthées, en réhabilitant Socrate, préparait les autels à cette unité de Dieu, dont Israël avait été le mystérieux conservateur.

Mais la synagogue renia son Messie, et les lettres hébraïques furent effacées, du moins aux yeux aveuglés des juifs.

Les persécuteurs romains déshonorèrent l'hellénisme, que ne put réhabiliter la fause modération de Julien le philosophe, surnommé peut-être injustement l'Apostat, puisque son christianisme n'avait jamais été sincère. L'ignorance du moyen âge vint eusuite opposer les saints-et les vierges aux dieux, aux déesses et aux nymphes; le sens profond des symboles helléniques fut plus incompris que jamais ; la Grèce elle-même, non-seulement perdit les traditions de son ancien culte, mais elle se sépara de l'Église latine; et ainsi, pour les yeux latins, les lettres grecques furent effacées, comme les lettres latines disparurent aux yeux des Grecs.

Ainsi, rinscription de la croix du Sauveur disparut entièrement, et il n'y resta plus que des initiales mystérieuses.

Mais, lorsque la science et la philosophie, réconciliées avec la foi, réuniront en un seul tous les

différents symboles, alors toutes les magnificences des cultes antiques refleuriront dans la mémoire des hommes, en proclamant le progrès de l'esprit humain dans l'intuition de la lumière de Dieu ;

Mais de tous les progrès le plus grand sera celui qui, remettant les clefs de la nature entre les mains de la science, enchaînera pour jamais le hideux fantôme de Satan et en expliquant tous les phénomènes exceptionnels de la nature, détruira l'empire de la superstition et de la sotte crédulité.

C'est accomplissement de ce progrès que nous avons consacré notre vie et que nous passons nos années dans les recherches les plus laborieuses et les plus difficiles. Nous voulons affranchir les autels en renversant les idoles, nous voulons que l'homme d'intelligence redevienne le prêtre et le roi de la nature et nous voulons conserver en les expliquant toutes les images du sanctuaire universel.

Les prophètes ont parlé en paraboles et en images, parce que le langage abstrait leur a manqué, et parce que la perception prophétique, étant le sentiment de l'harmonie ou des analogies universelles? se traduit naturellement par des images.

Ces images, prises matériellement par le vul-

gaire, sont devenues des idoles ou des mystères impénétrables.

L'ensemble et la succession de ces images et de ces mystères sont ce qu'on appelle le symbolisme.

Le symbolisme vient donc de Dieu, quoiqu'il soit formulé par les hommes.

La révélation a accompagné l'humanité dans tous ses âges, et elle s'est transfigurée avec le génie humain; mais elle a toujours exprimé la même vérité.

La vraie religion est une , et ses dogmes sont simples et à la portée de tous*

Toutefois, la multiplicité des symboles n'a été qu'un livre de poésie nécessaire à l'éducation du génie humain.

L'harmonie des beautés extérieures et la poésie de la forme devaient révéler Dieu à l'enfance humaine; mais Vénus eut bientôt Psyché pour rivale, et Psyché séduisit l'Amour.

C'est ainsi que le culte de la forme devait céder à ces rêves ambitieux de l'âme qu'embellissait déjà l'éloquente sagesse de Platon.

La venue du Christ était ainsi préparée, et c'est pourquoi elle était attendue ; il vint parce que le

monde l'attendait, et la philosophie se transforma en croyance pour se populariser.

Mais, affranchi par cette croyance même, l'esprit humain protesta bientôt contre l'école qui voulait en matérialiser les signes, et l'œuvre du catholicisme romain fut uniquement de préparer à son insu l'émancipation des consciences, et de jeter les bases de l'association universelle.

Toutes ces choses ne furent que le développement régulier et normal de la vie divine dans l'humanité ; car Dieu est la grande âme de toutes les âmes, il est le centre immuable autour duquel gravitent toutes les intelligences, comme une poussière d'étoiles.

L'intelligence humaine a eu son matin ; son plein midi viendra, puis ensuite son déclin, et Dieu sera toujours le même.

Mais il semble aux habitants de la terre que le soleil se lève jeune et timide, qu'il brille au milieu du jour dans toute sa force, et qu'il se couche fatigué le soir.

C'est pourtant la terre qui tourne, et le soleil est immobile.

Ayant donc foi dans le progrès humain et dans la stabilité de Dieu, l'homme libre respecte la reli-*

gion dans ses formes passées, et ne blasphémerait pas plus Jupiter que Jéhova; il salue encore avec amour la rayonnante image de l'Apollon Pythien, et lui trouve une ressemblance fraternelle avec le visage glorieux du Rédempteur ressuscité.

Il croit à la grande mission de la hiérarchie catholique, et se plaît à voir les pontifes du moyen âge opposer la religion pour digue au pouvoir absolu des rois ; mais il proteste avec les siècles révolutionnaires contre l'asservissement de la conscience que voulaient emprisonner les clefs pontificales : il est plus protestant que Luther, car il ne croit pas même à l'infaillibilité de la confession d'Àugsbourg et plus catholique que le pape, car il n'a pas peur que l'unité religieuse soit brisée par la malveillance des cours.

