LA VIE, LES ŒUVRES ET LA MÉMOIRE DE D. JEAN MABILLON
Lettres de Rémois sur D. Mabillon.
Lorsque D. Thierry Ruinart composa en 1708 l'Abrégé de la vie de son maître, il recueillit de tous côtés les plus minutieux renseignements, consignés dans des lettres encore inédites qui se trouvent aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale, département des manuscrits, fonds français, n* 19,639. Ce volumineux recueil contient 301 folios de Lettres sur Mabillon, et 408 folios de Pièces en prose et en vers dédiées à sa mémoire. Parmi les plus curieux de ces documents, il faut citer les réponses adressées de Reims à D. Ruinart pour satisfaire à ses demandes sur Tenfance et la jeunesse de Mabillon : elles offrent un vif intérêt pour Thistoire de rUniversité, des abbayes et du chapitre de N.-D., dont elles révèlent différentes particularités à propos
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des relations qu'y conserva le grand érudit ; elles dépeignent rémotion que sa mort causa dans sa patrie et le vivant souvenir qu'on y garda de ses vertus. La publication de huit d'entre elles offrira donc un égal intérêt pour la biographie du religieux et pour l'histoire de Reims: 1** Lettre de Fr. de la Haye, religieux de Saint-Denys et curé de S*-Pierremoot (f» 168 du mss. 19639). — 2* Trois lettres de M. Gillot, chanoine de N.-D. et professeur célèbre de TUniversité, érudit et lettré d'un grand mérite, né à Reims en 1659, mort à Auxerre en 1739 (f»» 125, 127, 129 du même mss.). — 3** Lettre de M. Remy Favart, chanoine et sénéchal de Téglise de Reims (f* 1 1 4) . — 4° Lettres de D. Jean Alaydon, religieux de S*-Remy, natif de Rethel, qui devint plus tard supérieur général des Bénédictins de S'-Maur (f»« 12 et 5). — 5<> Lettre de D. Jean Daret, religieux de S*-Nicaise, qui avait été précédemment attaché à D. Mabillon (^ 76).
Fr. de la Haye à D. Ruinart.
Mon Révérend Père, Le defunct père Mabilion est né à S^ Pieremont, ad fanum S^^ Pétri dô pétri n\onte. Ce village dépend de nos pères de S^ Denis de Reims pour la moitié, de M*^ de Fontenois, Chartogne, Neuville, Beauvais, pour l'autre moitiée. Au commencement du 13' siècle, l'abbé de S^ Denis et le seigneur d'Autry archidiacre de Chaalons en estoient seuls seigneurs ; la moitié de la seigneurie possédée par ce dernier a passée depuis ce temps à plusieurs familles distinguées. M*" de la tour trouva le secret de la faire passer dans la sienne par son argent et après sa mort elle a esté divisée entre ses enfants ; Madame de longpré SI fille en eut une part ; M' de failly une autre, M'^de Beauvais une autre, ces deux derniers épousèrent des filles de M' de la tour qui se nomoit Guilaume de derny ; son fils eut le reste qui se fit annoblir, et prit le nom d'antoine de derny escuier. Le p. Mabilion
APPBNDIOIU 1T7
est parent à ces M" cy dessus només par sa mère qui provenoit d'une fille de Grullhume le roy d'où descendent nos seigneurs présentement, et par la mesrae raison de Madame de Chartogne, fille de Madame de longpré, qui a deux parts dans la moitié de la seigneurie et est auiourd'huy une riche veuf, son mary M*" Louis de Chartogne, capitaine des carabiniers et chevalier de l'ordre militaire de S' Louis, lieutenant des maréchaux de France, etc., estant décédé au commencement du earesme du pourpre.
