‹ Dom Garcie de Navarre, ou, le Prince jalouxChapitre 32 sur 60 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

De vous rendre en ces lieux ce qu'on voudroit vous rendre.

Dom Sylve.

Les héroïques soins vous occupent si fort Que de vous en tirer, Seigneur, j'aurois eu tort; Et des grands conquérants les sublimes pensées Sont aux civilités avec peine abaissées.

Mais les grands conquérants, dont on vante les soins, Loin d'aimer le secret, affectent les témoins. Leur âme, dès l'enfance à la gloire élevée, Les fait dans leurs projets aller tête levée, Et, s'appuyant toujours sur de hauts sentiments, Ne s'abaisse jamais à des déguisements.

Ne commettez-vous point vos vertus héroïques En passant dans ces lieux par de sourdes pratiques? Et ne craignez-vous point qu'on puisse, aux yeux de tous, Trouver cette action trop indigne de vous?

Dom Sylve.

Je ne sais si quelqu'un blâmera ma conduite, Au secret que j'ai fait d'une telle visite; Mais je sais qu'aux projets qui veulent la clarté^ Prince, je n'ai jamais cherché l'obscurité; Et, quand j'aurai sur vous à faire une entreprise, Vous n'aurez pas sujet de blâmer la surprise : Il ne tiendra qu'à vous de vous en garantir, Et l'on prendra le soin de vous en avertir. Cependant demeurons aux termes ordinaires, Remettons nos débats après d'autres affaires, Et, d'un sang un peu chaud réprimant les bouillons, Dom Garcie. > 7

5o DOM GARC1E DE NAVARRE

N'oublions pas tous deux devant qui nous parlons.

Done Elvire.

Prince, vous avez tort, et sa visite est telle Que vous...

Ah! c'en est trop que prendre sa querelle, Madame, et votre esprit devroit feindre un peu mieux Lorsqu'il veut ignorer sa venue en ces lieux. Cette chaleur si prompte à vouloir la défendre Persuade assez mal qu'elle ait pu vous surprendre.

Done Elvire.

Quoi que vous soupçonniez, il m'importe si peu Que j'aurois du regret d'en faire un désaveu.

Poussez donc jusqu'au bout cet orgueil héroïque, Et que sans hésiter tout votre cœur s'explique; C'est au déguisement donner trop de crédit. Ne désavouez rien, puisque vous l'avez dit. Tranchez, tranchez le mot, forcez toute contrainte, Dites que de ses feux vous ressentez l'atteinte, Que pour vous sa présence a des charmes si doux...

Donl Elvire.

Et, si je veux l'aimer, m'en empêcherez-vous? Avez-vous sur mon cœur quelque empire à prétendre, Et pour régler mes vœux ai-je votre ordre à prendre? Sachez que trop d'orgueil a pu vous décevoir Si votre cœur sur moi s'est cru quelque pouvoir, Et que mes sentiments sont d'une âme trop grande Pour vouloir les cacher lorsqu'on me les demande.

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