ADDIGTUS FUIT, HOC HONORIS TESTIMONIUM
APPONI JUSSIT.
(7b W. Bihl. Nat. Latin, f" 208 et 226.;
Antoine Faure, littérateur et érudit célèbre, était prêtre du diocèse de Limoges ; il fut chanoine et dignitaire de Reims en 4670, et mourut à Paris en 4689.
Voici la mention de Weyen sur ce personnage :
Prœbenda 39. Antoniife Faure, pbr. dioc. Lemovicens. Doctor theol. facalt. Paris, auth. apost. per proe. 27 Jan. 1670 et in, prop. 8 octob. se^. per resîgn. Guillelmi Bailli.
Fit vicarius generalis Dni Garoli Mauricii Le Tellier arch. Rem. 1671. fit etiam praepositus Eccles. Rem. 6 aug. 1677.
Obiit Parisiis can. et praep. Rem. 30 qoy. 1689.
Antoine Faure, que de constantes relations unirent à Mabillon, est un des plus remarquables hommes de lettres du xvii* siècle ; il participa aux travaux littéraires de Maurice Le Tellier comme à ses erreurs théologiques, mais il laissa une réputation d'intégrité et de science que retraça en ces termes D. Germain dans une lettre à Magliabechi :
«.... Permettez moi de me consoler avec voas de la perte incomparable que nous venons de faire du très savant M. Faure, docteur en théologie, prévôt et chanoine de Reims, grand-vicaire de l'archevêque. La faculté de théologie n'avait pas une tête de sa force, ni qui possédât si à fond toute la science ecclésiastique , c'est-à-Klire les conciles, les pères , la tradition, l'histoire et la critique de l'Ëglise, sans parler des autres connaissances. Il avoit amasse une très riche et nombreuse bibliothèque , où sont des livres fort rares qu'on ne trouve point ailleurs. Il avoit plus de deux cents volumes manuscrits, où étoient enfermées les pièces qu'une longue recherche lui a pu fournir des plus rares pour Thistoire de l'Eglise d'Afrique qu'il vouloit donner au public , pour le saint Cyprien et VOptat de Milève, qu'il prétendoit aussi reimprimer avec des notes et des observations qui auroient efifacé celle des Anglois qui, dans l'édition d'Oxford, ont insulté très-méchamment à l'Eglise romaine, sans que Rome s'en tourmente beaucoup pour s'en défendre. Personne ne savoit comme lui les justes limites des libertés de l'Eglise gallicane, dont il étoit l'honneur et Tappui en même temps qu'il etablissoit sur les véritables fondements l'autorité du Saint-Sie^e apostolique, qu'il respectoit non seulement comme le centre de l'unité, mais aussi comme la source de tous les biens qui ont enrichi l'Eglise pendant tout le temps qu'on va fait valoir la science, l'autorité et la pratique des sacrés canons. En un mot, la France est à plaindre d'avoir perdu en moins d'un an ou deux ce grand homme, M. du Gange, M. Cotelier, M. d'Hérouval et tant d'autres. >
Lettre du 5 Dec. 1869. Corresp. inéd. T. IL p. 200. Ibid. T, I, p. 57, 97, 135, i9i, 213, 235, T. II, 201, 212, T. III, 230, 251. On y voit que M. Le Tellier , qui créa pour lui la magnifique BU bliotheca Telleriana, fît passer à la Bibliothèque du roi les manuscrits du chanoine de Reims dont s'enorgueillit aujourd'hui la BU bliotlièque Nationale; l'archevêque légua ses livres à SPS'Genevièv§,
Divers actes sur U Dunille de I>. Mabillon.
A titre de documents originaux et inédits se trouvent ici reproduites diverses pièces copiées à la Bibliothè* que Nationale ou dans les archives des communes voisines de Saint-Pierremont. En les publiant, il convient de remercier ceux qui ont bien voulu nous aider dans ces recherches, notamment MM. les curés de Buzancy, Saint-Pierremont, Belleville, Beaumont-en-Argonne, Saulces-Champenoises, Louvemont et MM. les instituteurs de Saint-Pierremont, Sommauthe et Saulces- Champenoises. C'est sur leurs indications qu'a été dressé l'essai de généalogie de la famille Mabillon qui termine cette série d'actes authentiques.