Le père du p. Mabilion se nomoit estienne, il a esté inhumé suivant mes registres en 1692 le 24 may, à l'aage de 104 à 106 ans, dans le dmitiere de 8^ Pieremont ; je vous envoyé les dispenses a luy donné pour épouser Jeanne Guérin; le grand père du p. Mabilion se nomoit Claude Mabilion qui est mort à Sy aagé de 116 ans, il avoit épousé «tiennette le fd^vre d'une famille distinguée du village de saint Pieremont. J'ay ouï dire à des gens aagez qui ont esté icy à l'école avec le p. Mabilion qu'il avoit parlé au bout de deux mois, faisant voir à sa mère un pigeon, et qu'il lui avoit dit : voy maman un beau pîjon. Il fut deux ans après sans parler. Dans les ecolles il surpassoit ses compagnons, et aprenoit les leçons avec beaucoup de facilitée, son maitre à 8^ Pieremont estoit Gerson Rousselin habile homme pour les écolles ; estant un peu plus avancé en aage, il fut envoyé chez son oncle Jean Mabilion qui estoit curé de neufville et mongon et est mort à Condé sur Marne, ou il estoit curé; j'ay un contract de ce bon oncle ou il se qualifie Messire Jean Mabilion curé day y demeurant, il donne à Jean Mabilion notre relligieux filz d'Estienne Mabilion son frère et à Jeau Mortier fils de Didier Mortier et d'Anne Mabilion, sa sœur, ses biens immeubles, sis au finage de St Pieremont à partager entre lesdits enfants également, à lui escheu par le décès de feiie etienette le febvre vivant mère desdit Estienne et anne suivant les lots de partage que daude Mabilion leur père leur en avoit fait, à charge de donner à Claude Mabilion leur père la pension si aucune estoit deiie, voulant que lesdits Jean et anne jouissent dès à présent durant leur bas aage comme de leur naissant pour les avancer dans leurs études, et la donation est faite à S^ Pierremont le 3*"* Aoust 1641. En conséquence de cecy le père Mabilion fut envoyé à Reims, il y fit au grand collège la 4*'"* en 1646 sous M"^ le Frique et en 1647 la S^"* sous le mesme, en 1648 il fit la seconde sous M** taillet et en 1649 sa rhétorique sous le mesme; en 1650 il entra en philosophie sous
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M' Taillet. Il avoît lesprit le plus vif de ses ecolles, il estoit fort pieux, sobre, obéissant à ses maîtres et leur rendoit des services sans rétribution par humilité ; il estoit sans malice gaillard, respectueux à tout le monde et avoit touiours des bons mots latins en sa bouche ; il étoit bon orateur et éloquent ; il composoit fort bien des vers en 2* et Rhétorique. Son grand père Claude mabilion avoit cinque enfants. Voila de quoy jay appris de M. Noy ville curé de Sauville près de Louvergny dans notre voisinage qui a fait ses classes avec luy.
Pendant qu'il estoit aux écoles à S^ Pieremont il estoit fort assidu à l'église, il y servoit d'ordinaire la messe, et dans la maison de son père il prenoit plaisir à y faire l'office, il y disoit la messe avec d'autres petits enfants, se couvroit de serviettes au lieu de chasubles, il faisoit des bannières et la procession avec son clergé et ne pouvoit se résoudre à quitter son office pour solliciter les bêtes au retour de la< chariiee ; on voit encore chez sa sœur un coffre où il célébroit la messe et on voit dans le lambris des trous où il attachoit les cierges. J'ay un petit livre ou il y a des vers je ne scay s'ils sont de luy ou de son oncle le curé, ils viennent de l'un ou l'autre.
L'oncle estoit un homme très-déréglé dans sa conduitte
il mourut des mauvais traitement qu'on lui fit...., le p. Mabilion en fut touché et voua dès lors qu'il ne seroit jamais prestre séculier , ce fut cette action qui le détermina à se jetter dans la suitte parmy vous en 1653. Voilà ce que j'ay appris de notre illustre relligieux ; le p. Mabilion avoit 4 frères et une sœur, il n'y en a eu qu'un qui soit parvenu à un âge de maturité nomé Jean Mabilion, qui a servi longtemps dans le régiment de longmawa, se maria il y a 28 ans a la S^ Elisabeth à Marie Bourbon qui a l'honeur destre connu de vous, et est mort à S' Pieremont le 2"« Juin 1700 du pourpre. J'ay fait élever sur sa fosse une croix de pierre, et attacher un épitaphe de marbre que son frère nous a envoyé de Paris, l 'épitaphe est en françois et le père Mabilion en est l'auteur ; comme il ne contient rien de
particulier je n'ai pas cru vous le devoir envoyer Cependant
ie suis avec un profond respect, mon révérend Père,
Votre très humble et très obéissant serviteur fr. de la baye à S« Pieremont le 24 Juin 1708.
Au dos. au Révérend père, le révérend père dom tiery Ruînart religieux bénédictin en l'abbaye de Saint Germain des Prés à Paris. (Cachet de cire brune, fragments d'armoiries. 2 pages in-folio.)
