CHAPITRE XV
LE SABBAT DES SORCIERS
Nous voici revenus à ce terrible nombre (luiiize, qui, dans la clavicule du tarot, présente pour symbole un monstre debout sur un autel, portant une mitre et des cornes, ayant un sein de femme et les parties sexuelles d’un homme, une chimère, un sphinx difforme, une synthèse de monstruosités; et, au-dessous de cette figure, nous lisons en inscription toute franche et toute naïve : le diable.
Oui , nous abordons ici le fantôme de toutes les épouvantes, le dragon de toutes les théogonies, l’Arimane des Perses, le Typhon des Égyptiens, le Python des Grecs, l’antique serpent des Hébreux, la vouivre, le graouilli, la tarasque, la gargouille, la grande bêle du moyen âge, pis encore que tout cela, le Baphomet des templiers, l’idole barbue des alchimistes, le dieu obscène de Mendès, le bouc du sabbat.
Nous donnons en tête de ce Rituel la figure exacte de ce terrible empereur de la nuit avec tous ses attributs et tous ses caractères.
CERCLE GOETIQÜE
Des Évocations noires et des Pactes (page 208).
IA- SABBAT DBS SÜRCIBIIS.
Disons mainleiuini, j)onr réditicalion du vul- , gaire, pour la salisi’acliou de M. le eouite de Mirville, pour la jiistiücatiou de Bodiu le démoiiomane, pour la plus grande gloire de l’Église, qui a persécuté les templiers, brûlé les magiciens, excommunié les francs-maçons, etc., etc.; disons hardii ment et hautement que tous les initiés aux sciences occultes (je parle des initiés inférieurs et profanai leurs du grand arcaoe) ont adoré, adorent encore et adoreront toujours ce qui est signifié par cet . épouvantable symbole.
Oui, dans notre conviction profoilde, les grands ; maîtres de l’ordre des templiers adoraient le Baphoinet et le faisaient adorer à leurs initiés; oui, il a
• existé et il peut exister encore des assemblées pré- 'sidées par cette figure, assise sur un trône avec sa I torche ardente entre les cornes; seulement les ado- 1 rateurs de ce signe ne pensent pas comme nous, que
• ce soit la représentation du diable, mais bien celle
• du dieu Pan, le dieu de nos écoles de philosophie I moderne, le dieu de théurgistes de l’école d’A- I lexandrie et des mystiques néoplatoniciens de nos 1 jours, le dieu de Lamartine et de M. Victor Cousin, lie dieu de Spinosa et de Platon, le dieu des écoles .-guosti(|ues primitives; le Christ même du sacerdoce
T. II
RiriJKL DE LA HAUTE MAGIE.
ilissicleiit; et cette dernière (jiialitication (loiiiiep an bono de la magie noire n’étonnera pas ceux qui étudient les antiquités religieuses et qui ont suivi dans leurs diverses transformations les phases du symbolisme et du dogme soit dans l’Inde, soit dans l’figypte, soit dans la J udée.
Le taureau, le chien et le bouc, sont les trois animaux symboliques de la magie hermétique dans, laquelle se résument toutes les traditions de l’Égypte et de l’Inde. Le taureau représente la terre ou le sel des philosophes; le chien, c’est Hermanubis, le Mercure des sages, le fluide, l’air et l’eau : le bouc représente le feu, et il est en même temps le symbole de la génération .
En Judée on consacrait deux boucs, l’un pur, l’autre impur. Le pur était sacrifié en expiation des péchés; l’autre, chargé par imprécation de ces mêmes péchés, était envoyé en liberté dans le désert. Chose étrange, mais d’un symbolisme profond ! la réconciliation par le dévoùmenf et l’expiation par la liberté ! Or, tous les pères qui se sonl occupés du symbolisme juif ont reconnu dans le bouc immolé la figure de celui qui a pris, disentils, la forme même du péché. Donc les gnostiques n’étaient pas en dehors des traditions symboliques
LE SABBAT DES SORCIERS
lors((ivils cloiinaiem au Christ libérateur la figure mystique du bouc.
