DECEMBRIS
Cette épitaphe, si vénérable par sa simplicité même et qui a recouvert pendant 91 ans les restes du grand bénédictin , arrachée du sol de la chapelle en 1799, se trouve enfouie dans les débris de toutes sortes conservés aux magasins de Saint-Denis. A côté d'elle se voit celle de
(1) D. Ruinart, p. 427.
Dom Bernard de Montfaucon, mort en 1741, qui fut composée sur le même modèle. M. de Guilhermy les offre décrites Tune et l'autre dans son Recueil des Inscriptions de Paris (1).
Il convient de rapprocher de Tépitaphe de Mabillon celle de son fidèle Thierry Ruinart, qui vint mourir, près de deux ans plus tard dans l'abbaye d'Hautvillers à cinq lieues de sa patrie (2). Le triste souvenir de la mort de son maître et la douleur continuelle qu'il en ressentait lui avaient affaibli la santé; il voyageait en Champagne, pour continuer les annales de son ordre^ quand il tomba malade chfez les religieux d'Hautvillers; il y mourut le 27 Septembre 1709, âgé de 53 ans, après 17 jours de maladie. Quoiqu'il ne fut qu'un hôte dans ce monastère de la Congrégation de Saint- Vannes, il y reçut les soins les plus empressés et fut inhumé dans
(1) Plusieurs auteurs, entre autres M. Guérard {Polypt. d'Irminon, p. 5) ont souvent répété à tort que la dalle funèbre de Mabillon ne portait pas son nom. On peut voir la preuve du contraire dans la Collection des Documents inédits sur l'Histoire de France, Inscriptions du Diocèse de Paris par M. de Guilhermy. T. I, p. 352 (2 planches).
(2) Il faut consulter sur D. Ruinart, sa vie, ses ouvrages et sa mort les pages 273 à 284 de VHist. litt. de la Gong, de S. Maur par D. Tassin. Ce recueil contient aussi des détails sur dix Bénédictins de Saint-Maur, nés dans le diocèse de Reims, à savoir : Dom Planchette, ne à Aubigny-les-Pothées 4- 1680; D. Gelé, né auChesne-f- 1725 ; D. Carpentier , né à Charieville -|-- 1767; et six autres nés à Reims : D. Le Grand + 1672; Victor Cotron -f- 1679; D. Baussonet, D. Rousseau, D. Noël, vivants encore dans la seconde moitié du xvii' siècle. La vie de D. Rainssant né à Suippes s'y trouve également, ainsi que celle de D. Simon Maupinot né à Reims en 1685, et que D. Tassin appelle « l'un des plus beaux génies que la Congrégation de Saint-Maur ait eus. >» P. 440.
la nef de Téglise abbatiale. Sa tombe, recouverte d'une piexTe, portait cette inscription :
HIC JACET DOMNUïS THEODORICUS RUINART REMENSIS (l), PRESBYTER ET MONACHUS S.
GERMANI A PRAXIS, PIETATE, MORUM LENITATE, ET DOCTRINA CONSPICUUS, QUI IN HOC MONASTERIO HOSPES EXCEPTUS, GRAVI FEBRE DECUMBENS, OBIIT DIE 27 SEPTEMBRIS ANNI M. D. CCIX. RKQUIESCAT IN PAGE,
Ce texte se lit encore dans Téglise paroissiale d'Hautvillers , mais il a été transcrit sur une nouvelle dalle en 1823 (2) , lorsque l'ancienne épitaphe usée par le frottement fut devenue illisible. Thierry Ruinart fut mieux respecté dans sa sépulture à Hautvillers que ne le fut Mabillon à Paris.
Ce serait un curieux chapitre d'histoire que celui où Ton raconterait les vicissitudes occasionnées par les révolutions politiques aux tombeaux les plus respectables. Tantôt les ordres de la Convention, tantôt le fait de la destruction des édifices mirent au jour tous ces ossements des grands hommes de la patrie :
« Grandiaque effvssis mirahitur ossa sepulcris (3) . >
(1) L'exemplaire de la Bibl. de Reims, provenant de Saint-Nicaise, a sur ce mot une annotation manuscrite marginale. Elle critique jRemenais et le remplace par Remua, parce que D. Ruinart était originaire de la ville même de Reims.
