VOYAGES
Sommaire. — Vie de Dom Pedro II a Rio et a Petropolis.
— Une conversation de Dom Pedro II avec Arsene Houssaye. — « L'homme heureux, c'est moi, quand mon peuple est content. » — Fidelity de Dom Pedro II a la Constitution.
— Opinion de Ch. RibeyroIIes. — Les trois voyages de Dom Pedro II. — Son amour des sciences, des lettres et des arts. — Mot de Charles Darwin, au sujet de Dom Pedro. — Richard Wagner. — La Ristori. — Adolphe Franck. — Alexandre Dumas fils. — Reponse de Dom Pedro a un general allemand, a Rouen. — Le dernier voyage de Dom Pedro a eu pour cause une.raison de sante. — Beaute physique et morale de Dom Pedro. — Un article d'Henri Fouquier sur Dom Pedro II. — a Paris aime Dom Pedro, parce que Dom Pedro aime Paris, » — Sejour de Dom Pedro a Cannes. — Article du journal Les Echos de Cannes. — Dom Pedro II et le Felibrige. — Frederic Mistral. — Hommage public rendu par M. Gladstone a Dom Pedro II. — a Cet Empereur est un modele pour tous les souverains du monde. » — M. de Nioac. — Entrevue de Tauteur de ce livre avec Dom Pedro, a Marseille, puis a Aixles-Bains. — « 5/re, vous etes plus qu^un empereur; vous
etes un philosophe et un savant! — Hommage de Lamartine et de Victor-Hugo a Dom Pedro II. — Le Jubile du regne de Dom Pedfo II.
Dom Pedro II met au service de son peuple une activite prodigieuse et infatigable.
Grand travailleur depuis son enfance, il a pris des habitudes laborieuses, dont il ne s'est jamais departi.
Dans son chateau de Boa- Vista, a Sani Christovam, faubourg de Rio, il est, au milieu d'un pare magnifique, toujours entoure de ses livres, qui sont ses meilleurs amis.
II possede une riche bibliotheque et plusieurs oeuvres d'art. Ses gouts artistiques font de lui un intelligent amateur des oeuvres des grands maitres.
Lettres, sciences et arts, rien n'echappe a ses savantes etudes, a ses ardentes investigations.
II aime egalement Tagriculture et le jardinage; il prend journellement interet a ces travaux-, il s'occupe d'embellir ses pares et ses allees. On sait que c^est un de nos com-
patriotes, M. Glaziou, qui dirige ces travaux.
L'ete, Dom Pedro reside a Petropolis, a quatre heures de Rio.
Petropolis est une charmante ville, fondee par Tempereur, sur les montagnes des Orgues, (Serra dos Orgaos) sillonnee de cours d'eau, dotee d'un climat delicieux, embellie de villas qu'occupent, durant Tete , des diplomates , des families riches, toute la grande societe de Rio.
L'empereur s'y plait extremement ; il ne s'en absenteque lesamedi, Jour oil ilva presider, a Rio, le conseil des ministres.
A Petropolis, comme a Boa- Vista, Dom Pedro II ne perd jamais un instant et mene la vie la plus laborieuse.
II se leve a six heures du matin et ne se couche jamais que tres avant dans la nuit.
II dejeune rapidement, a 9 heures, et dine a 5 heures.
A peine debout, il lit une grande partie des journaux et il se fait annoter ou resumer les autres.
Le courrier expedie, il donne regulierement audience, aux heures et de la fa9on populaire dont nous avons deja parle.
Apres les audiences, il monte en voiture, va visiter les^ ecoles , les hopitaux , les forteresses, les navires de guerre, les casernes, les etablissements scientifiques, les etablissements de bienfaisance.
II est en habit ou en uniforme militaire, toujours accompagne d'un chambellan.
II porte la Toison d'or a la boutonniere, et la plaque de la Croix du Sud [Cruieiro]^ au
cote.
Sa voiture est attelee de six chevaux, allant presque toujours au galop.
Deux « cadetes » ( i ) a fond de train vont en avant, pour lui faire faire place.
(i) Dans Tarm^e bresilienne, on appelle cadetes, des soldats qui se distinguent des autres parce qu'ils portent sur chaque bras une etoile en or. Pour etre cadete, il faut prouver qu'on est le fils ou le descendant d'un noble, d'un haut dignitaire de Tempire, ou d'un officier superieur de Tarmee. Au palais de Tempereur, ces cadetes prennent
Un capitaine galope a la portiere et une escorte de cavalerie, avec quelques piqueurs, suivent la voiture (i).
II arrive a I'improviste, tantSt au milieu des seances de quelque societe savante, tantot, en pleine distribution de prix, ou il prend
place a table avec les chambellans et les officiers de service. Ce ne sont pas des sous-officiers, comme I'a dit un journaliste parisien, mais bien de simples soldats ayant certains privileges.
