‹ Dogme et rituel de la haute magieChapitre 19 sur 66 · LE GRAND OEUVRE · texte numérisé non relu

LE GRAND OEUVRE

Être toujours riche, toujours jeune et ne jamais mourir : tel a été de tout temps le rêve des alchimistes.

Changer en or le plomb, le mercure et tous les autres métaux, avoir la médecine universelle et Félixir de vie : tel est le problème à résoudre pour accomplir ce souhait et réaliser ce rêve.

Comme tous les mystères magiques, les secrets du grand oeuvre ont une triple signification: ils sont religieux, philosophiques et naturels.

L’or philosophal, en religion, c’est la raison absolue et suprême; en philosophie, c’est la vérité; dans la nature visible, c’est le soleil ; dans le monde souterrain et minéral, c’est l’or le plus parfait et le plus pur.

C’est pour cela qu’on appelle la recherche du grand œuvre la recherche de l’absolu, et qu’on désigne cet œuvre même par le nom d’œuvre du soleil ^

Tous les maîtres de la science reconnaissent

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qu’il est impossible d’arriver aux résultats matériels si l’on n’a pas trouvé clans les deux degrés sup<‘rieurs toutes les analogies de la médecine universelle et de la pierre philosophale.

Alors, disent-ils, le travail est simple, facile et peu dispendieux; autrement, il consume infructueusement la fortune^ la vie des souffleurs.

La médecine universelle, pour l’âme, c’est la raison suprême et la justice absolue; pour l’esprit, c’est la vérité mathématicjue etpratic[ue; pour le corps, c’est la quintessence , qui est une combinaison de lumière et d’or.

La matière première du grand œuvre, dans le monde supérieur, c’est l’enthousiasme et l’activité ; dans le monde intermédiaire, c’est l’intelligence et l’industrie ; dans le monde inférieur, c’est le travail ; et clans la science, c’est le soufre, le mercure et le sel, qui, tour à tour volatilisés et fixés, composent l’azoth des sages.

Le soufre correspond à la forme élémentaire du feu, le mercure à l’air et à l’eau, et le sel à la terre.

Tous les maîtres en alchimie qui ont écrit sur le grand œuvre ont employé des expressions symboliques et figurées, et ils ont dû le faire, tant pour .

RITIJKL DK LA HAUTK MAGIE.

eloigner les proiaues d’uii travail dangereux pour eux qiu? pour se faire bien entendre des adeptes en leur révélant le monde entier des analogies que régit le dogme unique et souverain d’flermès.

Ainsi, pour eux, l’or et l’argent sont le roi et la reine, ou la lune et le soleil; le soufre, c’est l’aigle volant; le mercure, c’est l’androgyne ailé et barbu mon té sur un cube et couronné de flammes ; la matière ou le sel, c’est le dragon ailé; les métaux en ébullition sont des lions de diverses couleurs; enfin l’œuvre tout entière a pour symbole le pélican et le phénix.

L’art hermétique est donc en même temps une religion, une philosophie et une science naturelle. Comme religion, c’est celle des anciens mages et des initiés de tous les temps; comme philosophie, on peut en retrouver les principes dans l’école d’Alexandrie et dans les théories de Pythagore ; comme ^ science, il faut en demander des procédés à Paracelse, à Nicolas Flamel et à Raymond Lulle.

La science n’est réelle que pour ceux qui admettent et comprennent la philosophie et la religion, et ses procédés ne peuvent réussir qu’à l’adepte

lÆ GRAND OEUVRE.

parvenu à la volonté souveraine, et devenu ainsi le roi du monde élémentaire ; car le grand agent de l’opération du soleil, c’est cette force décrite dans le symbole d’Hermès de la table d’émeraude; c’est la puissance magique universelle; c’est le moteur spirituel igné; c’est l’od, selon les Hébreux, et la lumière astrale, suivant l’expression que nous avons adoptée dans cet ouvrage.

C’est là le feu secret, vivant et philosophal, dont tous les philosophes hermétiques ne parlent qu’avec les plus mystérieuses réserves ; c’est là le sperme universel dont ils ont gardé le secret, et qu’ils représentent seulement sous la figure du caducée d’Hermès.

