‹ Dogme et rituel de la haute magie (volume 3)Chapitre 63 sur 104 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Ce que les sorciers et les nigromans cherchaient surtout dans leurs évocations de l'esprit impur, c'était cette puissance magnétique qui est le partage du véritable adepte, et qu'ils voulaient usurper pour en abuser indignement.

La folie des sorciers étant une folie méchante, un de leurs buts surtout, c'était le pouvoir des en* voûtements ou des influences délétères.

Nous avons dit dans notre Dogme ce que nous pensons des envoûtements, et combien cette puissance nous paraît dangereuse et réelle. Le vrai raagiste envoûte sans cérémonie et par sa seule réprobation ceux qu'il réprouve et qu'il croit nécessaire de punir ; il envoûte même par son pardon ceux qui lui font du mal, et jamais les ennemis des initiés ne portent loin l'impunité de leurs injustices. Nous avons constaté par nous-mêmes de nombreux exemples de cette loi fatale. Les bourreaux des martyrs périssent toujours malheureu-

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sèment, et les adeptes sont les martyrs de l'intelligence ; mais la Providence semble mépriser ceux qui les méprisent et fait mourir ceux qui cherchent à les empêcher de vivre. La légende du Juif-Errant est la poésie populaire de cet arcane. Un peuple a envoyé un sage au supplice ; il lui a dit : « Marche ! » lorsqu'il voulait se reposer un instant. Eh bien ! ce peuple va subir une condamnation pareille, il va être proscrit tout entier, et pendant des siècles on lui dira : « Marche ! marche ! » sans qu'il puisse trouver ni pitié ni repos.

Un savant avait une femme qu'il aimait passionnément et follement dans l'exaltation de sa tendresse, et il honorait cette femme d'une confiance aveugle, et se reposait de tout sur elle. Vaine de sa beauté et de son intelligence, cette femme devint envieuse de la supériorité de son mari, et. le prit en haine. A quelque temps de là, elle le quittait en se compromettant elle-même pour un homme vieux, laid, sans esprit et immoral. C'était son premier châtiment, mais là ne devait pas se borner la peine. Le savant prononça contre elle seulement cette sentence: «Je vous reprends votre intelligence et votre beauté. » Un au après, ceux qui la rencontraient ne la reconnaissaient déjà plus; l'em-

bonpoint commençait à la défigurer ; elle reflétait sur son visage la laideur de ses nouvelles affections. Trois ans après, elle était laide... ; sept ans après, elle était folle. Ceci est arrivé de notre temps, et nous avons connu les deux personnes.

Les mages condamnent à la manière des médecins habiles, et c'est pourquoi on n'appelle pas de leurs sentences lorsqu'ils ont prononcé un arrêt contre un coupable. Ils n'ont ni cérémonies, ni invocations à faire; ils doivent seulement s'abstenir de manger à la même table que le condamné, et, s'ils sont forcés de s'y asseoir, ils ne doivent ni accepter cie lui ni lui offrir le sel.

Les envoûtements des sorciers sont d'une autre sorte, et peuvent être comparés à de véritables empoisonnements d'un courant de lumière astrale. Ils exaltent leur volonté par des cérémonies au point de la rendre venimeuse à distance ; mais, comme nous l'avons fait observer dans notre Domine, ils s'exposent le plus souvent à être tués les premiers par leurs machines infernales. Dénonçons ici quelques-uns de leurs coupables procédés, ils se procurent soit des cheveux, soit des vêtements, de la personne qu'ils veulent maudire; puis ils choisissent un animal qui soit à leurs yeux le symbole

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de cette personne ; ils mettent au moyen des cheveux ou des vêtements cet animal en rapport magnétique avec elle; ils lui donnent son nom, puis ils le tuent d'un seul coup du couteau magique, lui ouvrent la poitrine, lui arrachent le cœur, enveloppent ce cœur palpitant dans les objets magnétisés, et pendant trois jours, à toutes les heures, ils enfoncent dans ce cœur des clous, des épingles rougies au feu ou de longues épines, en prononçant des malédictions sur le nom de la personne envoûtée. Ils sont persuadés alors (et souvent c'est avec raison) que la victime de leurs infâmes manœuvres éprouve autant de tortures que si elle avait en effet toutes ces pointes enfoncées dans le cœur. Elle commence à dépérir, et , au bout de quelque temps, elle meurt d'un mal inconnu.

