SCENE XI
FERNAND, puis ARTHUR.
fernand. Hélas! je le vois , ma vie s’accomplira comme elle a commencé.... jamais de bonheur, jamais d’amour... du moins, je l’aurai sauvée... et maintenant, pour qu’elle soit moins malheureuse, il faut que j’arrache de son cœur l’amour qu’elle garde pour cet Arthur... quand elle saura bien ce qu’il est, tout le mépris qu’il mérite, elle se consolera peut-être d’en être séparée...
(U s’assied ; Arthur entre sans voir Fernand. )
Arthur. Il faut que je la voie... oh! je lui parlerai atout prix, et malgré cet homme, qui semble un mauvais génie toujours placé sur mes pas...
fernand, se levant sans se montrer. Arthur ici, quelle audace !..
Arthur. Personne ne m’a vu...
FERNAND, se montrant. Excepté moi, pourtant...
AKTnrR. Vous!., {se remettant) je ne vous cherchais pas en cet instant, et pourtant, je vous jure que j’avais l’iiitentioii de vous rendre ma visite.
fernand. Et moi, je pensais que mieux ’ conseillé, vous étiez déjà parti pour éviter la mienne...
ARTHUR. Vous verrez bientôt que je ne suis pas de. ces gens qui partent d’un pays sans acquitter leurs dettes.
s’agissait pour lui d’aller cueillir une palme
« o ri tu se que celles ramassées eu Ital'ainour est $i facile à naître, si jrrésisiible dans sou entrainement. C'était eu Angleterre, à Londres, sutts un ciel froid qui glace les mœurs et tempère les pussions, que le séducteur devait choisir une nouvelle victime... El moi aussi , je vins à Londres, et j'y vins A temps pour sauver une tendre et pure jeune fille , l'unique enfant d'un noble vieillard. Par moi , le père fut instruit; et pour que la honte du coupable devint un remède à l’amour qu'il avait inspiré... on tendit piège contre piège; on le laissa agir... employer un taux prêtre, de faux témoins, un mariage simulé. Et maintenant, savez -vous quel était le chef de ces jeunes désoeuvrés qui usent dans des débauches hâtives leur ame et leur fortune... quel était cet homme qui avait juré lp honte e| le déshonneur des familles... le savez-vous?..
Oh ! yous le devinez , car je vous vois pilir !..
«OlOEES. Quoi!., ce lâche .. c'était...
Fernand. C’était Arthur de Lucenay!,.
doi.ores. Arthur! A mon Dieu!., mon Dieu!., un faux mariage, dites-vous, un faux prêtre... et puis après, n est-ce pas uqe (nue prompte, pu enlèvement... Oh!
mou flreu ! et c'est là le sort qu’il me réservait...
iernand. Et puis, quand le mariage eût été vrai, une fois eu France, la loi le rendait oui...
not ores Oh ! mais vous ne me trous-, pez pas , von? êtes un hqnime loyal, Fernand , un pareil menspngp n 'aurait pas souillé vos lèvres... J'ai ras, cm Idc toutes mes forces pour vous entendre; j’ai dévoré ma souffrance , étouffé mes cris... mais maintenant, sur votre ante, sur votre salut éternel, jurez, jurez, monsieur, que vous ne m'avez pas trompée...
Fernand. J’ai dit la vérité.:.
dolOiies. Mais si cela est pourtant...
comment, lorsqu'il vous a revu ici, a-t-il pu supporter votre présence sans trembler et sans fuir?., t .oiinnenl ne l'avez-vous pas accablé de votre mépris... répondez, Fernand... quand on sait de tels crimes, quand on en i encontre l'auteur, est-ce qu’on uc l’écrase pas comme uu infâme ?..
Fernand. Nous nous sommes vus face
A face, et tous deux nous sommes restes
calmes , lui , parce qu’il a l'audace du
crime, moi, parce que j’ai le sang-fioid de l’expérience... et d'ailleurs, c’elait sans éclat, sans violence qu'il fallait empêcher votre fuite.
DUt-QÿES. Quoi! voua saviez?..
Fernand. Que vous deviez fuir cette nuit; oui, Dolores, et voilà tout le secret de mi conduite. .. voilà pourquoi j’ai saisi fe hasard i,gi (.'est offert, puur mettre un obstacle sacre entre vous et l'homme qui ne pouvait jamais être digne de vous!..
dolores. Vous saviez tout... et vous vouliez me sauver...
ff.rnand. Ce mariage, je ne croyais
1 >as qu il serait déclaré valable ; je ne vouais pas même l’espérer... et maintenant que je t ous ai conservé l’honneur... garantie de pet homme., , ce(tç union sera nulle pour nous... Demain... aujourd'hui même, je quitterai de nouveau l’Espagne. ..
et jamais vous n’entendrez parler de Fernand , ni de son malheureux amour...
Duuizss. (lit! pardon! pardon! de vous avoir calomnié dans mon cœur, vous qui êtes si loyal ej si npblç... .Malheureuse!
qui ai çédé à une fatale iqapirqlipn ; qui ai pris pour de l’apioiir çe qui n’élait que. délite pu folie... quand je vous repoussais, vous que Iirpn père mouraqt avait chpisi; vous si généreux et sj hou...
Fernand. Oh) arrêtez , arrêtez , Dolores... Maintenant que cet Arthur n’est plus un rival que je redoute... ne me donnez pas un esnoir qui devrait se dissiper...
ne faites pas briller à mes yeux une première lueur de bonheur, s’il faut qu’elle s’évanouisse...
dolores. De l’espoir... du bonheur...
héla,! Fernand, il n’en est plus... ni pour vous ui pour moi...
FERNAND Que dites-vous ?
DOLORES. Après vos aveux qui vous justifient, vous ennoblissent... viennent Ips miens qui me couvrent de honte.. A mon tour de demander grâce et de la demauder saus espoir de pitié ui de pardon...
FERNtNO Vous ... vous, Dolores!....
mais qu'avez-vous donc à m’apprendre?,.
dolores. Que, si j’ai pu me décider à fuir mon pays, nia famille, ma mère, c’est que ma famille m’eût reniée, méprisée; c’est que uia mère m'eût maudite... St j’ai consenti enfin A accepter un nom déaho-