Voici donc le grand arcane hermétique, et nous le révélons ici pour la première fois clairement et sans figures mystiques : ce que les adeptes appellent matières mortes ce sont les corps tels qu’ils se trouvent dans la nature; les matières vives sont des substances assimilées et magnétisées par la science et la volonté de l’opérateur.

En sorte que le grand œuvre est quelque chose de plus qu’une opération chimique : c’est une véritable création du verbe humain initié à la puissance du verbe de Dieu môme.

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Ce texte hébreu, que nous transcrivons comme preuve de l’authenticité et de la réalité de notre découverte, est du rabbin juif Abraham, le maître de Nicolas Flarnel, et se trouve dans son commentaire occulte sur le Sepher-Jezirah, le livre sacré de la Cabale. Ce commentaire est fort rare; mais les puissances sympathiques de notre chaîne nous en ont fait trouver un exemplaire qui a été conservé jusqu’en 16/i3 dans la bibliothèque de l’église protestante de Rouen. On y lit, écrit sur la première page : Ex dono; puis un nom illisible: Dei magni.

La création de l’or dans le grand œuvre se fait par transmutation et par multiplication.

Raymond Lulleditque, pour faire de l’or, il faut de l’or et du mercure ; que, pour faire de l’argent, il faut de l’argent et du mercure. Puis il ajoute: « J’entends par le mercure cet esprit minéral si fin et si épuré qu’il dore même la semence de l’or et

lÆ (iRAND OEUVRE.

argente celle de l’argent. » Nul limite qu’il ne parle ici de l’od ou lumière astrale.

lx‘ sel et le soufre ne servent dans l’œuvre qu’à la préparation du mercure, et c’est au mercure surtout qu’il faut assimiler et comme incorporer l’agent magnétique. Paracelse, Raymond Liille et Nicolas Flamel paraissent seuls avoir connu parfaitement ce mystère. Basile Valentin etleTrévisan l’indiquent d’une manière imparfaite et qui peut être interprétée autrement. Mais les choses les plus curieuses que nous ayons trouvées à ce sujet sont indiquées

par les figures mystiques et les légendes magiques d’un livre d’Henri Khunrath intitulé: Amphüheairum sapientiœ œternœ.

Khunrath représente et résume les écoles gnostiques les plus savantes, et se rattache dans la symbolique au mysticisme de Synésius. Il affecte le christianisme dans les expressions et dans les signes; mais il est facile de reconnaître que son Christ est celui des Abraxas, le pentagramme hmuneux rayonnant sur la croix astronomique, l’incarnation dans l’humanité du roi-soleil célébré par l’empereur Julien; c’est la manifestation lumineuse et vivante de ce Ruach-Elhoimqui, suivant Moïse, couvrait et travaillait la surface des eaux à la nais-

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sance du luondiî; c’est riioimue-suleil, c’est le roi de lumière, c’est le mage suprême, maître et vaiiicpieur du serpent , et il trouve dans la quadruple légende des évangélistes la clef allégorique du grand œuvre. Dans un des pantacles de son livre magique, il représente la pierre philosophale debout au milieu d’une forteresse entourée d’une enceinte à vingt portes sans issues. Une seule conduit au sanctuaire du grand œuvre. Au-dessus de la pierre est un triangle appuyé sur un dragon ailé, et sur la pierre gravé le nom du Christ qu’il qualifie d’image symbolique de la nature entière. « C’est par lui seul, ajoute-t-il, que vous pouvez parvenir à la médecine universelle pour les hommes, pour les animaux, pour les végétaux et pour les minéraux. » Le dragon ailé, dominé par le triangle, représente donc le Christ de Khum^ath, c’est-à-dire l’intelligence souveraine de la lumière et de la vie ; c’est le secret du pentagramme, c’est le plus haut mystère dogmatique et pratique de la magie traditionnelle. De là au grand et à jamais incommunicable arcane il n’y a qu’un pas.

Les figures cabalistiques du juif Abraham, qui donnèrent à Flamel l’initiative de la science, ne sont autres que les vingt-deux clefs du Tarot, imi-

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