M. Gillot à D. Rùinart.
Mon révérend père,
Si je n'avois pressenti l'accablement et l'embarras que vous a attiré la perte du R. P. Mabillon, j'aurois eu l'honneur de vous prévenir pour vous faire mes très humbles compliments sur un événement aussi triste d'un costé qu'il est consolant de l'autre, comme vous avez bien voulu me le faire remarquer. J'ai cru dailleurs, mon révérend père, que vous me feriez bien la justice de croire que je partageois avec vous la perte d'un si cher ami. Ainsi je me suis contenté davant un tems d'offrir mes prières au Seigneur pour le repos de son âme et j'ai eu la consolation d'y exciter en quelque sorte m" nos confrères. Le vendredi 30" Décembre M** lempereur chantre de notre église lut au Chapitre la lettre qu'il avoit reçue de vous sur le sujet du R. P. Mabillon ; et il excita en délibérant sur ce sujet la compagnie à se souvenir devant Dieu de cet illustre défunt. Non content de cela, je crus, en disant mon sentiment à mon tour, devoir faire observer que nous devions assez d'obligation à ce grand homme, pour faire en sa faveur ce qu'on ne fait que pour les princes et les proches de Nsgrs les archevesques, et qu'ainsi on devoit ordonner par conclusion écrit sur le registre qu'il seroit mis à la sacristie de l'Eglise un billet pour le recommander aux prières. Mon avis fut receu avec jois et suivi unanimement. Aussitôt M*" le sous chantre que l'usage a chargé de l'exécution de pareilles délibérations m'engagea à dresser ce billet et j'y consentis avec plaisir. Le voici tel qu'il a été affiché : Moniti sunt omnes domini canonici, capellani et habituati Ecclesiae Remensis orare {pro seterna requie Domni Joannis Mabillon presbyteri et monachi or^ dinis sancti Benedicti e congregatione Sancti Mauri, eximiâ virtute * et conditione conspicuiy necnon huic Eccleaiae cujus splendorem
vehementer dilexit multis nominibus charissimi) obiit j'ai prêté
à M*" notre soûchantre les paroles que j'ai renfermé ici dans une parenthèse, il a mis tout le reste qui est d'un style ordinaire chez nous.
Pour obéir à vos ordres , mon Révérend père, car vos inclinations sont des règles pour moi, j'ai fait les recherches que vous avez désiré. Le R. P. Mabillon a été recueilli à Reims tout jeune par M. Clément Boucher oncle de notre dernier prevot de ce nom et neveux
ito DOM IfABILliOM.
d'un autre appelle Thomas Boucher. Ce Clément Boucher étoit chanoine de notre église et abbé des Tenailles de Tordre de premontré au diocèse de Laon proche Vervins ; c'ètoit un grand aumônier qui logeoit dans la maison qu'occupe à présent M. de Martigni écolntre. Ce bon abbé entretenoit douze pauvres durant toute Tannée dans cette ville et fai- 8oit une rente de 50 écus parlsis par moitié tous les six mois aux capucins, qui lui rendirent un jour un billet qui commençoit en ces termes : vous ne ferez faute d'envoyer incessamment à M' Vanier (eétoît leur pourvoieur ou père temporel) la part de ses œuvres qui
est eschiie le bon abbé rit du billet et y satisfit. Je tiens ceci de
M* lierre Caillet prêtre et chapellain de notre église, Tun de nos grands prêtres qui a demeuré chez lui lorsque le R. P. Màbîllon en est sorti pour se retirer parmi nous et qui Tavoit connu longtemps auparavant dans ses classes puisqu'il lui a souvent corrigé ses thèmes. MM" Favart et Bouton se souviennent aussi très distinctement de cette demeure du R. P. Mabillon chez M. Tabbé de Tenailles, qui tiroit peu de services de lui. Ta fait étudier depuis la sixième jusqu'en rhétorique inclusivement, et de snitte lui a procuré une place gratuite au séminaire parmi les vingt trois qui assistent à Toffice de notre église, il est entré au séminaire en cinquante après le mois de Juillet, mais on ne voit pas par les comptes de cette maison en quel jour il en est sorti le 30* juillet 1653, après avoir fait un an de théologie sous M. Jean Lallemant pénitencier et grand maître du collège et M' Robert le Large chanoine et doyen de N.