§ 1 . Lettres de confirmation et de cléricature de Jean Mabillon (1651).
Leonorius desUmpes de Valancay Dei et sancts sedis Apostolic» gratia archiepiscopus dux Remensis, primus Francise Par ejusdemque sedis Âpostolicae Legatas natus, Galliae Belgicse Primas, Régis Ghristianissimi in suis sanction et privato consiliis consiiiarius, Notum facimus quod Illustrissimus et Reverendissimus D. Archiepus et Princeps Ebrodunensis , de nostris licentiâ et permissione in Eccla S<i Pétri ad moniales Remeli , dilecto nostro Joanni Mabillon filio Stephani et Joannae Guérin conjugum ex parochia de S^ Pierremont nii dis. Remensis oriundo, in et de legitimo matrimonio procreato
prout fide dignorum testimoDio nobis facta fides extitit, aetatis oetôde' cim annorum vel circiter^ sufficientis litteratarœ ac alias idoneo comperto, Sacramentum Gonfirmationis et Tonsuram eontulit in Domino Clericalem. Actum et datam sub sigillé Gamers nostr», et secretarii ordinarii nostri Archiepiscopatus chyrographo. Anno Domini mlllesimo sexeentesimo primo, die vero septima mensis jamarii.
(signé) PlNQUENET.
Sceau Au dos : admittatur ad 4 min.
archiépiscopal 21 Sept. 1657.
(Bibl. Nat. Départ, des mss., Français, 19639, ^ 391, Parchemin oblong.)
§ 2. Sépulture du père de D. Màbillon^ centenaire»
L'an de grâce 1692 le vingt quatriesme may, je soubsigné certiffie avoir ensepulturé Estienne Mabillon de ceste paroisse aagé de cenqnatre à six année , assisté Jean Mabillon son fils et autres ses parans et amis qu'y ont signez avec moy le jour et an susdit. — J. Mabillon, f. le chesne.
(Extrait des registres paroissiaux de Saint-Pierremont aux archives du greffe du Tribunal de Vouziers, transcrit par M. Paul Lallemant.
§ 3. Lettre des obsèques de D. Mabillon.
V ous estes priez d'assister à l'enterrement du R. P. D. Jean MABILLON, religieux de la Gongrégation de Saint-Maur, qui se fera mercredy vingt huit Décembre à trois heures du soir en l'Eglise de l'Abbaye de Saint-Germain des Prez et au service qui sera célébré le lendemain dans la même Eglise à neuf heures du matin.
Reqviesgat in page.
(Bibliothèque Nationale, Imprimés, Pièce in-4*, L 27, 13106.)
194 DOM MABILLQN.
g 4. Contrat de mariage fait entre Claude Mabillon de Beaumont'en'Argoné et Jeanne Taulot de Buzancy^ du 4* I>écembre 1715, reçu par M^^ Bemier notaire /oy al.
Fearent presans en leurs personnes Claude Mabillon fils à marié m*M maréehal demeurant à Beaumont en argone de deflùnt Ëstienne Mabillon et feu Elizabeth Lefebvre ses père et mère, assistez de Nicolas Mabillon tanneur dem^ aud. lieu et Jeanne Mabillon yeuye de henry Anthoine ses frère et soeure, Remy Lefevre laboureur son oncle maternel, Ponce et Guillaume Les mortier laboureurs ses cousins issus de germain du costé paternel, Estîenne Brunelle m^^ masson aussy son cousin germain à cause de sa famme, tous demeurants audit Beaumont, Mame, La Bergerie, paroisse de Buzancy, d'une part; Jeanne Taulot, aussy fille à marié de Henry Taulot laboureur, Elizabeth Pierron ses père et mère dem^ à Buzancy, assisté de Jean Croizard marchand son oncle maternel, Henry Taulot, cordonnier son cousin issue de germain tous demeurant audit Buzancy, Rigobert Vaca marchand demeurant à Thénorgue bon ami desd. Taulot et sa femme, d'autre part.
(Suivent les clauses du contrat, dont Texpédition en deux rôles est eonservée chez les descendants de cette famille à Buzancy.)
§ 5. Provision de la cure de Thibie {Diocèse de Chaalons)
pour If'e Taulot en date du 10 Juillet 1726. — Acto
. d'installation dans la cure de Tibie de M^ Ponce Taulot
en remplacement de M^ Jean Mabillon^ en date du 28
koikt 1726.