(2) Afm de préciser ce fait, on grava au-dessous du texte primitif :
RENOVAYIT THEODORICUS RUINART DE BRIMONT REMUS ANNO GHRISTI,
(3) Géorgiquea, Livre L
SA MEMOIRE. i43
A Reims, il fallut enfouir de la façon la plus vulgaire le corps de saint Remy que ne protégeait plus une vénération de douze siècles. A Sedan, Fabert, enlevé de son caveau des Capucins, fut jeté dans une fosse creusée aux pieds des fortifications (1). Si Ton remua la tombe de Mabillon , du moins par un invincible respect pour sa mémoire, on épargna ses restes, comme on avait épargné ceux de Turenne. L'antique abbaye mérovingienne avait été dépouillée en 1793; on vit ensuite tomber tour à tour la majeure partie des bâtiments claustraux; la chapelle de la Vierge devint une fabrique de salpêtre et fut démolie quand on perça la rue actuelle de TAbbaye au travers de Tenclos. Une voix généreuse s'éleva alors pour faire appel à la pudeur publique en faveur des cendres illustres qu'elle renfermait : < Ce fut sur ma demande, raconte l'abbé Bouillot, faite au gouvernement le 25 Mai 1799, que le corps de Mabillon fut déposé le 27 Septembre suivant au Musée des Monuments Français. Ce fait est constaté par le procès-verbal d'exhumation (2), déposé en l'étude de M« Pottier le 21 octobre 1799. Les restes de Mabillon étaient couverts d'un marbre blanc, carré, de la dimension de 18 pouces. J'en ai extrait le fragment d'une côte, qui pourrait
(1) Un ouvrage tout récent de M. de Bouteiller, ancien maire de Metz, la patrie de Fabert, précise ces détails. Ne pourrait-on rechercher ces restes et les réintégrer dans le tombeau vide du maréchal ? Déjà le vœu en a été exprimé par la Revue de Champagne; il mériterait d'avoir de l'écho dans les Ardennes.
(2) Document que l'obligeance de M* Bournet de Verron, notaire à Paris, permet de reproduire in extenso à l'Appendice,
144 OOM NABILLON.
être employé, si le patriotisme élevait un jour un monument sans faste à la mémoire de ce grand homme, dans Téglise paroissiale deSaint- Pierremont (1). » Ce fut par ordre du ministre de rintérieur Quinette, que les restes de Mabillon furent transférés en même temps que ceux de Montfaucon, le 9 Brumaire an VIII {2^ Septembre 1799),* dans le célèbre Musée où Alexandre Lenoir recueillait tant de glorieux débris de nos monuments (2). Il reçut avec vénération les dépouilles mortelles de ces deux bénédictins qui avaient si bien mérité de la science^ et les déposa dans des tombeaux formés de fragments d'anciens mausolées qui devinrent les ornements du Jardin Elysée.
Vingt ans ne s'étaient pas écoulés que le Musée n'existait plus ; le gouvernement de la Restauration s'efforçait de remettre en son lieu chacune de ces épaves historiques sauvées de la tempête. Les ossements des grands hommes ne pouvaient rester dans le local des Petits-Augustins, transformé en Ecole des Beaux-Arts.
L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres obtint l'autorisation de faire transporter solennellement dans Téglise paroissiale de Saint- Germain-des-Prés , les cendres trop souvent troublées des deux bénédictins , avec celles de Descartes, autrefois placées à Sainte-Geneviève, et déposées également à la Révolution aux
(1) Biogr. Arden., T. Il, p. 157.
(2) Alex. Lenoir, Musée des Monuments français, T. VIU, p. 169. — M. de Guilhcrmy, Inscript, de Paris, loc. citât.
