I.l>: SABBAT DBS SORCIERS
(|n’on fixera aux quatre coins avec les (jualre clous (lu supplicié ; près des quatre clous et en dehoi’s du cercle ou placera la tète de chat, le crâne liui main ou plutcM inhumain , les cornes de houe et , la chauve-souris; on les aspergera avec un rameau de bouleau trempé dans le sang de la victime, puis on allumera un feu de bois d’aune et de cyprès ; les deux chandelles magiques seront placées à droite et à gauche de l’opérateur dans les couronnes de verveine. (Voir la figure en tête de ce chapitre.)
On prononcera alors les formules d’évocation qui se trouvent dans les éléments magiques de Pierre d’Apono ou dans les grimoires, soit manuscrits , soit imprimés. Celle du Grand Grimoire, répétée dans le vulgaire. Dragon rouge, a été volontairement altérée à l’impression. La voici telle qu’il faut la lire :
«Per Adonaï Eloïm, Adouaï .leliova, Adonaï Sabaoth, Metraton On Agla Adonaï Mathon, verhum pythonicum, mysterium salamandræ, conventus sylphorum , antra gnomorum, dæmonia Cœli Gad, Almousin, Gibor, .Tehosua, Evam, Zariatnatmik, veni, veni, veni.
La grande appellation d’ Agrippa consiste seule-
t2oü IlITUlil, Dli LA HAUTL MAGIL.
uieiil driiis ces paroles: Dies mies .Ieschet bok\e- ÜOESEF DüUVEMA ENITEMAÜS. NoUS 116 llOUS llallOlJS
pas de comprendre le sens de ces paroles qui peutêtre n’en ont aucun, et ne doivent en avoir du moins aucun qui soit raisonnable, puisqu’elles ont la puissance d’évoquer le diable, qui est la souveraine déraison.
Pic de la Mirandole, sans doute par le même motif, affirme qu’en magie noire les mots les plus barbares et les plus absolument inintelligibles sont les plus efficaces et les meilleurs.
Les conjurations se répètent en haussant la voix et avec des imprécations, des menaces, jusqu’à ce que l’esprit réponde. Il est ordinairement précédé, lorsqu’il va paraître, d’un vent violent qui semble faire hurler toute la campagne. Les animaux domestiques tremblent alors et se cachent ; les assistants sentent un souffle devant leur visage, et leurs cheveux humectés d’une sueur froide se dressent sur leur tète.
La grande et suprême appellation, suivant Pierre d’Apono, est celle-ci :
« Hemen~Étan! Hemen-Etan! Hemen-Etan I EP Ati* Titeip* Azia* Hyn* Teü* Minosel* Achadon’^ vay* vaa* Eye* Aaa‘ Eie^ Exe* A EL EL EL A^
lÆ SABBAT UES SORCIERS.
Hy ! HAU ! UAU! HAU! HAU! VA ! . VA ! va! va!
CHAYA.TOTH.
Aie Saraye, aie Saraye, aie Saraye! per Eloym, Archirna, Rabin*, Bathas super Abrac rueiis superveiiiens Abeor super ABER.EKO/Kivcijoth! Ohuvüjoth ! Chavajoth! impero tibi per clavem Salomonis et nomen magnum Semuamphoras. »
Voici maintenant les signes et signatu res ordinaires des démons :
Ce sont là les signatures des simples démons; voici les signatures officielles des princes de l’enfer, signatures constatées juridiquement (juridiquement ! 0 M. le comte de Mirville I), et conservées dans les archives judiciaires comme pièces de cou-
HlTUKl. DK K\ IIAUTK MAGIK.
vicliou pour le procès du mallieureux Uri)am (jraii- (lier.
Ces signatures sont apposées au bas d’un pacte dontM. Collin de Plancy adonné le fac-similé dans l’atlas de son Dictionnaire infernal, et qui porte en apostille: « La minute est en enfer, dans le cabinel de Lucifer» , renseignement assez précieux sur une localité fort mal connue et sur une époque si voisine encore de nous, antérieure pourtant au procès des jeunes Labarre et d’Étalonde, qui, comme tout le monde le sait, furent contemporains de Vi'dtaire.