On voit dans ces actes que la cure de S^ Symphorien de Tibie était vacante par la démission volontaire de M** Jean Mabillon, son dernier et paisible possesseur ; elle est attribuée à M*** Ponce Taulot dont les relations d'alliance avec son prédécesseur sont indiquées au contrat de mariage cité plus haut ; l'un et l'autre sont qualifiés de prêtres du diocèse de Reims, M" Jean Mabillon figure à l'installation du nouveau curé de Tibie avec le titre de curé de Louvemont, alors paroisse du même diocèse de Chalons.
Thibie est un village du Départ^ de la Marne, de l 'arrondi et à il kil. de Çhfilons, canton d'Ecury-sur-Coole. — Louvemont est un vil-
lage du départ» de la Haute-Marne, arrondissement, canton et à 7 kil. de Vassy. — Saint Rémi de Reims était collateur de cette cure.
(Ces pièces sont aussi conservées dans la famille à Buzancy.)
§ 6. Partage et cu:cord fait entre Jeanne Mabillon et ses sœurs, des meubles et effets de la succession des deffunts Claude Mabillon et Jeanne Taulot de Buzancy, du 16 mars 1763.
Cet acte est suivi d'un inventaire dont l'estimation s'élève à 99 livres 16 sols. Ce petit mobilier est partagé entre Jeanne, Jeanne Catherine, Jeanne Mabillon femme d'Alexandre Beslair, Marguerite et Magdelaine Mabillon , cinq filles majeures héritières de Claude Mabillon. Magdelaine Mabillon est désignée sur les mentions du volume de M. Gautier , instituteur à Sommauthe , comme nièce du père Mabillon , i764. — II 7 a encore aujourd'hui des personnes du nom de Mabillon à Sauville et à la Berlière.
(Pièce conservée dans la famille à Buzancy.)
§ 7. Décès du frère de D, Mabillon.
Le 21 Juin 1700 est décédé en cette paroisse Jean Mabillon Marchand aagé de cinquante huit ans après avoir reçu ses sacrements et a esté inhumé dans le cimetière de céans le iour suivant par le r. p. faudel prieur de Verpel en présence des témoins soussignés et autres. — J. Gerardin. — f. gerard. — fr. de la haye.
(Extrait des registres paroissiaux de Saint-Pierremont à la mairie de cette commune.)
§ 8. Consultation sur la succession du frère de D. Mabillon (1700).
Le conseil soub^^ qui a vu la généalogie d'autre part et répondant aux questions posées est d'avis que s 'agissant de la succession Jean Mabillon mort sans enfans, Guillaume Gouret et Robert la Forge sont les seuls héritiers concurramment dans tous les biens propres dudit Jean Mabillon a lui advenu et escheu médiatement ou immé-
diatement par les partages des biens de Gaillaame le Roy quy sont deveaus propres à Edeline le Roy sa fille et de eeux qne ladite £deline peut avoir acquis de son vivant, parce qu'ils sont Tun et l'autre en pareil degrée de parenté audit défunt Jean Mabillon, estant l'un et l'autre an troisième degré, qnoy que ledit deffùnt Jean Mabillon fut parent dudit la Forge do deux au troisième degré, car s'agissantde la succession dudit Mabillon à l'égard dudit La Forge, il faut prendre le degré eu égard à luy, lequel n'étoit qu'au troisième audit défunt, de mesme que ledit Oouret ; ce qui donne lieu au partage esgal desdits biens provenant des le Roy eomme dessus, c'est parce qu'ils descendent tous dudit Guillaume le Roy. — P. advocat.
DéUbéré à Ghaailons le 4* 7* 1700.
Au doê :
Guillaume le Roy
Marion le Roy
mariée k Poncelet Gouret
quy a eu
Jean Gouret qui a eu
Guillaume Gouret k présent vivant.
Ideline le Roy
mariée à Jean Guérin
de quy est né
Jeanne Guérin
mariée à
Estienjie
Mabillon
est né
Jean M.abiIlon
de cujxÂS bonis agitur
Nicolle Guérin
mariée à
Louis la Forge
qui a eu
Arnoul
la Forge
Robert la Forge
(Bibl. Nat. Français, 19639, f^ 301.) § 9. Parrainage d'Etienne Mabillon en 1663.
