II
Le prêtre est l'homme du peuple : !« parce qu'il sort presque toujours des rangs du peuple. Si, en effet, le clergé compte parmi ses membres des hom-
382 PANEGYRIQUES
mes sortis de familles opulentes et aristocratiques, il n'en est pas moins vrai que l'immense majorité des prêtres est issue du peuple. Pour la plupart, ils sont enfants de village, ils appartiennent à ces familles laborieuses qui cultivent la terre, gardent les trou* peaux ou travaillent péniblement dans les ateliers. Le prêtre est l'homme du peuple : 2° parce que c'est lui qui honore le plus la condition du peuple. Vous le savez, mes frères, le monde ferme la porte de ses dignités, de ses honneurs, de ses hauts emplois au pauvre peuple. Eh ! bien, le prêtre se charge de venger le peuple de cette exclusion méprisante. Il arrive, lui, à la dignité la plus haute qui soit sur terre, et l'éclat qui environne son ministère rejaillit sur le peuple dont il est membre. Oui, peuple, sois fier, ce sont tes enfants, qui occupent les rangs les plus élevés des sociétés humaines, qui deviennent les membres de la dynastie royale du Christ au nom duquel ils baptisent et sacrent les plus illustres dynasties de ce monde. Ce sont tes fils qui bénissent les rois, les puissants agenouillés à leurs pieds, jugent les justices de la terre et pardonnent aux plus grands coupables qui savent se repentir. Ils instruisent les savants, car ils sont la lumière du monde ; ils préservent les nations d'une entière corruption, car ils sont le sel de la terre. Les enfants des puissants du siècle sont à la tête du gouvernement, de la magistrature, de l'armée, mais leur autorité n'atteint pour ainsi dire que des corps ; mais tes fils, ô peuple, ont une autorité autrement
grande, autrement sublime. Ils commandent aux âmes.
Le prêtre est l'homme du peuple : S'' par la charité qu'il exerce envers lui. S'occuper de ceux qui souffrent, c'est le devoir du prêtre. Ministre d'un Dieu qu'aucun malheureux n'a prié en vain, le prêtre, fût-il personnellement le plus dur des hommes, sera contraint de se montrer compatissant. Son titre, son habit, l'opinion publique même lui feront un devoir d'être bon envers ses frères, aussi est-il l'ami, le consolateur de tous ceux qui soufi'rent. Sa prédilection se porte sur les malades ; il voit en eux le Sauveur souffrant, agonisant et mourant sur la croix. Il est à leur disposition le jour et la nuit, par ^ beau ou mauvais temps. 11 les visite souvent, prend part à leur douleur, les console dans leur afflictions et jamais il ne se retire sans avoir fait du bien à leur âme et à leur corps.
Le prêtre est l'homme du peuple : 4° parce qu'il se dévoue pour lui dans les moments de détresse. Il ne se borne pas à de stériles encouragements, il agit. A ses paroles, il joint d'abord les dons que ses ressources lui permettent d'offrir. Puis, quand il n'a plus rien à donner, il sollicite des secours et se fait mendiant en faveur de toutes les misères, dût-il pour cela essuyer les refus les plus outrageants. C'est lui qui est le promoteur et le fondateur de toutes les œuvres de charité.
Le prêtre est l'homme du peuple : o" parce qu'il l'assiste dans tous les fléaux publics. Quand éclate
384 PANEGYRIQUES
l'une de ces maladies affreuses qui déciment les populations, quand tout le monde saisi d'effroi s'enfuit pour échapper à une mort presque certaine, qui reste là pour aider, secourir le malade et le préparer à la mort ? Qui, si ce n'est le prêtre ? Oui, l'histoire peut l'attester, dans ces calamités publiques, le prêtre s'est toujours montré digne de sa haute mission ; toujours on l'a vu à son poste relevant par ses paroles et par ses exemples le courage des populations effrayées; volant au lit des malades pour leur donner les secours de la religion et souvent pour les soigner eux-mêmes, ensevelissant les morts délaissés, les portant en terre, priant seuls sur leur fosse et enfin succombant à la peine et donnant avec joie leur vie pour leurs frères.
