DEVOUEMENT DE DOM PEDRO II A SON PEUPLE
Sommaire : Devouement de Dom Pedro II a Tinstruction populaire. — a Si je n'dtais pas empereur, je voudrais etre maitred'^cole. » — L'Institut historique et g^ographique.
— Protection aux hommes de lettres et aux artistes. — Opinion du prince Adalbert de Prusse, d* Alexandre Herculano, de F. Wolf, de Pasteur et d'Agassiz sur Dom Pedro II. — II s'oppose a la construction d'un nouveau palais.
— II refuse une statue et demande qu'on en applique les fonds a des dcoles. — Lettre de Dom Pedro II a ce sujet .
— Erudition de Dom Pedro II. — Opinion de Longfellow a son egard. — Audiences publiques de Tempereur a Rio, — Dom Pedro II et son conseilde ministres. — Justice, cl^mence et bonte de Dom Pedro II. — L'imperatrice. — Popularity de Dom Pedro II. — Manifestations populaires a son depart pour I'Europe et a son retour.
— Un article de M. J. Nabuco, au sujet de la popularite de Dom Pedro II.
Nous avons parle jusquUci des grands evenements politiques et militaires du glorieux regne de Dom Pedro II.
II est temps que nous abordions de pres cet
incomparable empereur, que nous contemplions sa beaute intellectuelle et moraleet Tinfluence salutaire qu'il exerce sur son peuple.
Uinstruction solide que Dom Pedro 11 avait recue et qu'U avait completee par ses propres efforts, iui avait appris a connaitre ie prix du savoir pour Phomme et son immense valeur pour un peuple.
Aussi rinstruction publiquefut-elle Tobjet de ses soins et de ses constantes preoccupations.
ficoles primaires, enseignement secondaire, etablissements scientitiques, societes savantes, furent successivement fondes et organises, sous les auspices du savant empereur.
Dans la capitale de I'empire, I'instruction primaire, secondaire et superieure, releve du gouvernemeni.
Dans les provinces, ce sont les Assemblees provinciales, crepes par I'Acte additionnel de 1 834, tjui font les lots sur Tinstruction primaire et secondaire. L'insiruction superieure releve dans tout I'empire du gouvernement central.
En 1857, le Bresil ne possedait q^ue 2,595 ecoles publiques primaires avec 70,000 eleves; en 1 886, il en avait 6,6o5 avec 2 1 3,670 eleves.
Pour Tenseignement secondaire, a part les etablissements prives, il y a a Rio, le College imperial de Dom Pedro II, et des lycees dans les provinces.
Pour Tenseignement superieur et technique, il y a a Sam Paulo et a Recife (Pernambuco) des Facultes de droit, a Rio et a Bahia, des Facultes de medecine; dans ces deux dernieres villes et a Ouro-Preto, des Ecoles de pharmacie; a Rio, TEcole polytechnique qui prepare des ingenieurs; a Ouro-Preto, TEcole des mines ; a Rio, a Porto- Alegre, et a Fortaleza, des Ecoles militaires, outre des colleges preparatoires; a Rio ,le college naval et Tecole de marine; a Rio Tecole siiperieure de guerre; a Rio, a Bahia, a Recife et a Sam Paulo, des lycees des arts et metiers; a Rio, TAcademie des beaux-arts, le Conservatoire de musique, Tlnstitut des sourds
et muets, I'Institut des jeunes aveugles; a Rio et dans plusieurs provinces, des Instituts agricoles; en province, pi usieurs stations agronomiques et des ecoles d'agriculture. II y a au Bresil plusieurs ecoles normales : une a Rio, deux a Bahia,dont Tune pour les institutrices, et une dans les principales capitales de province. Pour Tenseignement religieux catholique, il y a dix-neuf seminaires.
II y a a Rio un Observatoire astronomique, qui publie un « Annuaire » et des « Annales », dans lesquels ont paru les observations des astronomes bresiliens sur le passage de Venus, faites a Saint-Thomas et au detroit de Magellan ( I ). Ilyaegalementa Rio un Bureau central m^teorologique; un Bureau hydrographique; plusieurs grandes Bibliotheques , parmi lesquelles la Bibliotheque Nationale (171,000 volumes, 8,000 manuscrits, 3o,ooo
(i) Un de ces astronomes, Ic contre-amiral baron de Teffe, vient d'etre nomme membre etranger de notre Academic des sciences.
estampes), qui public des « Annales » ; des Musees, parmi lesquels il faut citer le Museum National a Rio (dirige par le savant conseiller Ladislao Netto) (i), qui public des a Archives », ou se trouvent d'importantes etudes d'histoire naturelle et d'ethnographie, et le Musee scolaire. Parmi les societes savantes nous citerons Tlnstitut historique, geographique et ethnographique du Bresil, la Societe de geographic (presidee par Tancien premier ministre marquis de Paranagua) , PAcademie imperiale de medecine, Plnstitut de Tordre
(i) M. Netto vient d'inaugurer au Champ de Mars (20 juin 1889) une interessante exposition d'ethnographie et d^anthropologie. Un journaliste br^silien, M. Gama, a entendu dans un restaurant une curieuse conversation entre deux membres de la Societe (V Anthropologic de Paris. « Qui est cc M, Netto? » demandait un des anthropologistes. « C'cst un Polonais, » rdpond Tautre : « il s'appellc Ladislas. "ti
Rassurons notre anthropologiste : M. Netto est un Br^silien natif de I'AIagdas, et un Br^silien honor^ de la confiance de D. Pedro II, qui I'a nomm^, derni^rement encore, membre de son conseil et dignitaire dc la Rose, grade qui ne peut etre confere a plus de 32 Bresiliens.