Petits-Augustins (1). Cette translation eut lieu le 26 Février 1819 ; une députation de TAcadémie assista à la cérémonie réparatrice^ dans laquelle son président, M. Sylvestre de Sacy, prit la parole au nom de tous les savants français pour exprimer les hommages de respect dûs à ces illustres mémoires. Le procès-verbal constate aussi la présence d'une députation de TAcadémie des Sciences , de M. le chevalier Piault, maire du X* arrondissement et de deux délégués de M. le Préfet de la Seine, le comte de Chabrol (2).
Sous Fescorte de ces hautes notabilités, les restes de René Descartes, de Jean Mabillon et de Bernard de Montfaucon, recueillis avec une religieuse attention dans trois cercueils de chêne, furent inhumés à Saint-Germain- des- Prés dans la seconde chapelle absidiale de droite (la seconde après la sacristie). Ils y reposent Tun à côté de Tautre, Descartes dans le milieu, Mabillon à sa droite et Montfancon à sa gauche. Pour compléter la réparation dont elle avait pris Tinitiative, T Académie des Inscriptions et Belles-Lettres composa des inscriptions dont la rédaction est attribuée à M. Petit-Radel ; elles
(1) Boileau et la Fontaine furent aussi les hôtes du jardin du Musée d'Alexandre Lenoir. Le premier fut transporté à Saint-Germaindes-Prés et le second au cimetière da Père-Lachaise sous la Restauration. Molière, Jacques Rohaut, Héloïse et Abélard reposèrent aussi dans le Jardin Elysée d'Alexandre Lenoir.
(2) Le discours de M. de Sacy fut imprimé à Paris chez Agasse, in-8*, 1819, 4 pages. Le Moniteur du i*"" mars 1819 contient les deux pièces relatives à cette translation à la page 247, qui sont reproduites à V Appendice.
146 DOlt MABiLLON.
furent gravées sur trois hautes plaques cintrées de marbre noir, encastrées dans la paroi du fond de là chapelle au-dessus des sépultures; on en a ajouté au bas une quatrième collective pour les trois personnages : tous les textes relatifs à Mabillon sont intégralement reproduits dans Y Appendice.
La ville de Paris compléta Thommage rendu à la mémoire de dom Mabillon en donnant son nom à cette rue du quartier Saint-Germain qui va de Tabside de Saint-Sulpice au marché Saint-Germain, voisine de celles consacrées à D. Montfaucon, D, Felibien, et D. Clément. Ni Reims, ni Vouziers n'ont imité cet exemple : à Buzancy , une ruelle se pare de ce nom fameux en souvenir des demoiselles Mabillon qui rhabitaient au dernier siècle. Pourquoi Tune des rues avoisinant Saint-Remy de Reims ne prendrait-elle pas le nom du grand érudit qui les parcourut si souvent dans sa jeunesse? Nulle part mieux qu'à Reims, les Bénédictins ne peuvent être honorés , car leur marque y est empreinte sur d'illustres monuments, au milieu desquels ils semblent revivre dans la majesté de leurs souvenirs. Le seul nom de Mabillon ou de Thierry Ruinart permet aux Rémois d'apprécier la gloire que de tels hommes leur valurent, et de sentir le vide qn'ils ont laissé dans la vie religieuse et littéraire du pays.
SA HÉHOIRE. 147
Travaux contemporains snr Mabillon.
Les Bénédictins avaient tellement bien élucidé la vie et les œuvres de dom Mabillon, que la critique moderne a eu plutôt à jouir de leurs travaux qu'à les contrôler. Les éditions de la Diplomatique, des Actes des Samts^ des Annales forment un fonds commun à toutes les grandes bibliothèques, mais on n'a pas songé à les réimprimer malgré les prix élevés auxquels se maintiennent dans les ventes ces magnifiques publications (1). Il à fallu de puissants efforts pour continuer ou rééditer le Recueil des Eis^ toriens, le Gallia Christianây V Histoire Litté^ raire de la France et VArt de vérifier les dates. Les ouvrages de Mabillon, qui avaient tracé- la voie à ces grandes collections, offriraient, il faut le reconnaître, un placement plus difficile encore pour la librairie moderne. Cependant les Œuvres de S, Bernard ont revu le jour en 1835, et notre siècle a consacré à Mabillon un certain nombre de travaux, qu'il n'est pas inutile de passer sommairement en revue.
i 1. l'abbé bouillot.