(i) Dans le magnifique Panorama de la ville et de la rade de Rio de Janeiro, qu'on pourra admirer a Paris (avenue Suffren, 80) pendant touteladureede TExposition Universelle, on voit la voiture de Tempereur traversant une rue nouvellement percde, la « rue du Sdnateur Dantas, » — un nom cdl^bre daas Thistoire de I'abolition au Brdsil. — Ce panorama est Toeuvre des peintres Victor Meirelles, Bresilien, et Langerock, Beige. Cest un spectacle vraiment fe^rique que celui de cette rade, sans contredit, la plus belle du monde. La vue panoramique a ^t^ prise de la coUine Santo Antonio. D^ja en 1824 les Parisiens avaient admire un panorama de Rio, peint par Guillaume Frederic Romny d'apres les dessins de Felix Emile Taunay, pere du s^nateur brdsilien d'EscRAGNOLLE Taunay et fils de Nicolas-Antoinc. Dans le panorama de 1824, la colline du Castello fut le point de vue choisi par Tartiste. Une acqua-tinta de Frederic Salathe a conservd le souvenir de ce pano-
note du nom des principaux laureats, qu'il suit et qu'il protege dans leur carriere.
Une ou deux fois par semaine, nous Tavons dit, il preside le conseil des ministres.
. Les autres jours, il va au theatre, qu'il aime passionnement, au concert, ou bien il travaille a ses etudes de predileaion.
Le premier samedi de chaque mois, a 8 heures du soir, Tempereur recoit a Sam Christovam le corps diplomatique.
Dans ces audiences, tout le monde est en uniforme-, Tempereur lui-memeporte celui de marechal ou d'amiral.
Les receptions de gala, ont lieu, auxgrandes fetes historiques, au palais imperial, appele aussi palais de la ville (Paco da Cidade).
rama, de meme qu'une brochure de T^poque : Notice historique et explicative du panorama de Rio de Janeiro, par M. HipPOLYTE Taunay et M. Ferdinand Denis (Paris, 1824). SeulementM. Ferdinand Denis, Tancien biblioth^caire de Sainte-Gdnevi^ve, que les Br^siliens ont surnommd a le plus ancien des Bresiliens de Paris », declare n*avoir jamais ecrit une seule ligne de cette notice. En effet, la partie historique laisse beaucoup a d^sirer.
Ces jours-U, rempereur et rimperatrice viennent de Sam Christovam au palais de la ville, en grand ceremonial, precedes des hauts dignitaires de la cour, et escortes d'un regiment de cavalerie.
Les voitures d'apparat sont les memes qui servaient a la cour de Dom Joao V, et qui resterent a Rto lors du depart du roi Joao VI. EUes furent fabriquees k Paris et peintes chez Martin. Restaurees en 1816 par le peintre Manoel da Costa, elles furent repeintes en 1822, lors de la proclamation de I'empire, par Jean-Bapliste Debret et Fran9ois-Pierre do Amaral (i)-
Deux fois seulement dans Tannee, TempereuF se presente avec le roanteau imperial, le sceptre et la couronne : c'est a I'ouverture et a la cl6ture des Ghambres.
A rexception des grandes dates historiqiies ct des jours de gala, la vie a la cour de
[i) IIehbet, Voyage pittoresqiie au Bresil.
Dom Pedro II est calme, modeste, patriarcale.
Pour recevoir son peuple, I'empereur met I'etiquette de cote.
Dans un article signe Pilgrim^ — pseudonyme bien connu d'un de nos plus estime's ecrivains, — nous trouvons le recit suivant d'une conversation de Dom Pedro II avec Arsene Houssaye (i) :
« M. Gaston Calmette avait dit dans le Figaro que Dom Pedro II ressemblait a M. Arsene Houssaye.
« Or, Tempereur et le poete sont de vieilles connaissances.
« Quand Dom Pedro, quelques jours apres, revit M. Arsene Houssaye, il lui dit gaiement, en le conduisant devant une glace : « Voyons si nous nous ressemblons ! »
« — Oui, dit M. Arsene Houssaye, a cela pres que je voudrais etre de temps en temps
(i) Revue de Paris et de Saint-Petersbourg, Paris, nu* mero du i3 novcmbre 1887.
SyO DOM PEDRO II.
Dom Pedro, et que vous ne voudriez jamais etre Arsene Houssaye. »
« — Eh qui sait? mon Dieu ; tout homme porte sa couronne d'epines! Voila pourquoi nous aurions beau changer, nous ne porterions pas la couronne de Thomme heureux. »
« — Est-ce que Votre Majeste Ta rencontre, rhomme heureux? »
(c — Oui, cest mot, quand mon peuple est content,.. »
On comprend que les Bresiliens soient fiers d'un tel souverain.
Dom Pedro II peut s'absenter et faire de longs voyages a Tetranger : il est tranquille sur la fidelite de ses sujets a la Constitution liberale de Tempire, a laquelle il fut lui-meme toujours scrupuleusement soumis.
Un republicain francais, Charles de Ribeyrolles, dont nous avons deja parle, rend justice a ce double respect de Tempereur et du peuple bresilien pour la Constitution qui les regit :
« Id le contrat n'a pas souffert. La loi generale est toujoursvivante,obeie, respectee. Point d'interpretations folles; partant, point de crises. C'est que Thomme qui avait prete serment a garde jusqu'au dernier scrupuie la chaste probite de sa parole; c^est qu^il a la religion du devoir et que, sans detour ni reserve, il a pratique et maintenu la foi juree.
