‹ Dom Garcie de Navarre, ou, le Prince jalouxChapitre 11 sur 60 · ACTE I, SCENE III i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III i

Souhaite le partage à vos divins appas,

Afin que de ce cœur le noble sacrifice

Pût du Ciel envers vous réparer l'injustice,

Et votre sort tenir des mains de mon amour

Tout ce qu'il doit au sang dont vous tenez le jour.

Mais, puisque enfin les Cieux de tout ce juste hommage

A mes feux prévenus dérobent l'avantage,

Trouvez bon que ces feux prennent un peu d'espoir

Sur la mort que mon bras s'apprête à faire voir,

Et qu'ils osent briguer par d'illustres services

D'un frère et d'un Etat les suffrages propices.

Done Elvire.

Je sais que vous pouvez, Prince, en vengeant nos droits, Faire par votre amour parler cent beaux exploits. Mais ce n'est pas assez pour le prix qu'il espère Que l'aveu d'un Etat et la faveur d'un frère. Done Elvire n'est pas au bout de cet effort, Et je vous vois à vaincre un obstacle plus fort. Dom Garcie.

Oui, Madame, j'entends ce que vous voulez dire; Je sais bien que pour vous mon cœur en vain soupire, Et l'obstacle puissant qui s'oppose à mes feux, Sans que vous le nommiez, n'est pas secret pour eux.

Done Elvire.

Souvent on entend mal ce qu'on croit bien entendre. Et par trop de chaleur, Prince, on se peut méprendre. Mais, puisqu'il faut parler, désirez-vous savoir Quand vouspourrezmeplaire etprendrequelqueespoir?

Ce me sera, Madame, une faveur extrême.

Quand vous saurez m'aimer comme il faut que l'on aime .

Et que peut-on, hélas! observer sous les cieux Qui ne cède à l'ardeur que m'inspirent vos yeux?

Done Elvire.

Quand votre passion ne fera rien paraître Dont se puisse indigner celle qui l'a fait naître.

C'est là son plus grand soin.

Done Elvire.

Quand tous ses mouvements Ne prendront point de moi de trop bas sentiments.

Ils vous révèrent trop.

Done Elvire.

Quand d'un injuste ombrage Votre raison saura me réparer l'outrage, Et que vous bannirez enfin ce monstre affreux Qui de son noir venin empoisonne vos feux, Cette jalouse humeur dont l'importun caprice Aux vœux que vous m'offrez rend un mauvais office, S'oppose à leur attente, et contre eux à tous coups Arme les mouvements de mon juste courroux.

Ah ! Madame, il est vrai, quelque effort que je fasse, Qu'un peu de jalousie en mon cœur trouve place,

Page 1