La Biographie Ardennaise (2), Tune des meil-
(1) Dans le catalogae du libraire Taranne pour 1878 , la Diplomatique est cotée 33 fr. Brunet la porte de 60 à 70 fr. et ajoute qu'elle est très-recherchée à l'étranger. — D'après le même auteur, les Actes des Saints ont atteint le prix de 251 fr., les Annales 80 fr., le Museum Italicum 15 fr. et la Liturgie Gallicane 12 fr.
(2) Biographie Ardennaise ou Histoire des Ardennaia qui se sont
leures biographies départementales , donna en 1830 un article de 14 pages dû à la plume de M. Tabbé Bouillot. On y trouve un ensemble de recherches, dont la partie bibliographique est surtout remarquable par la précision et la sûreté de ses renseignements. Il faudra toujours recourir à cette substantielle étude lorsqu'on voudra embrasser d'un coup d'œil les œuvres du religieux Ardennais. Bien qu'il fut écrit spécialement pour ses compatriotes , l'article de l'abbé Bouillot devint le fonds de la plupart des notices postérieures qui parurent dans les Revues, les Biographies (1) et les Dictionnaires. En 1825 , une Notice historique sur Mabillon fut publiée par M. Jean Labouderie, mais elle est à peu près introuvable.
2 2. M. CHAVIN DE MALAN.
Il faut arriver à 1843 pour trouver un ouvrage plus considérable sur Mabillon, celui de M.
Emile Chavin de Malan (2). On peut juger de l'enthousiasme de l'auteur pour son sujet par ces lignes de la Préface : « D. Mabillon est mon ami d'enfance, son nom glorieux se trouve
fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs vertus ou leurs erreurs, par M. l'abbé Bouillot. 2 vol, in-8°, Paris, 1830, T. U, p. 150 à 164.
(1) La Biographie générale de Didot contient un article approfondi sur Mabillon par M. B. Haureau. T. XXXiï, 1860, pages 439 à 449.
(2) Les Gloires de la France , Histoire de D. Mabillon et de la Congrégation de Saint-Maur , par M. Emile Chavin de Malàn. 1 vol. in-12, 538 pages, Paris , Débécourt, 1843. On lit à la première page cette dédicace : A mon frère Henri-Dominique Lacordalre, de l'Ordre des Frêrea-Prècheurs.
SA MàMOiRE. 149
mêlé à tous mes souvenirs de jeunesse; ma pieuse mère m'apprenait à lire dans le beau recueil des morts chrétiennes , et dans TAbrégé de D. Ruinart. Au collège, je relisais sans cesse le Traité des Etudes Monastiques. A la Chênaie, aimable et à jamais bénie solitude, je traduisais toutes les préfaces des Acta Sanctorum. Je ne lisais que les Bénédictins, je n'étudiais que leurs travaux ; je recherchais partout leur vestige sur le sol desséché de notre France. > Le Chapitre I, qui occupe à lui seul près de la moitié du volume (223 pages), est consacré à Thistoire de Tordre bénédictin, dont il offre un résumé lumineux d'après les Annales de Mabillon; on y voit comment les religieux de Saint-Maur^ les derniers venus parmi les fils de saint Benoît, répandirent sur leurs ancêtres le rayonnement de leur propre renommée : notre époque a appris d'eux à respecter les moines savants, bien dignes de reparaître en France. Les neuf autres chapitres retracent la vie et les œuvres de Mabillon qui se trouvent encadrées au milieu des autres travaux de sa Congrégation et de nombreux hors-d'œuvre. Le livre de D. Ruinart y est analysé et même traduit, ce qui enlève à ses récits le charme de leur naïveté; les voyages, les dissertations, les polémiques sont aussi décrits d'après les documents originaux et accompagnés de longs extraits sur le rôle des bénédictins ou les événements contemporains. L'auteur continue son récit au delà de la mort de Mabillon et suit jusqu'à la Révolution la vie littéraire de ses successeurs : une bibliographie raisonnée