« II etait jeune et seul; il pouvait, comme les petits Xerxes, se laisser emporter aux ardeurs du sang, aux fievres de Torgueil, aux enivrants parfums de la coupe et de la couronne.
« Ou sont ses temerites, ses folks initiatives, ses violences, ses empietements?
« Jamais vieille tete de roi fut-elle plus tranquille et gardat-elle mieux les saints respects (i)? »
Dom Pedro absent, la loi n'en existe pas moins, et cetteloi est recpectee sous le contr&le
{i) Le Brest! pittoresque, par Ch. Ribeyrolles, t. Ill, p. iSg.
des pouvoirs publics fortement constitues, et sous la regence d'une princesse aussi habile que sage, digne fille de son pere.
Dom Pedro II a done pu, en toute securite, venir lire dans le monde europeen les regies de notre civilisation et les comparer avec celles qu'il a donnees a son empire.
Et certes, il ne neglige rien pour contenter sa savante et judicieuse curiosite.
Partout ou il passe, il examine, il etudie toutes choses; il recherche la societe des savants; il temoigne de son amour pour la science, pour les lettres, pour les arts.
A Paris il recevait tons les jours de 4 a 6 heures du soir. Et combien ces receptions etaient-elles differentes de celles de la plupart des princes et des souverains ! Ce n'etaient pas les elegants des cercles qu'on y voyait, ou des aristocrates qui sou vent n^ont d'autre merite qu'un titre nobiliaire ou un nom plus ou moins historique. C'etaient les representants du genie francais qu'on y coudoyait; c'etaient les
DOM PEDRO II. SyS
sommites de la science, des lettres et des arts en France.
Dom Pedro est un homme charmant, beau causeur, d'une rare simplicite, d'une affabilite exquise; on Taborde aisement et Ton se plait a son commerce.
Aucune litterature ne lui est inconnue. Les savants, les hommes de lettres, les artistes qui le recherchent et qui Tapprochent, admirent la variete de ses connaissances, son etonnante erudition, sa memoire vraiment prodigieuse.
A son amour de la science, rendent un juste hommage les plus grands savants de rUnivers.
(c L'empereur a tant fait pour la science, »
— ecrivait, en 1887, Charles Darwin a Tillustre botaniste anglais sir Joseph D. Hooker,
— « que tout savant lui doit le plus grand c( respect; et j'espere que vous lui expri- « merez, de la fa9on la mieux sentie, ce tc que vous pouvez faire avec Texpression de
« la sincerite la plus entiere, combien Je me « sens honore de son desir de me voir, et « combien je regrette d'etre absent de chez « moi (i). »
Tout savant I tit doit le plus gra?id respect!
Telle est Topinion de Darwin. EUe est egalement celle de tons les autres savants, de tons les litterateurs, de tous les artistes qui ont eu le bonheur d'approcher ce grand Souverain.
Dans un livre recemment public, nous lisons que ce prince eclaire, qui est un grand amateur de musique et qui fut le premier protecteur du maestro bresilien Carlos Gomes, fut egalement un des premiers a deviner le genie musical de Richard Wagner, a qui il proposa, des 1857, ^^ composer un opera pour le theatre lyrique de Rio (2).
(i) Vie et correspondance de Charles Darwin, publiees par son fils Francis Darwin. — Traduction francaise de M. Varigny, Paris, 1888, t. II, page 577.
(2) Adolphe Julien, Richard Vagner, sa vie et ses ceuvres. (Paris, 1886, p. 1 14.) L'auteur ajoiite : a Cette offre
Veut-on maintenant connaitre rimpression que rempereur du Bresil fit sur Tesprit de la celebre tragedienne Ristori, chantee par Lamartine et Musset? Ouvrons ses Ricordi artistici :
c< Quale anima gentile, quale spirito ec-
cezionalmente colto trovai neP Imperalore !
Egli mi onoro della sua amicizia, della quale mi sento orgogliosa ; ne tempo, ne lontananza rhanno potuta scemare nell'anima mia. Ricevuta a corte con mio marito ed i miei figli, non mi attento a descrivere quanta bonta ed affabilita abbia incontrate in quelP angelica famiglia. Quante occasioni non mi ebbi d'ammirare la coltura, Tingegno profundo di Sua Maesta! Tutte le letterature gli sono famigliari. Per la rettitudine de principii, per la giuztizia nel governare, egli e adorato dai suoi
venue de Rio de Janeiro parait avoir eu un fondement serieux ; car I'empereur du Br^sil fut plus tard un des patrons du theatre de Bayreuth, et vint assister a la premiere execution des Niebelungen (1876).
sudditi, non mirando che alio sviluppo e al benessere di essi...
« Ma trovo superfluo renumerare qui le doti infinite ch' egli possiede. La fama le ha propalate. »
— (c Quelle ame bienveillante, quel esprit exceptionnellement cultive ai-je trouves dans Tempereur! II m'honora de son amitie dont je me sens orgueilleuse. Ni le temps, ni Teloignement n'ont pu en effacer le souvenir dans mon coeur. Re9ue a la Cour avec mon mari et mes fils, il me serait impossible de decrire la bonte excessive et TafFabilite que j'ai rencontrees dans cetle famiile angelique! Combien d'occasions ai-je eues d'admirer la culture et le profond genie de Sa Majeste! Toutes les litteratures lui sont familieres. La rectitude de ses principes et la justice de son gouvernement le font adorer de ses sujets dont le developpement et le bien-etre sont Tobjet de ses desseins...