Perette loupot fille de Ponce louppot et d'Elizabeth la tour fust baptisé le treiziesme mars 1663 , ses parin et marine sont Estienne Mabillon et Perrette Drouet sa femme.
(Registres parois, de S^ Pierremont.)
§ 10. Baptême de Thierry Ruinart, (1675, Reims).
Le unziesme jour du moys de Juîng mil six cens cinquante sept a .esté baptizé Thiery Ruinart fils; de Mathieu Ruinart, la mère Cathe-
rine Bernart, le parin Thiery Gastinois, la marioe Jacquetie Gastinoys, le parin a signé.
le mareq I J ' dudict Thien7 I Gastinoys
(Registres de la paroisse Saint-Thimothée, aux Archives de l'Etat civil à l'Hôtel-de-Ville de Reims.)
§ 11. Décès de Jean Màbillon (1756).
Jean MabilIon né à Beanmont en argone diocèse de Reims âgé de soixante seize ans deux mois et dix-huit jours vivant prêtre et curé de Louvemont est décédé le vingt neuf janvier 1756 en la communion orthodoxe de la sainte Eglise, son corps a été inhumé le lendemain au cimetière de ce lieu proche la croix ainsi qu'il l'a demandé avant son décès en présence de MM**** Gérard curé de Voîllecomte et promoteur du doyenné de Joinville, de M* le Maire curé de Trois-fontaines, de M* de Lyoncourt curé de Laneuville aux Forges, de M* Duplessey curé d'Eclaron, de M* Louis, curé d'Humbécourt, de M* antoine Bénard curé dudit lieu son neveu, et d'autres ses confrères dont plusieurs ont signé avec nous. (Signé) de Lyoncourt curé de Laneuville, Lègendre curé, Louis curé d'Humbécourt, Gérard curé de Voillecomte , A. Bénard curé de Louvemont.
(Pour copie conforme aux Registres paroissiaux, V. Magnien curé de Louvemont (Haute-Marne), le 22 Janvier 1879.)
§ 12.' Décès d'Etienne Màbillon (1729).
L'an mil sept cent vingt^neuf le doux"* Juillet est décédé M* Estienne Màbillon, prestre et curé de Saulce Champenoise, âgé de cinquante deux ans ou environ, lequel a été inhumé dans l'Eglise dud. 8aulce le treize, ou nous Prestre curé de Alleux en l'absence et à la réquisition de M. Louis Servoi prestre curé du Chesne et doyen d'Attigny l'avons conduit avec les cérémonies ordinaires, en foy de quoy j'ai signé les jour et an que dessus avec l'assemblée.
(Signé) N. Deville, curé des Alleux. G. Mansuet. J. Devaux, Bruneaux p^. Renard, desservant d'Attigny. Dardenne, prestre desser-* vant la paroisse dud. Saulce. Màbillon, p. curé de Louvemont (Extrait des Reg. Paroiss, de Saulces-Champenoises.)
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Voici une lettre qui complète ces recherches et exprime la vénération conservée à Fancien curé de Saulces-Champenoises , Gilles Bénard, prêtre caché sous la Terreur , resté ensuite durant un demi-siècle le père et l'ami de ses paroissiens ; un des plus grands services qu'il rendit fut de recueillir, au lendemain de la révolution, les enfants des meilleures familles du pays pour leur assurer , à défaut des collèges, tout le bienfait des études classiques : M. Tranchart, M. Labesse, M. Lecointre et bien d'autres honorables con*temporains ont été les élève5 de ce prêtre vertueux et lettré, digne petit-neveu de D. Mabillon.
Saulces-Champenoises, le 24 Janvier 1879.
Monsieur,
J'ai été heureux d^apprendre, par M"" le curé de Belleville, que vous occupant de l'histoire de D. Mabillon, vous vous intéressiez de ses parents de Saulces-Champenoises, et tout particulièrement de ce vénérable abbé Bénard, avec lequel j'ai vécu pendant six ans. Je n'oublierai jamais ces promenades instructivies que nous faisions ensemble tous les Dimanches après les vêpres, lui vieillard de 80 ans, moi jeune homme de 18 ans. Comme il se plaisait à me raconter sa vie de labeur ! C'est dans son pensionnat, vous le savez, qu'ont été formés les personnages les plus éminents des arrondissements de Vouziers et de Rethel. Aussi, je le répète, j'ai appris avec le plus vif plaisir que son nom ne serait pas laissé dans l'oubli.
