‹ Dolores drame en quatre actes en versChapitre 77 sur 100 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

(D’une voix coupée par les sanglots.)

A moD âge, on se trouble, et l’esprit s’exaspère,

Vous savez! — j’étais foui — c’est la douleur d’un pèrel Mais il faut oublier quelques mots violents,

Quand ce père, à vos pieds, traîne ses cheveux blancs I

LAURA, tremblante*

Qu’espérez-vous de moi? que voulez-vous qu’on fasse?...

DON PÈDRE, haletant.

Je nesais pas, mon Dieu, nous parlons — le temps passe — Sauvez-le! sauvez-nous! voilà ce que je saisi...

LAURA, jetant autour d'elle dea regard? effrayés.

Moi 1... comment?... songez-y! mon nom dans ce procès!... Mais vous n’y pensez pas! mais vous voulez qu’on rie! Pour un instant d’oubli — pour une étourderie —

— Quand ma vertu, d’ailleurs, ne se reproche rien — Donner ma vie à mordre à tous ces gens de bien Qui, le front écrasé sous mon pied qui les broie, Attendent cet éclat comme on flaire une proie,

Prêts à venger sur moi, par un scandale affreux,

Les trois ans de mépris que j’ai versés sur eux!...

Et vous portez au cœur cette horrible pensée De me voir par le comte indignement chassée 1...

DON PÈDRE, réclamant.

Madame...

LAURA, avec un rire dédaigneux.

Ah! ce serait un trop lâche moyen De laver votre honneur, que de salir la mien !

DON PÈDRE, avec une dignité offensée*

Plus que vous, maintenant, j’ai le droit de me plaindre, Car, sachant qui je suis, vous ne deviez pas craindre,

Et mon étonnement dépasse votre effroi,

Qu’un tel soupçon vous vienne, et qu’il s’adresse à moi, Quand nous sommes tous deux de naissance assez bonne Pour que l’un, sans réserve, à l’autre s’abandonne!

DOLORÈS

Or donc, mettez un terme à votre accablement :

Le secret qui nous tue est à vous seulement;

Deux autres l’ont connu, qui, tout prêts au martyre Se sont placés trop haut pour descendre à le dire,

Et qui l’emporteront, madame, avec orgueil,

Cloué, vivant encore, dans leur double cercueil !

Adieu ! ne craignez pas que jamais il en sorte,

Ni qu’un spectre, la nuit, se dresse à votre porte...

Nous sommes de ces morts qui ne reviennent pas,

Et gardent leur serment jusque dans leur trépas!

(Il fait un pas pour sortir.)

LAURA, éperdue.

Arrêtez I... c’est affreux l... vous êtes implacable!

Mais Oubliez-vous donc que tout le poids m’accable? Mais me reprochez-vous d’avoir quelque souci,

Sur le point de payer pour tout le inonde ici?

Dois-je aller, sans pâlir, au gouffre qui m’entraîne?...

(Elle ae laisse tomber accablée sur un siège.) DON PÈDRE, se frappant le front après un silence.

Écoutez!... Dieu m’éclaire!... allez trouver la reine !

LAURA; stupéfaite, et regardant U porte de gauche.

La reine?...

DON CÈDRE, »tec feu.

A ses genoux épanchez vos douleurs;

Elle est femme, elle est bonne, et peut sécher nos pleurs! Vous lui direz qu’un noble, un cavalier d’Espagne,

Un fils, que son vieux père au supplice accompagne, Pour sauver votre honneur, qu’il tenait dans sa main,

A dû livrer sa gloire, et va mourir demain î Que le nom de cet homme était sacré naguères ;

Que notre sang, à tous, a coulé dans les guerres,

Et que le peu qui reste est encore trop beau,

Pour qu’on le donne à boire au glaive du bourreau 1

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