DOLORES, FERNAND
fernand. Vous savez, senora, le motif de mon retour?...
dolores. Ma mère me l’a appris.
fernand. Et cette nouvelle?... vous baissez les yeux, oh! je sais,. Dolores, que vous avez dû conserver un triste souvenir de la figure sombre que j’ai toujours apportée au milieu des joies de votre enfance... hélas! vous que le malheur ne touchera pas, je l’espère, de sa maiuglacée, vous ne pouve* comprendre les rides qui, si jeune encore, ont sillonné mon front. :
dolores. J’ai souvent déploré vos douleurs.
fernand. Orphelin dès ma naissance , confiéàdes mains mercenaires. ..j’ai grandi privé de tendres affections!... et lorsque plus tard je me mis à chercher un ami au milieu des jeunes gens qui m’entouraient, je ne trouvai que froideur et moquerie...
Enfin, j’avais rencontré un homme qui m'avait compris , aimé comme je le désirais. .. cet homme .. on me l'a tué!...
dolores, émue. Je l'ai su... et je vous ai plaint...
fernand. Un autre aussi avait eu pitié de moi : vieillard plein d’une douce et indulgente anutic, c'était votre père, lui aussi je l’ai vu mourir... mais en expirant, il voulut me nommer son fils , il me demanda de vivre pour veiller sur vous... et plus tard , ce vceu du vieillard devint mon seul espoir , ma seule consolation ; car, la jeune fille avait grandi et était devenue belle!...
dolores. Monsieur...
FEnNAND. Dolores, vous ne pouvez savoir combien je puis, combien de dois aimer... moi toujours contraintde refouler dans mon cœur ce que Dieu m’avait donné de tendresse... songez que j’ai reporté sur tous toute U puissance de mon amour , et que je vous aime à vous seule comme d’autres aiment ensemble leurs amis , leurs frères , leur famille. . , et que
1E MAGASIN TWEATRAL.
pour vous mon amour est à la fois ardent
et sacré.
DOLORES , à part. Oh ! mou Dieu ! détruire cette seule espérance... bnser sou ame!...
FERNAND. Mais pardon, Dolores, je vous parle un langage que je m’étais promis d éviter... vous qui n’avez connu que de douces et calmes affections, vous ne pouvez comprendre l’expression passionnée , presque violente d’une aine qui a toujours souffert... oui, je vous ai effrayée, Dolores... et vous 11e trouvez pas un mot à me répondre... et votre maiq tremble...
oh î vous ne pourrez jamais m’aimer !. ..
dolores. Il y a si loug-lemps déjà que nous sommes séparés !.. et puis, c’est la première fois que vous me parlez ainsi...
fernand. Eh bien ! uu mot seulement:
votre mère m’a donné une assurance que je vous demande de confirmer.
dolores. Parlez , monsieur.
Fernand. Pendant mon absence, votre cœur ne s’esl-rl laissé entraîner vers aucun des jeunes gens qui ont du chercher à vous plaire... Oh! vous pâlissez... vous ne répondez pas...
dolores, avec effort. Don Fernand...
ma mère a dit vrai !...
fernand. Assez , assez, Senora , maintenant, je n’interroge plus... d’abord, je voulais que cette entrevue décidât de mon sort... je voulais en sortir perdu ou sauvé!
j’aime mieux attendre encore... garder un peu d’espoir... que ma destinée reste* entre vos mains... interrogez bien votre cœur, Dolores .. un mot de vous peut effacer tous mes malheurs passés... mais si vous me repoussez, retardez votre réponse...
pour un malheureux comme moi , il y aura encore des charmes dans le doute... et puis , c est ma dernière chance au jeu de la vie ! . ..
DOLORES. Demain, don Fernand , vous aurez ma réponse...
fernand. Demain!...
dolores, à part. Mon Dieu! prenez pitié de lui et de moi!...
(Elle sort.)