des avocats bresiliens, Tlnstitut polytechnique bresilien (preside par S. A. R. le comte d'Eu), une societ^pour la propagation des beaux-arts (presidee par le conseiller Jean-Alfred Correa deOliveira, qui vient d'etre premier ministre), piusieurs societes pour la propagation de Tinstruction publique, dont Tune presidee par Tancien ministre conseiller M. F. Correa.
En un mot, tous les etablissements d'education que Ton possede en France, existent au Bresil; et, chose flatteuse pour la langue fran9aise, c'est, surtout, au moyen de livres ecrits en fran9ais, que Ton s'instruit au Bresil (0.
(i) Tout Bresilien bien elevd parle le franfais. Depuis longtcmps aucun ^l^ve ne pouvait etre inscrit dans les Facult^s et autres dcoles d'enseignement sup^rieur sans avoir passe ses examensde franfais et d'anglais. Aujourd'hui on exige en plus que les candidats sachent traduire rallemand et Titalien. Nous avons connu piusieurs Brdsiliens qui venaient k peine d'arriver de leur pays : ils parlaient tous le franf ais. Nous avons eu le bonheur de connaitreun jeune Bresilien, M. Domicio daGama, qui, a peine arriv^ a Paris, nous a montr^, dans la conversation, qu'il con. nait la France litt^raireetartistique comme un druditfran- DOM PEDRO. 19
Nous ajouterons que dans les Ecoles publiques, comme aujourd'hui en France, les enfants de toutes les religions sont admis, par esprit de tolerance et de liberte, et que Tenseignement religieux est laisse aux soins des families et des pretres de la religion dans laquelle sont nes les enfants.
On remarquera qu'au Bresil il y a fort peu de colleges qui appartiennent a des corporations religieuses, et que, d'ailleurs, quoique la religion catholique soit la religion de I'foat, toutes les autres religions peu vent y etre professees libremenf, le clericalisme n'existe pas meme de nom dans ce pays, dont Tesprit est essentiellement liberal, et ou les pretres catholiques ne s'occupent nuUement de politique.
Deux eveques, seulement, en iSyS, firent preuve dlntolerance, en voulant executer
(ais. Jeune encore, il est ddja un ecrivain charmant et justement populaire a Rio. La Gas^eta de Noticias de cette ville vient de le nommer son correspondant a Paris.
des buUes du pape qui n'avaient pas recu le placet de rempereur. lis furent traduits devant la Cour supreme de justice, condamnes a quatre ans de prison, enfermes dans des forteresses de Rio, ou cependant ils etaient traites avec tous les egards , avec la plus grande largess e ; puis, ils furent amnisties par Tempereur (i).
La Constitution bresilienne etablit que les buUes et les lettres apostoliques ne seront pas executables au Bresil, sans le placet imperial, et les eveques bresiliens, nommes par Tempereur et confirmes par le pape, pretent serment d'obeissance a la Constitution.
D'ailleurs, le pape Leon XIII dans son discours du 14 Janvier 1888, en reponse a celui du digne ministre du Bresil, le conseiller Souza Correa, a prononce les pa-
(i) Chacun des dveques habitait une maison confortable dans renceinte d'une des forteresses. Ils avaient a leur table, presque tous les jours, des sdnateurs, des deputes, des journalistes, etc.
roles suivantes, qui sont bien significatives : « Depuis i'independance du Bresil, aucun dissentiment grave ne s'est eleve avec le Saini- Siege, Nous Nous faisons un devoir de le reconnaitre, et Nous chercherons toujours a maintenir des relations qui rejouissent notrp cceur de chef de TEglise universelle (i). »
Ajoutons, quant a la presse, que le Bresil ne possedail que 3 1 joumaux en 1828; qu'on en publiait plus de 271 en 1876, et que, en 1 884, le nonibre des journaux et revues depassait certainement 600 (une statistique incomplete, car les chiffres de plusieurs provinces manquaient, a donne 533). Plusieurs de ces journaux sont rediges dans leur langue par des Francais, des Italiens, des Allemands, des Anglais, des Espagnols et des Portugais.
II y a au Bresil des journaux aussi grands que les premiers joumaux de Londres el de New-York. Le Jornal do Commercio, de
\i) Cc discours a it£ public dans Ic Moniteur de Rome, du raercredi 18 janvier 1888, n" 14.
Rio, fonde en 1827 par des Fran9ais et aujourd'hui propriete d'un Bresilien, le comte de Villeneuve, ministre a Bruxelles, est d'un format plus grand que le Temps de Paris et publie tous les jours huit pages, quelquefois seize. Le Diavio de Pernambuco est deux fois plus grand que le Temps,
Dans rhistoire du Bresil, ce qui etonnera certainement en France, il n'y a eu qu'un seul exemple, — et en 1826, — de Texpulsion d'un journaliste etranger. Pendant la guerre du Paraguay un de nos compatriotes a pu publier regulierement, a Rio, un journal dans lequel il montrait ses sympathies pour Tennemi du Bresil, le dictateur du Paraguay. II publiait meme des caricatures des generaux bresiliens.