Dans les inondations qui ravagent les campagnes, qui emportent maisons et terre, dans les sinistres qui détruisent et consument tout, le prêtre est toujours au premier rang, payant de sa bourse et de sa personne.
Pendant la guerre, il suit les enfants du peuple. Il est avec eux au champ de bataille ; il les bénit avant le combat; il les console, s'ils sont blessés, il leur donne les secours derniers de la religion quand ils meurent, et il prie pour eux après leur mort.
Privé de la présence de son père et de sa mère, le soldat les retrouve dans la personne de son aumônier. Il est heureux de le voir, il lui confie tous les secrets de son âme, et quand il va mourir il le
charge de porter à sa famille ses derniers adieux et ses dernières volontés.
Le prêtre est l'homme du peuple : 6° parce qu'il s'associe à tous ses travaux. Il bénit tous les fruits confiés à la terre ; il prie pour conjurer l'orage, pour obtenir du ciel la rosée, la pluie et la chaleur. Il bénit les troupeaux et demande au souverain Maître de les faire multiplier et prospérer. Il bénit la première pierre d'un édifice, l'inauguration d'une voie ferrée, la mise à l'eau d'un navire, etc.
Le prêtre est l'homme du peuple : 7° parce qu'il s'associe à toutes ses joies. Sans doute, il ne peut vouloir de ses fêtes qui ne donnent à l'esprit aucune lumière, au cœur aucune noble impulsion ; il repousse ces fêtes où l'âme n'a pas ses jouissances et où le corps seul satisfait ses appétits ; il ne veut pas de ces amusements qui tuent la pudeur, qui blessent la morale ; il ne veut pas de ces excès de table qui hébètent l'esprit, détruisent la santé et ruinent les familles ; mais il veut toutes les joies qui sont pures, nobles, morales, bonnes au corps et à l'âme ; il veut les joies aimées des familles et qui ne laissent après elles que de doux souvenirs. Quand il trouve de ces joies pour son peuple, le prêtre les saisit volontiers, et son bonheur est de les partager avec ses chers enfants. Aussi les appelle-t-il tous les huit jours et quelquefois plus souvent à se réjouir dans un doux repas, dans des réunions de famille, dans la prière, dans le chant des hymnes sacrées et dans les divertissements qui récréent à la fois l'esprit et III. 22
le corps sans porter aucune atteinte à la pureté de l'âme. C'est lui qui a créé ces belles solennités du culte catholique, que l'on voit toujours arriver avec plaisir et finir avec regret. Ah 1 mes frères, ceux qui voudraient abohr ces fêtes, ceux qui prétendent vous forcer à travailler toujours, qui s'efforcent de vous ravir le repos vivifiant du dimanche pour vous donner le repas abrutissant et les orgies homicides du lundi, ne sont pas vos amis, ne sont pas vos hommes. Le prêtre seul mérite ce titre.