Madame Tassin-Tassin, la petite nièce de M. le curé Bénard, est en possession du cachet de Dom Mabillon. Il paraît qu'il a appartenu à Jean Mabillon, curé de Louvemont, qui l'a transmis à sa sœur Madeleine Mabillon , morte à Reims. De là, il revint à Saulce» chez M. Bénard, qui a, parait-il , désigné sa nièce, la mère de M"* Tassin-Tassin, pour en avoir le dépôt comme un souvenir de famille. Il est formé d'un tube destiné à enfermer le bâton de cire ; le couvercle est gravé et représente un homme en marche qui tient un bâton levé jusqu'au-dessus de la tête. À l'autre bout se trouve le cachet formé d'un M artistement enlacé et surmonté d'une couronne, j'ai pris sur de la cire l'empreinte du cachet et celle du couvercle.
Quant au portrait qui est à Coulommes, M"' Tassin me dit que c'est celui de D. Mabillon ; elle s'est chargée de le faire venir bientôt à Saulces.
Agréez, etc., L'Instituteur de Saulces-Champenoises.
PONGELET.
Itinéraires de MabiUon.
i 1. VISITE ET DESCRIPTION DE REIMS EN 1696, PAR D. MABILLON ET D. RUINART , A LEUR RETOUR D'ALSAGE.
c Le trois novembre , nous descendions de Saint- Basle de Verzy au milieu d'un vignoble aux produits célèbres , et nous traversiops Sillery où se trouve le château de la noble famille des Brûlart dont le chef actuel est l'illustre marquis de Puysieux. Un peu plus loin , nous apercevions , non sans pleurer, les ruines de cet endroit que Flodoard appelait Buxitum et que l'on nomme aujourd'hui la Pompelle : ce sol fut souvent teint jadis du sang de nos apôtres rémois. Plus près des murs de la ville, une croix s'élève au lieu où le pontife Albert de Liège subit le martyre, victime de la haine portée par les méchants aux libertés ecclésiastiques. A peine entrés dans Reims, l'archimonastère de Saint-Remy nous offrait l'hospitalité ; après y avoir pris notre repas, nous descendions au palais archiépiscopal pour rendre compte de notre voyage à l'illustre prélat (Maurice Le Tellier) qui , dans sa bienveillance, nous avait enjoint de le visiter à Reims lors de notre retour.
« Nous n'avons pas l'intention de décrire ici tout ce que Reims contient de remarquable : il suffit de dire que son antiquité dans Thistoire sacrée et profane, la magnificence de ses temples, le nombre de ses saintes reliques, lui assurent le premier rang en France et l'un
Àt>PÉNDIGÊ. 201
des premiers dans la chrétienté. Il n'y a pas d'endroit dans cette cité qui ne révèle un souvenir ancien ou religieux. L'architecture de l'église métropolitaine est en rapport avec les prérogatives de son siège : que vous la regardiez au dedans ou au dehors, il n'est pas de spectacle plus magnifique ni plus auguste ; Tobscurité qu'y répandent l'épaisseur des vitraux et les peintures imprime dans l'âme de celui qui en franchit le seuil une sorte de terreur religieuse. Au centre de la croix, dont l'édifice reproduit la figure , se dresse la table de l'autel , entièrement recouverte de lames d'or et d'une multitude de pierreries ; à quatre ou cinq pieds derrière l'autel , on a élevé une pyramide de marbre sur le bas de laquelle une tablette d'or très-fin représente la Cène de Notre-Seigneur, le milieu en est occupé par l'image sacrée de la Vierge mère de Dieu patronne de l'église, le sommet de ce travail admirable est couronné par une croix enrichie d'or et de pierres précieuses. Des colonnes d'argent soutiennent les courtines ou rideaux qui entourent l'autel ; tous les autres ornements sont dignes de cette grande église. L'autel du matin ou du cardinal se trouve à l'extrémité vers l'orient ; derrière lui, au milieu, se trouve^ un antique siège épiscopal de pierre où doivent s'asseoir les archevêques en prenant possession. Dans la nef, une cage de marbre marque l'endroit du martyre de saint Nicaise. On ne peut décrire minutieusement les reliques, les vases sacrés, les ornements dont les rois , les princes, les prélats, ont à l'envi enrichi cette église. Parmi les vêtements sacerdotaux, il faut citer les chasubles de saint Rigobert dont Tilpin fit usage, et qui remontent par conséquent au-delà de l'an 900. Un cloître est contigu à la cathédrale vers le nord : un de ses côtés correspond au chapitre, l'autre touche à l'école de l'église de
