‹ Dollard des Ormeaux et ses compagnons;Chapitre 7 sur 12 · LES TESTAMENTS · texte numérisé non relu

LES TESTAMENTS

C’est à l'abbé de Casson que nous devons l’assertion qu'ils ‘firent tous leur testament ”, et comme elle est très plausible, on l’a généralement acceptée. Cependant, il faut noter qu’il écrit vers 1673, soit treize ans après l’événement et que le greffe de Ville-Marie, ainsi qu’on le verra bientôt, n’était probablement pas en état de l’éclairer, si tant est qu’il ait songé à cette source d'informations, car il paraît plutôt s’en tenir à la tradition.

Prenons, toutefois, son assertion à la lettre.

Etant donné que 20 personnes ont fait partie de cette expédition, il a dû exister 20 testaments.

(1) Comment expliquer que l'abbé Souart à pu écrire, le 3 juin, que le combat avait eu lieu 8 jours auparavant, alors que rien de ce qui se passait dans Montréal, qui n’était qu’un hameau, ne pouvait lui échapper ? Les mots ‘8 jours ” ne seraient-il pas mis ici pour une période de temps indéterminée ?

Eh bien! malgré les recherches ardues auxquelles les historiens, grands et petits, se sont livrés depuis un demisiècle et plus, on ne connaît que deux testaments.

Autant d’actes sous seing privé ou notariés auraient-ils pu disparaître ?

Nous sommes certains que cing des braves du Long- Sault savaient écrire et signer, or, à l’exception de celui de Tavernier, en date du 17 avril, aucun testament olographe n’a été retrouvé.

Six autres de ces braves déclarent dans des pièces publiques qu’ils ne savent signer et nous ignorons la science calligraphique des neuf derniers. En supposant que cinq de ces neuf ignoraient l’art d'écrire, ce qui n’est pas exagéré (1) Basset, le seul notaire à Montréal, aurait dû rédiger onze tes taments... et il n’y en a qu’un seul dans son étude : celu de Valets, en date du 18 avril.

Plus que cela, c’est le seul que ce même Basset mentionne dans le registre des ‘“ minutes du tabellionnage ” qu’il dresse en 1674.

Basset, avouonsle, ne fut pas un modèle d’ordre. Dans ses démêlés avec les seigneurs et le juge civil et criminel de Montréal, on lui reprocha de ne pas prendre soin des documents du greffe de la seigneurie (2)

Nous pouvons même ajouter qu'il n’a pas énuméré tous ses actes, dans le registre de 1674, car en faisant le répertoire de son étude, nous avons constaté plusieurs omissions ; toutefois, il faut lui rendre ce témoignage, qu’il n’a jamais oublié une telle quantité d’actes du même quantième.

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(1) Si l’on scrute les contrats d'engagements de 1653, on apercevra que six d’entre eux n’ont pas signé à ces contrats.

(2) Archives du Séminaire, 7 mars 1674.

(3) En effet, Basset semble avoir inscrit dans le registre du tabeïlionnage, presque tous les actes qu'il a fait de 1657 à 1663, comme notaire, greffier, arpenteur, ete. Après cette date, il cesse peu à peu d’y insérer ses actes notariés.

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L’abbé Ferland est le seul auteur qui laisse presque entendre qu’il aurait vu le plus précieux de ces testaments, celui de Dollard, mais il détruit toute confiance dans son assertion, en disant que le testateur aurait signé Daulard, ce qui est en contradiction absolue avec toutes les autres pièces publiques connues, notamment avec le billet que Dollard remet à Aubuchon, le 15 avril 1660.

D'ailleurs, vers l’époque où l’abbé Ferland préparait son Cours d'histoire, l'abbé Faillon, avec son armée de secrétaires, exécutiit des fouilles dans les archives du district de Montréal et ne trouvait que les testaments de Valets et de Tavernier (1), car il serait absurde de penser qu’il aurait passé celui de Dollard sous silence.

Ce testament de Valecs acquiert, aujourd'hui, une importance singulière par l’usage qu’on en a fait.

Contrairement, à ce que plusieurs ont cru jusqu’à nos

jours, l’abbé Faillon n’en donne que la substance, eb l’on ne reconnaîtrait pas le document en question, s’il n’avait eu la précaution de l'indiquer, suivant sa louable habitude.

