DOM GARCIE, DONE ELVIRE, DONE IGNÉS, DOM SYLVE, ÉLISE
De grâce, cachez-moi votre contentement, Madame, et me laissez mourir dans la croyance Que le devoir vous fait un peu de violence. Je sais que de vos vœux vous pouvez disposer, Et mon dessein n'est pas de leur rien opposer. Vous le voyez assez, et quelle obéissance De vos commandements m'arrache la puissance; Mais je vous avouerai que cette gayeté Surprend au dépourvu toute ma fermeté, Et qu'un pareil objet dans mon âme fait naître Un transport dont j'ai peur que je ne sois pas maître;
Et je me punirois s'il m'avoit pu tirer
De ce respect soumis où je veux demeurer.
Oui, vos commandements ont prescrit à mon âme
De souffrir sans éclat le malheur de ma flamme.
Cet ordre sur mon cœur doit être tout-puissant,
Et je prétends mourir en vous obéissant.
Mais, encore une fois, la joie où je vous treuve
M'expose à la rigueur d'une trop rude épreuve,
Et l'âme la plus sage, en ces occasions,
Répond malaisément de ses émotions.
Madame, épargnez-moi cette cruelle atteinte,
Donnez-moi par pitié deux moments de contrainte,
Et, quoi que d'un rival vous inspirent les soins,
N'en rendez pas mes yeux les malheureux témoins.
C'est la moindre faveur qu'on peut, je crois, prétendre,
Lorsque dans ma disgrâce un amant peut descendre.
Je ne l'exige pas, Madame, pour longtemps,
Et bientôt mon départ rendra vos vœux contents.
Je vais où de ses feux mon âme consumée
N'apprendra votre hymen que par la renommée :
Ce n'est pas un spectacle où je doive courir;
Madame, sans le voir, j'en saurai bien mourir..
Done Ignés.
Seigneur, permettez-moi de blâmer votre plainte : De vos maux la princesse a su paroître atteinte, Et cette joie encor, de quoi vous murmurez, Ne lui vient que des biens qui vous sont préparés. Elle goûte un succès à vos désirs prospère, Et dans votre rival elle trouve son frère :