LK SABBAT DES SORCIERS
Les évocations étaient souvent suivies tlo pactes.
• qu’on écrivait sur dn parchemin de peau de l)Ouc . avec une plume de fer et une goutte de sang qu’on devait se tirer du bras gauche. La cédule était double : le malin en emportait une, et le réprouvé volontaire avalait l’autre. Les engagements réciproques étaient, pour le démon, de servir le sorcier pendant un certain nombre d’années, et, pour le sorcier, d’appartenir au démon après un temps déterminé. L’Église, dans ses exorcismes, a consacré la croyance à toutes ces choses, et l’on peut dire que la magie noire et son prince ténébreux .sont une création réelle, vivante, terrible, du catholicisme romain ; qu’ils en sont même l’œuvre spéciale et caractéristique, car les prêtres n’inventent pas Dieu. Aussi les vrais catholiques tiennent-ils du fond de leur cœur à la conservation, à la régénération même de ce grand œuvre qui est la pierre philosophale du culte officiel et positif. On dit que, dans la langue des bagnes, les malfaiteurs appellent le diable le boulanger : tout notre désir, et nous parlons ici non plus en magi.ste, mais en enfant dévoué du christianisme et de l’Église, à laquelle nous devons notre première éducation et nos premiers enthousiasmes, tout notre désir, disons-nous, est
’2'6l\ ritui-:l de i-a iivute magie.
(jiie le laiiLônie de Satan ne puisse plus ôlie appelé aussi le boulanger des ministres de la murale et des l'eprésentantsde la plus haute vertu. Cornprendrat-on notre pensée, et nous pardonnera-t-on la hardiesse de nos aspirations en faveur de nos intentions dévouées et de la sincérité de notre foi?
La magie créatrice du démon, cette magie qui a dicté le Grimoire du pape Honorius, rEnchiri-
dion de Léon III, les exorcismes du Rituel, les sen-
tences des inquisiteurs, les réquisitoires de Laubardemont, les articles de MM. Yeuillot frères, les livres de MM. de-Falloux, de Montalembert, de Mirville, la magie des sorciers et des hommes pieux qui ne le sont pas est quelque chose de vraiment condamnable chez les uns, et d’infiniment déplorable chez les autres. C’est surtout pour combattre, en les dévoilant, ces tristes aberrations de l’esprit humain, que nous avons publié ce livre. Puisse- t-il servir au succès de cette œuvre sainte !
Mais nous n’avons pas encore montré ces œuvres impies dans toute leur turpitude et dans toute leur montrueuse folie; il faut remuer la boue sanglante des superstitions passées, il faut compulser les annales de la démonomanie, pour concevoir certains forfaits que l’imagination seule n’inventerait pas.
lÆ SAülîAT DKS SÜRCIKRS.
[ iLe cabaliste Bodin, Israélite de conviction ctcalholiqiie par nécessité, n’a eu d’autre intention, dans Nsa Démononianie des sorciers, que d’atteindre le .catholicisme dans ces œuvres, et de le saper dans de plus grand de tous les abus de sa doctrine.
1 L’œuvre de Bodin est profondément machiavélique t.et frappe au cœur les institutions et les hommes iqu’il semble défendre. On s’imaginerait difficileiment, sans l’avoir lu, tout ce qu’il a ramassé et (entassé de choses sanglantes et hideuses^ d’actes de ïsuperstition révoltante, d’arrôts et d’exécutions d’une férocité stupide. Brûlez tout ! semblaient dire I les inquisiteurs. Dieu reconnaîtra bien les siens ! De ] pauvres fous, des femmes hystériques, des idiots, 'étaient brûlés sans miséricorde pour crime de ma- . gie ; mais aussi que de grands coupables échap- : paient à cette injuste et sanguinaire justice ! C’est ce que Bodin nous fait entendre lorsqu’il nous raconte des anecdotes du genre de celle qu’il place à la mort du roi Charles IX. C’est une abomination peu connue et qui n’a encore, que nous sachions, môme aux époques de la plus fiévreuse et de la plus désolante littérature, tenté la verve d’aucun romancier.