Un autre envoûtement usité dans les campagnes consiste à consacrer des clous pour les œuvres de haine avec les fumigations puantes de saturne et des invocations aux mauvais génies, puis à suivre les traces de la personne qu'on veut tourmenter, et à enclouer en forme de croix toutes les empreintes de ses pas qu'on pourra retrouver sur la terre ou sur le sable.

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Un autre plus abominable se pratique ainsi : on prend un gros crapaud, et on lui administre le baptême en lui donnant les nom et prénoms de la personne qu'on veut maudire ; on lui fait avaler ensuite une hostie consacrée sur laquelle on a prononcé des formules d'exécration, puis on l'enveloppe dans les objets magnétisés, on le lie avec les cheveux de la victime, sur lesquels l'opérateur aura d'abord craché, et on enterre le tout soit sous le seuil de la porte du maléficié, soit à un endroit où il soit obligé de passer tous les jours. L'esprit élémentaire de ce crapaud deviendra pour ses songes un cauchemar et un vampire, à moins qu'il ne sache le renvoyer au malfaiteur.

Viennent ensuite les envoûtements par les images de cire. Les nigromans du moyen âge, jaloux de plaire par des sacrilèges à celui qu'ils regardaient comme leur maître, mêlaient à cette cire de l'huile baptismale et des cendres d'hosties brûlées. Des prêtres apostats se trouvaient toujours pour leur livrer les trésors de l'Église. On formait avec la cire maudite une image aussi ressemblante que possible de celui qu'on voulait envoûter ; on revêtait cette image de vêtements semblables aux siens, on lui donnait les sacrements que lui-même

avait reçus, puis ou prononçait sur la tète de l'image toutes les malédictions qui exprimaient la haine du sorcier, et on infligeait chaque jour à cette figure maudite des tortures imaginaires, pour atteindre et tourmenter par sympathie celui ou celle que la figure représentait.

L'envoûtement est plus infaillible si l'on peut se procurer des cheveux, du sang, et surtout une dent de la personne envoûtée. C'est ce qui a donné lieu à cette façon de parler proverbiale : Vous avez une dent contre moi.

On envoûte aussi par le regard, et c'est ce qu'on appelle en Italie \& jettatura, ou le mauvais œil. Du temps de nos discordes civiles, un homme en boutique avait eu le malheur de dénoncer un de ses voisins. Le voisin, après avoir été détenu quelque temps, fut mis en liberté, mais sa position était perdue. Pour toute vengeance, il passait deux fois par jour devant la boutique de son dénonciateur, le regardait fixement, le saluait et passait. A quelque temps de là, le boutiquier, ne pouvant plus supporter le supplice de ce regard, vendit son fonds à perte et changea de quartier en ne laissant pas son adresse; en un mot, il fut ruiné.

Une menace est un envoûtement réel, parce qu'elle agit vivement sur l'imagination, surtout si cette imagination accepte facilement la croyance d'un pouvoir occulte et illimité. La terrible menace de l'enfer, cet envoûtement de l'humanité pendant plu^eurs siècles, a créé plus de cauchemars, plus de maladies sans nom, plus de folies furieuses, que tous les vices et tous les excès réunis. C'est ce que figuraient les artistes hermétiques du moyen âge par les monstres incroyables et inouïs qu'ils incrustaient, au portail de leurs basiliques.

Mais l'envoûtement par la menace produit un effet absolument contraire aux intentions de l'opérateur, quand la menace est évidemment vaine, quand elle révolte la fierté légitime de celui qui est menacé, et provoque par conséquent sa résistance, enfin quand elle est ridicule à force d'être atroce.