Reims où sont situées les Ecoles de Droit, le troisième côté forme la Bibliothèque, dépôt bien fourni de livres et de manuscrits. Ces derniers renferment un grand nombre d'œuvres des Saints Pères donnés au vn* siècle par les archevêques Eblon et Hincmar ; quelquesuns proviennent du prévôt Odelric, dont nous avons transcrit le testament du xi* siècle, en même temps que le Nécrologe de Féglise de Reims. Au midi de la basilique s'étend le palais des archevêques, que vient de reconstruire presque en entier depuis les fondations rilluslre pontife qui l'habite : on n'en voit pas en France de plus magnifique dans sa simplicité. C'est aussi à Maurice Le Tellier que l'on doit le séminaire : avant lui, il n'existait guère que de nom. et maintenant il s'étend sous de vastes bâtiments où les clercs sont instruits dans la science et dans la piété, grâce à ses nombreux revenus : tous ces bienfaits proclament que l'archevêque en est le fondateur plus encore que le restaurateur. En face de la grande basilique se trouve Tabbaye de Saint-Denys qu'occupent les chanoines réguliers de Saint- Augustin depuis le xi® siècle, c'està-dire depuis l'époque où ils s'établirent en France ; leur bibliothèque contient des livres et quelques manuscrits.
« Après l'église métropolitaine, il en est une qui surpasse toutes les autres, c'est la basilique de l'archimonastère royal de Saint-Remy que consacra Léon IX en 1049, et qui est partout célèbre par son imposante architecture et ses nombreuses reliques. Elle renferme les tombeaux de plusieurs rois et reines, ceux de nombreux princes et grands personnages, de beaucoup de nos archevêques, parmi lesquels Tilpin, Hincmar et Foulques qui y ont encore leurs épitaphes. Mais rien ne peut être comparé au mausolée de l'apôtre des Francs, saint Remy, dont la décoration ne laisse
rien à désirer ni pour la richesse des matériaux, ni pour la perfection de son travail; des portes d'or ferment Tendroit réservé à la précieuse châsse, oii se conserve le corps du pieux pontife encore entier dans sa chair et ses os préservés de la corruption. Là aussi on garde la sainte Ampoule, qui fut envoyée du ciel au baptême de Glovis selon le récit d'Hincmar et des écrivains postérieurs. Le grand autel recouvert d'or fin offre les images de ses donateurs, les archevêques Foulques et Hérivée. Le pavé du chœur, formé d'une multitude de pierres aux couleurs variées, représente rélégant assemblage de figures différentes ; au-dessus de cette mosaïque est suspendue une immense couronne que garnissent autant de flambeaux qu'il y a d'années en la vie de saint Remy. Un candélabre en airain de Chypre s'élance comme un arbre gigantesque dont les rameaux élevés portent des lumières. Ces splendides garnitures ont paru à saint Bernard en opposition avec la simplicité monastique. Tout le monastère a ce cachet de grandeur : la Bibliothèque est un riche dépôt de livres et de manuscrits dont un grand nombre sont remarquables par leur antiquité, l'élégance de leurs caractères ou Tor qui les embellit. Près de cette basilique, il existe un antique sanctuaire dédié à saint Julien de Brioude, martyr cité par Grégoire de Tours. Un peu au-dessous, on voit l'église de saint Martin et celle des saints Thimothée et Apollinaire. En cet endroit, lorsqu'on fouille la terre, on trouve çà et là des corps dont la tête , les bras et les jambes portent l'empreinte des pieux ou gros clous de fer qui les ont transpercés : on peut sans peine en conclure que ce sont les corps des martyrs. Leurs reliques abondent à Saint-Thimothée où se trouve le Cimetière des Martyrs, c Vers l'orient se dresse la basiUque Joviaienney
