LAURA, LE MARQUIS D’AVILA
LAURA
Me direz-vous quel taon vous a piqué ce soir,
Et d’où vient qu’avec soin vous fuyez quand j’approche?
D’AYILA, hésitant un peu*
Madame... en vérité...
LAURA, avec hauteur.
Ce n’est pas un reproche; Rassurez-vous, marquis, c’est une question !
d’avila.
Cela vient...
LAURA , arec ironie.
Cela vient ?
d’avila.
D’une réflexion...
iû DOLORÈS. 1 màL .
LAURA
Ah ! vous réfléchissez I — c’est une bonne chose;
Et vos réflexions sont graves, je suppose ?...
d'avila.
Très-graves — quand je songe à la témérité D’avoir haussé mes vœux jusqu’à votre beauté. t
(Laura feint la surprise.)
De trop justes rigueurs me l’ont bien fait comprendre, Et... je me rends justice — en cessant d’y prétendre !
LAURA, se redressant.
Prétendre à quoi?... J’ai beau me creuser le cerveau, Voilà, sur ma parole, un langage nouveau !
(Avec dédain.)
Puisqu’il vous plaît, marquis, de descendre à ces ruses, Votre témérité commence à vos excuses !...
« Ces trop justes rigueurs» que vous mettez en jeu, Feraient croire à des gens qui me connaissent peu, Don Louis d’Avila, je vous le dis en face,
Qu’à défaut du succès vous avez eu l’audace,
Et qu’avec moi, sans doute, un homme peut oser Jusqu’à me mettre, un jour, au cas de refuser! ..
' d’avila.
Comtesse, assurément, je ne prétends pas dire Que vous ayez jamais deviné mon martyre.
Cet amour, cependant, bien que silencieux.
De mon cœur, malgré moi, s’échappait par mes yeux, Et si, des purs sommets où vous planez, madame, Vous n’avez pas pu voir les troubles de mon âme, D’autres, plus près du sol, en parlent de façon A m’avertir, du moins, qu’on en a le soupçon.
Et qu’il est temps pour vous d’éviter, à la lettre,
Les rencontres d’un fou qui peut vous compromettre, Et qu’il est temps pour moi d’étouffer ce vain bruit D’un bonheur supposé — dont je n’ai pas le fruit!