-D., qui dicta cette année ïà le traité de la grâce dicté par M. de S*® Beuve en Sorbonne. Par les certificats et feuilles conservées au greffe de notre université, il paroit qu'il a reçu le degré de maître es arts le 1" Aoust 1652 après avoir étudié en philosophie sous M" Paul taillet qu'il avoît eu pour maître dans plusieurs classes d'humanités, aussi bien que M** thomas le Frique en /i**" et S^"*. Vous avez bien connu ce dernier qui proposoit le petit Mabillon aux autres écoliers comme le modèle qu^îls dévoient suivre pour devenir vertueux et habiles. M. Favart qui a étudié avec lui en 4*"'* et 3*"« et M' Bouton, qui ne Ta point quitté durant les neuf années d'études qu'il a faites à Reims, assurent, qu'il étoit aimé chèrement de ses régens et honoré de ses condisciples ; et qu'il a toujours été sur ce pied la, même avec beaucoup de distinction parce qu'il ne s'en faisoit pas à croire et qu'il y avoit à profiter dans sa compagnie. Dès la S*"* il composa une harangue qu'il déclama
dans la chaire du professeur. Les jours de congé étoient pour lui des promenades qu'il faisoit souvent avec M. Bouton et jamais sans y porter quelque livre dont on y lisoit quelque chose. M" Pitat, prieur de Belleval et neveux de M. Richard notre officiai que vous avez sans doute connu, m'a rapporté qu'il a souvent ouï dire a M' son oncle, neveux dudit Clément Boucher chez qui il a demeuré quand le p. Mabillon y étoit, que ce père s'étoit retiré parmi nous à l'occasion d'une servante qui le caressoit trop, car au sortir du séminaire il retourna chez son ancien Mécènes ou M** Gaillet lui succéda bientôt. Tout ce que j'ai l'honneur de vous dire icy paroit certain ; je crois que vous y trouverez tout ce qui peut être scu des premières études du P. Mabillon ; si ce n'est que M** Favart qui a demeuré au séminaire assure qu'il fist une harangue latine à M** de Nemours dont ce prince fût très content, mais la mémoire de ce M' n'est pas assez sûre pour y faire beaucoup de fond.
Je serois plus content de moi si je pou vois faire quelque chose
de plus pour vous prouver combien est sincère le respect et l'attachement que j'ai pour vous , je suis votre très humble et très obéissant
serviteur.
Gillot.
à Reims ce 21 Janvier 1708.
Oe Clément Boucher qui se qualifie non seulem^ chanoine et abbé de Thenaille , mais aussi conseiller aumosnier et chapelain ordinaire du Roi, avoit dès le 24 Janvier 1643 fondé une place au Collège du Séminairey comme porte le certificat, à laquelle il pourroit bien avoir nommé le P. Mabilion en 1650.
il/. Gillot à D. RuinarL
mon révérend père, Votre dernière m'a fait beaucoup de plaisir par ses particularitez qu'elle m'apprend touchant le R. P. Mabilion. Une copie de celle que M. Fontaninî vous a écrite m'a développé ce que vous ne m'aviez dit qu'à demi-mot au sujet de la justice qu'on faisoit à Rome au mérite de ce grand homme. Je n'ai pu être indifférent sur ce qu'il TOUS a plu de m'apprendre touchant l'édition de S^ Augustin ; il lie
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falloit pas moins que votre lettre pour détromper ceux qui lisent les journaux. Celui qui aura l'honneur de vous présenter celle-ci vous rendra de même tous vos pacquets dont j'ai eu le bien de vous donner avis. Voici ce qu'après bien des recherches j'ai pu trouver touchant les premières études du R. P. Mabillon en cette ville, dont je ne vous ai pas encore informé.
!• lo, Mabillon ohtinuit litteras juvamenti an. i649 die 20 maii in hwnilitate audiena, Taillet profeaaore, Redore Gerardo Audry , primario Henrico Molot. C'est ce que portent les schèdes du greffier de l'Université pour cette année.
2* M" Pierre Caillet chapelain et grand prêtre de notre église, qui a succédé au R. P. Mabillon chez M*" Boucher âbbé de Tenaille et qui a reçu de lui beaucoup de bons offices durant ses études puisqu'il avoit coutume de revoir ses thèmes, ce M' Caillet (dis-je) se souvient très bien que M. François Duchemin professeur du collège de l'université, qui est mort en 1648 étant recteur de l'université, docteur et professeur en droit; a été le protecteur du R. P. Mabillon durant ses premières études par les caresses qu'il lui faisoit et les conseils qu'il lui donnoit, il l'autorisa pour porter un billet dans les classes inférieures par lequel il s'ofTroit de revoir et corriger les thèmes des écoliers.