«... Mais je trouve superflu d'enumerer les
qualites nombreuses qu'il possede. La renommee les a deja fait connaitre en tous lieux. ))
Dom Pedro II fit une egale et profonde impression sur i'esprit d'un de nos plus grands philosophes modernes, Adolphe Franck, de rinstitut, rimmortei auteur de La Kabbale et du Dictionnaire philosophique, professeur du droit des gens au College de France.
En 1871, lors de son premier voyage en France, Sa Majeste recut avec une vive sympathie Tillustre professeur qui lui fut presente par feu le comte de Gobineau, alors ministre de France au Bresil, en conge a Paris.
A partir de ce jour, chaque fois que Dom Pedro assistait aux seances de Tlnstitut, dont il est membre correspondant, il recherchait 1^ societe et la conversation du savant professeur, et il se pla9ait toujours a ses cotes.
II ne manquait pas d'aller a ses lecons publiques au College de France, ou il tenait
SyS DOM PEDRO II.
a se rendre incognito, comme un modeste disciple.
Un jour, il s'y trouvait ainsi mele, dans la foule des auditeurs.
M. Franck traitait precisement de la question de Tesclavage.
Ayant apercu Tempereur Dom Pedro II, rillustre professeur s'ecria :
« Un grand empereur moderne a pris a coeur de supprimer, dans son vaste empire, cette plaie sociale qui deshonore rhumanite.
<c Get empereur philanthrope et sage, n^est pas un mythe ; il existe reellement, il est plein devie, il parcourt toutes les capitales de TEurope, pour y etudier les institutions et les moeurs occidentals. Non, cet empereur philosophe n'est pas un mythe; vous pouvez.
Messieurs, le voir, lui parler et contempler sa face auguste; il est en Europe, en France, parmi vous, au milieu de vous; il est a vos c6tes!... w
Aussit8t tous les auditeurs se tournerent
vers leur auguste condisciple, dont la haute et belle stature planait sur I'auditoire, et des applaudissements frenetiques et des bravos edaterent dans tous les rangs.
Ce fut une scene touchante et admirable, dont Sa Majeste se plaignit un peu a son illustre ami, qui avait devoile sa presence et trouble sa modestie.
Mais le savant professeur n'avait pu resister a la tentation d^exprimer publiquement son admiration, pour Toeuvre glorieuse et pour le noble caractere du plus sage des rois.
La lettre suivante, dont a daigne nous favoriser M. Franck, vient completer notre recit.
« Mon cher Monsieur Mosse.
a Je n'ai pas oublie que vous m'avez demande un recit de mes relations avec S. M.
I'empereur du Bresil, Dom Pedro d' Alcantara. Je vais essayer de donner satisfaction a votre desir en rappelant des souvenirs deja anciens. Mais si le temps les a fait palir, il ne les a pas
38o DOM PEDRO 11.
detruits et ne me defend pas d'en parler avec exactitude. ^
« C'est en 1871 que men ami, M. le comte de Gobineau, ministre de France au Bresil, qui se trouvait aiors en conge a Paris, me presenta a Tempereur Dom Pedro instalie pour quelque temps au Grand H6tei. L'empereur me re9ut comme une vieille connaissance, me faisant Thonneurdem'assurer, ce dont je vous permets de douter, qu'il avait lu la KabbalCy le Dictionnaire des sciences philosophiques, et quantite d'autres choses dont j'aurai peutetre a repondre un jour si elles meritent qu'on s'en souvienne.
« Des cette premiere entrevue, qui dura assez longtemps, Dom Pedro me pria de revenir et me demanda les heures et les jours de mes le9ons au College de France. Je retournai le voir peu de temps apres et il m'entretint longuement de la peine de mort. II savait que j'etais occupe de cette question, que je Tavais traitee, avec plus ou moins d'etendue dans
un de mes livres et dans le journal des Debais, et que je ne voyais pas dans Techafaud une institution immuabie. II me declara qu'il etait completement de mon avis et que, sans oser proposer a son Parlement i^abolition immediate de la peine capitale, il usait de son droit de grace pour accorder une commutation de peine aux criminels que la justice de son pays condamnait a mort. 11 me confia en meme temps qu'il nourrissait Tesperance d'apporter de notables adoucissements aux lois criminelles du Bresil.
<c Et ceux qui ne sont pas coupables, osai- « je lui demander, et qui cependant sont sou- « mis, de par la loi, a toutes les souflFrances « que la cruaute humaine peutimaginer,qu'en « ferez-vous? » Me laissant a peine achever : « Je vous comprends, me dit-il. La question « de Tesclavage m'occupe encore plus que « celle de la peine de mort. Mais nous en parte lerons une autre fois, si vous le permettez. »
« Quelques semaines s'etaient ecoulees de-
382 nOM PEDRO II.
puis ce second entretien, lorsque j'appris par les journaux qu'une loi bresilienne, adoptee sur la proposition du gouvernement, declarait libre dans Tavenir tout enfant ne d'une femme esclave et d'un pere de la meme condition.
