ACTE TROISIÈME
Courez à ce cachot qui le tient enfermé...
Moi, mon Dieu, c’est ainsi que je l’aurais aimé.
Prête à donner, sans cesse, orgueilleuse et ravie,
Mon bonheur pour sa joie — et mon sang pour sa vie! Venez! un mol de vous — la porte s’ouvrira, Répondez-moi, madame! Écoute-moi, I.aura,
S’il te souvient encor des premières années !
Va! nous luttons, en vain, contre nos destinées,
Et l’homme que j’aimais — Dieu te l’avait gardé !... Partons!...
LAURA, froidement.
Avez-vous dit?
DON PÈDKK.
Grâce! on a trop tardé!...
LAURA, avec emportement.
C’est montrer, je suppose, assez de patience!
(Leur montrant la porte de gauche.)
Allez !... je vous défie, avec votre alliance !
(D'un ton ironique, et sans vouloir écouter don Pèdre.)
11 faut qu’on sache au loin ce que pèse la foi D’un hidalgo d’Espagne et d’un soldat du roi! Risquer sa tête, lui? — vous vous moquez, je pense! On meurt le front chenu quand on a sa prudence; Mais il comptait sans moi, s’il rêva ce bonheur D’illustrer son triomphe avec mon déshonneur! Cachant à tous les yeux ma blessure inconnue,
Je pars — sans me courber — comme je suis venue ! Peut-être qu’assez loin j’irai porter mes pas Pour que sa honte, à lui, ne m’éclabousse pas!
(A Dolorè*, tremblante.)
Vous pouvez maintenant, si telle est votre envie, Raconter la façon dont vous m’avez suivie,
Et de Fernand lui-même, oubliant la rigueur, Mendier, à genoux, les restes de son cœur !...
DOLORÈS
Cette délation vous rendra, je l’espère,
Digne d’un tel époux...
(Montrant don Pèdre.)
Et digne d’un tel père!..
Allez! allez ensemble!... On vous a répondu !
DOLORÈS, avec un cri déchirant, voyant sortir Laura*
Ah!...
(Laura sort par le fond.)