POUR UNE PREMIERE MESSE
Honorîfica sacerdoles.
(EccLi., vu, 33.)
Révérez les prêtres.
Mes Frères, Le spectacle que la religion nous présente en ce jour est bien propre à agrandir nos pensées et à toucher nos cœurs. Un faible mortel élevé au-dessus des anges par le sacerdoce chrétien, un pur homme devenu un autre Jésus-Christ, une chétive créature engendrant sur l'autel l'auteur de toutes choses, un pauvre pécheur pouvant dire aux plus grands criminels : « Allez, vos péchés vous sont remis », voilà ce qu'il nous est donné de contempler en ce moment dans la personne de ce jeune prêtre qui attire vos regards. Oui, mes frères, ce jeune prêtre que vous voyez avec bonheur revêtu des ornements sacerdotaux, le front rayonnant de modestie, le cœur plein de reconnaissance et d'amour pour un Dieu qui a fait
en lui de si grandes choses, vous l'avez vu croître au
milieu de vous et comme l'un de vous pendant les premières années de son enfance ; puis lorsque furent arrivés pour lui les jours où tout homme doit se demander quelles destinées il a à remplir sur terre, Celui qui trace au soleil sa route et qui prépare pour chaque individu un état particulier, appela cet adolescent dans la solitude et lui dit : « Je veux t'élever parmi les princes de mon peuple : tu seras mon prêtre. » Ce que Dieu a dit il l'a fait. Par la toute-puissance de sa grâce il a formé ce jeune cœur aux plus austères vertus; il a enrichi son esprit des trésors de la science; il a mis dans son âme la simplicité de la colombe, la prudence du serpent, la sagesse du vieillard. Puis après l'avoir ainsi préparé et pour ainsi dire transformé, il l'a couché sur le pavé du temple, et là, versant sur lui une parole et un peu d'huile il Ta marqué du caractère sacerdotal, l'élevant ainsi tout d'un coup au-dessus de toute grandeur terrestre et angélique : Excelsior cœlis factus.
Bien cher et vénéré confrère, pardonnez ces paroles que mon cœur et ma foi viennent de mettre sur mes lèvres. Votre modestie peut en rougir, mais elles sont un hommage rendu à la miséricordieuse puissance de Dieu qui a fait en vous ces merveilles et aussi à la fidèle coopération que vous avez accordé à l'action divine. C'est aussi une satisfaction à mon cœur qui se trouve heureux d'avoir à louer une amitié déjà vieille. Et vous, fortunés parents, qui en ce jour approchez si près de l'autel, votre
bonheur aujourd'hui me paraît incomparable et propre à exciter de saintes jalousies. Dieu vous a demandé l'un des membres de votre famille pour le consacrer au ministère de ses autels, et vous pouvez maintenant le contempler revêtu de la dignité sacerdotale. C'est la première récompense de votre sacrifice, ce ne sera pas la dernière; car dès ce jour par les mains de ce fils bien-aimé les plus larges bénédictions vont venir du ciel sur vous et sur les vôtres. Et vous tous, mes frères, vous aurez aussi dans ce jeune compatriote élevé au sacerdoce un véritable ami qui vous donnera une bonne part de ses affections et qui s'efforcera par ses prières et ses exemples de vous aplanir le chemin qui mène à la vertu et au bonheur.