La liberte de la presse et de la caricature n'a pas de limites au Bresil.
L' amour de Dom Pedro II pour la science, se revele surtout dans son assiduite aux seances de Tlnstitut Historique et Geogra-
phique qui se reunit tous les quinze jours dans le palais imperial, ou se trouve la bibliotheque de ce grand corps scientifique. Cette societe a ete presidee par trois savants, tous les trois honores de Tamitie de Tempereur : le vicomte de Sam Leopoldo, le marquis de Sapucahy et le vicomte de Bom Retiro ( i ) .
(i) LInstitut Historique, Geographique et Ethnographique du Bresil a did fondd en 1 838, sous la haute protection de Dom Pedro II, parrinitiative du vicomte de Sam Leopoldo, du general CunhaMattoset du chanoineJanuarioda Cunha Barbosa, trois noms des plus remarquables dans Thistoire littdraire du Bresil. II acdlebre en 1888, par une exposition et une seance solennelle, son jubile. C*est la plus importante corporation litteraire de I'empire, et sa Revue, dont 5 1 gros volumes ont paru jusqu'a present, est justement estimde en Europe par tous les Americanistes. Notre savant compatriote d'Avezac, en rendant compte d*une discussion au sein de cette socidtd, s'exprime ainsi : — « On ne peut se defendre d'un sentiment profond de respect et de sympathie pour le prince eclaire qui se fait un doux passe-temps de ces luttes courtoises, de ces tournois litteraires, ou se ddbattent, au double profit de la culture intellectuelle et du developpement de Tesprit national, des questions qui, pour etreabordees, exigent des etudes preliminaires sdrieuses et une Erudition spdciale. » (d'Avezac, Considerations geographiques sur VHistoire du Bresil, Paris, 1867, p. 161.)
II assiste, avec non moins d'empressement et de plaisir, aux examens des ecoles primaires et aux distributions des prix, faites a la jeunesse.
II attache, avec raison, une importance fondamentale a Tinstruction et a Teducation populaires, qu'il considere comme la base de Tedifice social, comme la source de la dignite et de la moralite d'un peuple.
En presence de quelques-uns de nos compatriotes, a Cannes, Dom Pedro II a prononce hautement ces paroles qui traduisent parfaitement ses sentiments, touchant I'instruction de ses sujets :
« Si je n'etais pas empereur, je voudrais etre maitre d'ecole. Je ne connais point de mission plus grande, ni plus noble, que celle de diriger de jeunes intelligences et de preparer les hommes de Tavenir ! »
Quel est le souverain au monde qui ait jamais tenu un si beau langage.
Mais Dom Pedro ne s'en tient pas a de
belles paroles; 11 fait des actes qui en sont radmirable confirmation.
D'abord, il encourage, au Bresil, les sciences, les lettres ei les arts. II protege les artistes bresiJiens, les poetes et les litterateurs,
Les peintres Pedro Americo de Figueiredo et Victor Meirelles, le maestro Carlos Gomes, dont les operas (// Guarany, La Fosca, Salvator Rosa etc.) sont si populaires en Italic et au Br^sil, lui doivent de nombreux encouragements.
II fut rami et le protecteur de Thistorien Varnhagen [vicomte de Porto-Seguro), des poetes Gonfalves Dias, Magalhaes (vicomte d'Araguaya), e Porto-AIegre (baron de Santo- Angelo) , du poete, romancier et historien Macedo, et d'un grand nombre d'autres Bresiliens eminents.
Souvent il reunit a Rio, dans des soirees litteralres et scientifiques, les hommes de letires et les savants bresiliens pour examiner
avec eux quelque nouvelle production et causer litterature, science ou art.
De grands et illustres savants ont rendu hommage a ce gout prononce de Dom Pedro II pour les fortes etudes et pour les choses de I'esprit et du coeur.
Un prince qui etait un illustre voyageur, Adalbert de Prusse, visita le Bresil en 1 842 . II y connut le jeune empereur, alors age de dix-sept ans, et qui deja depuis deux ahs avait pris possession de Tautorite souveraine.
Or, voici ce qu'on lit dans le recit de son voyage (i) :
« Dom Pedro II a un developpement et une vigueur mentale tres remarquables pour son age. II n'est pas d'une taille elevee; il est plutot gros. II a une grande tete, les cheveux blonds et les traits bien formes. Ses
(i) Travels of His Royal Highness prince Adalbert of Prussia. Translated by sir Robert H. Schomburgk and by John Edward Taylor; Londres 1849 (t. I*'', p. 272, t. II, p. 89}.
yeux expressifs et bleus sont pleins de vivacite et de bienveiliance. Bien qu'il n'ait pas plus de dix-sept ans, il a la gravite et le maintien d'un homme entierement developpe. II trouve son plus grand plaisir dans Taccroissement et le progres de Tinstruction qu'il s'applique a posseder dans toutes sortes de connaissances.
(( L'histoire est son etude favorite, bien qu'il sMnteresse a des sujets differents, entre autres a la botanique.