Le prêtre enfin est l'homme du peuple parce qu'il s'associe à tous les événements de la famille, et parce qu'il suit l'homme dans toutes les époques de sa vie. Il le prend à son berceau et partage tous les événements heureux ou malheureux de son existence ici-bas, et ne le quitte plus jusqu'à la mort. 11 reçoit l'enfant à son entrée dans le monde, verse sur sa tête l'eau sainte du baptême qui le fait enfant de Dieu. Un peu plus tard, il réunit au catéchisme ces enfants qu'il a régénérés. Là, par des instructions simples et multipliées, il ouvre leur intelligence à la connaissance des vérités de la foi, forme leur cœur aux vertus chrétiennes jusqu'à ce qu'il lui soit permis de célébrer avec eux la plus douce des fêtes, celle de la première communion. Depuis ce moment, le prêtre se fait le guide de l'adolescent, et lorsque le moment est venu pour ce jeune cœur de s'unir à un autre cœur, le prêtre reçoit au pied des autels les serments des jeunes époux, appelle sur eux les bénédictions du ciel et leur confère ce sacrement qui
perpétue les générations en les rendant fortes et honorables. Entré dans la maturité de la vie, l'homme trouve devant lui des obstacles, des difficultés, des soucis, des chagrins, des revers, etc. Eh ! bien, le prêtre est encore là pour le consoler, le conseiller, l'encourager, l'assister. Et lorsque la vieillesse est venue avec son cortège d'infirmités, le prêtre visite le vieillard, l'engage à souffrir avec résignation, lui faisant entrevoir le terme de ses soufl'rances et lui mettant au cœur Tespoir d'une éternelle félicité. Puis, lorsque la mort est venue et que tout est fini, le prêtre s'agenouille au pied du lit mortuaire, prie pour l'âme du défunt, oft're pour lui le saint sacrifice, et quand personne ne pensera plus à lui, le prêtre s'en souviendra encore à l'autel pour solliciter pour lui le lieu du rafraîchissement, de la lumière et de la paix.
C'est ainsi, mes frères, que le prêtre est véritablement l'homme du peuple, l'homme qui vient du peuple, qui honore le peuple, qui se dévoue pour le peuple. A ce titre donc il mérite notre amour. D'autre part, il est digne de nos respects parce qu'il est l'homme de Dieu. Vénérons donc, aimons le prêtre. Défions-nous de ceux qui voudraient détruire en nous ces sentiments. Ils sont les ennemis des prêtres parce qu'ils sont les ennemis de Dieu. Toute autorité leur pèse. Leur vie étant une révolte continuelle contre la loi de Dieu, naturellement ils doivent avoir en horreur quiconque leur reproche leurs désordres, soit par des paroles, soit par ses
388 PANEGYRIQUES
exemples. La parole du prêtre trouble la conscience du pécheur et la vie du prêtre est la condamnation importune de celles du méchant. Soyons bons, honnêtes, justes, tempérants, pieux et fidèles observateurs de la loi de Dieu et nous n'aurons pas de la peine à entourer le prêtre de respect et d'honneur. Nous accomplirons ainsi le précepte que j'ai rappelé en commençant : Honorificasacerdotes^ et nous trouverons dans l'accomplissement de cette loi le gage d'une récompense éternelle. Amen.
SUR LE CULTE DES SAÏiNTES RELIQUES
Cuslodit Dominus ossa eorum:
unum ex his non conteretur, (Ps. XXXHI, 21.)
Mes Frères, L'Église ne se contente pas d'honorer les saints dans leurs âmes, elle veut aussi les glorifier dans leurs corps. C'est pourquoi après la solennité de tous les saints, elle a placé celle de leurs reliques. Sans doute elle déplaît en cela aux impies, aux mauvais chrétiens et aux hérétiques, mais qu'importe ! Si elle a pour elle la raison appuyée par l'autorité. Et c'est, en effet, ce qui a lieu, comme nous allons nous en convaincre par quelques moments de réflexion. Mais avant d'établir la légitimité et l'utilité du culte des saintes reliques, il est bon de rappeler les notions théologiques sur ce sujet.
390 PANEGYRIQUES
On appelle 7'eliques des saints ce qui nous reste d'eux après leur mort. C'est la signification littérale du mot.
On divise ces restes vénérés en trois classes :
La première comprend les corps saints, ou entiers ou divisés. Si la relique est le corps entier, ou un membre entier, comme la tête, un bras, une jambe, ou la partie sur laquelle un martyr a souffert, pourvu qu'elle soit notable, entière et approuvée par l'Église ou l'Ordinaire, on l'appelle une relique insigne. Toutes les reliques de Jésus-Christ et de la sainte Yierge que l'Église possède encore sont des reliques insignes, quoique minimes en elles-mêmes, à cause de la dignité el de l'excellence du Sauveur et de sa sainte Mère.
Si la relique n'est qu'un fragment considérable d'un membre, on l'appelle une relique notable.