Ce sont les sectateurs de l'enfer qui ont discrédité le ciel. Dites à un homme raisonnable que l'équilibre est la loi du mouvement et de la vie et que l'équilibre moral, la liberté, repose sur une distinction étemelle et immuable entre le vrai et le faux, entre le bien et le mal ; dites-lui que, doué

d'une volonté libre, il doit se faire place par ses œuvres dans l'empire de la vérité et du bien, ou retomber éternellement, comme le rocher de Sysiphe dans le chaos du mensonge et du mal : il comprendra ce dogme, et, si vous appelez la vérité et le bien ciel, le mensonge et le mal enfer, il croira à votre ciel et à votre enfer, au-dessus desquels l'idéal divin reste calme, parfait et inaccessible à la colère comme à l'offense, parce qu'il comprendra que, si l'enfer en principe est éternel comme la liberté, il ne saurait être en fait qu'un tourment passager pour les âmes, puisque c'est une expiation, et que l'idée d'expiation suppose nécessairement celle de réparation et de destruction du mal.

Ceci dit, non pas clans des intentions dogmatiques qui ne sauraient être de notre ressort, mais pour indiquer le remède moral et raisonnable à l'envoûtement des consciences par les terreurs de l'autre vie, parlons des moyens de se soustraire aux influences funestes de la colère humaine.

Le premier de tous, c'est d'être raisonnable et juste, et de ne jamais donner de prise ni de raison à la colère. Une colère légitime est fort à craindre. C'est pourquoi hâtez-vous de reconnaître et d'ex-

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pier vos torts. Si la colère persiste après cela, elle procède certainement d'un vice : cherchez à savoir quel est ce vice, et unissez-vous fortement aux courants magnétiques de la vertu contraire. L'envoûtement alors n'aura plus de pouvoir sur vous.

Faites laver avec soin avant de les donner ou brûlez les linges et les vêtements qui ont été à votre usage ; ne faites jamais usage d'un vêtement qui ait servi à un inconnu sans avoir purifié ce vêtement par l'eau, par le soufre et par les aromates, tels que le camphre, l'encens, l'ambre, etc.

Un grand moyen de résister à l'envoûtement, c'est de ne le pas craindre : l'envoûtement agit à la manière des maladies contagieuses. En temps de peste, ceux qui ont peur sont frappés les premiers. Le moyen de ne pas craindre le mal, c'est de ne pas s'en occuper , et je conseille avec un grand désintéressement, puisque c'est dans un livre de magie dont je suis l'auteur que je place un pareil conseil, je conseille fortement aux personnes nerveuses, faibles, crédules, hystériques, superstitieuses, dévotes, sottes, sans énergie, sans volonté, de ne jamais ouvrir un livre de magie, de fermer celui-ci si elles l'ont ouvert, de ne pas écouter ceux

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qui parlent des sciences occultes, de s'en moquer, de n'y jamais croire et de boire frais, comme le disait le grand magicien pantagruéliste, l'excellent curé de Mention.

Pour ce qui est des sages (et il est temps de nous occuper d'eux après avoir fait la part des fous), pour ce qui est donc des sages, ils n'ont guère d'autres maléfices à craindre que ceux de la fortune; mais comme ils sont prêtres et médecins, ils peuvent être appelés à guérir des maléficiés, et voici comment ils devront s'y prendre :

Il faut engager la personne maléficiée à faire un bien quelconque à l'envoûteur, à lui rendre un service qu'il ne puisse pas refuser, et à tâcher de l'amener, soit directement, soit indirectement, à la communion du sel.

La personne qui se croira envoûtée par l'exécration et l'enterrement du crapaud devra porter sur elle un crapaud vivant dans une boite de corne.

Pour l'envoûtement par le cœur percé, il faudra faire manger à la personne malade un cœur d'agneau assaisonné avec de la sauge et de la verveine, et lui faire porter un talisman de Vénus ou de la lune contenu dans un sachet plein de camphre et de sel.

Pour l'envoûtement parla figure de cire, il faut faire une figure plus parfaite, lui mettre de la personne même tout ce qu'elle pourra donner, lui attacher au cou les sept talismans, la placer au milieu d'un grand pantacle représentant le pentagramme, et la frotter légèrement tous les jours d'un mélange d'huile et de baume, après avoir prononcé la conjuration des quatre pour détourner l'influence des esprits élémentaires. Au bout de sept / jours, il faudra brûler l'image dans le feu consay cré , et l'on pourra être sûr que la statuette fabrif quée par l'envoûteur perdra au même moment toute sa vertu.