« Le jeune souverain montre beaucoup de talent pour Tart, specialement pour la peinture, et la precocite de son caractere s'y revele par Tinteret qu'il porte a tout ce qui est grand et noble. Car les sujets favoris de son pinceau, ce sont les portraits des grands hommes d'Etat, celebres dans Thistoire, dont il desire suivre les exemples.
« L'empereur m'offrit, de la fa9on la plus gracieuse, un portrait a Thuile de Frederic le Grand, peint par Sa Majeste.
« Ce souvenir, auquel j'attache la plus grande valeur, est aujourd'hui I'ornement de mon salon deMonbijou, etilme rappellera toujours Taccueil affectueux que j'ai recu de son auteur, qui me rendit si charmant le sejour que je lis, pendant quelque temps, dans la belle terre du Bresil.
<c L^empereur se leve toujours a 6 heures du matin. La lecture lui prend tout le temps que lui laissent les affaires de Pfitat, et cette lecture lui est d'un grand profit, grace a sa memoire excellente...
« On remarque chez le jeune empereur une ambition qu'on ne peut que respecter et admirer, c'est la noble ambition de se preparer toujours davantage a sa haute mais difficile mission.
« Quel bonheur pour ce beau pays d'etre gouverne par un chef qui connait si bien les devoirs de sa position et qui a un si vif desir de rendre son peuple heureux!
« Que le cielbenisse ses efforts!... »
A son tour, le celebre romancier et historien, Alexandre Herculano, la plus grande personnalite litteraire de ce siecle, en Portugal, esprit liberal, poussant Tindependance presque jusqu'a la sauvagerie, que, par consequent.
Ton ne pourrait soupfonner de flatterie, disait deja de Dom Pedro II, en 1847, ^^ V^^ ^^^^ •
« Tout le monde sait que le jeune empereur du Bresil consacre au culte des lettres tons les loisirs que lui laissent ses occupations de chef d'Etat...
« Ne voit-on pas dans les tendances du jeune prince un signe des temps, une prophetie consolatrice pour Pavenir du Bresil (i)? »
Enfin Ferdinand Wolf, dans son Histoire de la litteratiire brisilienne (2), en parlant, du developpement litteraire du Bresil apres
(i) Etude d'Alexandre Herculano sur I'avenir litteraire du Portugal et du Bresil, a propos des « Premiers Chants » du poete bresilien Gonfalves Dias, publics en 1847, dans la Revista Universal Lisbonense, et reproduite dans la 5« Edition des Cantos, du meme poete, Gonfalves Dias (Leipzig
(2) Berlin, i863.
1840, apprecie hautement le role de Dom Pedro II, dans ce beau mouvement :
(( L'Empereur, dit-il, eut la plus grande part a ce developpement.
<c Dom Pedro II ne se contente pas d*aimer et de proteger les sciences et les arts, de reunir a sa cour les savants et les artistes, de les favoriser, non par calcul, comme Auguste, ou par une vanite egoiste, comme Louis XIV, qui n'avait d'autre pensee que de les faire concourir a Tagrandissement de sa puissance et a la gloire de son nom.
(c Dom Pedro II ne fait pas des sciences et des arts le marche-pied de son ambition; il les aime pour eux-memes et il en connait a fond plusieurs branches. II manque rarement d'assister aux seances de Tlnstitut historique et geographique. Sous son regne, se sont fondes un grand nombre d^etablissements d'instruction et de societes litteraires. Tandis qu'autrefois, le journalisme politique avait tout envahi, on vit paraitre, enfin, des revues consa-
crees unique ment aux sciences et aux arts. » Plus loin (i), le meme ecrivain, en parlant du poeme La Confederation des Tamqyos, de Magalhaes, vicomte d'Araguaya, poeme public en i856, s'ecrie :
« L'empereur Dom Pedro II, ce monarque dont on admire le tact politique et les gouts d'artiste, ne s'est pas contente d'accepter la dedicacedu poeme, iladaigne le faire publier a ses frais, et avec luxe. ^)
A tous ces hommages, justement merites par Dom Pedro II, cet empereur, homme de science, comme Ta appele M. Pasteur, il y a quelques jours a peine, dans un discours celebre (2), le savant Agassiz ajoutait les pa-
(2) Discours prononcd a I'inauguration de Tlnstitut Pasteur, et publid dans le Journal des Debats du 1 5 novembre 1888. Nous ajouterons que ce meme jour, le buste en marbre de Dom Pedro II, par Guillaume, a etd installe a rinstitut Pasteur et que Dom Pedro II vient de commander a un artiste brdsilien, Bernardelli, le buste en marbre du savant fran^ais pour Tlnstitut Pasteur rdcemment crde a Rio.
Ir
roles suivantes, qui achevent le touchant portrait du souverain, que ce savant avait connu a Rio en 1 865 :
(( ... Dom Pedro II est un homme Jeune encore ; quoiqu'il ait quarante ans a peine, il en a deja regne plus de vingt sur le Bresil. Aussi sa figure parait-elle soucieuse et un peu vieillie. II a la physionomie maleet pleine de noblesse. L'expression de ses traits, un peu severe au repos, s'anime et s'adoucit quand il cause, et ses manieres courtoises ont une affabilite seductrice (i). »
Gombien Dom Pedro II justifiait-il ce concert d'eloges, et par son devouement passionne a la science, et par son ardente protection accordee a Tinstruction populaire !