150 DOM MABILLOK.
de leurs ouvrages termine ce volume écrit avec science et, on peut le dire, avec amour. Il est non moins agréable à lire qu'utile à consulter. Le temps était venu où les recherches historiques reprirent faveur dans Topinion et rendirent comme une nouvelle jeunesse aux œuvres d'érudition des bénédictins français. Au Congrès scientifique tenu à Reims en 1845, M. Tabbé Bandeville (1) exposa Tinfluence séculaire des . fils de saint Benoît daus la Champagne et n'eut garde d'omettre le nom du plus savant des moines que cette province donna à Saint-Germain-des-Prés. On se prit à regretter les monastères que la Révolution avait indistinctement supprimés; on comprit qu'ils avaient été des foyers de science entretenus non-seulement par des évêques, mais protégés par des hommes d'Etat comme Mathieu Mole, Colbert et le chancelier d'Aguesseau. On admira surtout la Congrégation de Saint-Maur, qui s'était développée presqu'en même temps que l'Académie française et , comme elle, sous l'influence du puissant génie de Richelieu ; on fut jaloux des services qu'elle rendait autrefois aux lettres sasacrées et profanes. Sous l'influence de ce retour des meilleurs esprits vers les institutions monastiques, il devint facile à dom Guéranger de ressusciter les Bénédictins de la Congrégation de France d'abord à Solesmes, puisàLigugé et à Marseille.
(1) Œuvres de M. Bandeville et vol. sur le Congrès in-8*, Reims, 1846, p. 348 à 367 : « Mabillon, dont je me contente de prononcer le nom, pour ne rien affaiblir de la gloire qui lui revient.»
i 3. M. VALÉRY.
Ces considérations favorables aux moines se retrouvent dans la courte préface dont M. Valéry^ bibliothécaire du palais de Versailles^ fit précéder les trois volumes qu'il publia en 1847.
Cette Correspondance inédite de MabiLlon et de Montfaucon avec Vltalie (1) fut accueillie avec curiosité et sympathie dans le monde savant ; au mois de janvier suivant, la Reoue des Deux-Mondes (2) faisait paraître à son sujet un article de vingt pages, signé de M. Ch. Louandre^ et intitulé : Mabillon^ les Bénédictins Français et la Cour de Rome au xvn* siècle. Les plus piquants détails de cette étude sont dus aux recherches de M. Valéry; grâce à lui, on connaissait les confidences intimes et les appréciations des savants religieux , dans ces lettres adressées par eux à leurs confrères ou aux principaux érudits de Tltalie. Ce qu'avait omis la grave rédaction de Vlter Italicum se retrouvait sous sa forme naturelle dans ces pages si opportunément mises au jour.
l 4. M. ALPHONSE DÂNTIER.
Dom Mabillon avait aussi visité l'Allemagne et la Flandre; ce fut pour retrouver les traces de ce voyage accompli en 1683, que le ministre de l'Instruction publique confia une mission
(1) Le titre complet et l'analyse de cet ouvrage ont été donnés plus haut dans le chapitre des Œuvres de Mabillon, p. 165.
(2) Revue des Deux-Mondes, XVII^ année, nouvelle série. T. XVII, !•' janvier 1847, p. 325 à 344.
iSEi DOX MABILLON.