Enfin on appelle reliques minimes les très petites parties ;du corps d'un saint, comme une dent, un doigt, un ongle, etc., ou toute parcelle d'une relique insigne ou notable, telles que sont généralement celles que l'on enferme dans les tombeaux des autels ou dans des croix et médaillons reliquaires.
La poussière et la cendre qui proviennent du corps d'un saint brûlé est une relique notable ou même insigne si elle est en quantité considérable; elle
n*est qu'une relique minime, si elle est en très petite quantité.
Les fidèles peuvent porter sur eux les reliques minimes, mais les reliques notables, et à plus forte raison insignes doivent être déposées dans les églises. Il n'est point permis de les garder dans des maisons laïques, pas même dans les monastères.
Les reliques douteuses ne peuvent être l'objet d'aucun culte religieux.
Les reliques des personnages morts en odeur de sainteté, mais non encore canonisés ni béatifiés ne peuvent être l'objet d'aucun culte public, tout au plus peut-on les honorer en secret.
On ne peut exposer à la vénération publique aucune relique même revêtue de tous les caractères d'authenticité, sans l'autorisation del'Évêque.
Lorsque l'Ordinaire permet de porter les reliques aux processions, on ne doit pas les placer sous le dais ; cet honneur est exclusivement réservé aux Reliques de la vraie croix et autres instruments de la passion de Notre-Seigneur.
La seconde classe de reliques comprend les objets qui ont été à l'usage d'un saint pendant qu'il était sur la terre, et qui, selon le sentiment commun des fidèles, ont contracté une sorte de sainteté par leur communication avec le corps du saint. Tels sont les vêtements qu'il a portés, les linges et les meubles dont il a usé, sa discipline, son silice, les instruments de son supplice, etc.
Enfin la troisième classe de reliques que l'Église
honore sont les lieux saints, Jérusalem, le Calvaire, Bethléem, Rome, Lorette et autres endroits célèbres par les saints qui y ont vécu, ou par les corps saints qui y reposent.
Or, nous affirmons qu'honorer les reliques saintes est une pratique à la fois conforme à la raison et autorisée par les grands exemples et les décisions de l'Église.
Le Concile de Trente déclare que les corps des martyrs et des autres saints, en participation de la vie glorieuse de Jésus-Christ, sont dignes du respect ou de la vénération des fidèles; et la raison qu'il en donne, c'est que ces corps ont été les membres vivants de Jésus-Christ et les temples du Saint-Esprit; c'est que Dieu doit les ressusciter un jour à une éternelle vie et les doter d'une éternelle gloire; enfin, c'est que par eux il plaît à la divine bonté d'accorder aux hommes de nombreuses faveurs.
Cette décision du saint Concile est fondée sur la sainte Écriture, la Tradition, les besoins et les habitudes de la nature humaine.
Sans doute, mes frères, nous n'avons aucun texte formel qui prescrive le culte des saintes reliques, mais il en est plusieurs qui Tautorisent par les faits qu'ils rapportent et qu'ils présentent comme une bénédiction du ciel. Comment, en effet, ne serions-
nous pas amenés à croire que les reliques sont dignes de respect et d'honneur, quand nous lisons dans l'Ecclésiastique ces paroles écrites à la louange des juges fidèles à Dieu : « Sit memoria illoruni in henedictione, et ossa eorum pullulent de loco suo : Que leur mémoire soit à jamais bénie, et que leurs ossements germent en fleurissant dans leur tombeau. » Dieu n'autorise-t-ilpas les hommages que nous rendons aux reliques de ses saints, lorsqu'il permet que le manteau d'Élie opère des miracles dans la maison d'Elisée, et que les ossements glacés de celui-ci rendent à la vie un cadavre que des ensevelisseurs effrayés ont jeté dans le tombeau du prophète?
Le Sauveur lui-même ne légitime-t-il pas le culte des reliques en communiquant à la frange de son manteau le pouvoir de guérir l'hémorroïsse que le démon tenait sous les étreintes delà maladie depuis dix-huit ans? Et lorsque Dieu permet que l'ombre de l'apôtre saint Pierre, les linges et la ceinture de saint Paul guérissent les malades, n'est-ce point encore là un appui donné au culte des saintes Reliques ?
