DOM SYLVE, DONE ELVIRE, ÉLISE
Dom Sylve.
Je sais que mon abord, Madame, est surprenant, Et qu'être sans éclat entré dans cette ville, Dont l'ordre d'un rival rend l'accès difficile, Qu'avoir pu me soustraire aux yeux de ses soldats, C'est un événement que vous n'attendiez pas. Mais, si j'ai dans ces lieux franchi quelques obstacles, L'ardeur de vous revoir peut bien d'autres miracles ; Tout mon cœur a senti par de trop rudes coups Le rigoureux destin d'être éloigné de vous, Et je n'ai pu nier au tourment qui le tue Quelques moments secrets d'une si chère vue. Je viens vous dire donc que je rends grâce aux Cieux De vous voir hors des mains d'un tyran odieux ; Mais, parmi les douceurs d'une telle aventure, Ce qui m'est un sujet d'éternelle torture, C'est de voir qu'à mon bras les rigueurs de mon sort Ont envié l'honneur de cet illustre effort, Et fait à mon rival, avec trop d'injustice, Offrir les doux périls d'un si fameux service. Oui, Madame, j'avois, pour rompre vos liens, Des sentiments sans doute aussi beaux que les siens, Et je pouvois pour vous gagner cette victoire, Si le Ciel n'eût voulu m'en dérober la gloire.
Done Elvire.
Je sais, Seigneur, je sais que vous avez un cœur Qui des plus grands périls vous peut rendre vainqueur, Et je ne doute point que ce généreux zèle, Dont la chaleur vous pousse à venger ma querelle, N'eût, contre les efforts d'un indigne projet, Pu faire en ma faveur tout ce qu'un autre a fait. Mais, sans cette action, dont vous étiez capable. Mon sort à la Castille est assez redevable; On sait ce qu'en ami plein d'ardeur et de foi Le comte votre père a fait pour le feu roi. Après l'avoir aidé jusqu'à l'heure dernière, Il donne en ses Etats un asile à mon frère ; Quatre lustres entiers, il y cache son sort Aux barbares fureurs de quelque lâche effort, Et, pour rendre à son front l'éclat d'une couronne. Contre nos ravisseurs vous marchez en personne. N'ètes-vous pas content? et ces soins généreux Ne m'attachent-ils point par d'assez puissants nœuds? Quoi! votre âme, Seigneur, seroit-elle obstinée A vouloir asservir toute ma destinée?
Et faut-il que jamais il ne tombe sur nous L'ombre d'un seul bienfait qu'il ne vienne de vous? Ah! souffrez, dans les maux où mon destin m'expose, Qu'aux soins d'un autre aussi je doive quelque chose, Et ne vous plaignez point de voir un autre bras Acquérir de la gloire où le vôtre n'est pas.
Dom Syl.ve.
Oui, Madame, mon cœur doitcesserde s'en plaindre;