Il se confie à Dieu plus qu'à la politique de Rome pour le salut de l'idée unitaire ; il respecte la vieillesse de l'Église; mais il ne craint pas qu'elle meure; il sait que sa mort apparente sera une transfiguration et une assomption glorieuse.

L'auteur de ce livre fait un nouvel appel aux mages de l'Orient pour qu'ils viennent reconnaître encore une fois le Maître divin dont ils ont salué le berceau , le grand initiateur de tous les âges.

Tous ses ennemis sont tombés; tous ceux qui le condamnaient sont morts; ceux qui le persécutaient sont couchés pour toujours, et lui, il est toujours debout!

Les hommes d'envie se sont coalisés contre lui, ils se sont accordés sur un seul point; les hommes de division se sont unis pour le détruire, ils se son! faits rois, et ils l'ont proscrit ; ils se sont faits hypocrites, et ils l'ont accusé; ils se sont faits juges, et ils lui ont lu sa sentence de mort ; ils se sont faits bourreaux, et ils l'ont exécuté; ils lui ont fait boire la ciguë, ils l'ont crucifié, ils l'ont lapidé, ils l'ont brûlé et ont jeté ses cendres au vent; pais ils ont rugi d'épouvante: il était debout devant eux, les accusant par ses blessures, et les foudroyant par l'éclat de ses cicatrices.

On croit l'égorger au berceau à Bethléem, il est vivant en ÉgyptelOn le traîne sur la montagne pour le précipiter ; la foule de ses assassins l'entoure et triomphe déjà de sa perte certaine : un cri se fait entendre ; n'est-ce pas lui qui vient de se briser sur les rochers du précipice? Ils pâlissent et ils se regardent; mais lui, calme et souriant de pitié, il passe au milieu d'eux et s'en va.

Voici une autre montagne qu'ils viennent de

teindre de son sang ; voici une croix et un sépulcre ; des soldats gardent son tombeau. Insensés ! le tombeau est vide, et celui qu'ils croyaient mort, chemine paisiblement, entre deux voyageurs, sur la route d'Emmaûs.

Où est-il ? où va-t-il? Avertissez les maîtres de la terre ! dites aux césars que leur puissance est menacée! Par qui? Par un pauvre qui n'a pas une pierre où reposer sa tête, par un homme du peuple condamné à la mort des esclaves. Quelle insulte ou quelle folie ! n'importe, les césars vont déployer toute leur puissance : de sanglants édits proscrivent le fugitif, partout des échafauds s'élèvent , des cirques s'ouvrent tout garnis de lions et de gladiateurs, des bûchers s'allument, des torrents de sang ont coulé, et les césars, qui se croient victorieux, osent ajouter un nom à ceux dont ils rehaussent leurs trophées, puis ils meurent, et leur apothéose déshonore les dieux qu'ils ont cru défendre. La haine du monde confond, dans un même mépris, Jupiter et Néron; les temples, dont l'adulation a fait des tombeaux, sont renversés sur des cendres proscrites, et sur les débris des idoles, sur les ruines de l'empire , lui seul, celui que proscrivaient les césars, celui que poursuivaient tant de

satellites, celui que torturaient tant de bourreaux, lui seul est débout, lui seul règne, lui seul triomphe!

Cependant ses disciples mômes abusent bientôt de son nom, l'orgueil envahit le sanctuaire ; ceux qui devaient annoncer sa résurrection, veulent immortaliser sa mort, afin de se repaître, comme des corbeaux, de sa chair toujours renaissante. Au lieu de l'imiter dans son sacrifice et de donner leur sang pour leurs enfants dans la foi, ils l'enchaînent sur le Vatican, comme sur un nouveau Caucase, et se font les vautours de ce divin Prométhée. Mais que lui importe leur mauvais rêve? Ils n'ont enchaîné que son image; pour lui, il est toujours debout, et il marche d'exil en exil et de conquête en conquête.

C'est qu'on peut enchaîner un homme, mais on ne retient pas captif le Verbe de Dieu. La parole est libre et rien ne peut la comprimer. Cette parole vivante est la condamnation des méchants, et c'est pourquoi ils voudraient la faire mourir ; mais ce sont eux enfin qui meurent, et la parole de vérité reste pour juger leur mémoire!

Orphée a pu être déchiré par les bacchantes, Socrate a bu la coupe de poison, Jésus et ses apôtres ont péri du dernier supplice, Jean Hus, Jérôme de

Pragues et tant d'autres ont été brûlés, la Saint- Barthélémy et les massacres cle septembre ont fait tour à tour des martyrs ; l'empereur cle Russie a encore à sa disposition des cosaques, des knouts et les déserts de la Sibérie ; mais l'esprit d'Orphée, de Socrate, de Jésus et de tous les martyrs restera toujours vivant au milieu des persécuteurs morts à leur tour ; il reste debout au milieu des institutions qui tombent et des empires qui se renversent !