Après ces exemples de l'Écriture ne soyons pas surpris du soin que les premiers fidèles mettent h recueillir la dépouille déchirée et sanglante des martyrs. Les restes mutilés par la roue et le chevalet, le sang qui a coulé sous le glaive, les cendres enlevées toutes brûlantes du bûcher qui a consumé les membres des martyrs, les corps rachetés à prix d'or de la main des bourreaux, arrachés aux vautours et
aux bêtes féroces pendant la nuit, retirés aux prix de peines inouïes des étangs ou des fleuves, deviennent un vrai trésor pour l'Église naissante. Il n'y a pas jusqu'aux instruments de torture qui ne soient recueillis et conservés avec un profond respect, parce que la constance héroïque des confesseurs en a fait des instruments de triomphe et de gloire.
Et ce zèle à recueillir les saintes reliques allait non seulement jusqu'au sacrifice de sa tranquillité, de son repos, mais souvent même jusqu'ct celui de sa vie. Sept femmes qui avaient osé recueillir le sang de saint Biaise furent livrées au bourreau et versèrent le leur.
Aussi pour frustrer les fidèles de ce précieux trésor, les bourreaux, quelquefois après avoir arraché la vie au martyr à force de tortures, en brûlaient les membres dont ils jetaient les cendres au vent. Mais Dieu permettait rarement que ces restes vénérables fussent ainsi dispersés. Pour l'ordinaire, de pieux fidèles les ramassaient et les apportaient aux prêtres qui les ensevelissaient avec honneur et les plaçaient sous les autels où ils devaient offrir la divine victime. La primitive Église interprétant en ce sens les paroles de l'Apocalypse : Vidi subtus altare animas intefectorum propter verbum et propter testimonium quod habebant, nous a fait une loi hturgique de n'offrir le saint sacrifice que sur les tombeaux des martyrs; toutes les anciennes églises de Rome sont bâties sur ce fondement; et quand il fat permis d'exposer au grand jour nos sacrifices et nos mys-
tères, l'Église, fidèle à sa tradition, déclara dans un concile de Carthage, tenu en 398, qu'on ne doit pas laisser subsister des autels où il n'y aurait pas de reliques.
Quand on demande à saint Ambroise, archevêque de Milan, de faire la dédicace d'une nouvelle église : a Soit, répondit-il, mais il me faut les reliques de quelque martyr pour placer sous l'autel. » Et aussitôt il indiqua, d'après une vision, près du sanctuaire de saint Félix les restes de saint Gervais et de saint Protais, qui avaient péri dans la persécution de Dioclétien. La foule se précipite vers le lieu désigné, les fouilles commencent, et bientôt la pioche découvre deux corps dont la tête était séparée du tronc et qui portaient encore les marques d'un supplice sanglant. On transporte les reliques dans la basilique ambroisienne, et pour que leur authenticité ne puisse être contestée, pour que personne ne puisse douter de leur vertu, un aveugle qui se trouve sur le passage du cortège recouvre subitement la vue.
Du reste ce zèle pour les saintes reliques se retrouve partout, en Orient et en Occident, en Afrique, en Asie, aussi bien qu'en Europe. On le retrouve au désert comme au sein des villes. Saint Antoine porte avec respect le ciiice de saint Paul, le prince des anachorètes, et saint Athanase se fait une gloire et un bonheur de revêtir aux grandes solennités le manteau de saint Antoine, fait avec des feuilles de palmier.
Ce culte des saintes reliques n'a pas été le fruit
d'un enthousiasme passager excité par l'héroïsme des martyrs; il s'est perpétué dans l'Église au delà de l'ère des persécutions, et il est vrai de dire qu'il alla en croissant jusqu'à la fin du moyen âge. Il a fallu l'esprit païen de la Renaissance pour ralentir un peu ce beau zèle en faveur des saintes reliques. Ce refroidissement n'a pas été de longue durée, et aujourd'hui les restes sacrés de nos saints reçoivent partout les hommages les plus solennels. On les recueille dans des châsses magnifiques, on les porte en triomphe dans de brillantes processions, on les vénère sans respect humain et on leur élève de riches chapelles et parfois de splendides basiliques.