Et maintenant, mes frères, si vous pardonnez à mon cœur les doux épanchements auxquels il s*est laissé aller, vous demandez de moi que je vous rompe le pain de la parole divine. Rien de plus juste. Eh bien l'aliment que réclament vos esprits est vite trouvé. Les circonstances le fournissent. Je croirais, en effet, tromper votre attente si je vous parlais d'autre chose que du sacerdoce. Mais sous quel point de vue considérer ce vaste sujet? Je choisis celui qui me paraît le plus en rapport avec les besoins de notre époque. L'indifférence et l'incrédulité étant devenues comme un des caractères de notre temps, il en est résulté que les choses les plus saintes ont subi une dépréciation considérable dans les esprits. Le sacerdoce, comme tout ce qui tient
à la religion, a eu à souffrir de cet affaiblissement de la foi : il a p£rdu de son prestige et partant il a baissé dans le respect et la vénération des peuples. On s'est babitué à voir dans celui qui en est revêtu trop l'homme et pas assez le prêtre, et dès lors on n'a plus respecté le prêtre qu'autant qu'on l'a trouvé humainement respectable. D'autre part, les doctrines perverses, tendant à jeter du discrédit surtout ce qui touche à la religion, ont accumulé contre le prêtre des préjugés qui le rendent odieux à ceux qui devraient le plus l'aimer. On s'est efforcé de représenter le prêtre comme un homme égoïste, fin, ne recherchant que l'amitié des grands, et tenant les petits sous le sceptre de son despotisme.
Eh bien ! Je viens venger le sacerdoce chrétien de ces attaques injustes et calomnieuses en vous montrant : 1° que le prêtre est l'homme de Dieu et par conséquent digne de tout respect; 2° l'homme du peuple, et par conséquent digne de tout amour.
Je proteste que dans ce que je vais dire mon intention n'est pas de mendier pour nos personnes d'hypocrites respects, de misérables louanges, mais uniquement de vous rappeler ce que vous devez au caractère sacré dont Dieu daigne honorer ses prêtres.
Le prêtre est l'homme de Dieu : c'est ainsi que l'appellent les saintes Écritures : Tu vero homo Dei.
Mais en quoi et comment? En ce qu'il le fait connaître, aimer, servir et glorifier, et en ce qu'il est son représentant, son ministre et son coadjuteur.
1° Il le fait connaître. Le premier objet de la mission du prêtre est de faire connaître le Créateur. Vous le savez, mes frères, l'homme naît ignorant et s'il parvient à savoir quelque chose, c'est parce qu'on le lui apprend. Or, qui révélerait Dieu à l'homme? Qui lui donnerait cette science la première de toutes? Serait-ce la société? Mais une société quelque civilisée qu'elle soit, ne donne que ce qu'elle a. Or, la connaissance de Dieu n'est point une conquête sociale. Athènes était la cité la plus civilisée des temps antiques et pourtant Athènes ignorait Dieu. Elle l'avouait elle-même en faisant graver sur le frontispice de l'un de ses temples ces mots : Ignoto Deo. Et, sans le prêtre Paul, les Athéniens, même ceux de l'Aréopage, n'auraient jamais connu Dieu.
Le précepteur des peuples dans la science divine, c'est Dieu lui-même. Il se révèle d'abord à quelques hommes, et il les charge ensuite d'instruire leurs semblables. Les dépositaires de cette révélation divine, ce sont les prêtres. Ce sont eux qui ont mission d'enseigner les peuples et de leur faire connaître celui qui est la vérité infinie, la perfection souveraine. Les prêtres sont les gardiens de la science : Labia sacerdotis custodient scientiam. Et c'est pourquoi ils évangélisent toutes les nations, toutes les créatures intelligentes, les peuples policés et les hordes sauvages, les esprits cultivés et les intelli-
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gences bornées, les grands et les petits, les riches et les pauvres. Heureux ceux qui écoutent leurs enseignements! Dieu ne sera plus pour eux une énigme, mais la réalité la plus certaine et la plus adorable.