Sa soUicitude est acquise aux jeunes Bresiliens qui desirent s'instruire, quoique depourvus de ressources.
II fait lui-meme tous les frais de Teducation
(i) M. ET M"® Louis Agassiz, Voyage au Bresil. Tvsiduit de Tanglais par Felix Vogcly , p. 65 ; Paris, 1869.
d'un grand nombre d'etudiants en droit, en medecine, de jeunes ingenieurs et d'artistes.
II entretient plusieurs bourses d'etude en Europe, en faveur des eleves d'elite et d'avenir.
II aime, surtout, comme il I'a declare luimeme, les ecoles primaires. Un jour, ses ministres songerent a faire batir un palais imperial, car la vaste maison qui porte ce nom n'est que Pancienne residence des vicerois portugais.
a Quoi ! s'ecria Dom Pedro, quand nous n'avons pas assez d'ecoles ni assez d'etablissements scolaires, songer a un palais ! S'il y a lieu, vous y aviserez plus tard, aux termes de la Constitution. Pour le moment, il faut s'occuper des routes, de Timmigration et des ecoles. ))
Grande lecon faite a plus d'un monarque, et, meme, a plus d'un chef de republique!
a Parlons-nous bien d'un empereur? » s'ecrie Charles de RibeyroUes, en racontant ce trait de Dom Pedro : « ah ! que Ton comprend
mieux en Europe et les splendeurs de recurie et les grandeurs de la meute ( i ) ! »
Mais la soUicitude de Dom Pedro II pour rinstruction populaire eclata surtout le lendemain de la glorieuse guerre du Paraguay.
Lorsque la nouvelle de la viaoire finale des Bresiliens, arriva a Rio, Tenthousiasme fut general, et la municipalite et le peuple deciderent d'elever une statue a Dom Pedro II.
On savait que quelques membres du cabinet, quelques deputes et senateurs, avaient perdu tout espoir d'arriver a la' victoire, mais que Tempereur ne s'etait jamais decourage, qu'il avait, comme ses ministres Muritiba, Cotegipe et Rio-Branco, garde une foi entiere dans le succes; on savait que c'etait surtout a son energie que le Bresil devait ce succes glorieux.
Dans un genereux mouvement, le peuple
(i) Le Bresil pit toresque, pax Charles Rybeirolles, p. 1 39 du 1^^ vol (Rio de Janeiro, 2 vol. iSdq).
bresilien voulait temoigner a son empereur sa joie et sa reconnaissance.
Dom Pedro II, non moins genereux que son peuple, refusa le monument qu'on voulait lui consacrer, et il vouiut que Targent de cette grande souscription populaire, fut applique a la creation de nouvelles ecoles.
Selonson desir, plusieurs ecoles furent con struites a Rio, avec les trois millions qui etaient destines a sa statue.
Get acte se passe de tout commentaire. Un prince a la fois philosophe et philanthrope, comme Dom Pedro II, pouvait seul Taccomplir!
Voici le document celebre qui atteste la veracite de ce fait, que notre ministre des affaires etrangeres, M. Goblet, a mentionne dans son discours, le jourdu banquet en Thonneur de Tabolition de I'esclavage au Bresil.
G'est la lettre authentique de Sa Majeste Tempereur, adressee a son ministre de I'lnstruction publique et des cultes, le conseiller Paulino de Souza.
Le facsimile de cette lettre, dcrite en portugais, vient d'etre public par un homme de lettres distingue, le conseiller Azevedo Castro, dans son edition des oeuvres du poete
Garcao'(i888).
En voici la traduction :
« Je viens de lire dans le Diario qu'on va ou- « vrirunesouscription pour m 'clever une statue.
« Vous connaissez mes sentiments. Je deft sire que vous d^clariez le plus t6t possible « au comite dont parle le Diario, que si I'on « veut perp^tuer le souvenir de la confiance K que j'ai eue dans le patriotisme des Br^si- « liens, et dans Theureuse conclusion de cette « guerre pendant laquelle lis ont su defendre « I'honneur national et la gloire du nom « bresilien, on doitagirdefacon a nepascon- « irarier le bonheur que j'^prouve d'avoir « toujours considere mon devouement a la « patrie comme t'accomplissement d'un de- B voir de mon coeur.
(c Je voudrais que Targent de cette sous- (c cription fut applique a la construction de « plusieurs batiments destines a des Ecoles (( primaires et a Pamelioration du materiel <c des autres etablissements d'enseignement « public.
« Vous et vos predecesseurs, vous savez « que j'ai tou jours pense que nous devions « nous occuper serieusement de Teducation a publique, et rien ne me serait plus agrea- « ble, maintenant que nous avons fait triom- <c pher la cause de la dignite nationale, que a de voir la nouvelle ere de paix et de pros- « perite commencer par un grand acte tf d*initiative du Bresil, au profit de reduce cation populaire.
« En remerciant de Tidee qu'on a eue de « m'elever une statue, je suis sur qu'on' ne « me forcera pas a la refuser.
« Ce i5 mars 1870.
a D. Pedro II. w
Voila une lettre et un acte bien dignes du grand empereur, qui place la souverainete de rintelligence au-dessus de toutes les souverainetes^ et qui prefere fonder sa gloire sur I'instruction populaire que sur un monument d'airain !
