ACTE I, SCENE III
Que le Ciel me déclare une éternelle guerre,
Que je tombe à vos pieds d'un éclat de tonnerre,
Ou, pour périr encor par de plus rudes coups,
Puissé-je voir sur moi fondre votre courroux,
Si jamais mon amour descend à la foiblesse
De manquer aux devoirs d'une telle promesse,
Si jamais dans mon âme aucun jaloux transport
Fait...
(Dom Pèdre apporte un billet.)
Done Elvire.
J'en étois en peine, et tu m'obliges fort. Que le courrier attende. A ces regards qu'il jette, Vois-je pas que déjà cet écrit l'inquiète? Prodigieux effet de son tempérament !
Qui vous arrête, Prince, au milieu du serment?
J'ai cru que vous aviez quelque secret ensemble, Et je ne voulois pas l'interrompre.
Done Elvire.
Il me semble Que vous me répondez d'un ton fort altéré ; Je vous vois tout à coup le visage égaré. Ce changement soudain a lieu de me' surprendre : D'où peut-il provenir? le pourroit-on apprendre?
D'un mal qui tout à coup vient d'attaquer mon cœur.
Done Elvire.
Souvent plus qu'on ne croit ces maux ont de rigueur, Et quelque prompt secours vous seroit nécessaire.
Mais encor, dites-moi, vous prend-il d'ordinaire'
Parfois.
Done Elvire.
Ah ! Prince foible. Hé bien, par cet écrit Guérissez-le, ce mal : il n'est que dans l'esprit.
Par cet écrit, Madame ! Ah ! ma main le refuse. Je vois votre pensée, et de quoi l'on m'accuse. Si...
Done Elvire.
Lisez-le, vous dis-je, et satisfaites-vous.
Pour me traiter après de foible, de jaloux? Non, non; je dois ici vous rendre un témoignage Qu'à mon cœur cet écrit n'a point donné d'ombrage: Et, bien que vos bontés m'en laissent le pouvoir, Pour me justifier, je ne veux point le voir.
Done Elvire.
Si vous vous obstinez à cette résistance, J'aurois tort de vouloir vous faire violence ; Et c'est assez enfin que vous avoir pressé De voir de quelle main ce billet m'est tracé.
Ma volonté toujours vous doit être soumise : Si c'est votre plaisir que pour vous je le lise, Je consens volontiers à prendre cet emploi.
Done Elvire.
Oui, oui, Prince, tenez : vous le lirez pour moi.