Le P. Mabillon, étant entré peu après la mort de ce M' Duchemin au séminaire, il y trouva ce qu'il perdit en perdant la protection de M. Duchemin.
3* Il est certain qu'il a dem^ré au sortir du séminaire chez M' Clément Boucher comme j'ay eu l'honneur de vous le mander. M" Lancelot Favart, Bouton et Caillet en ont la mémoire très-assurée aussi bien que M' Pita l'un des arrière neveux de M. Boucher, et quant à la demeure du père Mabillon au barbatre, il est vrai qu'il y a demeuré du côté du rempart sur la paroisse de S' timothée et par conséquent assez près des Carmes, car M" Godinot, mes confrères chanoines se souviennent très bien d'avoir ouï dire à M*" Godinot leur cousin qu'il avoit été le curé du P. Mabillon.
Comme j'apprends de M' Bouton et du P. Doyen qu'ils ont étudié avec le P. Mabillon en sixième au collège et que M' Bouton l'a suivi dans toutes ses classes sans demeurer deux ans dans aucune, vous serez assuré combien de temps il a étudié dans notre université, en faisant attention au temps de sa retraite chez vous.
M' Bouton 86 souvient très bien que le p. Mabilion eut du regret de n'être pas resté une 2<>« année en 3"* sous M' Thomas Lefrique qui a été connu de vous sous la qualité de médecin, parce que ce professeur pouvoit lui en apprendre beaucoup plus que M' Taillet, qull eut pour maître en 2^;
Voilà, mon révérend père tout ce que j'ai pu recueillir de certain ; la mémoire de M' Favart est trop peu juste pour faire fond sur ce qu'il dit d'une harangue prononcée par le p. Mabilion devant M. de Nemours nommé archevêque de Reims pour y faire fond. Mais il paroit indubitable que dès la 2<*« le P. Mabilion déclama une oraison dans la chaire de M** Lefrique son maître en sa présence et des écoliers ; qu'il fit aussi apparamment en rétorique quelques pièces de latin en prose ou en vers qui lui donna lieu d'écrire un programme de
de ce qu'il disoit : lo, Mabilion, Gerardua Bouton dacc/ianaiia
celebrabunt.
Il ne me reste, mon révérend père, qu'à vous remercier de vos nouvelles et à vous assurer de l'inclination parfaite que j'ai de vous obliger, aussi ne peut on être plus parfaitement que je le suis, mon révérend père,
Votre très humble et très obéissant serviteur.
Ce 7 Mars 1708. Gillot.
M. Gillot à D. Ruiuart.
A Reims ce 1" aoust 1708.
Mon révérend père, j'ai reçu les présents que vous avez eu la bonté de m'adresser pour la bibliothèque du Chapitre, pour M** Bouton et pour moi. M' Bouton m'assure qu'il vous auroit fait son remerciment ; je ne sais comment m'acquitter dignement de celui que je vous dois en mon particulier et d'un autre de la part de notre compagnie, pour sa bibliothèque que vous avez bien voulu enrichir du portrait de votre illustre maître, le R. P. D. Jean Mabilion, et de quelques recueils de pièces composées à sa loiiange. Notre ville se flatte d'avoir fourni les meilleures, mais le public attend de vous, mon révérend père, quelque chose qui sera fort au dessus quoique votre modestie nous persuade
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qu'il sera toujours très au dessous du grand sujet que nous deyons illustrer. Je vous remereie d'avance des estampes dont vous me flattes : eomme je ne savois pour ainsi dire perdre dom Mabillon de vue, il ne m'est pas nécessaire pour en conserver le souvenir, mais moins j'en ai besoin par cet endroit, plus la vue de son image aideroit à me consoler de sa perte, si néanmoins on peut se consoler de la perte qu'à fait l'église, votre ordre et toute la littérature, et si celui qui vous est uni très cordialement peut recevoir du soulagement sur un sujet sur lequel vous n'en trouverez pas, mon révérend père, qui vous satisfasse. Je croïois pouvoir vous adresser quelques curiosités par la personne qui aura l'honneur de vous rendre celle-cy et dont vous vous étiez servi pour me faire tenir les dernières marques de votre amitié pour moi. C'est ce qui a différé mon remerciement ; je vous prie de croire qm ce délai m'a coûté quelque <^ose et que rien ne me seroit plus agréable que de faire quelque chose capable de me mériter la continuation de vos bonnes grâces. Je suis avec un parfait attachement et on respect sincère, mon révérend père.