On comprendra aisement que ce sage monarque ait ete fier des titres scientifiques dont les savants europeens I'ont juge digne, et qu'il ait attache un grand prix a sa nomination de membre correspondant de i'Academie des sciences, dont Tlnstitut de France Phonora en
On sait que son instruction est tres variee.
Parmi les sciences, Tastronomie est I'objet de sa predilection, comme Pa dit notre compatriote, M. Liais, ancien directeur de Tobservatoire de Rio de Janeiro, dans un de ses ouvrages, ou sont citees quelques observations faites par Tempereur lui-meme.
Plus d'un savant lui envierait son erudition
scientifique. II parle plusieurs langues vivantes : le fran9ais comme un Parisien, Pitalien comme un Toscan. II connait tres bien le latin et le grec; il comprend meme Thebreu.
II a eu la prodigieuse patience et le rare merite de traduire en latin les livres les plus difficiles de la langue de Moise et des prophetes : Isaie, Job, les Psaumes, Ruth, le Cantique des cantiques, TEcclesiaste : ouvrages d'une difficulte extreme et que Ton ne saurait comprendre a moins d'etre un hebraisant consomme. Or, n'est-ce pas un veritable tour de force que de les traduire en latin ?
Comme le grand Frederic, il cultive meme les Muses.
Nous trouvons dans un ouvrage tres interessant sur le Bresil, le passage suivant ecrit par le reverend Fletcher (i) :
« En 1864, j'ai eu le plaisir de remettre
{1) Bra:(il and the Brai^iliansby the Rev. James C. Fletcher and the Rev, D. P. Kidder, D. D., 2'"e edition, 1879, Boston (p. 233).
a Longfellow et a Whittier, la traduction faite par rempereur de deux'de leurs plus beaux poemes...
« Dans ces traductions, Sa Majeste a montre une parfaite connaissance de notre langue.
« Longfellow m'a dit que The Story of King Robert of Sicily, avait ete traduite en portugais par trois poetes, mais que la traduction faite par Tempereur etait la meilleure de toutes. »
Dom Pedro II a traduit aussi une des plus belles odes de Manzoni a Napoleon P% ode inspiree par la mort du grand guerrier, et intitulee // Cinque Maggio (i). On assure que cette traduction est irreprochable.
Dom Pedro II a echange avec Tillus- .
tre poete italien, une correspondance de la plus haute valeur et du plus grand interet.
(i) Cette ode, et 27 traductions en difFerentes langues se trouve dans un recueil publid a Milan en i883 par Meschia.
Ces lettres sont soigheusement conservees a Milan.
Mais Dom Pedro ne se borne pas a traduire. 11 compose lui-meme des poesies qui ne manquent pas de merite litteraire.
II n'en est pourtant point orgueilleux.
A une personne de sa Maison qui, au nom du depute J. Nabuco, lui demandait en 1887, a Paris, dans le foyer de I'Opera, la permission de publier en facsimile une de ses pieces de vers, il repondit modestement :
« Je sais tres bien que je ne suis point poete. Je fais, de temps en temps, des vers comme un exercice intellectuel et seulement quand je n'ai pas autre chose a faire. Mais, ce n'est point la de la poesie. Je les montre bien a des amis intimes; mais a aucun prix je ne voudrais les voir publier. »
Combien d'ecrivains devraient s'inspirer de la modestie de D. Pedro II !
Mais, ce grand monarque, ne s'occupe de science et de poesie qu'aux heures de loisir,
que lui laissent ses devoirs de souverain.
Et ces devoirs, il ies pratique avec zele et bonheur.
Chaque matin, ii donne ordinairement audience a quiconque se presente devant lui.
C'est dans la galerie qui conduit de son cabinet de travail aux salons de reception de rimperatrice, qu'il accueille Ies visiteurs.
C'est ce qu'il appelle : recevoir safamille bresilienne.
Comme un autre saint Louis, sous le chene de Vincennes, il est paternel pour Ies arrivants, il Ies entretient avec affabilite, ecoutant avec une egale attention le savant, Tartiste, le commer9ant, prenant note de leurs plaintes, lorsqu'il Ies trouve fondees, pour Ies porter a la connaissance de ses ministres, responsables devant le parlement et devant le pays.
On affirme qu'un jour quelqu'un vint lui denoncer un de ses ministres, qui n'avait point fait droit a une juste requete.
« Mes ministres ne font pas d'in justice, »
repondit vivement Dofn Pedro.
Puis, se radoucissant :
« Je vais examiner T affaire moi-meme, »
ajouta-t-il.
Et il donna raison au reclamant qui avait justement compte sur son equite (i).
A part ces audiences privees, ou Ton se presente en habit, tenue regiementaire a Sam Christovam, il y a dans le meme palais des audiences publiques, tous les samedis, de 5 heures a 7 heures du soir.
La, chacun peut se presenter a sa facon, en habit, en uniforme, en blouse, en vetements de travail, et Ton n'en est pas moins bien re9u par Sa Majeste.
Les etrangers ont egalement acces aupres de D. Pedro, et meme le plus humble negre, en sabots, ou nus pieds, peut parler au souverain.
(i) Anfriso Fialho, Dom Pedro II, p. 90.
