SCÊNE I
s MAISONNEUVE ET L'ABBE SOUARD.
MAISONNEUVE (comme si continuant une conversalion.)
Oui, bravant un péril chaque jour grandissant, Ce fort, où nous luttons pour un peuple naissant, Voit de plus en plus près surgir les embuscades à Depuis que l’Iroquois, ravageant les bourgades, | Jetant l’horreur ct l’épouvante aux environs, S’est rendu maître enfin du pays des Hurons.
L’ABBÉ SOUARD
Le Huron survivant prend l’Troquois pour maître Ou fuit, découragé, la terre de l'ancêtre,
Et nous ne pouvons plus compter sur son soutien &- Dans l’alerte constante où l’Iroquois nous tient.
MAISONNEUVE
L'avenir du pays vivement m'inquiète
Car la race iroquoise, à l’assaut toujours prête, » Désire évidemment nous chasser de ces lieux Quand nous leur apportons la lumière des cieux, Et quand, leur dévoilant le soleil de la France, Nous venons les tirer de leur longue ignorance,
L’ABBÉ SOUARD
C’est que l'événement est providentiel, L'enfer par ces démons lutte contre le ciel.
L'œuvre de nos martyrs ne saurait être vaine.
MAISONNEUVE
La lutte sera longue et plus d’un capitaine
Y laissera ses 08, Si Je fort est détruit
Le Canada retombe son antique nuit.
Le ciel veuille inspire: quelque acte de vaillance! Je vais en attendant doubler la surveillance.
L’ABBÉ SOUARD, Nous avons Lambert Closse en qui nous espérons, MAISONNEUVE.
C’est mon meilleur conseil, nous le consulterons.
L’ABBÉ SOUARD
Qu'est devenn Dollard, si dévoué, si brave...
MAISONNEUVE
Hélas! des Iroquois le martyr ou l’esclave, Les mensongers discours de leurs agents rusés Par un traité de paix nous avaient abusés.
À leur propre demande une humble colonie Au poste Onontagué par Québec fut fournie.
Un jour Dollard partit vers ce peuple trompeur Pour y faire avec eux commerce de trappeur.
Il n’avait pas atteint le terme du voyage
Que déjà l’Iroquois méditait le carnage.
Nos colons avertis avaient fui le danger Quand Dollard, confiant, s’en alla s’y plonger.
J’ABBÉ SOUARD
On m’a dit qu’il était fiancé de Lucile ?
MAISONNEUVE
Elle l'attend toujours. Que faire? ,
L’ABBÉ SOUARD
| Oisive idylle.
: I] faut la marier à quelque heureux soldat.
MAISONNEUVE
Mais sans Dollard l’hymen pour elle est sans appât
se RÉ
L’ABBÉ SOUARD
Dollard n’a pu survivre.
MAISONNEUVE
Il vit dans sa pensée, Lucile dit: Je resterai sa fiancée. :
Depuis plus de deux ans qu’elle l'attend en vain Elle éconduit tous ceux qui demandent sa ma‘n.
L’ABBÉ SOUARD. = ÎT faut la raisonner. Notre avenir de guerres à Réclâme des héros de la vertu des mères.
Notre avenir sera ce que sera l’enfant.
C’est par lui que plus tard un peuple se défend, x
(En prononçant ces vers l'abbé Souard se lève et Prend son chapeau pour sortir.)
MAISONNEUVE. + Vous partez ? s L’ABBÉ SOUARD. <4
Oui, je vais visiter un malade. +
(On entend Lucile chanter, au dehors, le co suivant d’une ballade datant de 1650.)
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l'ai - mais, et fol - le - ment,
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= — — ne cn, —
A sa voix si ten- dre, A & - mou -
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Comme un rêve en- vo- lé, Aux feux de l’au- ro- re,
pocorit :
TR — = Ne M
Et je pleure en-co:re.
AE
MAISONNEUVE
Un rêve du pays flotte en cette ballade,
(Jean Le Gardeur entre, et, croisant l'abbé Souard, lui dit :)