Votre très humble et très obéissant serviteur,
GiLLOT.
il/. Favart à D. Ruinart.
Mon révérend père, le chapitre de l'église de Reims qui vient de recevoir de votre part l'abbrégé de la vie de Dom Jean Mabillon m'a ordonné de vous en tesmoigner sa reconnoissance. Cet ouvrage est d'autant plus estimable que, contenant la vie du plus humble et du plus scavant religieux de nostre siècle, il ne renferme que des choses assurées et de la pluspart desquelles vostre Révérence a esté tesmoln oculaire ; aussi n'appartenoit il qu'à vous d'escrire la vie de cet excellent homme avec lequel vous avez eu la consolation destre plus estroitement uni que personne du monde ; il est aisé de reconnoistre dans votre livre, mon Révérend Père, que vous estes plein des sentîmens de cet illustre defTunct. Les occasions que vous avez cherchées d'y parler à l'avantage de l'église de Reims font bien connoistre que vous avez pour elle la mesme estime et la mesme affection qu'il luy portoit. Agréez, mon Révérend Père, qu'en vous tesmoignant combien
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messieurs de notre Chapitre y sont sensibles, je profittc de cette occasion pour vous faire souvenir que j'ay eii autrefois le bien destrevostre voisin et vostre compagnon de classe ; je m'en suis toniours fait honneur quand vos ouvrages ont paru dans le monde, comme je m*en ferois un vrai plaisir de vous donner des témoignages du respect sincère dans lequel je suis, mon Révérend Père,
Votre très humble et très obéissant serviteur,
Favart, chanoine et seneschal de l'Egl. de Reims, de Reims ce 15 may 1709.
Au do8, f Au très Révérend, le très Révérend Père dom Thierry "Ruinart, religieux Bénédictin en l'abbaye de S' Germain des Prés, à Paris.
{Cachet en cire rouge aux armes du Chapitre de Reims.)
D. Alaydon à D, Ruinart.
Pax Christi.
Mon révérend père, Si ie suis des derniers à vous marquer ma iuste douleur touchant l'absence du ^v. p. d. i. MabiHon, ie ne suis pas un de ceux qui y sont le moins sensibles ; rien ne pouvoit me désoler davantage que la mort de ce grand homme : i'en ay été malade plus de huict iours ; c'eàt une lampe éteinte en Israël, c'est une affliction commune à toute l'église et à tous les gens de bien, c'est une perte irréparable pour la congrégation et en particulier c'est pour moy un terrible coup. En le perdant ie me vois privé d'un vray père; vous scavez les marques de boutez qu'il ma toujours donnez et vous scavez aussi qu'il n'a iamais laissé échapper aucune occasion sans me rendre touts les services possibles. Plus i y pense, plus ie suis affligé ; je vois tous nos champenois dans tes mesmes sentimens de douleur ; que dis-je ? il est universellement pleuré de tout le monde : mrs de la cathédrale se sont assemblez capitulairement et ont ordonné pour le repos de son âme des prières à touts les ecclésiastiques de leur dépendance ; i'envoie l'extrait de cet afcte capitulaire an très Rv. p. général, il poura vous le fkire
voir ; ie luy envoyé aussi une prose carrée et quelques vers que nos ieunes confrères ont composez à la mémoire de cet illustre deffunt ; on nous a dit icy qu'on écriroit sa vie et qu'on verroît bientôt des estampes de son portrait ; nous attendons l'une et l'autre avec impatience. Quoyqu'on ait tout lieu de croire qu'il n'est passé de cette vie que pour entrer dans une meilleure, ie ne scaurois néanmoins l'oublier au s^ sacrifice de la messe ; pendant sa maladie i'avois commencé pour luy une neuvaine au tombeau de S^ Remy, à présent ie le recommende au seigneur toutes les fois que iay le bien de m'approcher des s** autels, et ie le feray du moins toute cette année cy ; ie vous la souhaite saincte et heureuse, je prie le ciel qu'il nous comble vous et moy de toutes les consolations dont nous avons besoin dans une si rude épreuve et ie continue d'être avec toute l'estime et le respect possible, Mon rêver, père.