204 DOM IIABILLON.
consacrée aujourd'hui à saint Nicaise ; peu d'églisefi dans toute la France ont une plus délicate architecture. On voit dans le bas le tombeau de Jovin, son fondateur, préfet des soldats en Gaule sous Valentinien le Grand ; alors que Jovin venait de vaincre les Germains, cet empereur alla à sa rencontre et le créa consul en Tan 366. Il y a aussi dans ce temple un antique mausolée de saint Nicaise. Gervais plaça au milieu du XI* siècle des moines de notre ordre dans ce monastère qui suit encore les règles de notre congrégation. Les lieux claustraux sont remarquables par leur élégance et leur commodité : la Bibliothèque est très-bien fournie en livres mais pauvre en manuscrits. Autour de cette basilique , se trouvent à ses flancs deux églises : au midi, Saint-Jean oii saint Remy délivra du démon une jeune fille de Toulouse et ressuscita une morte. On voit une image du Christ en croix revêtu d'une robe longue dans l'autre église dédiée à sainte Balsamie, que Ton croit avoir été la nourrice de saint Remy. A cette église est joint un oratoire souterrain dédié à Saint-Maur, retraite obscure où la tradition enseigne que Ton cachait les martyrs. € Hors de Tenceinte de Saint-Nicaise , se trouve l'abbaye de Saint-Pierre-les-Dames, maison de notre ordre renommée pour son antiquité et sa sainteté. Il y a dans la ville d'autres basiliques, abbayes et lieux consacrés dont la seule énumération serait trop longue, mais on ne peut passer sous silence les survivants des Arcs de Triomphe érigés à César : Tun d'eux est inhérent aux murs du grand collège et s'appelle Porte Basée ; trois autres ont été récemment découverts à la porte de Mars parmi les ruines d'un vieux château; dans les environs s'élevaient les Arènes dont quelques vestiges subsistent encore. Peu de temps après la découverte des Arcs romains, Sauteuil, célèbre poète,
se trouvant à Reims, considéra rarchitecture de ce merveilleux travail et composa des vers que Ton grava sous les images de ces monuments.
c Non loin de la ville , au nord , se dresse sur le mont d*Or Fabbaye de Saint-Thierry dont la Bibliothèque possède beaucoup de manuscrits ; la plupart, si je ne me trompe, ont été acquis au temps de Tabbé Guillaume, ami de saint Bernard.
c Le dimanche 4 novembre , nous assistions aux matines à la Métropole avec tout le clergé de la ville réuni pour une cérémonie d'actions de grâces et de prières publiques. Nous avons admiré la piété du clergé et la majesté de sa tenue, qualité si fort prisée chez les anciens. Puis nous assistâmes à la messe solennelle de ce jour et du lendemain oii l'on célébrait la fête de saint Charles : Fillustre archevêque (Charles Maurice Le Tellier) la présidait. Nous avons observé les rites de cette église dont la plupart remontent à l'antiquité : la confession et tout ce qui précède le Gloria in excelsis est récité à la sacristie par le prêtre et ses ministres, mais, au moment où le chœur chante rintroït, le prêtre s'avance vers l'autel portant à son doigt le fanon, puis il s'inchne devant l'autel, et vient se placer au coin : là, il lit et chante, hors de l'autel, ce qui doit être récité, et ne monte à l'autel que pour l'offertoire : les rites de l'offrande sont nombreux et propres à cette église ; nous ne pouvons les récapituler tous. À la fin de la messe, personne, si ce n'est Farahevêque, ne donne sa bénédiction : après que le diacre a prononcé Ylte missa est^ en Fabsence de Farchevêque, tous reviennent incontinent à la sacristie.
c Le six novembre, nous quittions Reims en sortant de la ville par la porte de Vesle ; il existe sur la place même, au dehors, une antique basilique consacrée à saint Eloy immédiatement après sa mort ; la
mention de cette dédicace est relatée dans la vie qu'en écrivit saint Ouên ; une vieille figure qui se voit on avant des portes est bien du style de cette époque. Nous arrivions à Fismes pour Theure du dîner ; là finit le territoire rémois , dans cette ville célèbre par le martyre de sainte Machre et les synodes qui s'y tinrent. >
(Passage traduit de Vlter Litterarium in AUatiam et Lotharingiam. Œuvres posthumes, T. m, p. 491-495.)