Attentif aux moindres questions que le peuple soumet a sa justice, il Test, a plus forte raison, aux questions gouvernementales qui passent toutes sous ses yeux.
Une fois, par semaine, il preside le conseil des ministres.
La seance commence a i o heures du matin et se termine ordinairement a 5 heures du soir, quand le parlement ne fonctionne pas.
Pendant la duree des travaux legislatifs, c'est a 8 heures du soir qu'il preside son conseil, dont la seance se prolonge jusqu'a minuit, quelquefois meme jusqu'a 2 ou 3 heures du matin.
Chaque ministre lui expose, a son tour, les affaires de son departement.
L'empereur lesj qcoute et discute avec eux.
II examine tout, et, quand il s'agit d'une affaire importante, il ne prend de decision qu'apres Tavoir etudiee, ou apres avoir entendu son conseil d'foat.
Toute solution est ainsi conforme a la sagesse et a la justice.
Mais, en toutes choses, la justice de Dom Pedro II est paternelle. EUe est sou vent ac-
compagnee de la clemence.
Nous Tavons deja dit, Dom Pedro II ne permet, dans son empire, ni persecution ni execution capitale.
Quoique le Code criminel bresilien admette la peine de mort^ elle n'a ete appliquee que tres rarementsous.le regne actuel.
Pas une seule fois, depuis i856 (i).
Dom Pedro II connait, assurement, cette parole du sage antique « qui appelait meur- « trier, le tribunal qui prononcait la peine a de mort plus d'une fois en trente ans (2). »
Dom Pedro 1 1 n'est-il pas un sage lui-meme ?
II a prouve, notamment, qu il merite ce titre, a travers les revolutions qui, a plusieurs re-
(i) L'empire du Bresil ne compte pas des dmigrds ou des dxil^s politiques. On ne peut pas dire la meme chose de la plupart des rdpubliques hispano-americaines.
(2) Talmud (Jurisprudence isradlite).
prises, ont eclate au Bresil et dont il est toujourssorti victorieux.
Satisfait de ses victoires, il a toujours amnistie les crimes politiques.
Plusieurs meme des plus grands revolutionnaires ont occupe plus tard aupres de lui, de hautes situations.
Car Dom Pedro II n'a jamais connu le sentiment de la haine, de la vengeance.
On aflBrme qu'un ecrivain de talent avait lance, en 1849, contre Dom Pedro II et la maison de Bragance, un pamphlet d'une extreme violence, et que ce pamphletaire n'en devint pas moins, un jour, depute, ministre, conseiller d'Etat, senateur a vie, et vicomte.
Dom Pedro II, en prince magnanime, ne s'etait plus souvenu que des grandes preuves de devouement donnees, depuis, a la patrie, par son insulteur (i).
(i) FiALHO, ouvrage cit^, p. 91. L'auteur auquel nous empruntons ce renseignement ajoute ;
«... Mais la v^rite, c'est qu'il ne doit la position qu'il « occupe aujourd'hui, 1876, qu'a son talent reel et a la
G'est plus que de la clemence, cest de la grandeur, c'est de la bonte!
Mais la bonte n'est-elle pas un des traits caracteristiques de ce souverain magnaninie?
Nous avons vu de quelle facon il accueille les pauvres dans son palais, avec quelle solHcitude il s'interesse au succes et a Tavenir
tt magna nimite de son souverain qui ne voulut jamais a mettre le moindre obstacle a son elevation, surtout deu puis sa retractation, et depuis qu'il eut mis son beau tt talent au service de la patrie, au lieu de Temployer a dif- « famer ses institutions et Tautoritd. »
Nous nous permettrons de dire que Thomme politique en question n'a fait aucune a retractation », car it ne s'est jamais declare auteur de ce pamphlet anonyme, oeuvre de jeunesse. D'autres hommes politiques ont attaqu^ I'empereur, dans la presse et a la tribune, et, malgre cela, ils ont pu occuper de grands emplois de Tbtat, et meme le poste de ministre. Au Bresil Tinsulte n'est pas un acte de courage; les insulteurs y comptent sur la plus complete impunite» et plusieurs de ceux qui ont ete agressifs ou injustes envers I'empereur n'ont agi de cettc fafon que parce que ils croyaient que c'etait un moyen de reussir. II y a meme un certain nombre d'hommcs politiques au Bresil qui adressent tour a tour des eloges ou des attaques a Tempereur selon qu'ils sont au pouvoir ou dans Topposition. On comprend bien la valeur que ces attaques et ces dloges alternes doivent avoir sur Topinion.
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de la jeunesse studieuse et necessiteuse, avec quelle grandeur d'ame il s'est occupe de rinstruction des classes desheritees.
Citons encore un trait, qui temoigne de sa bienfaisance.
Voyageant, un jour, dans Tinterieur du pays, loinde toute hotellerie, Dom Pedro II avait recu Phospitalite dans la demeure d'un brave homme, tres estime, mais fort mal dans ses aflfaires.
Get homme etait meme oblige de rembourser a quelques Jours de la, une forte somme dont il etait completement depourvu.
L'empereur parti, le pauvre homme trouva dans un tiroir de la commode de la chambre que le souverain avait occupee, un recu dument libelle et signe du creancier (i)...
