INSTRUMENTS MAGIQUES
La Lampe, la Baguette, l'Épée et la Serpe (page 103).
g] es que peuvent mettre en mouvement la mauvaise volonté et l'erreur.
On peut comparer ce symbole à celui des compagnons d'Ulysse changés en pourceaux par la magicienne Circé.
Or, voyez ce que fait Ulysse pour se préserver lui-même et délivrer ses compagnons : il refuse la coupe de l'enchanteresse et lui commande avec l'épée. Circé, c'est la nature avec toutes ses voluptés et ses attraits; pour jouir d'elle il faut la vaincre : tel est le sens de la fable homérique, car les poëmes d'Homère, véritables livres sacrés de l'ancienne Hellénie, contiennent tous les mystères des hautes initiations de l'Orient
Le médium naturel, c'est donc le serpent, toujours actif et séducteur, des volontés paresseuses, auquel il faut toujours résister en le domptant.
Un mage amoureux, un mag^ gourmand, un mage en colère, un mage paresseux, sont des monstruosités impossibles. Le mage pense et veut; il n'aime rien avec désir, il ne repousse rien avec passion : le mot passion représente un état passif, et le mage est toujours actif et victorieux. Le plus difficile dans les hautes sciences, c'est d'en arri-
ver à cette réalisation ; aussi, quand le mage s'est créé lui-même, le grand œuvre est-il accompli, du moins dans son instrument et dans sa cause.
Le grand agent ou médiateur naturel de la toutepuissance humaine ne peut être asservi et dirigé que par un médiateur extra-naturel, qui est. une volonté affranchie. Àrchimède demandait un point d'appui hors du monde pour soulever le monde. Le point d'appui du mage, cest la pierre cubique intellectuelle, la pierre philosophale d'Àzoth, c'està-dire le dogme de l'absolue raison et des harmonies universelles par la sympathie des contraires.
Un de nos écrivains les plus féconds et les moins fixés dans leurs idées, M. Eugène Sue, a bâti toute une épopée romanesque sur une invididualité qu'il s'efforce de rendre odieuse et qui devient intéressante malgré lui, tant il lui accorde de puissance, de patience, d'audace, d'intelligence et de génie! Il s'agit d'une espèce de Sixte-Quint, pauvre, sobre, sans colère, qui tient le monde entier enlacé dans le réseau de ses combinaisons savantes.
Cet homme excite à sa volonté les passions de
ses adversaires, les détruit les unes par les autres, arrive toujours où il veut arriver, et cela sans bruit, sans éclat, sans charlatanisme. Son but, c'est de délivrer le monde d'une société que Fauteur du livre croit dangereuse et perverse, et pour cela rien ne lui coûte: il est mal logé, mal vêtu, nourri comme le dernier des pauvres, mais toujours attentif à son œuvre. L'auteur, pour rester dans son intention, le représente pauvre, sale, hideux, dégoûtant à toucher, horrible à voir. Mais, si cet extérieur même est un moyen de déguiser l'action et d'arriver plus sûrement, n'est-ce pas la preuve d'un courage sublime?
Quand Rodin sera pape, pensez-vous qu'il sera encore mal vêtu et crasseux? M. Eugène Sue a donc manqué son but; il veut flétrir le fanatisme et la superstition, et il s'attaque à l'intelligence, à la force, au génie, à toutes les grandes vertus humaines! S'il y avait beaucoup de Rodins chez les jésuites, s'il y en avait même un seul, je ne donnerais pas grand'chose de la succession du parti contraire, malgré les brillants et maladroits plaidoyers de ses illustres avocats.
Vouloir bien, vouloir longtemps, vouloir toujours, mais ne jamais rien convoiter, tel est le (
secret de la force; et c'est cet arcane magique que le Tasse met en action dans la personne des deux chevaliers qui viennent délivrer Renaud et détruire les enchantements d'Àrmide. Ils résistent aussi bien aux nymphes les plus charmantes qu'aux animaux féroces les plus terribles ; ils restent sans désirs et sans crainte, et ils arrivent à leur but.
Il résulte de ceci qu'un vrai magicien est plus r/. , , redoutable qu'il ne peut être aimable. Je n'en dis- /*>^r conviens pas, et, tout en reconnaissant combien sont douces les séductions de la vie, tout en rendant justice au génie gracieux d'Ànacréon et à toute l'efïlorescence juvénile de la poésie des amours, j'invite sérieusement les estimables amis du plaisir à ne considérer les hautes sciences que comme un objet de curiosité, mais à ne s'approcher jamais du trépied magique: les grandes œuvres de la science sont mortelles à la volupté.
