‹ Dom Garcie de Navarre, ou, le Prince jalouxChapitre 60 sur 60 · ACTE V, SCEN E VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCEN E VI

C'est Dom Alphonse, enfin, dont on a tant parlé, Et ce fameux secret vient d'être dévoilé.

Dom Sylve, ou Dom Alphonse.

Mon cœur, grâces au Ciel, après un long martyre, Seigneur, sans vous rien prendre, a tout ce qu'il désire, Et goûte d'autant mieux son bonheur en ce jour Qu'il se voit en état de servir votre amour.

Hélas! cette bonté, Seigneur, doit me confondre, A mes plus chers désirs elle daigne répondre. Le coup que je craignois, le Ciel l'a détourné, Et tout autre que moi se verroit fortuné; Mais ces douces clartés d'un secret favorable Vers l'objet adoré me découvrent coupable, Et tombé de nouveau dans ces traîtres soupçons Sur quoi l'on m'a tant fait d'inutiles leçons, Et par qui mon ardeur, si souvent odieuse, Doit perdre tout espoir d'être jamais heureuse. Oui, l'on doit me haïr avec trop de raison; Moi-même je me trouve indigne de pardon, Et, quelque heureux succès que le sort me présente, La mort, la seule mort, est toute mon attente.

Done Elvire.

Non, non; de ce transport le soumis mouvement, Prince, jette en mon âme un plus doux sentiment; Par lui de mes serments je me sens détachée ; Vos plaintes, vos respects, vos douleurs, m'ont touchée; J'y vois partout briller un excès d'amitié, Et votre maladie est digne de pitié.

Je vois, Prince, je vois qu'on doit quelque indulgence Aux défauts où du Ciel fait pencher l'influence, Et, pour tout dire enfin, jaloux ou non jaloux, Mon roi, sans me gêner, peut me donner à vous.

Ciel ! dans l'excès des biens que cet aveu m'octroie, Rends capable mon cœur de supporter sa joie!

Dom Sylve, ou Dom Alphonse.

Je veux que cet hymen, après nos vains débats, Seigneur, joigne à jamais nos cœurs et nos Etats; Mais ici le temps presse, et Léon nous appelle. Allons dans nos plaisirs satisfaire son zèle, Et par notre présence et nos soins différents Donner le dernier coup au parti des tyrans.

Page 6, ligne 26. On n'est pas d'accord sur le sens de ces deux vers :

Ma pitié pour Dom Sylve avoit beau l'émouvoir, J'en trahissois les soins sans m'en apercevoir.

Il n'y a, à mon avis, qu'à les lire tels qu'ils sont écrits : « La pitié que je ressentais pour Dom Sylve avait beau l'émouvoir, lui, Dom Sylve, je trahissais ses soins involontairement par mon inclination naturelle vers Dom Garcie. »

11, 2. Le foudre punisseur. Venu de fulgur , qui est neutre en latin, foudre fut d'abord masculin, jusqu'à ce que sa terminaison féminine e l'eût fait changer de genre. Cependant le masculin persiste dans « un foudre de guerre ». Corneille le fait constamment masculin :

Tout chargé de lauriers, craignez encor le foudre. Le Cid, acte II, se. 1.

César, à son aspect, comme frappé du foudre. Pompée, acte III, se. 1.

On lit aussi dans Bossuet : « Anastase mourut frappé du foudre. » (Hist. univ., I, 11.)

ii, 8. Y puisse trop devoir. Je crains que ce secours n'impose à mon frère une trop grande obligation.

— ii. Oit. Monosyllabique. Troisième personne du singulier de l'indicatif présent du verbe ouiV. « Qui bien oit bien parle, et qui mal oit mal parle », dit Charron en son livre De la Sagesse, I, 12. Malherbe n'écrit pas autrement : <> Il m'est avis que je Vois qui tient ce langage à la fortune... » (Traité des Bienfaits, de Sénèque, I, 9.)

12, 21 jusqu'à i3, 5. Ces dix vers de Dom Garcie reparaîtront, avec quelques perfectionnements de diction, dans la bouche d'Alceste, acte IV, se. m, du Misanthrope.

i5, 20 jusqu'à 27. Ces huit vers reparaîtront dans la même scène du Misanthrope, paraphrasés en ces huit autres, que débite Célimène :

Et puisque notre cœur fait un effort extrême

Lorsqu'il peut se résoudre à confesser qu'il aime.

Puisque l 'honneur du sexe, ennemi de nos feux,

S'oppose fortement à de pareils aveux.

L'amant qui voit pour lui franchir un tel obstacle

Doit-il impunément douter de cet oracle ?

Et n* est-il pas coupable en ne s'assurant pas

A ce qu'on ne dit point qu'après de grands combats ?

22, 11. Que son propre intérêt. Que est employé ici dans le sens du latin quam, przterquam, nisi, excepté, sinon. Molière s'en est déjà servi dans l'Étourdi, acte III, se. 1 :

Mais quoi ! que feras-tu que de l'eau toute claire ?

et dans les Précieuses ridicules, scène 11 : ■ Ont-elles répondu que oui et non à tout ce que nous avons pu leur

dire? » Voir la note de notre édition des Précieuses, p. 5 5.