Ce n'etait pas encore Pabolition de Tesclavage, mais e'en etait la promesse a bref delai.
cc Le jour meme ou cette heureuse nouvelle m'etait annoncee, j'aliai, comme d'habitude, faire ma lecon au College de France. Du plus loin qu'il m'apercut Tappariteur me dit qu'il y avait dans mon auditoire une tete couronnee, mais qui avait resolument refuse toute place de faveur. Je n'eus pas de peine a deviner qu'il s'agissait de Tempereur Dom Pedro, d'ailleurs facile a reconnaitre a sa haute taille et a sa barbe majestueuse. Je pris pour sujet de ma lecon le droit naturel de Thomme a la liberte et les consequences a la fois dangereuses et immorales de Tesclavage consacre par les moeurs ou par les lois. Avant de finir, j'adressai au public ces paroles dont je garan-
tis le sens sinon le texte : « Cette horrible ins- « titution touche a sa fin, jusque dans le Nou- (( veau Monde. Aujoiird'hui meme elle a ete « frappee a mort par un souverain de cette (c contree. Et le souverain se trouve en France « dans ce moment, il est a Paris, 11 est au mite lieu de vous dans cette enceinte... » Aussitot Dom Pedro fut reconnu, tous les yeux se tournaient vers lui, et des acclamations enthousiastes, le suivirent jusqu'a ce que, refugie dans mon cabinet, il fut perdu de vue. « Sa- « vez-vous, me dit-il, en me voyant seul A a seul, que je vous tiens pour un traitre? Je « vous avais tant recommande et vous m'aviez c( si bien promis de ne pas vous occuper de « moi. ))
« Je ne me crus pas pour cela brouille avec Sa Majeste Bresilienne. En effet, un samedi, jour de la seance hebdomadaire de T Academie des sciences morales et politiques, Dom Pedro vint nous faireune visitea Tlnstitut. Le bureau, comme Texigeaient les convenances, alia au
devant de lui et lui assigna une place d'honneur.
<( Non, repondit rempereur, dites-moi seu- <( lement ou est la place de M. Franck, je vous « demande la permission de m'asseoir aupres (( de lui ! » Get honneur n'etait pas une sinecure, car il me fallut lui dire les noms de tous mes confreres et lui citer-les titres de leurs ouvrages. La seance etait levee longtemps avant que ma tache fut finie.
c( Je ne veux pas enumerer toutes les circonstances dans lesquelles Tempcreur Dom
Pedro s'est plu a me temoignerla bienveillance dont il etait anime' envers moi, et Tattrait qu'il eprouvait pour mes opinions spiritualistes et liberales. II en est une, cependant, qu'il m'est impossible de passer sous silence. Quand il sut qu'on avait fonde a Paris une ligue contre Tatheisme et que j'en etais le president, il fut un des premiers a se faire inscrire parmi les membres honoraires de cette association et m'ecrivit a cette occasion une lettre inspiree
par les plus hautes considerations politiques et sociales. II tenait a me prouver que dans cette grande question des rapports de Tame humaine avec la cause premiere de toutes les existences, son esprit etait guide par la raison philosophique aussi bien que par le sentiment religieux. II aimait, je ne dirai pas la tolerance, mais la liberte. II la pratiquait a Tegard de toutes les croyances et de tous les systemes ; mais il ne pouvait souffrir Tatheisme ni le materialisme. II y voyait un abaissement de rhumanite et une menace perpetuelle contre Tordre social. Je parle de lui au passe, parce qu'il n'existe pour moi que dans la limite des relations que j'ai eu la bonne fortune d'entretenir avec lui. Je souhaite qu'ily ait beaucoup de republicains aussi devoues que cet empereur a la cause de la justice et de Thumanite. Si Platon Tavait connu, il se serait attache avec un redoublementdeconfiance asamaxime favorite : — Les hommes ne seront heureux que quandles rois seront philosophes ou quand
les philosophes seront rois. — Seulement, je me crois oblige d'ajouter que la philosophic de Dom Pedro n^a rien de commun avec ccUe du Prussien Frederic II.
cc Mon cher Monsieur Mosse, je livre ces lignes informes a votre entiere discretion, vous laissant libre de les detruire ou de les recueillir dans le livre que vous avez dessein de publier. Quelque parti que vous preniez, recevez r assurance de mes sentiments devoues.
« Ad. Franck. »
« Paris, le 3i mars 1889. »
A son tour, Alexandre Dumas fils, un des quarante immortels, et a la fois un de nos ecrivains les plus populaires, professe pour Dom Pedro II, la plus grande admiration.