C'est cet esprit divin, l'esprit du Fils unique cle Dieu, que saint Jean représente, dans son Apocalypse debout, au milieu des chandeliers d'or, parce qu'il est le centre de toutes les lumières, tenant sept étoiles dans sa main, comme la semence de tout un ciel nouveau, et faisant descendre sa parole sur la terre sous la figure d'une épée à deux tranchants.

Quand les sages découragés s'endorment dans la nuit du doute, l'esprit du Christ est debout et il veille.

Quand les peuples, las du travail qui délivre, se couchent et s'assoupissent sur leurs fers, l'esprit du Christ est débout et il proteste.

j| Quand les sectateurs aveugles des religions de- ° venues stériles, se prosternent dans la poussière

des vieux temples et rampent servilement dans une crainte superstitieuse, l'esprit du Christ reste debout et il prie.

Quand les forts s'affaiblissent, quand les vertus se corrompent, quand tout se plie et s'amoindrit pour chercher une vile pâture, l'esprit du Christ reste debout en regardant le ciel et il attend l'heure de son Père.

Christ veut dire prêtre et roi par excellence.

Le Christ initiateur des temps modernes est venu pour former par la science et surtout par la charité de nouveaux rois et de nouveaux prêtres.

Les anciens mages étaient des prêtres et des rois.

- La venue du Sauveur avait été annoncée aux anciens mages par une étoile.

Cette étoile, c'était le pentagramme magique qui porte à chacune de ses pointes une lettre sacrée.

Cette étoile est la figure de l'intelligence qui régit, par l'unité de force, les quatre puissances élémentaires.

C'est le pentagramme des mages.

C'est l'étoile flamboyante des enfants d'Hirani.

C'est le prototype de la lumière équilibrée, vers ,

chacune de ses pointes un trait de lumière remonte.

De chacune de ses pointes un trait de lumière descend.

Cette étoile représente le grand et suprême athanor dé nature qui est le corps de l'homme.

L'influence magnétique part en deux rayons de la tête, de chaque main et de chaque pied.

Le rayon positif est équilibré par un rayon négatif.

La tête correspond avec les deux pieds, chaque main avec une main et un pied, les deux pieds chacun avec la tète et une main.

Ce signe régulier de la lumière équilibrée représente l'esprit d'ordre et d'harmonie.

C'est le signe de la toute-puissance du mage.

Aussi ce même signe, brisé ou irrégulièrement tracé, représente-t-il l'ivresse astrale, les projections anormales et déréglées du grand agent magique, par conséquent les envoûtements, la perversité, la folie, et c'est ce que les magistes nomment la signature de Lucifer.

Il existe une autre signature qui représente aussi les mystères de la lumière ;

C'est la signature de Salomon.

Les talismans de Salomon portaient, d'un côté, l'empreinte de son sceau dont nous avons donné la figure clans notre Dogme (1).

De l'autre côté était la signature dont voici la forme :

Cette figure est la théorie hiéroglyphique de la composition des aimants et représente la loi circulatoire de la foudre. <

On enchaîne les esprits déréglés en leur mon-

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trant. soit l'étoile flamboyante du pentagramme, soit la signature de Salomon, parce qu'on leur fait voir ainsi la preuve de leur folie en même temps qu'on les menace d'une puissance souveraine capable de les tourmenter en les rappelant à l'ordre.

Rien ne tourmente les méchants comme le bien.

Rien n'est aussi odieux à la folie que la raison.

Mais si un opérateur ignorant se sert de ces signes sans les connaître,

C'est un aveugle qui parle cle lumière aux aveugles ;

C'est un âne qui veut apprendre à lire aux enfants.

Si l'aveugle conduit l'aveugle, a dit le grand et divin Hiérophante, ils tombent tous deux dans la fosse.

Un dernier mot pour résumer toute cette introduction.

Si vous êtes aveugle comme Samson lorsque vous sepou.cz les colonnes du temple, les ruines vous écraseront.

Pour commander à la nature, il faut s'être fait supérieur à la nature par la résistance et ses entraînements.

Si votre esprit est parfaitement libre de tout préjugé, de toute superstition et de toute incrédulité, vous commanderez aux esprits.

Si vous n'obéissez pas aux forces fatales, les forces fatales vous obéiront.

Si vous êtes sage comme Salomon, vous ferez les œuvres de Salomon.

Si vous êtes saint comme le Christ, vous ferez les œuvres du Christ.

Pour diriger les courants de la lumière mobile, il faut être fixé dans une lumière immobile.

Pour commander aux éléments, il faut avoir dompté leurs ouragans, leurs foudres, leurs abîmes et leurs tempêtes.

Il faut savoir pour oser.

Il faut oser pour vouloir.

Il faut vouloir pour avoir l'Empire,

Et pour régner, il faut se taire.

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