Vôtre très humble et très obeiss. serviteur,
Fr. iean Alaydon m. b.
A S» Remy le 12 ianv. 1708.
Au dos. f au révérend père dom Thierry Ruinart religieux de l'abbaye de S^ Germain des prés, A Paris.
D. Daret à D, Ruinart, Pax Christi f à S» Nicaise le 12 Janvier 1708
Mon révérend Père, Nous avons appris la triste nouvelle de la mort du R. P. dom Jean Mabillon et nous en avons été sensiblement touchez ; je ne doute point que vous ne soyez pénétré de douleur. Je ne vous écris pas pour vous consoler, sachant les sentiments de religion que le Seigneur a gravez dans votre cœur, et combien vous êtes résigné à sa sainte volonté. Nous souhaitterions avoir ici un tableau de Tillustre défunct pour le placer dans notre bibliothèque comme un monument de la vénération que nous conservons pour la mémoire d'un religieux si pieux et si scavant. Notrs R. P. Prieur m'a chargé de vous écrire pour vous prier de vouloir bien prendre la peine de faire tirer ce portrait par une habile main, nous le souhaitions avec empressement. Pour moi ie souhaitlerois l'avoir gravé pour Je conserver dans nôtre chambre, vous me feriez
un sensible plaisir de me l'envoyer ; je me croirois aussi heureux si je pouvois hériter quelque chose des petits meubles d'un si grand homme dont la mémoire me sera touiours vénérable ; mais peut-être que je me présente trop tard, et que tout a déjà été enlevé ; s'il vous restoit encore quelque chose, je vous prie de me le réserver, quand ce ne seroit qu'un petit tableau de sa chambre, ou un cachet, ou etc. Je ne mérite pourtant rien pour l'avoir contristé en me retirant d'auprès de lui, mais c'est une grâce que je vous demande, et non pas une dette que j'exige. Nous avons chanté ici la messe pour le repos de son âme, il y avoit deux chantres revêtus etc.. jeusse bien souhaité que nos confrères de S. Rémi eussent fait la même chose ; ils se sont contentez d'appliquer la messe ; nous avons cru qu'un si grand homme méritoit bien quelque distinction ; je vous envoyerai à la première occasion nôtre directoire local, avec la petite histoire de S< Faron que j'ai composée ; je vous souhaitte une bonne et heureuse année ; je me recommande à vos ss. sacrifices et prière. S'il se faisoit quelque pièce à la louange du défunct vous nous feriez plaisir de nous les envoyer ; nous ne voyons presque rien ici, pas même les journaux des scavans. Je suis avec bien de la sincérité et une véritable estime, mon révérend père. Votre très humble et très affectionné confrère,
Fr. Jean Daret, m. b.
Au do8. — au Révérend père dom Thierry Ruinart religieux bénédictin en l'abbaye de S^ Germain des prés, à Paris. (Cachet en cire aux armes de S^ Nicaise.)
D. Alaydon à D. Ruinërt, Fax Christi.
Mon révérend père, Je n'ay pu faire aucune nouvelle découverte touchant le Rv. p. d. iean Mabillon ; i'ay prié nos officiers de feuilleter leurs livres pour y remarquer ce qu'on avoit autrefois donné à cet illustre deffunt ponr son voyage de S^ Remy à Nogent et ils n'y ont rien trouvé. II s'en est peu fallu que ie n'aye esté moy mesme vous porter cette nouvelle. Le père Collet n'a été nôtre conventuel que par antiquité, nous avons eu chacun dix sept voix. C'auroit été pour moy une vraye ioie de vous voir, car i'ay bien des choses à vous dire ; i'ay demandé au R. père
188 DOH MABILLON.
viatear k ne plus enseigner, i'etpère qu'il entérinera ma requeete, il eat temps et de faire place à d'autres et d'aller en recoUeetion : ie sens que l'en ay besoin; en quelque Heu que me destine la divine providence^ l'y serai touiours avec un attachement plein de respect» mon révérend père^
Votre tr^ humble et très obéissant serviteur».
Fr. iean Alaybon, m. b^
A 8t Remy le 20 avril 1708.
Au do$. f au Révérend père dom thierry Ruinart religieux de Tabbaye do Saint Qermaia des prés A Puis.
(Cm kvit lettns mt «lé truMittai, m CakiMl 4m Maaii^to de to BiUtoUièq«« llatioMle le I Décembre 181S)t.
