ACTE PREMIER
DOLORÈs.
Je ne le savais pas ;
Mon père, au lit de mort, m’a jetée en ses bras ;
J’ai passé tout mon deuil.au fond de la campagne,
La marquise, aujourd’hui, veut que je l’accompagne; Et m’adorant enfin, bien plus que de raison,
Elle m’ouvre à la fois son cœur et sa maison!
Mon histoire est peu longue et tu la connais toute*
LAURA, à part.
Quelque plan médité par la vieille sans doute!...
(Haut.)
Tu n’es pas mariée?...
DOLORÈS, souriant.
Attends un peu!
LAURA, très-inquiète. •
Pardon...
Mais... un soldat... je crois...
(Cherchant.)
Fernand I
Je n’ai plus là son nom...
DOLORÈS, avec amour.
LAURA, te rappelant.
Oui— don Fernand — lu l’aimais, ce me semble?,.. Je ne l’ai pas connu — nous en parlions ensemble... C’était une tendresse à ne jamais finir!
Tout se serait éteint, jusqu’à son souvenir?
(ATec ironie.)
Le pauvre homme !... et ton nom qu’il portaitsur sa dague! Et les serments donnés! et la fameuse bague!...
DOLORÈS, tendant la main.
Regarde — j’ai la bague — et je l’aime toujours!
LAURA, hochant la tAte.
Mais combien vont durer ces anciennes amours?
L’image n’en sera que trop vite effacée, •
Puisqu’au bras du marquis... comme une fiancée...
DOLORÉS.
DOLORKS, l'interrompant.
Moi, dis-tu, fiancée au marquis d’Avila?
LAURA, froidement*
Sans doute...
UOI.ORÈS, avec naïveté .
Ai-je deux cœurs?
LAURA, avec une joie intime*
Ah ! c’est très-bien, cela!
(Après avoir bien examiné la physionomie de Dolorès.)
Hmbrasse-moi !
dolorès, se suspendant à son épaule, avec un doux reproche.
Laura! comment pouvais-tu croire...?
LAl'RA.
J’avais tort — que veux-tu! — c’est une vieille histoire, Et les chemins d’amour sont tout pavés d’oubli !
Oh! tous deux — loin, bien loin de ce monde avili,
Sous quelque toit moussu qui rira dans les branches,
Où tous les jours seront gais comme des dimanches,
Vous irez, n’est-ce pas, cacher votre bonheur?...
11 est beau, ton Fernand?... Veille autour de son cœur! Emporte-le, crois-moi, les femmes sont habiles,
Et le plus fort succombe au piège de nos villes!
Que vous êtes heureux, vous qui pouvez demain Vous arracher ensemble i ce tumulte humain,
Et relier gaîment, dans vos pures étreintes,
Le passé sans remords — à l’avenir sans craintes!
DOLORÈS, atec nuiisement.
Parle, oh! parle toujours!... tu penses comme moi!...
Si je pouvais, mon Dieu !...
LAURA , brusquement*
Boni qui t’empôche, toi?...
IjOLORES, souriant*
Ah! je ne t’ai pas dit la cause qui m’enchaîne...
Don Fçrnand doit entrer aux gardes de la reine,