OL LA R D
Victime du devoir ? ? ?
LUCILE
Du devoir. Je jurais Qu'un jour mon fiancé reviendrait des forêts.
On crut mon cœur aveugle et ta mort trop certaine Parmi tant d’ennemis dans la forêt lointaine.
On demandait ma main, je plaidais nos amours. 14 Aïnsi, pendant deux ans, s’écoulèrent mes jours. LE Je te tairai mes pleurs, la chose n’est pas neuve. A la fin, mon tuteur, monsieur de Maisonneuve, Me dit sur le devoir des mots à retenir .
et —
“ Semence de berceaux pour les temps à venir
Afin que le pays, aux heures solennelles,
Aït des bras de héros, non des pleurs de prunelles,
Afin qu’il ait le nombre et son verbe puissant
Pour défendre les droits d’un peuple grandissant.”
Pour former ces héros j’admis qu’il faut des mères
Capables de porter les croix les plus amères
Et d'aider leurs époux à sauver le pays,
Même s’il faut un jour épauler les fusils.
La race de Dollard aurait été superbe, = |
Mais l’on me convainquit que tu dormais sous l’herbe,
‘Et je donnai ma main sans trahir mon serment.
Victime du devoir, j'attends ton jugement.
DOLLARD
Malheureux que je suis! je ne t'ai pas comprise Et je suis là brutal et je te martyrise.
Pour la première fois je fais pleurer tes yeux Quand le patriotisme y fait luire les cieux.
N’aurais-je pas dû voir, à ta douleur vivante, L’émoi qui tourmenta ton âme captivante
Dès que tu m’aperçus? N’aurais-je pas dû voir Combien tu n'es fidèle en faisant ton devoir Et qu’en perdant ta forme et ta beauté mortelle Je conserve l’amour de ton âme immortelle.
Je reçois des leçons de devoir cette nuit.
Je les méditerai pour chasser mon ennui.
Avant de te quitter je fais cette prière:
Pardonne à ma surprise et crois à ma misère. … J’ai souffert ! ! !
LUCILE
Pauvre ami ! ! !
DOLLARD
Pris par les Iroquois, Réduit en esclavage et flagellé parfois, Je méprisai leurs coups et bus tous les calices Chez ce peuple barbare, inventeur de supplices, C’est un bonheur pour eux, un simple passe-temps, De nous faire endurer les plus cruels tourments. Combien de fois, j’ai craint, voyant, à leurs ceintures Au gré des vents flotter de fraîches chevelures, Qu'ils ne t’eusse ‘, ces loups, traînée au fond des bois. Des martyrs du drapeau, des martyrs de la croix, J’ai vu les crânes nus orner les palissades, Ou servir de falots, la nuit, dans les bourgades. . Et j'ai frémi d’horreur, et j'attendais mon tour, Et je ne croyais plus moi-même à mon retour.
Un jour le fils d’un chef me prit sous sa tutelle. J’eus plus de liberté, plus d’espoir avec elle. Ce fils discrètement protégea mon départ.
Défaillant chez Grisou, je t’arrive trop tard.
LUCILE
Ah! le cruel démon qui nous déchire l’âme.
DOLLARD
S'il m'avait reconnu ce serait un infâme.
LUCILE
Amour de ma jeunesse à qui j'ai dit adieu Tu te dresses soudain entre mon âme et Dieu! ! !
DOLLARD,
Ton mari confiant entrera tout à l'heure,
Ne lui dis pas mon nom de crainte qu'il n’en pleure. Je n’ai nul droit chez moi, je n’en puis plus avoir... Immolons notre amour sur l'autel du devoir,
À LUCILE
O Dollard, c’est bien toi. Je t'admire ct je t'aime, Car je t’aime sans crainte et bien plus que moi-même.