L'homme qui s'est délivré de la chaîne des instincts s'apercevra d'abord de sa toute-puissance par la soumission des animaux . L'histoire de Daniel dans la fosse aux lions n'est pas une fable, et plus d'une fois, pendant les persécutions du christianisme naissant, ce phénomène se renouvela en
présence de tout le peuple romain. Rarement un homme a quelque chose à craindre d'un animal dont il n'a pas peur. Les balles de Gérard, le tueur de lions, sont magiques et intelligentes. Une fois seulement il courut un véritable danger : il avait laissé venir avec lui un compagnon qui eut peur, et alors, regardant cet imprudent comme perdu d'avance, il eut peur aussi, lui, mais pour son camarade.
Beaucoup de personnes diront qu'il est difficile et même impossible d'arriver à une résolution pareille, que la force de volonté et l'énergie de caractère sont des dons de la nature, etc. Je n'en disconviens pas, mais je reconnais aussi que l'habitude peut refaire la nature ; la volonté peut être perfectionnée par l'éducation, et, comme je l'ai dit, tout le cérémonial magique, semblable en cela au cérémonial religieux, n'a pour but que d'éprouver, d'exercer et d'habituer ainsi la volonté à la persévérance et à la force. Plus les pratiques sont difficiles et assujettissantes, plus elles ont d'effet: on doit maintenant le comprendre.
S'il a été jusqu'à présent impossible de diriger les phénomènes du magnétisme, c'est qu'il ne s'est pas encore trouvé de magnétiseur initié et vérita-
blement affranchi. Qui peut en effet se flatter de l'être? et n'avons-nous pas toujours à faire de nouveaux efforts sur nous-mêmes? Il est toutefois certain que la nature obéira au signe et à la parole de celui qui se sentira assez fort pour ne pas clouter. Je dis que la nature obéira, je ne dis pas qu'elle se démentira ou qu'elle troublera l'ordre de ses possibilités. Les guérisons des maladies nerveuses par une parole, un souffle ou un contact; les résurrections dans certains cas; la résistance aux volontés mauvaises capable cle désarmer et de renverser des meurtriers; la faculté même de se rendre invisible en troublant la vue de ceux auxquels il est important d'échapper : tout cela est un effet naturel de la projection ou du retrait cle la lumière astrale. C'est ainsi que Valens fut frappé d'éblouissèment, cle terreur, en entrant clans le temple de Césarée, comme autrefois Héliodore, foudroyé par une clémence subite dans le temple cle Jérusalem, s'était cru fouetté et foulé au pieds par des anges. C'est ainsi que l'amiral cle Coligny imposa le respect à ses assassins, et ne put être tué que par un homme furieux qui se jeta sur lui en détournant la tète. Ce qui rendait Jeanne d'Arc toujours victorieuse, c'était le prestige de sa foi et le mer-
veilleux de son audace: elle paralysait les bras qui voulaient la frapper, et les Anglais ont pu sérieusement la croire magicienne ou sorcière. Elle était en effet magicienne sans le savoir, car elle croyait elle-même agir surnaturellement , tandis qu'elle disposait d'une force occulte, universelle et toujours soumise aux mêmes lois.
Le magiste magnétiseur doit commander au médium naturel, et par conséquent au corps astral qui fait communiquer notre àme avec nos organes; il peut dire au corps matériel : Dormez ! et au corps sidérai: Rêvez! Alors les choses visibles changëntd'aspect, comme dans les visions du hatschicli. Cagliostro possédait, dit-on, cette puissance, et en aidait l'action par des fumigations et des parfums; mais la vraie puissance magnétique doit se passer de ces auxiliaires plus ou moins vénéneux pour la raison et nuisibles à la santé. M. ïlagon, clans son savant ouvrage sur la maçonnerie occulte, donne la recette d'une série de médicaments propres à exalter le somnambulisme. 'C'est une connaissance qui n'est sans doute pas à rejeter, mais dont les magistes prudents doivent bien se garder de faire usage.
La lumière astrale se projette par le regard, par
h voix, par les pouces et la paume des mains. La musique est un puissant auxiliaire cle la voix, et de là est venu le mot d'enchantement. Nul instrument de musique n'est plus enchanteur que la voix humaine, mais les sons lointains du violon ou de l'harmonica peuvent en augmenter la puissance. On prépare ainsi le sujet qu'on veut soumettre; puis, quand il est à demi assoupi et comme enveloppé de ce charme, on étend la main vers lui et on lui commande de dormir ou de voir, et il obéit malgré lui. S'il résistait, il faudrait, en le regardant fixement, poser un pouce sur son front entre les yeux , et l'autre pouce sur sa poitrine , en le touchant légèrement d'un seul et rapide contact; puis aspirer lentement, respirer doucement un souffle chaud, et lui répéter à voix basse: Dormez ou Voyez.