Toute lakalibaleettoutcla magie se partagent eu efïet entre le culle du bouc sacrifié et celui du bouc einissaire. 11 y a donc la magie du sanctuaire et celle du désert, l’église blanche et l’église noire, le sacerftoce des assemblées publiques et le sanhédrin du ^sabbat.
Le bouc qui est représenté dans notre frontispice porte sur le front le signe du pentagramme, la pointe en haut, ce qui suffit pour en faire un 'Symbole de lumière ; il fait des deux, mains le signe ■ de foccultisme, et montre en haut la lune blanche .de Cbesed., et en bas la lune noire de Géburah. Ce 'Signe exprime le parfait accord de la miséricorde avec la justice. L’un de ses bras est féminin, f autre nnasculin, comme dans l’androgyne de Khunrath fdont nous avons dû réunir les attributs à ceux de ( notre bouc, puisque c’est un seul et même sym- Ihole. Le flambeau de l’intelligence qui brille entre <ses cornes, est la lumière magique de l’équilibre ‘Universel: c’est aussi la figure de l’âme élevée au- < dessus de la matière, bien que tenant à la matière
' même, comme la flamme tient au flambeau. La
itête hideuse de l’animal exprinie l’horreur du pé-
UlTUtL DE l.A HAUTE MAGIE.
clié, düiil ragent materiel, seul respoiisalile, doit seul et à jamais porter la peine: car l’àme e.st impassible desa nature, et n’arrive à souifrirqu’en se matérialisant. Le caducée, (]ui tient lieu de l’organe générateur, représente la vie éternelle; le ventre couvert d’écailles c’est l’eau ; le cercle qui est audessus, c’est l’atmosphère; les plumes qui viennent ensuite sont l’emblème du volatile; puis l’humanité est représentée par les deux mamelles et les bras androgynes de ce sphinx des sciences occultes.
Voilà les ténèbres du sanctuaire infernal dissipées, voilà le sphinx des terreurs du moyen âge deviné et précipité de son trône: quomodo cecidisti^ Lucifer’} Le terrible Baphomet n’est plus, comme toutes les idoles monstrueuses énigmes de la science antique et de ses rêves qu’un hiéroglyphe innocent et même pieux. Comment l’homme adorait-il la bête, puisqu’il exerce sur elle un souverain empire? Disons, pour l’honneur de l’humanité, qu’elle n’a jamais adoré les chiens et les boucs plus que les agneaux et les pigeons. En fait d’hiéroglyphe, pourquoi pas un bouc aussi bien qu’un agneau ? Dans les pierres sacrées des cbrétiens gnostiques de la secte de Basilidès, on voit des re’présentations du Christ sous
LE SABBAT DES SORCIERS
les diverses figures des animaux de la Kabbale: ttaiilôt c’est im taureau, tantôt un lion, tantcM un 'Serpent à tête de lion ou de taureau ; paiiout il porte en même temps les attributs de la lumière comme notre bouc que son signe du pentagramme : défend de prendre pour une des images fabuleuses de Satan.
Disons bien haut, pour combattre des restes de I manichéisme qui se révèlent encore tous les jours ichez nos chrétiens, que Satan, comme personnalité ^supérieure et comme puissance n’existe pas. Satan
fc’est la personnification de toutes les erreurs, de ttoùtes les perversités, et par conséquent aussi de doutes les faiblesses. Si Dieu peut être défini celui iqui existe nécessairement, ne peut-on pas définir vson antagoniste et son ennemi, celui qui nécessairrement n’existe pas?
L’affirmation absolue du bien implique la négattion absolue du mal; aussi dans la lumière l’ombre t-elle-même est lumineuse. C’est ainsi que les esprits l'égarés sont bons par tout ce qu’ils ont d’être et (de vérité. Il n’y a pas d’ombres sans reflets ni de ! nuits sans lune, sans phosphores et sans étoiles. Si d’enfer est une justice, c’est un bien. Personne n’a i jamais blasphémé Dieu. Les injures et les moque-
lUTI lil- mi LA IIAIJTL MAGlIi.