2 3, 29. Enflé d'une nouvelle; comme on dit : » enflé d'une victoire. « (Corneille, Pompée, acte II, se. iv.) « Enflé de ses titres », dit Bossuet 'Oraison funèbre de la duchesse d'Orléans). Ou bien encore : « Enflé de tant d'audace. » ■Boileau, Disc, au roi.

26, 7 à 18. L'idée du billet déchiré, dont la première

moitié forme un sens tout à fait différent du véritable, a été souvent employée; on la retrouve encore dans le conte de Zadig, par Voltaire.

29, 8 à 28, et 3o, 1 à 5, et 14 et i5. Ont passé tout entiers dans le Misanthrope, acte IV, scène ni, où ils forment le nœud principal de la querelle d'Alceste avec Célimène ; et la comparaison donnera lieu d'admirer l'art exquis avec lequel Molière a transposé de la noble et innocente Done Elvire à l'astucieuse Célimène la ferme réplique :

Pourquoi le démentir, puisqu'il est de ma main ?

devenue chez Célimène l'audace effrontée de la coquette prise sur le fait.

42, 1 à 8. Se retrouvent intégralement dans la scène m du IVe acte du Misanthrope, entre Alceste et Célimène.

49, 29. Les bouillons d'un sang chaud. Dans le même sens : « Il ne faut qu'un faible bouillon de colère. » (Balzac, 4e Discours sur la Cour.)

C'est pourquoi, déguisant les bouillons de mon âme...

Régnier, Sat. XIII.

« Ce bouillon de sang, plus dangereux qu'une fièvre ardente. » (Fénelon, XIX, 2 3 1.)

Modère ces bouillons de ta mélancolie.

Boileau, Sat. VIII.

A peine se sentit des bouillons d'un tel âge.

La Fontaine, Fabl., VIII, 16.

5i, 6. Le ressentiment, souvenir, sentiment de reconnaissance. Employé en ce sens par Racine, par Bossuet, et encore, au XVIII0 siècle, par Voltaire, lettre 174.

57, 18. Éclairé, au sens d'épier. Employé au même sens par Tristan l'Hermite, par Racan, Scarron, Racine, Bourdaloue et Le Sage. Voir la note de la p. 126 dans notre édition de l'Étourdi.

59, 18. Mais nous avons du Ciel ou du tempérament que... » Au sens de tenir de, avoir reçu de... « J'ai cette

terre du chef de mon père... — De qui avez-vous la nouvelle? a Exemples cités par Littré.

63, 23 à 25, et 64, 139. Transportés dans le Misanthrope, à la scène m du IVe acte, déjà citée, et dont ils forment l'introduction, sauf quelques modifications, comme on le va voir :

Alceste.

O Ciel ! de mes transports puis-je être ici le maître ?

CÉLIMENE.

Ouais ! quel est donc le trouble où je vous vois paraître ? Et que me veulent dire et ces soupirs poussés, Et ces sombres regards que sur moi vous lancez ?

Alceste. Que toutes les horreurs dont une âme est capable A vos déloyautés n'ont rien de comparable ; Que le sort, les démons et le Ciel en courroux, N'ont jamais rien produit de si méchant que vous.

CÉLIYENE.

Voilà certainement des douceurs que j'admire !

68, 1 3, et 69, i3. Cet offre, et un offre de pardon. Offre, en ce temps-là, était encore masculin.

D'un ri bel offre de service, Monsieur d'Assoucy, grand merci !

Voyage de Chapelle et Bachaumont.

En refusant un offre présenté.

Cl. Marot, I, 402.

69, 2 à 27. Sont devenus, dans la scène m du IVe acte du Misanthrope, le thème de la tirade d'Alceste qui commence par le même vers :

Ciel ! rien de plus cruel peut-il être inventé ?

mais qui se poursuit avec une rédaction nouvelle dans la forme, quoique identique par le fond.

72, 28. ■ A la même vertu », pour la vertu même. Sur celte construction, qui est généralement usitée par les

grands écrivains du XVIIe siècle, voir la note de la p. 67 dans notre édition de Sganarelle.

79, 27. le foudre rigoureux. Voir ci-dessus la note sur la p. 11, l. 2.

80, 3. Ma vaste disgrâce. Vaste, qui n'est plus usité dans cette acception, l'était, au contraire, au XVIIe siècle. On trouve « vastes horreurs de la guerre » dans la Mort d'Asdrubal, tragédie de Mairet, acte I, se. 11; dans Corneille :

Et ces vastes malheurs où mon orgueil me jette.

Nicomède, acte III, se. 1.

et dans Boileau, satire VIII :

De sa vaste folie emplit toute la terre.

87, 22. Gayelé, de trois syllabes. Je connais un exemple de cette prosodie au XV° siècle :

Et vint droit à Paris monté moult gayement.

Chanson de Hugues Capet, V, 5 53.

88, 7. Treuve pour trouve. Il est de règle, dans l'ancienne langue, que la diphtongue ou, lorsqu'elle se trouve dans l'infinitif d'un verbe, se change en eu à l'indicatif; exemple : mouvoir, je meus; mourir, je meurs; pouvoir, je peux, etc.

A peine en leur grand nombre une seule se treuve.

Malherbe, VI, 25.

Quant à la somme de la veuve, Voici, leur dirent-ils, ce que le conseil treuve.

La Fontaine, Fabl., II, 20.

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