ACTE II, SCÈNE l
Elise.
Ces maximes un temps leur peuvent succéder; Mais il est des revers qu'on doit appréhender, Et dans l'esprit des grands, qu'on tâche de surprendre, Un rayon de lumière à la fin peut descendre Qui sur tous ces flatteurs venge équitablement Ce qu'a fait à leur gloire un long aveuglement. Cependant je dirai que votre âme s'explique Un peu bien librement sur votre politique ; Et ses nobles motifs, au prince rapportés, Serviroient assez mal vos assiduités.
Dom Lope.
Outre que je pourrois désavouer sans blâme Ces libres vérités sur quoi s'ouvre mon âme, Je sais fort bien qu'Elise a l'esprit trop discret Pout aller divulguer cet entretien secret. Qu'ai-je dit, après tout, que sans moi l'on ne sache ? Et dans mon procédé que faut-il que je cache ? On peut craindre une chute avec quelque raison Quand on met en usage ou ruse ou trahison ; Mais qu'ai-je à redouter, moi qui partout n'avance Que les soins approuvés d'un peu de complaisance, Et qui suis seulement par d'utiles leçons La pente qu'a le prince à de jaloux soupçons? Son âme semble en vivre, et je mets mon étude A trouver des raisons à son inquiétude, A voir de tous côtés s'il ne. se passe rien A fournir le sujet d'un secret entretien ; Et, quand je puis venir, enflé d'une nouvelle,
Donner à son repos une atteinte mortelle, C'est lors que plus il m'aime, et je vois sa raison D'une audience avide avaler ce poison, Et m'en remercier comme d'une victoire Qui combleroit ses jours de bonheur et de gloire. Mais mon rival paroît : je vous laisse tous deux ; Et, bien que je renonce à l'espoir de vos vœux, J'aurois un peu de peine à voir qu'en ma présence Il reçût des effets de quelque préférence, Et je veux, si je puis, m'épargner ce souci.
Élise.
Tout amant de bon sens en doit user ainsi.