Relisons ce passage :

“ Nous avons sous les yeux le testament d’un de ces héros chrétiens, dicté par lui-même, au notaire public de Ville-Marie, la veille même du départ, 18 avril 1660. Il déclare que : “ Désirani aller en partie de guerre, avec le sieur Dollard, pour courir sur les Iroquois, et ne sachant comment il plaira à Dieu de disposer de sa personne dans ce voyage, il institue, en cas qu’il vienne à périr, un héritier universel de tous ses biens, à la charge seulement de faire célébrer, dans la paroisse de Ville-Marie, quatre grand’s messes et d’autres pour le repos de son âme.” (Greffe de Ville-

(1) Il ne cite pas celui de Tavernier, mais la manière dont il païrle de ses sentiments religieux (voir plus loin, les notes concernant Tavernier } indique bien qu’il avait lu ses dernières dispositions.

Marie. Actes de Basset, 18 avril 1660. l'estament de Jean Vallets). (Faillon, H. de la C. F. IT, 414).

Si, maintenant, vous voulez bien comparer 1ivec la transcription exacte et entière que nous donnons de cette pièce, en plus de son fac-similé, à la fin de cette étude, vous noterez d’abord, qu’au lieu de ‘courir sur les Iroquois ”, 1l faut lire ‘cour (sic) sur les pettites bandes hiroquoises ”’ et plus loin, au lieu “ de sa personne en ce voyage ?, il faut lire : ‘“ de sa personne en ce dit voyage et d’autres ””... et plus loin, encore, au lieu de ‘ quatre grand’s-messes et d’autres ””, il faut lire : ‘ quatre grandes messes hautes” (1).

On le voit, l'abbé Faillon n’a pas cité un texte, ce n’est qu’un résumé d’où sont excius des mots essentiels, peut-être, pour la compréhension exacte de l’idée que le testateur se faisait de l’expédition dans laquelle il s’engageait.

Néanmoins, ce résumé nous permet de démontrer que d’autres historiens qui font allusion aux testaments de Dollard et ses compagnons comme s'ils les avaient eus sous les yeux, n’ont fa,c que copier ce qu’on vienc de lire.

Le très estimable et intéressent abbé Rousseau, par exemple, reproduit l’extrait d’un testament sans dire lequel, et on croirait qu'il le transcrit, mais c’est, à n’en pas douter dans Faillon qu’i puise : cela se constate par les omissions eb les erreurs de lecture que nous venons de signaler.

Voici le passage en question :

‘Ayant ainsi réglé avec le ciel, ils (Dollard et ses compagnons) voulurent aussi régler leurs affaires d’ici-bas, et l’on peut voir au greffe de cette ville le testament à peu près uniforme de ces héros chrétiens rédigés par maître Benigne Rasser (sic) (2), notaire publie, sous la date du 18 avril

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(1) Quotque bizarre, cette dernière expression se rencontre dans d’autres pièces.

(2) Simple coquille

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‘ Désirant aller en parti de guerre avec le sieur Dollard, - pour courir sus aux Iroquois et ne sachant comment il plaira à Dieu de disposer de ma personne dans ce voyage, j'institue —en cas que je vienne à périr—un tel héritier universel à tous mes biens, à la charge seulement de faire célébrer dans la paroisse de Ville-Marie, quatre grand'messes et d’autres pour le repos de mon âme.” (Rousseau, Histoire de la vie de M. Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, p. 152).

N'est-il pas évident qu’il s’est contenté du texte de l'abbé Faillon, et qu’il n’a, tout au plus, que changé “ sur les Iroquois ””, par ‘sus aux Iroquois ” et mis le pronom à la première personne ?

S’il était venu au greffe il n'aurait pas été aussi affirmatif.

Passons à Mgr Tanguay :

“ Nous avons, dit-il, retrouvé dans les minutes du greffe de Montréal, le testament de la plupart de ces braves, passé le 16 (sic) avril 1660. Une clause encre autres se lit comme SU :

‘ Désirant aller en parti de guerre avec le sieur Dollard pour courir sur les Frequois et ne sachant comment il plaira à Dieu de disposer de ma personne dans ce voyage, j'institue, en cas de mort, un héritier universel de tous mes biens, à la charge de faire célébrer, dans la paroisse de Ville-Marie, quatre grandes messes et d’autres pour le repos de mon âme.” (Tanguay, Mémoires de la Société royale, Le série I, 45).

C’est avec de légères variantes : “sur les Iroquois ” et ‘en cas de mort ”’ le texte de l’abbé Rousseau ou celui de l'abbé Faillon.

Mgr Tanguay ne semble done, pas plus que les autres, avoir “retrouvé les testaments ” qui nous occupent ; en outre, il commet, dans son récit, trois petites erreurs . le testament qu’il cite n’est pas du 16 avril, il donne à Doussin le prénom d’Etienne, et pour lui Grenet devient Guenet.

En fin de compte, ces testaments, s'ils ont existé, ne sont pas fous de la même date, ils n’ont pis fous été dressés

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