‹ Dom Garcie de Navarre, ou, le Prince jalouxChapitre 12 sur 60 · ACTE I, SCÈNE III i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III i

Et qu'un rival, absent de vos divins appas,

Au repos de ce cœur vient livrer des combats.

Soit caprice ou raison, j'ai toujours la croyance

Que votre âme en ces lieux souffre de son absence,

Et que, malgré mes soins, vos soupirs amoureux

Vont trouver à tous coups ce rival trop heureux.

Mais, si de tels soupçons ont de quoi vous déplaire,

Il vous est bien facile, hélas! de m'y soustraire,

Et leur bannissement, dont j'accepte la loi,

Dépend bien plus de vous qu'il ne dépend de moi.

Oui, c'est vous qui pouvez, par deux mots pleins de flamme,

Contre la jalousie armer toute mon âme,

Et des pleines clartés d'un glorieux espoir

Dissiper les horreurs que ce monstre y fait choir.

Daignez donc étouffer le doute qui m'accable,

Et faites qu'un aveu d'une bouche adorable

Me donne l'assurance, au fort de tant d'assauts,

Que je ne puis trouver dans le peu que je vaux.

Done Elvire.

Prince, de vos soupçons la tyrannie est grande. Au moindre mot qu'il dit un cœur veut qu'on l'entende, Et n'aime pas ces feux dont l'importunité Demande qu'on s'explique avec tant de clarté. Le premier mouvement qui découvre notre âme Doit d'un amant discret satisfaire la flamme, Et c'est à s'en dédire autoriser nos vœux Que vouloir plus avant pousser de tels aveux. Je ne dis point quel choix, s'il m'étoit volontaire, Entre Dom Sylve et vous mon âme pourroit faire;

Mais vouloir vous contraindre à n'être point jaloux Auroit dit quelque chose à tout autre que vous, Et je croyois cet ordre un assez doux langage Pour n'avoir pas besoin d'en dire davantage. Cependant votre amour n'est pas encor content ; Il demande un aveu qui soit plus éclatant. Pour l'ôter de scrupule, il me faut à vous-même, En des termes exprès, dire que je vous aime; Et peut-être qu'encor, pour vous en assurer, Vous vous obstineriez à m'en faire jurer.

Hé bien! Madame, hé bien! je suis trop téméraire. De tout ce qui vous plaît je dois me satisfaire; Je ne demande point de plus grande clarté; Je crois que vous avez pour moi quelque bonté, Que d'un peu de pitié mon feu vous sollicite, Et je me vois heureux plus que je ne mérite. C'en est fait, je renonce à mes soupçons jaloux : L'arrêt qui les condamne est un arrêt bien doi. Et je reçois la loi qu'il daigne me prescrire Pour affranchir mon cœur de leur injuste empire.

Done Elvire.

Vous promettez beaucoup, Prince, et je doute fort Si vous pourrez sur vous faire ce grand effort.

Ah ! Madame, il suffit, pour me rendre croyable, Que ce qu'on vous promet doit être inviolable, Et que l'heur d'obéir à sa divinité Ouvre aux plus grands efforts trop de facilité.

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