‹ Dom Garcie de Navarre, ou, le Prince jalouxChapitre 22 sur 60 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

Et, s'il vous a fait voir, par une erreur insigne, Des marques de bonté dont vous n'étiez pas digne, Qu'il saura bien montrer, malgré votre pouvoir, La haine que pour vous il se résout d'avoir, Braver votre furie, et vous faire connaître Qu'il n'a point été lâche, et ne veut jamais l'être.

Hé bien! je suis coupable, et ne m'en défends pas; Mais je demande grâce à vos divins appas; Je la demande au nom de la plus vive flamme Dont jamais deux beaux yeux aient fait brûler une âme. Que si votre courroux ne peut être apaisé, Si mon crime est trop grand pour se voir excusé, Si vous ne regardez ni l'amour qui le cause, Ni le vif repentir que mon cœur vous expose, Il faut qu'un coup heureux, en me faisant mourir, M'arrache à des tourments que je ne puis souffrir. Non, ne présumez pas qu'ayant su vous déplaire, Je puisse vivre une heure avec votre colère. Déjà de ce moment la barbare longueur Sous ses cuisants remords fait succomber mon cœur, Et de mille vautours les blessures cruelles N'ont rien de comparable à ses douleurs mortelles. Madame, vous n'avez qu'à me le déclarer, S'il n'est point de pardon que je doive espérer, Cette épée aussitôt, par un coup favorable, Va percer à vos yeux le cœur d'un misérable, Ce cœur, ce traître cœur, dont les perplexités Ont si fort outragé vos extrêmes bontés :

Trop heureux, en mourant, si ce coup légitime Efface en votre esprit i'image de mon crime, Et ne laisse aucuns traits de votre aversion Au foible souvenir de mon affection!

C'est l'unique faveur que demande ma flamme.

Done Elvire.

Ha! Prince trop cruel!

Dites, parlez. Madame.

Done Elvire.

Faut-il encor pour vous conserver des bontés. Et vous voir m'outrager par tant d'indignités!

Un cœur ne peut jamais outrager quand il aime, Et ce que fait l'amour, il l'excuse lui-même.

L'amour n'excuse point de tels emportements.

Tout ce qu'il a d'ardeur passe en ses mouvements, Et plus il devient fort, plus il trouve de peine...

Done Elvire.

Non, ne m'en parlez point; vous méritez ma haine.

Vous me haïssez donc ?

Done Elvire.

J'y veux tâcher au moins ; Mais, hélas ! je crains bien que j'y perde mes soins, Et que tout le courroux qu'excite votre offense Ne puisse jusque-là faire aller ma vengeance.

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