EN ROUTE
Au mois d'avril 1660, Dollard des Ormeaux conçoit le projet d'aller porter la guerre à l’ennemi au-dessus de Montréal, “ ce qu’on n’avait point encore tenté” (1).
Il en reçoit la permission du gouverneur de lîle et embauche un certain nombre de jeunes gens. M. Doilier parle de 15 ou 16, au premier départ, puis d’un dix-septième, au second. Or il meurt trois personnes le 19 avril, et ils étaient 17 au Long-Sault ; la troupe devaii donc se composer, tout d’abord, de 19 volontaires, ou bien, suivant l’hypothèse de l’abbé Füaillon, Dollard s’adjoignit trois nouveaux combattants la seconde fois.
C’est le jeune commandant qui semble faire la plus grande partie des frais de l’expédition, sinon tous, puisqu’il emprunte, quatre jours avant son départ, la somme de 48 livres de Jean Aubuchon. C’est, probablement, aussi vers le même temps qu’il obtient la somme de 30 livres du chirurgien Chartier et une autre somme du notaire Basset (2).
(1) Dollier de Casson—Histoire du Montréal, 1868, p. 143. Sans faire de rapprochement, on peut noter que deux ans auparavant, Chouart et Radisson passaient à Montréal, en route pour les grands lacs. Cette expédition se fit tuer 13 hommes et plusieurs de ceux qui la composaient rebroussèrent chemin. Voir Dionne, Chouart & Radisson, p. 49.
(2) Voir page 25.
Le but de ces braves, suivan: M. de Casson, était de “faire quelque coup de main ” (1) ; suivant l’abbé Faillon, d'aller à la rencontre de l’armée de barbares qui voulaient annihiler les Français du Canada (2) et, suivant le testament de Valets, reproduit plus loin “ de courir sur les petites bandes iroquoises ” ; ce qui laisserait supposer qu’:ls partaient faire ce qu’on nommerait, aujourd’hui, une guerre d’escarmouches ou de guérillas.
Quoiqu'il en soit, l’entreprise est hasardeuse et ceux qui y prennent part ‘font le pacte de ne pas demander quartier ”, se confessent, communient et, ajoute M. de Casson, décideni ‘tous de faire leur testament.”
Le 19 avril, nos braves se mettent en route.
L’exrédition est à peine rendue à une île que l’abté Faillon croit être l’île Saint-Paul, qu’elle vient en contact avec une bande iroquoise. Après un court engagement, l'ennemi s’enfuit, mais Duva! est tué, puis Juillet et Soulard se noient accidentellement, en veulant échapper aux Iroquois (3).
L’abté de Casson n'indique pas la cause de l’accident , mais s'inspirant d’un autre passage de cette historien, l’abbé Faillon conjecture que Juillet et Soulard durent leur trépas à leur inhabileté.
Cela nous semble difficile à admettre pour Juillet, et nous en parlons à sa notice,
Dollard revient à Montréal avec les dépouilles de l’ennemi et repart aussitôt.
M. de Casson dit que l’expédition est arrêtée pendant huit jours à Sainte-Anne-du-Bout-de-lIle .. “ par un petit rapide,” et c’est ici qu’il attribue le délai à leur manque d'expérience dans l’art de ramer.
(1) Histoire du Montréal, p. 143.
(2) Histoire de la Colonie française, Il, 397.
(3) Histoire du Montréal, Note de M. Jacques Viger, p. 144.
Ne serait-ce pas, plutôt, la crue des eaux, les glaces, une divergence d’opinion entre les Français et les Sauvages de la troupe, etc., qui auraieut occasionné ce retard ?
Le combat, parfaitement décrit par l’abbé Faillon, eut lieu le 25 ou le 26 mai, selon l’abbé Dollier qui se base, sans doute, gur l’acte de décès, mais c’est une erreur, car, ie 25 de mai, l'autorité procédait déjà, à Montréal, à l'inventaire des biens de Boisseau, et, le 26, à ceux de Valets et de Doussin CL}
Les abbés de Belmont et Faillon ont adopté, avec raison la date du 21 mai, qui est beaucoup plus vraisemblable.
La colonie montréalaise fut un cerlain temps sans connaître l'étendue exacte du désastre, puisque, après coup, on ajouta, en marge de l’acte de décès que Robert Jurie avaic réussi à s'échapper et qu'il avait gagné la France, ce qu semble être faux.