‹ Dom Garcie de Navarre, ou, le Prince jalouxChapitre 21 sur 60 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

Done Elvire.

Hé bien! que dites-vous?

Ah ! Madame, je dis Qu'à cet objet mes sens demeurent interdits; Que je vois dans ma plainte une horrible injustice, Et qu'il n'est point pour moi d'assez cruel supplice.

Done Elvire.

Il suffit. Apprenez que, si j'ai souhaité Qu'à vos yeux cet écrit pût être présenté, C'est pour le démentir et cent fois me dédire De tout ce que pour vous vous y venez de lire. Adieu, Prince.

Madame, hélas! où fuyez-vous?

Done Elvire.

Où vous ne serez point, trop odieux jaloux.

Ah! Madame, excusez un amant misérable Qu'un sort prodigieux a fait vers vous coupable, Et qui, bien qu'il vous cause un courroux si puissant, Eût été plus blâmable à rester innocent. Car enfin peut-il être une âme bien atteinte Dont l'espoir le plus doux ne soit mêlé de crainte? Et pourriez-vous penser que mon cœur eût aimé Si ce billet fatal ne l'eût point alarmé, S'il n'avoit point frémi des coups de cette foudre Dont je me figurois tout mon bonheur en poudre? Vous-même dites-moi si cet événement

N'eût pas dans mon erreur jeté tout autre amant. Si d'une preuve, hélas ! qui me sembloit si claire, Je pouvois démentir...

Done Elvire.

Oui, vous le pouviez faire; Et dans mes sentiments, assez bien déclarés, Vos doutes rencontroient des garants assurés. Vous n'aviez rien à craindre, et d'autres, sur ce gage, Auroient du monde entier bravé le témoignage.

Moins on mérite un bien qu'on nous fait espérer, Plus notre âme a de peine à pouvoir s'assurer: Un sort trop plein de gloire à nos yeux est fragile, Et nous laisse aux soupçons une pente facile. Pour moi, qui crois si peu mériter vos bontés, J'ai douté du bonheur de mes témérités; J'ai cru que, dans ces lieux rangés sous ma puissance, Votre âme se forçoit à quelque complaisance, Que, déguisant pour moi votre sévérité...

Done Elvire.

Et je pourrois descendre à cette lâcheté! Moi prendre le parti d'une honteuse feinte, Agir par les motifs d'une ser\i!e crainte, Trahir mes sentiments, et, pour être en vos mains. D'un masque de faveur vous couvrir mes dédains! La gloire sur mon cœur auroit si peu d'empire! Vous pouvez le penser, et vous me l'osez dire ! Apprenez que ce cœur ne sait point s'abaisser, Qu'il n'est rien sous les deux qui puisse l'y forcer,

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