CHAPITRE VI
Nous avons dit que pour acquérir la puissance magique il faut deux choses: dégager la volonté de toute servitude et l'exercer à la domination.
La volonté souveraine est représentée dans nos symboles par la femme qui écrase la tète du serpent, et par l'ange radieux qui réprime et contient le dragon sous son pied et sous sa lance.
Déclarons ici sans détours que le grand agent magique , lè double courant de lumière, le feu vivant et astral de la terre, a été figuré par le serpent à tète de taureau, de bouc ou de chien, dans les anciennes théogonies. C'est le double serpent du caducée, ,c'est l'ancien serpent de la Genèse ; mais c'est aussi le serpent d'airain de Moïse, entrelacé autour du tau, c'est-à-dire du lingam générateur; c'est aussi le bouc du sabbat et le Baphomet des templiers ; c'est l'Hylé des'Gnostiques; c'est la double queue du serpent qui forme les jambes du coq solaire des Àbraxas; c'est enfin le diable de M. Eudes de Mir-
ville, et c'est réellement la force aveugle que les âmes ont à vaincre pour s'affranchir des chaînes de la terre ; car, si leur volonté ne les détache pas de cette aimantation fatale, elles seront absorbées dans le courant par la force qui les a produites, et retourneront au feu central et éternel.
Toute l'œuvre magique consiste donc à se dégager des replis de l'ancien serpent, puis à lui mettre le pied sur la tête et à le conduire où l'on voudra. Je te donnerai, dit-il dans le mythe évangélique, tous les royaumes cle la terre si tu tombes et si tu m'adores. L'initié doit lui répondre : Je ne tomberai pas, et tu ramperas à mes pieds; tu ne me donneras rien, mais je me servirai de toi et je prendrai ce que je voudrai : car je suis ton seigneur et maître ! Réponse qui est comprise, mais voilée, dans celle que lui fait le Sauveur.
Nous avons déjà dit que le diable n'est pas une personne. C'est une force dévoyée, comme son nom l'indique d'ailleurs. Un courant odique ou magnétique, formé par une chaîne de volontés perverses, constitue ce mauvais esprit, que l'évangile appelle légion, et qui précipite les pourceaux dans la mer : nouvelle allégorie de l'entraînement des êtres bassement instinctifs par les forces aveu-