La lettre suivante dont il a bien voulu nous honorer, en est la sincere expression :
« Cher Monsieur,
(( J'etais en effet directeur de T Academic lorsque S. M. Tempereur du Bresil, Dom Pc-
dro II, nousafait, en 1877, Thonneur d'assister a deux de nos seances, le mardi 24 avril et le jeudi 26 avril. Pendant son premier sejour a Paris, I'Academie, par une decision speciale, I'avait admis a sieger dans son sein et a prendre part a ses travaux. C'est done moi, qui, comme directeur, ai eu Thonneur de recevoir I'empereur au pied de notre escalier et de le conduire dans la salle de nos seances. La premiere fois, le 24 avril, Sa Majeste, apres avoir serre la main a tous ses confreres que M. Camille Doucet lui nommait les uns apres les autres, Sa Ma:jeste prit place au milieu d'eux, comme un simple immortel. M. le comte d'Haussonville lisait justement, ce jour-la, une partie de I'interessante notice qu'il a publiee, depuis, sur son pere, et Tempereur Ta applaudie plusieurs fois comme nous tous.
« La seance terminee, il est parti, a pied, se faisant suivre de sa voiture, tres simple, et tout en Causant avec quelques-uns de nous.
II est revenu le surlendemain, en faisant prier que cette fois, on n'allat pas au devant de lui et qu'on voulut bien le recevoir comme s'il etait vraiment un des quarante. II prit part au travail courant du dictionnaire historique, et nous dit au revoir en nous quittant. Dom Pedro est revenu nous voir ensuite a son dernier voyage.
« Vous avez bien raison, cher Monsieur, d'ecrire I'histoire de ce monarque liberal qui regne depuis Page de six ans et qui, depuis qu'il a ete proclame, n'a eu d'autre souci que le progres, la liberte, et par consequent le bonheur de son pays, Aussi peut-il le quitter pendant des annees pour venir etudier TEurope, sans craindre qu'on lui prenne sa place en son absence. Et ses grahdes distractions, durant ses voyages, sont des congres scientifiques et des seances d'academie.
« Heureux monarque ! Heureux pays I (c Croyez, cher Monsieur, a tous mes sentiments devoues. « A. Dumas fils. »
Dom Pedro II justifie pleinement toutes ces hautes et sympathiques appreciations, tant au point de vue de sa belle ame, qu'a celui de son gout passionne pour la recherche du vrai et du beau (1).
C'est surtout, en Egypte, en Grece, en
(i) Dom Pedro II n'excitepas que radmiration des savants, des hommes de lettres et des artistes. Les philanthropes de tout culte lui rendent les plus respectueux hommages, qu'il accueille avec une egale satisfaction. Un homme de coeur et de bien, dont la communaute isradlite de Paris connait la pieuse et grande munificence, puisqu'elle lui doit la construction de son magnifique temple de la rue Buffaut, comme la station baln^aire d'Arcachon lui doit le sien, M. Osiris, ayant appris que Dom Pedro II avait visitd en 1871 les ruines du Temple de Jerusalem, eut la touchante pens^e d'offrir a Sa Majeste la premiere ^preuve, tir^e avant la lettre, de Tadmirable dessin de Bida reprdsentant les Juifs en priere devant le mur de Salomon. A Nice, en 1 888, M. Osiris eut I'honneur d'etre presente h I'Empereur par son ami M. le comte de Nioac. Sa Majeste lui fit le plus gracieux accueil. Le grand philanthrope, qui, maintenant meme (1889), vient de faire h TExposition Universelle un don de cent mille francs pour rdcompenser « Tauteur de Toeuvre la plus interessante au point dc vue de Tart, de Tindustrie, ou de Tutilite publique, » conserve de cet entretien de Nice le plus aimable et le plus reconnaissant souvenir.
SgO DOM PEDRO II.
Italic et en France, qu'il a porte ses pas et ses regards investigateurs.
« II a remue pieusement, » dit Arsene Houssaye, « la table des Pharaons, et interroge la Rome antique et Tltalie de la Renaissance.
(( A Paris, tous les jours Tempereur visitait trois ou quatre monuments et recevait trois ou quatre hommes d'elite.
« II se depouillait avec une grace parfaite du manteau imperial, et cet homme qui gouverne I'empire le plus vaste du globe, apres la Russie et la Chine, redevenait un simple voyageur spirituel et erudit.
(( Ce qui surprenait quelque peu ceux qui ont eu la bonne fortune de causer avec lui, c'est qu'il connait tous les Francais de marque, comme s'il avait vecu parmi nous. II avait la bonne grace de leur rappeler des oeuvres, des livres, des discours, qu'ils ont plus ou moins oublies.
« II parlait la langue fran9aise du meilleur temps, en vrai dilettante.
a Dom Pedro II, n'a pas perdu son temps en ses vacances imperiales.
(c II a tout vu, en France, cet homme qui ne croit qu'a la souverainete de Tintelligence.
« Aussi est-il deux fois empereur, avec la simplicite d^un Spartiate. »
Nous qui avons eu Thonneur d'approcher egalement ce savant couronne, nous nous associons pleinement a cette appreciation qui emane d'un ecrivain impartial.
Les paroles qui precedent sont d'une ab-
solue verite; elles exposent parfaitement le caractere scientifique des voyages de Dom Pedro 11...
On sait que ces voyages sont au nombre de trois, a Tetranger.