Atteint d’un mal dont aucun médecin ne pouvait
découvrir la cause ni expliquer les eflVayauls symptômes, le roi Charles IX allait mourir. La reinemère, qui le gouvernait entièrement et qui pouvait tout perdre sous un autre règne ; la reine-mère, qu’on a soupçonnée de cette maladie, contre ses intérêts mêmes, parce qu’on supposait toujours à cette femme, capable de tout, des ruses cachées et des intérêts inconnus, consulta d’abord ses astrologues pour le roi, puis eut recours à la plus détestable des magies. L’état du malade empirant de jour en jour et devenant désespéré, on voulut consulter l’oracle de la tête sanglantej et voici comment on procéda à cette infernale opération :
On prit un enfant, beau de visage et innocent de mœurs ; on le fit préparer en secret à sa première communion par un aumônier du palais; puis, le jour venu, ou plutôt la nuit du sacrifice arrivée, un moine, jacobin apostat et adonné aux œuvres occultes de la magie noire, commença à minuit, dans la chambre du malade, et en présence seulement de Catherine de Médicis et de ses affidés, ce qu’on appelait alors la messe du diable.
A cette messe, célébrée devant l’image du démon, ayant sous ses pieds une croix renversée, le sorcier consacra deux hosties, une noire et une
Ll<: SAIJIJAT DES SORCIERS.
hlaiiclie. La blanche fut donnée à l’enfant, qu’on amena vôtn comme pour le baptême, et (pii fut égorgé sur les marches mômes de l’autel aussitôt après sa communion. Sa tête, détachée du tronc d’un seul coup, fut placée, toute palpitante, sur la ; .grande hostie noire qui couvrait le fond de la pa- . tène, puis apportée sur une table où brûlaient des . lampes mystérieuses. L’exorcisme alors commença,
; -et le démon fut mis en demeure de prononcer un ! oracle et de répondre par la bouche de cette tête à une question secrète que le roi n’osait faire tout I haut, et n’avait même confiée à personne. Alors : lune voix faible, une voix étrange et qui n’avait plus irien d’humain, se fit entendre dans cette pauvre ; petite tête de martyr. « J’y suis forcé » , disait cette voix eu latin : Vim patior. A cette réponse, qui annonçait sans doute au malade que l’enfer ne le protégeait plus, un tremblement horrible le saisit, ses bras se roidissent... Il crie d’une voix rauque :
« Eloignez cette tête ! él^oignez cette tête ! » et jusipi’à son dernier soupir on ne l’entendit plus dire autre chose. Ceux qui le servaient, et qui n’étaient pas dans la confidence de cet affreux mystère , crurent qu’il était poursuivit par le faptôme de Coligny, et qu’il croyait revoir devant lui la tète
UiTtJKL DE DA HAUTE MAUlk:.
de r illustre amiral ; mais ce (lui agitait le mourant, ce n’était déjà plus un remords, c’était une épouvante sans espoir et un enfer anticipé.
Cette noire légende magique de Bodin rappelle les abominables pratiques et le supplice bien mérité de ce Gilles de Laval, seigneur de Raiz, qui passa de l’ascétisme à la magie noire, et se livra, pour se concilier les bonnes grâces de Satan, aux plus révoltants sacrifices. Cet aliéné déclara dans sou procès que Satan lui était souventes fois apparu, mais l’avait toujours trompé en lui promettant des trésors qu’il ne lui donnait jamais. 11 résulta des informations juridiques que plusieurs centaines de malheureux enfants avaient été les victimes de la cupidité et des imaginations atroces de cet assassin.
LFS ENVOUTEMENTS ET LES SORTS.