ACTE III, SCÈNE II
Il n'est que trop présent à l'ingrat qui la quitte;
Et, si mon cœur vous dit ce que pour elle il sent,
J'ai peur qu'il ne soit pas envers vous innocent.
Oui, ce cœur l'ose plaindre, et ne suit pas sans peine
L'impérieux effort de l'amour qui l'entraîne ;
Aucun espoir pour vous n'a flatté mes désirs
Qui ne m'ait arraché pour elle des soupirs,
Qui n'ait, dans ses douceurs, fait jeter à mon âme
Quelques tristes regards vers sa première flamme,
Se reprocher l'effet de vos divins attraits,
Et mêler des remords à mes plus chers souhaits.
J'ai fait plus que cela, puisqu'il vous faut tout dire:
Oui, j'ai voulu sur moi vous ôter votre empire,
Sortir de votre chaîne, et rejeter mon cœur
Sous le joug innocent de son premier vainqueur.
Mais, après mes efforts, ma constance abattue
Voit un cours nécessaire à ce mal qui me tue,
Et, dût être mon sort à jamais malheureux,
Je ne puis renoncer à l'espoir de mes vœux ;
Je ne saurois souffrir l'épouvantable idée
De vous voir par un autre à mes yeux possédée,
Et le flambeau du jour, qui m'offre vos appas,
Doit avant cet hymen éclairer mon trépas.
Je sais que je trahis une princesse aimable;
Mais, Madame, après tout, mon cœur est-il coupable?
Et le fort ascendant que prend votre beauté
Laisse-t-il aux esprits aucune liberté?
Hélas! je suis ici bien plus à plaindre qu'elle.
Son cœur, en me perdant, ne perd qu'un infidèle :
D'un pareil déplaisir on se peut consoler ;
Mais moi, par un malheur qui ne peut s'égaler,
J'ai celui de quitter une aimable personne,
Et tous les maux encor que mon amour me donne.
Done Elvire.
Vous n'avez que les maux que vous voulez avoir, Et toujours notre cœur est en notre pouvoir; Il peut bien quelquefois montrer quelque foiblesse, Mais enfin sur nos sens la raison, la maîtresse...