Nous avons déjà parlé de la médecine sympathique de Paracelse, qui médicamentaif des membres de cire et opérait sur le sang rendu par les plaies pour guérir les plaies elles-mêmes. Ce système lui permettait l'emploi des remèdes les plus violents ; aussi avait-il pour spécifiques principaux le sublimé et le vitriol. Nous croyons que Phomœopathie est une réminiscence des théories de Paracelse et un retour à ses pratiques savantes. Mais nous aurons à revenir sur ce sujet dans un traité tout spécial qui sera consacré exclusivement à la médecine occulte.

Les vœux des parents engageant l'avenir de leurs enfants sont des envoûtements qu'on ne saurait trop condamner : les enfants voués au blanc, par exemple, ne prospèrent presque jamais; ceux qu'on vouait autrefois au célibat tombaient ordinairement dans la débauche, ou tournaient au désespoir et à la folie. Il n'est pas permis à l'homme de violenter la destinée, encore moins d'imposer des entraves au légitime usage cle la liberté.

Nous ajouterons ici , en manière de supplément et d'appendice à ce chapitre , quelques mots sur les mandragores et les androïdes, que plusieurs magistes confondent avec les figurines de cire qui servent aux pratiques des envoûtements.

La mandragore naturelle est une racine chevelue qui présente plus ou moins , dans son ensemble ? soit la figure d'un homme, soit celle des parties viriles de la génération. Cette racine est légèrement narcotique, et les anciens lui attribuaient une vertu aphrodisiaque qui la faisait rechercher parles sorcières de la Thessalie pour la composition des philtres.

Cette racine est-elle, comme le suppose un cer-

tain mysticisme magique, le vestige ombilical de notre origine terrestre? C'est ce que nous n'oserions sérieusement affirmer. Il est certain cependant que l'homme est sorti du limon de la terre : il a donc dû s'y former en première ébauche sous la forme d'une racine. Les analogies de la nature exigent absolument qu'on admette cette notion, au moins comme une possibilité. Les premiers hommes eussent donc été une famille de gigantesques mandragores sensitives que le soleil eût animées, et qui d'elles-mêmes se seraient détachées de la terre, ce qui n'exclut en rien et suppose même, au contraire, d'une manière positive, la volonté créatrice et la coopération providentielle de la première cause, que nous avons raison d'appeler Dieu.

Quelques anciens alchimistes, frappés de cette idée, ont révéla culture de la mandragore, ont cherché à reproduire artificiellement une bourbe assez féconde et un soleil assez actif pour humaniser de nouveau cette racine et créer ainsi des hommes sans le concours de femmes.

D'autres, qui croyaient voir dans l'humanité la synthèse des animaux, ont désespéré d'animer

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la mandragore ; mais ils ont croisé les accouplements monstrueux, et ont jeté la semence humaine en terre animale, sans produire autre chose que des crimes honteux et des monstres sans postérité.

La troisième manière de former l'androïde, c'est par le mécanisme galvanisé. On attribue à Albert le Grand un de ces automates presque intelligent, et l'on ajoute que saint Thomas le brisa d'un seul coup de bâton, parce qu'il était embarrassé de ses réponses. Ce conte est une allégorie. L'androïde d'Albert le Grand, c'est la théologie aristotélicienne de la scolastique primitive, qui fut brisée par la Somme de saint Thomas, ce hardi novateur qui substitua le premier la loi absolue de la raison à l'arbitraire divin, en osant formuler cet axiome, que nous ne craignons pas de répéter à. satiété, puisqu'il émane d'un pareil maître: Une chose n'est pas juste parce que Dieu le veut; mais Dieu le veut parce qu'elle est juste.

L'androïde réel, l'androïde sérieux des anciens, était un secret qu'ils cachaient à tous les regards, et que Mesmer le premier a osé divulguer de nos jours : c'était l'extension de la volonté du mage

dans un autre corps, organisé et servi par un esprit élémentaire ; en d'autres termes plus modernes et plus intelligibles, c'était un sujet magnétique.

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