‹ Dom Garcie de Navarre, ou, le Prince jalouxChapitre 45 sur 60 · ACTE IV, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VIII

Que l'amour veut partout naître sans dépendance,

Que jamais par la force on n'entra dans un cœur,

Et que toute âme est libre à nommer son vainqueur :

Aussi ne trouverois-je aucun sujet de plainte

Si pour moi votre bouche avoit parlé sans feinte,

Et, son arrêt livrant mon espoir à la mort,

Mon cœur n'auroit eu droit de s'en prendre qu'au sort.

Mais d'un aveu trompeur voir ma flamme applaudie,

C'est une trahison, c'est une perfidie,

Qui ne sauroit trouver de trop grands châtiments,

Et je puis tout permettre à mes ressentiments.

Non, non, n'espérez rien après un tel outrage :

Je ne suis plus à moi, je suis tout à la rage.

Trahi de tous côtés, mis dans un triste état,

Il faut que mon amour se venge avec éclat,

Qu'ici j'immole tout à ma fureur extrême,

Et que mon désespoir achève par moi-même.

Done Elvire.

Assez paisiblement vous a-t-on écouté?

Et pourrai-je à mon tour parler en liberté?

Et par quels beaux discours, que l'artifice inspire...?

Done Elvire.

Si vous avez encor quelque chose à me dire, Vous pouvez l'ajouter, je suis prête à l'ouïr; Sinon, faites au moins que je puisse jouir De deux ou trois moments de paisible audience.

Hé bien! j'écoute. O Ciel! quelle est ma patience ! Dom Garcie. 9

Done Elvire.

Je force ma colère, et veux sans nulle aigreur Répondre à ce discours si rempli de fureur.

C'est que vous voyez bien...

Ah ! j'ai prêté l'oreille Autant qu'il vous a plu; rendez-moi la pareille. J'admire mon destin, et jamais sous les cieux Il ne fut rien, je crois, de si prodigieux. Rien dont la nouveauté soit plus inconcevable, Et rien que la raison rende moins supportable. Je me vois un amant qui, sans se rebuter, Applique tous ses soins à me persécuter, Qui dans tout cet amour que sa bouche m'exprime Ne conserve pour moi nul sentiment d'estime, Rien au fond de ce cœur, qu'ont pu blesser mes yeux, Qui fasse droit au sang que j'ai reçu des Cieux, Et de mes actions défende l'innocence Contre le moindre effort d'une fausse apparence. Oui, je vois... ah! surtout ne m'interrompez point. Je vois, dis-je, mon sort malheureux à ce point Qu'un cœur qui dit qu'il m'aime, et qui doit faire croire Que, quand tout l'univers douteroit de ma gloire, Il voudroit contre tous en être le garant, Est celui qui s'en fait l'ennemi le plus grand. On ne voit échapper aux soins que prend sa flamme Aucune occasion de soupçonner mon âme.

Mais c'est peu des soupçons : il en fait des éclats

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