Devant des traditions soutenues par tant de témoignages, on peut se demander si la raison a quelques réclamations à faire entendre, et s'il lui convient de traiter de superstition le culte des saintes reliques? Au nom de qui pourrait-elle se plaindre? Serait-ce au nom de la nature? au nom de l'hérésie ou de la philosophie incrédule? Au nom de la science?
Au nom de la nature? Mais la nature approuve le culte des morts, et quand il s'est fait une séparation violente entre ceux qui sortent de ce monde et ceux qui y restent, il y a comme un sentiment naturel qui s'attache à ces restes inanimés qui ont été ceux d'un père, d'une mère, d'une épouse, d'un ami. Nous les embrassons encore, nous les regardons avec émotion, nous les suivons, l'âme attristée , jusqu'au champ du repos, nous les abritons autant qu'il est possible, contre la pourriture et les vers, nous
marquons le lieu où ils reposent par une croix, comme un témoignage de foi, d'amour et d'espérance. Nul ne peut blâmer celte conduite, à imoins qu'il ait abjuré tout sentiment humain. Or, qu'est-ce que le culte des reliques, si ce n'est le culte des morts rendu avec plus de piété, avec plus de vénération à ceux que le témoignage des peuples et l'autorité de l'Église nous signalent comme les héros du christianisme et les vrais amis de Dieu !
Plus légitime est le culte des reliques que celui des morts, car dans le respect dont nous environnons les restes de nos défunts nous pouvons nous égarer : rien ne nous garantit leur sainteté que l'aifection et le désir de notre cœur, mais aucune erreur n'est à redouter quand il s'agit des saintes reliques, car le jugement de l'Église est infaillible lorsqu'il a pour objet la canonisation des Saints.
Puis combien durera ce culte de nos morts? Hélas! chaque année, chaque jour emporte une parcelle de ces souvenirs pieux, et bientôt l'oubli le plus complet couvrira ceux que nous avons si amèrement pleures. Les pierres de leur sépulcre seront dispersées, les planches de leur cercueil alimenteront un feu vulgaire, et leurs ossements jetés à la voirie par l'insouciance d'un fossoyeur, seront foulés aux pieds par nos neveux qui ne les reconnaîtront plus. Plus durable est le culte que nous rendons aux reliques des Saints. Les années, les siècles loin de le détruire, ne font que le confirmer et le rendre plus auguste. Après dix-huit siècles nous baisons les III. 23
98 PANEGYRIQUES
pieds des Apôtres, parce qu'ils nous ont apporté la bonne nouvelle du salut ; après quinze siècles nous vénérons les restes des martyrs, parce qu'ils ont rendu à notre foi le témoignages du sang; nous environnons de respect la cendre des Chrysostome, des Grégoire, des Basile, des Augustin, des Jérôme parce que leur bouche a rendu hommage à la vérité évangélique. Et il en sera toujours ainsi jusqu'à la fiti des temps, si les révolutions inspirées par Satan, ne viennent à bout d'anéantir ces reliques vénérées.
Sera-ce au nom du protestantisme et de' rincrédulité que la raison humaine protestera contre le culte des Saintes Reliques? Mais le protestantisme qui a jeté aux vents les reliques des saints, garde comme un trésor, les restes bien moins vénérables d'un Luther, d'un Calvin, d'un Henri YIII. Mais nos superbes philosophes, si pleins de mépris pour les héros chrétiens, si dédaigneux de leurs dépouilles vénérées, se sont disputé à prix d'or la défroque de Voltaire et les plus vils meubles de sa maison; mais on a promené dans Paris les restes de Marat, on a placé au Panthéon les restes de Rousseau et de tous ces faux sages dont toute la gloire consistait à avoir vomi contre Dieu les plus horribles blasphèmes, et contre la vertu les plus horribles sarcasmes. Il faut un temple à cette dépouille immonde que Rome païenne aurait traînées aux gémonies. 0 dérision ! mais devant cette cendre qui sue encore l'impiété et le vice peuvent passer fièrement ces ossements sacrés
qui répandent une odeur de vie et exhalent un parfum de vertu.