Lettres de Mabillon an Prieur de Saint-Thierry et à M. Marquette^ Conseiller au Présidial de Laon.
A la suite de ces lettres de Rémois sur Mabillon, il serait fort intéressant d'en produire quelques-unes écrites par lui à des Rémois. La Bibliothèque de Reims possède la copie de celle qu'il adressait, le 12 novembre 1672, au R. P. François Le Moine, prieur de Fabbaye de Saint-Thierry proche Reims ; elle contient des conseils pour étudier Thistoire : < Il y a trois sortes de gens, dit-il, qui étudient Thistoire, les premiers sont ceux qui en veulent seulement avoir une notice commune, les seconds veulent en avoir une connaissance foncière, et les troisièmes la veulent scavoir dans la perfection. » Après une longue citation d'auteurs à lire, il ajoute : « Vous me direz que voilà bien de la besogne pour un homme qui n*a guères de tems, mais il faut en passer par là si Ton veut scavoir les choses à fond et ne se point laisser
emporter aux passions et aux préjugés d*un écrivain particulier. » Ce sage conseil résume toute la missive. Une autre lettre du même dépôt, envoyée à un magistrat d'une des plus honorables familles du Laonnois, peint à merveille le charme des relations de Mabillon avec les gens du monde : son aménité, son désir d'obliger, sa sollicitude pour les prisonniers qui lui inspira récrit sur la Réforme des Prisons^ y paraissent dans tout leur jour; voici son texte non daté, vraiment digne d'être reproduit intégralement :
Monsieur^
Vous croirez peat estre m'avoir prévenu par votre lettre, mais il est vray que je vous avois écrit lorsque je reçus celle que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire^ c'est à dire en même tems que j'allois faire porter la mienne à la poste. C'estoit pour vous souhaiter et à Madame Marquette une heureuse année pleine de toutes sortes de grâces et de bénédictions du Ciel. Je scay que ce sont celles ci que vous recherchez davantage, et que vous n'estimez les autres qu'en tant qu'elles nous peuvent servir de moyen pour faire de bonnes œuvres.
Vous m'avez fait un singulier plaisir en me donnant une petite occasion de vous re/idre service en la personne d'un de vos proches qui est novice à St^Faron. J'en ay écrit au R. P. Prieur qui est un de mes meilleurs amis, et je suis sur qu'il en aura tout le soin possible. Je l'ay prié de m'en faire savoir des nouvelles de tems en tems, afin de vous en informer. J'aime St-Faron et je m'y retire de tems en tems, mais ce me sera encore une nouvelle raison d'y aller pour vous y voir en la personne de celui qui vous touche de si près. Si Dieu lui fait la grâce de lui donner la persévérance, je prétens bien aller à sa Profession, et j'espère avoir l'honneur de vous y voir.
Je pourray faire avant ce tems la un voyage au mont St-Michel pour y voir notre pauvre pénitent dont je receus avant hier une lettre par laquelle il vous présente ses respects et ses reconnaissances aussi bien qu'à Madame Marquette ; il est très-sensible à l'honneur de votre souvenir aussi bien qu'à la dureté de Madame sa sœur et de son beau irère qui ne luy ont pas fait l'amitié de répondre à une lettre qu'il leur a 'écrite pour
Digiti
payer quelques petites dettes de rien. J'avois joint un billet à cette lettre, mais on ne m*a pas mieux traité. Je m*en console aisément, mais Fr. Denis en est touché vivement, voyant que ses plus proches Tabandonnent. Pour moy je ne Tabandonneray jamais tant qu'il y aura quelque rayon d'Espérance de le gagner à Dieu; j'espère le tirer de prison après Pasques et ce sera le sujet de mon voyage, duquel je vous prie de ne point parler a d'autres qu'à Madame Marquette, à laquelle je présente avec votre permission mes respects.
Je suis de tout mon cœur, Monsieur,
Votre très obéissant serviteur,
F. Jean Mabillon, M. B.
Obligez-moi de m'écrire un petit mot que je puisse envoyer à Fr. D.
Suscription : Monsieur, Monsieur Marquette conseiller au Présidial près les Gordeliers à Laon.
lAscripUons composées par I>. Mablllon.
Epiiapbe de Robert DE- F, rémois.
HIC RESURRBGTIONEM EXPECTAT
NOBILISS. AG VENERABILXS