Mais l'empereur n'est pas le seul a etre bon, a la Cour du Bresil.
Sa digne epouse, Timperatrice Dona The-
(i) Pinto de Campos, O Senhor Dom Pedro II, p. 85-
rese-Christine-Marie, s'est attribue, au palais, nous Tavons dit, le departement de la charite.
Sa bienfaisance est inepuisable. EUe seme autour d'elle Taumone et la consolation. Aussi est-elle adoree de ses sujets et benie comme une sainte.
Noble compagne du meilleur des souverains, elle contribue pour sa large part, a rimmense popularite qui entoure Tempereur, au Bresil.
Dom Pedro II est un roi qui peut se trouver, seul, sans danger, au milieu de la foule de ses sujets.
On salt qu'il se depouille volontiers du faste de son rang, quMl aime a se montrer a son peuple, dans une modeste simplicite.
C'est le roi populaire par excellence, qui met surtout sa gloire a gagner les coeurs.
Dans son cabinet, se trouve un admirable buste d' Alexandre le Grand.
En face de Timage de ce heros antique, de ce maitre du monde, on rappelait a Dom
Pedro II ces paroles de Cesar, contemplant, un jour, la meme image :
« II n'avait pas mon age, que deja il avait conquis toute la terre. »
Dom Pedro II, plus sage que Ce'sar, s'ecria :
« Et moi, j'ai conquis mon peuple! »
Douce et durable conquete qui lui attire toutes les sympathies et tous les respects! . J
Ces respectueuses sympathies du peuple bresilien pour son souverain, se sont dernierement manifestees de la facon la plus touchante.
Lorsque, apres sa maladie, il se dirigea vers Tarsenal de marine, pour prendre le paquebot qui devait le conduire en Europe, la population de Rio, toute entiere, lui fit des adieux emouvants, et sa rentree a Rio de Janeiro, le 22 aout dernier(i888), fut celebree par une fete immense!
Le lendemain, en rendant compte, dans
le journal O Pai:{^ de Rio, de Tarrivee de Dom Pedro II, des marques d'amour que Sa Majeste recut, encore une fois, de la partfde toute la population, et de I'enthousiasme general que provoqua son retour, Teminent journaliste et orateur, Joaquim Nabuco, depute liberal, dit, avec raison, que Tempereur, apres quarante-huit ans de regne, pouvait repeter les paroles de Pericles :
<( Vous ne parlez pas de ce que j'ai de « plus glorieux dans ma vie : c'est que je a n'ai fait prendre le deuil a aucun citoyen ! »
Et M. Joaquim Nabuco ajoute :
« Le chef d'Etat qui, pendant un demisiecle de gouvernement, ne s'est fait aucun ennemi, n'a fait naitre aucun antagonisme entre lui et son peuple, possede, assurement, et au plus haut degre, la plus difficile des vertus, bien qu'elle paraisse la plus facile, — la tolerance.
« Cette vertu superieure, que Ton dirait negative, n'est que la reunion de toutes les
DOM PEDRO IT. SSg
autres vertus positives; semblable a la lumiere qui n'a point de couleur, parce qu'elle est la fusion de. toutes les couleurs.
« Dans un pays ou existe la plus grande liberte de la presse, ou la plume de Tecrivain comme le crayon du caricaturiste jouissent d'une egale liberte, ou Petranger comme le national peuvent impunement publier leur opinion, ou les journalistes, implacables meme entre confreres, ont assezprouvequ'ils ne respectent aucune situation, aucun rang, Tempereur ne fut pas parvenu a rallier toutes les opinions, a se concilier, sans exception, toutes les sympathies, s'il eut impose le silence sur son regne.
« Jamais le silence n'eut produit ce sentiment universel de deference et d'aflfection qu'il inspire.
(c Nul ne rignore : la personne de Tempereur a toujours ete exposee aux violences des luttes politiques , car il pouvait dire comme Louis XIV : « L'fitat , c'est moi ! »
36o DOM PEDRO II.
« Mais le peuple bresilien a toujours tnanifeste pour son souverain des sentiments de profonde bienveillance , parce que tout le monde a la conviction que Dom Pedro II possede les trois qualites que la nation aime a rencontrer dans ceux qui la gouvernent : le patriotisme, le desinteressement et la tolerance. . .
c( Gouverner un demi-siecle, sans blesser aucune personnalite, c'est un chef-d'oeuvre de tact et d'habilete gouvernementale, qui suppose chez le souverain, qui a su Taccomplir, une vie entiere de domination sur soi-meme et d'efforts pour faire absorber en soi Thomme par le fonctionnaire. »
Et M. Joaquim Nabuco continue en disant que , certainement, Tempereur a contrarie beaucoup de pretentions et beaucoup d'interets, mais, que, parmi tant de personnes contrariees par Sa Majeste, fort peu lui ont attribue rintention de leur faire du tort, persuades que dans tous ses actes, il n'a obei qu'a son desir de bien remplir son devoir.
(^ L'absence de tout ressentiment contre Dom Pedro II, » dit-il, « est un fait incontestable et universellement constate au Bresil. :»
Heureux prince que son peuple adore!
Mais, surtout, heureux peuple dont les destinees sont confiees a un roi sage et genereux, qui consacre sa vie entiere a faire le bonheur de ses sujets!
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