scientifique à M. Alphonse Dantier pendant les mois d'août et de septembre 1855 (1). Le comité de la langue , de l'histoire et des arts, avait recommandé , sur les conclusions de M. de Wailly, des recherches analogues à celles qu'avait faites M. Valéry à Florence^ à Rome et au Mont-Cassin. Aussi , pour remplir fidèlement ses instructions, M. Dantier prit en main Vlter Germanicum et Vltr'nerarium BurguncUcum de Mabillon; « une attraction toute naturelle^ écritil (2), me portait à suivre son itinéraire, ne futce que pour signaler les vestiges de ses glorieuses étapes. > Déjà en 1748, le fameux dom Calmet, abbé de Senones, avait visité « les lieux que le savant Mabillon avait parcourus antérieurement , voulant, disait-il, marcher sur les iraces d'un homme si éminent (3). > Les archives de Dijon et de Besançon furent les premières visitées par M. Dantier, sans succès pour la correspondance de Mabillon, A Berne, Neufchâtel, Fribourg, Lucerne, il ne trouva que des documents historiques; il espérait trouver des lettres à l'abbaye d'Einsiedeln (N.-D. des Ermites), mais le bibliothécaire lui apprit que ces pièces avaient été égarées. Il put uniquement transcrire le passage du Diarium du cou- Ci) Le récit de cette mission, contenu en deux rapports, suivi de 115 pièces relatives à des Bénédictins de Saint-Maur, occupe les pages 241 à 502 du tome VI des Archives des Missions scientifiques et littéraires. Paris, Imprim. Imp. 1857.
(2) Premier rapport, p. 252.
(3) « Tenehar iaprimis desiderio invisendi ea loca, quie olim doctissimus Mabillonius magnam in rei litterariae utilitatem lustraverat, tantique viri veluti instare vestigiis. » Diar, Helvet. descript. p. i.
8à MéMOmE. U3
V6nt, où Ton avait relaté, comme un événement mémorable, le séjour de Mabillon avec ses in- . cidents (1). Il retrouva du moins dans Taspect général d'Einsiedeln une idée assez exacte de ce qu'étaient autrefois nos grandes abbayes de France aux temps de la célébration régulière des offices , de Texacte observance de la discipline et du travail intellectuel. Ce spectade ne se retrouve point à Saint-Gall, monastère non moins célèbre devenu le siège de l'administration cantonale, dont les archives heureusemeût ont été sauvegardées. M. Dantier y copia un certain nombre de lettres écrites par Mabillon au père Hermann Shenk, bibliothécaire de Fabbaye ; et aussi une lettre de D, Ruinart, apprenant à ses confrères de Suisse le départ de Mabillon pour l'Italie : « Que Dieu lui accorde de mener à bonne fin un semblable voyage ! > dit-il en terminant, comme s'il eût été effrayé des suites d'une si longue pérégrination. De Saint-Gall, M. Dantier gagna Tabbaye de Rbeinau , puis celle de Moury et parcourut ensuite TAlsaceoù il trouva, dans les archives du Haut- Rhin , des traces de la discussion sur V auteur
(1) « Hac die advenit ex monasterio Mûri P. Carolus, qui secum adduxît duos patres benedictinos ex Sancto Germano de Prato Pari- Biis. Qui non hic solum, sed in omnibus Benedictorum Monasteriis, hujus ordinis actacolligunt, eo fine ut cum ipsorum mouasteriorum actis publici juris iiant. Sane opus prctiosum, cum demum lucem aspexerit ! Manserunt hic usque ad 30 julii, qua die profecti sunt Fischingen. Die 28 Julii prandium nobiscum in refectorio sumserunt; aliis vero diebus , quia carnibus non utuntur, privatim comederunt, continuo tamen patres nostri adfuere. P. Placidus (Reding) ad S. Gallum usque eoscomitatus, die tamen quarta Augusti reversas est. > Premier rapport, p. 269.
154 DOM MÀBILLON.
de Vlmitation. Lorsqu'il passa en Allemagne, ce fut pour porter ses investigations à Carlsruhe, à Ratisbonne, à Munich, à C!ologne, à Mayence, mais tant de recherches produisirent peu de découvertes ; il constata que partout les moines avaient brûlé ou emporté la correspondance lors de la sécularisation du couvent. Ce motif explique également le petit nombre de lettres découvertes par M. Dantier dans les dififérentes stations de son retour en France par la Belgique : il fut impossible de reconstituer la correspondance de Mabillon avec les Bollandistes ou avec les moines des Dunes. Toutefois cette exploration ne fut pas sans profit puisqu'elle nous valut l'impression de 115 pièces inédites, dont 20 sont relatives à Mabillon.