Nous ne parlons pas des voyages de Dom Pedro II, dans les provinces de son vaste etnpire, qu'il a visitees presque toutes, a plusieurs reprises:
Son premier voyage transatlantique eut lieu
en 1 87 1. II visita TEurope et TOrient, en compagnie de rimperatrice.
La princesse imperiale, Dona Izabel, Pheritiere du trSne, resta comme regente de Fempire, ayant pour premier ministre le vicomte de Rio-Branco.
Ce voyage, commence le 25 mai 1871, se termina le 3o mars 1872.
Dom Pedro II visita alors toute T Europe; I'Egypte, la Palestine et TAsie Mineure.
Parmi ies hauts dignitaires de la cour, qui accompagnaient Tempereur dans ce voj^age, nous citerons Ies senateurs vicomte de Bom Retiro et vicomte d'ltauna, deux hommestresremarquables par leur savoir et tres particuiierement affectionnes par Sa Majeste.
C'est dans ce voyage que Dom Pedro II, fit preuve de sentiments eleves, d'une exquise delicatesse et d'une haute convenance, a i'egard de la France qui lui offrait, d'ailleurs, une sympathique hospitalite.
C'etait quelques mois apres la Commune.
Dom Pedro II qui visttait la France pour la premiere fois, se trouvait a Rouen , pendant Toccupation allemande.
Le general-commandant de la place alia presenter ses respects a I'empereur du Bresii et lui annoncer qu'une garde d'honneur devait etre placee ^ la porte de son hotel, et qu'une serenade militaire lui serait otferte par la muslque allemande.
Dom Pedro II refusa et la garde d'honneur et la serenade, tout en exprimant au commandant de la place sa vive gratitude pour I'hommage qu'il voulait lui temoigner.
« Si j'etais en Allemagne, lui dit-il, je ne m'y opposerais nuUement; mais je suis en France, et je ne puis accepter que les musiques des vainqueurs viennent me saluer sur le sol des vaincus. »
Le general prussien n'eut qu^i s'incliner.
II avait fait son devoir a I'egard de I'empereur du Br^sil; mais remperear du BrJsil faisait le sicn cnvers la France.
II s'attirait, assurement, par cet acte, les sympathies et la reconnaissance du peuple francais...
Le second voyage de Sa Majeste (26 mars 1876, 26 sept. 1877) eut lieu aux Etats- Unis, lors de T Exposition Universelle de Philadelphie, puis en Europe.
Le troisieme eut lieu, de nouveau, en Europe. Commence en 1887, ce troisieme voyage ne s^est termine qu'en 1888.
Pendant le second voyage de Tempereur, la princesse regente eut pour premier ministre le marechal due de Caxias; pendant le troisieme, le baron de Cotegipe jusqu^au i o mars 1888, et, a partir de cette date, le conseiller Joao Alfredo Correa d'Oliveira.
Ce dernier voyage fut surtout recommande a Dom Pedro II par ses medecins.
II partit de Rio de Janeiro le 3o juin 1887; et le 5 aout 1888 il s^embarquait a Bordeaux pour rentrer le 22 aout a Rio de Janeiro.
Une annee de repos et de soins, sous un
ciel clement, a heureusement suffi pour rendre a la same le meilleur des empereurs, et le plus vigoureux des hommes.
Cette same, si chere a son peuple et a tous ceux qui, en Europe ont apprecie la grandeur d'ame de Dom Pedro II, s'etait alteree depuis le mois de fevrier 1887.
D'apres les medecins de Sa Majeste, ce fut a un surmenage accablant, a un exces de travail, a une trop grande activite, que Tempereur dut ses souffrances et son affaiblissement.
II fut oblige de mettre un temps d'arret a sa vie laborieuse, pour venir en Europe se refaire, se reposer de ses fatigues, de ses occupations absorbantes, causes d'une maladie terrible qui avait mis sa vie en peril.
Une congestion du foie, suivie d'une fievre paludeenne, avait eu raison d'une sante robuste, j usque-la irreprochable.
Et le mois de mai dernier, a Milan, une pleuresie vim encore atteindre Dom Pedro II, a peine remis de sa maladie de Tan dernier.
Avantcette double maladie, Dom Pedro II etait d'une tres forte constitution.
Aujourd*hui meme, tel que nous avons eu rhonneur de le voir a Marseille et a Aix-les- Bains, il a repris en grande partie sa beaute physique.
Grand, d'une noble prestance, les yeux bleus, le regard profond, la physionomie franche et loyale, il est d'un aspect imposant.
Ses cheveux et sa barbe, qui etaient d'un blond d'or, ont blanchi depuis la guerre du Paraguay.
Sa tete est toujours admirablement belle et d'une expression penetrante.
Son accueil sympathiquc et courtois, sa parole facile et persuasive, sa bonte, touchent presque a la familiarite.
Tel est rhote auguste que le ciel clement de la France a rendu a sa premiere vigueur.
Et, certes, les Fran9ais s'en rejouissent, car ils aiment ce prince populaire et genereux.
« Instruits par Texperience, » — a dit un
ecrivain distingue, Henry Fouquier (1), — instruits par ['experience, nous savons peutetre mieux qu'autrefois ne pas exagerer la vaieur des sympathies qu'on nous temoigne, et, en meme temps, nous en mieux montrer touches et reconnaissants.
