‹ Dom Garcie de Navarre, ou, le Prince jalouxChapitre 4 sur 60 · SCÈNE PREMIÈRE DONE ELVIRE, ÉLISE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE DONE ELVIRE, ÉLISE

Done Elvire.

Non, ce n'est point un choix qui pour ces deux amants Sut régler de mon cœur les secrets sentiments, Et le prince n'a point, dans tout ce qu'il peut être, Ce qui fît préférer l'amour qu'il fait paraître. Dom Sylve, comme lui, fît briller à mes yeux Toutes les qualités d'un héros glorieux: Même éclat de vertus, joint à même naissance,

Me parloit en tous deux pour cette préférence; Et je serois encore à nommer le vainqueur Si le mérite seul prenoit droit sur un cœur. Mais ces chaînes du Ciel qui tombent sur nos âmes Décidèrent en moi le destin de leurs flammes, Et toute mon estime, égale entre les deux, Laissa vers Dom Garcie entraîner tous mes vœux.

Élise.

Cet amour que pour lui votre astre vous inspire N'a sur vos actions pris que bien peu d'empire, Puisque nos yeux, Madame, ont pu longtemps douter Qui de ces deux amants vous vouliez mieux traiter.

Done Elvire.

De ces nobles rivaux l'amoureuse poursuite A de fâcheux combats, Elise, m'a réduite. Quand je regardois l'un, rien ne me reprochoit Le tendre mouvement où mon âme penchoit; Mais je me l'imputois à beaucoup d'injustice Quand de l'autre à mes yeux s'offroit le sacrifice, Et Dom Sylve, après tout, dans ses soins amoureux. Me sembloit mériter un destin plus heureux. Je m'opposois encor ce qu'au sang de Castille Du feu roi de Léon semble devoir la fille, Et la longue amitié qui d'un étroit lien Joignit les intérêts de son père et du mien. Ainsi, plus dans mon âme un autre prenoit place, Plus de tous ses respects je plaignois la d'sgrâce ; Ma pitié, complaisante à ses brûlants soupirs, D'un dehors favorable amusoit ses désirs,

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