Est-ce au nom de la science que le cultes des Reliques sera taxé de superstition? Mais ces savants qui repoussent avec un si superbe dédain et les ossements de nos Saints et ce qui nous reste des objets qui ont été à leur service, voyez comme ils se pâment d'aise devant un fer de flèche, une hache de pierre, un collier ou une armure mis à découvert par la pioche d'un archéologue oh. la charrue d'un laboureur. Voilà les reliques qu'ils enchâssent, qu'ils déclarent vénérables, qu'ils environnent de respect et d'amour. Eh bien ! reliques pour reliques, nous préférons la chaîne de saint Pierre au collier de César, les haillons de saint Benoît Labre à toute la défroque de Voltaire. Les reliques du monde entier sont de vains hochets qui n'exercent aucune influence sur ceux qui les vénèrent, les nôtres nous rendent plus vertueux, nous inspirent un plus grand respect pour notre corps et nous donnent l'espoir d'une résurrection glorieuse.
Lorsque prosternés devant une châsse où repose le corps d'un saint, je contemple ces chairs desséchées, il m'est impossible de ne pas reporter ma pensée sur les abstinences, les jeûnes, les veilles et les autres austérités qui les ont cent fois meurtries
et affaiblies, et dès lors je me sens plus fort pour suivre le conseil de l'Apôtre et d'environner mon corps delà mortification de Jésus. En présence de ces os broyés par la roue, divisés parle chevalet, calcinés par le feu, je sens naître en moi un courage plus grand à pratiquer ma foi, à reconnaître Jésus-Christ pour mon roi, mon Seigneur et mon Dieu. Comment rougirai-je de me montrer chrétien devant les railleries des libertins, lorsque tant d'autres ont confessé leur foi devant les tortures et la mort? J'apprends à être plus chaste devant la cendre immaculée d'Agnès, d'Agathe et de Cécile, à être plus charitable en présence du gril de saint Laurent, à être plus détaché devant les reste de saint François d*Asisse, plus doux devant ceux de saint François de Sales.
Quand Tertullien disait « que le sang des martyrs était une semence de chrétiens », il ne faisait pas un paradoxe, mais il énonçait un fait incontestable. En voyant avec quel courage les disciples du Christ confessaient leur foi, ils comprenaient qu'il y avait là quelque chose de surhumain, qu'une religion qui se faisait affirmer par le témoignage du sang ne pouvait être qu'une religion divine ; et dès lors ils n'hésitaient pas à crier à leur tour : Je suis chrétien, — Ce que le sang des martyrs opérait autrefois, leurs ossements et ceux des autres saints l'opèrent chaque jour : ils deviennent une semence de chrétiens. Les uns font germer les vierges, les autres les pécheurs repentants ; ceux-ci engendrent les pauvres volontaires, ceux-là les riches miséricor-
dieux ; l'un donne la droiture au magistrat, l'autre la probité au commerçant; celui-ci le courage au soldat, celui-là la résignation au malheureux; tous enseignent l'amour de Dieu.
Les reliques de nos saints nous disent non moins éloquemment que nos corps sont les temples du Saint- Esprit, que par conséquent nous devons, non seulement ne jamais les souiller par des actes criminels, mais les embellir par l'innocence et la modestie, et les fortifier par la tempérance, et les sanctifier par la mortification.
A ces conditions ils seront les dociles instruments de l'âme dans les œuvres du salut, ils recevront dans les sacrements, le germe de la résurrection glorieuse et seront façonnés par la grâce à trouver place dans la Jérusalem céleste. Ainsi soit-il.