« On Pa vu, a propos de la maladie de Tempereur Dom Pedro, dont Paris s'est montre profondement emu, parce qu'il savait que Tempereur etait un ami de la France.
Paris aime Dom Pedro, parce que Dom Pedro aime Paris, et Taime bien, comme nous voulons qu'on i'aime. »
Plus loin (2) Henry Fouquier ajoute :
a Ce grand Paris, non seulement Dom Pedro Taime, mais on pent dire qu'il en est.
(( Lorsqu'il arrive chez nous, il va droit aux Academies, a la Societe de Geographic, dans les ateliers des grands industriels, des artistes et des savants.
(i) Revue de laFamille, i5 juin 1888, p. 264. (2) Page 265.
a Ces jours-ci encore, entoure de compagnons d'elite, il visitait notre Observatoire de Nice.
<( C'est un savant francais, le docteur Charcot, son ami, qu'il a appele, lorsqu'il a ete frappe.
« A le voir, de la sorte, en dehors des pompes souveraines et des ceremonies officielles, faire son tour de Paris, epris d'une curiosite si noble et d'une sympathie ardente pour toutes les choses de Tesprit, on dirait un de ces grands seigneurs que les romans philosophiques du dernier siecle nous montrent parcourant le monde a la recherche de la verite.
« Chercheur d'idees plus qu'amateur de spectacles et de* plaisirs, il aime ce foyer francais que rien n'eteindra, foyer de lumiere et non d'incendie, conime disent nos ennemis.
« II en rapporte toujours quelque chose dans son jeune pays. II en rapporte, surtout.
un peu de Tame franfaise, de cette ame eprise de justice et d'ideal. Si bien que sur le lit ou Ton a pu croire un moment qu'il agonisait, il a recu la nouvelle de Tabolition de Tesclavage dans ses Etats, conquete derniere et couronnement de son regne.
(( C'est une joie pour nous tous de voir Tempereur liberal, notrehote, survivrea I'accomplissement de son oeuvre et pou voir entendre Teloge qu'il a merite »
Quel enfant de la France ne s'associerait pleinement a ces vives expressions de respectueuse sympathie, adresses a Dom Pedro II, homme d'esprit et de coeur, dont Texistence doit etre chere a tous les amis du genre hu-
main!
Mais revenons aux etapes du troisieme voyage de notre bote illustre.
Partout ou il a passe, il a provoque un courant de sympathie et de veneration.
La frequentation des savants, Tetude des souvenirs historiques , Tappreciation des
moeurs locales, en un mot, la curiosiie scientifique n'a cesse de presider a ses visites et a ses recherches.
A Cannes, surtout, ou Dom Pedro II a fait un sejour de cinq mois environ, chacun a pu admirer ses gouts distingues, ses sentiments eleves, sa modestie et sa popularite.
Le journal Les Echos de Cannes^ interprete fidelement Timpression generale, a regard de Tempereur du Bresil, dans ces lignes, publiees le i ^"^ avril 1 888 :
« Chacun a pu constater que durant tout leur sejour a Cannes, Tempereur et Timperatrice du Bresil se sont depouilles de tout le faste des grandeurs dont aiment a s^entourer les potentats.
<( lis ont vecu, pour ainsi dire, d'une vie toute bourgeoise, aimant a se meler a nos fetes qu'ils daignaient honorer de leur bienveillant patronage.
« S. M. Dom Pedro II est un grand ami des sciences en meme temps qu'un philan-
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thrope. Partout ouil passe, il se renseigtie sur tous les faits historiques des localites qu'il visite, il s'entretient avec les savants, prend des notes qu'il collige soigneusement, s'informe des institutions de bienfaisance et vient a leur aide.
« Nous Tavons vu, a Cannes, assister deux fois aux seances de notre Societe des Sciences et des Lettres, dont il accepta la presidence d^honneur, et qu'il presida, a ce titre.
a La societe des Sauveteurs du departement des Alpes-Maritimes, la section de TAssociation des Dames de France de Cannes, la Societe des Ecoles libres, en un mot, toutes nos societes philanthropiques ont ete, tour a tour, Tobjet de sa haute sollicitude.
tt Infatigable dans ses excursions, Dom Pedro II a visite toutes nos localites qui pouvaient lui offrir un souvenir historique.
tt Quant a son accueil sympathique, il etait egalement acquis aux princes, aux savants, aux artistes, aux litterateurs, aux industriels.
c( Liberal par principe, il aime le peuple, et Tun de ses plus grands bonheurs etait de se promener au milieu de notre population qui devinait, par instinct, ses sentiments democratiques. »
Nous ajouterons a ce recit veridique des £"chos de Cannes, que, lors de son dernier voyage, Dom Pedro II fut surtout enchante de la magnifique aubade de quatorze tambourins, que lui offrirent les Felibres de Cannes, sous la direction du Docteur Geoffroy.
Cette aubade avait ete organisee par M. Mouton, cabiscolde Tecole de Lerins (i).
(i) Programme de cette aubade :
1. Air national du Bresil. — F. M. da Silva (musique municipal e).
2. Fai te veire ben souleu. — Mistral (chanteurs provencaux).