2° // le fait aimer. De la connaissance à l'amour il n'y a qu'un pas. Dieu étant le centre de toute perfection et par conséquent l'être le plus aimable, il est impossible de le connaître et de ne pas l'aimer à moins d'avoir un cœur radicalement pervers. Oui, en faisant briller aux yeux de notre esprit les ineffables attributs de Dieu, en rappelant à nos souvenirs les bienfaits sans nombre dus à sa paternelle bonté, en nous faisant entrevoir les biens inestimables que nous promet son amour, le prêtre allume dans nos cœurs la flamme de la charité divine; il nous force à dire : a Mon Dieu, je vous aime et mon bonheur est de vous aimer. »
3° Il le fait servir. La connaissance engendre l'amour, l'amour conduit au dévouement. Quand on aime, non seulement on exécute les volontés de la personne aimée, mais on court au-devant de ses désirs. Donc, en nous faisant aimer Dieu, le prêtre nous porte nécessairement à le servir et à le servir avec le plus parfait dévouement. C'est ce qu'a prouvé jusqu'à la dernière évidence cette multitude innombrable de saints de tous les rangs, de tous les âges qui ne sont aujourd'hui l'objet de notre admiration que parce qu'ils ont poussé jusqu'à l'héroïsme leur dévouement à Dieu.
4° llle fait glorifier. Tout honneur et toute gloire
doivent être rendus à celui qui est le maître souverain et absolu de toute chose, qui a tout fait par luimême et pour lui-même. Ces hommages Dieu les exige rigoureusement; il en est jaloux, et selon qu'il le déclare lui-même, il ne consent en aucune manière à les céder à un autre. Sa volonté formelle est que tout reconnaisse son autorité, que tout genou fléchisse devant sa majesté au ciel, sur la terre et dans les enfers. Or, c'est au prêtre que le Seigneur a confié l'honorable mission de veiller à ce que rien ne manque à ce vaste concert de louanges qui doit s'élever de toutes les poitrines humaines jusqu'au trône du Tout-Puissant; et le prêtre ne cesse, par ses enseignements et ses exemples, d'amener tous les fronts à s'humilier devant la suprême Majesté, et toutes les bouches à redire sans fin : « A celui qui est assis sur le trône et à l'Agneau, bénédiction, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles; Sedenti. in trône et agno^ benedictio, et honor, etgloria, et potestasin sœcula sœcidorum.
6° Jl est son représentant. Le prêtre tient sur la terre la place de Dieu : il promulgue la loi, il l'explique, il l'applique; il juge sur sa violation; il absout ou il condamne; il bénit ou il anathématise; il annonce des grâces ou des châtiments ; il promet des récompenses éternelles ou menace de peines sans fin; il revendique les droits du Très-Haut méconnus; il venge sa majesté outragée par l'idolâtrie; sa véracité insultée par le parjure, le mensonge et rincrédulité, son saint nom profané par le blasphème
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son autorité méconnue par la violation de la loi, etc.
6° // est so)î ambassadeur. Nous sommes les délégués du Christ, disait saint Paul: Pro Christo legatione fungimur. C'est le prêtre, en effet, que le Seigneur envoie pour annoncer ses volontés aux hommes. Comme un autre Moïse, Dieu le sépare du reste des hommes, l'amène dans la retraite, le sanctifie dans la prière et la pénitence, puis Tenvoie vers les peuples avec ces mots : Hœc dices populo tneo: Diliges Dominum Dtum tuum. — Honora p au' em tuum et matrem tuam. — iSon occides. — Non furtum faciès. — Non mœchaberis. — Non loqueris falsum testimonium. — Non concupisces. — Si quis non audierit Ecclesiam sit tibi sicut Ethicus et publicanus.
7° Il est son ministre et son coadjuteur. Un ministre, un coadjuteur font l'œuvre de leur maître. Le prêtre ici-bas fait l'œuvre de Dieu. Il travaille, comme Dieu, à la sanctification des hommes. Oui, ô chrétiens, quand le prêtre prie, c'est pour votre salut ; quand il médite, quand il réfléchit, c'est pour votre salut ; quand il jeûne, quand il veille, quand il se mortifie, c'est pour votre salut ; quand il monte à l'autel, quand il parle en chaire, quand il siège au confessionnal, c'est pour votre salut; quand il instruit, console, encourage, menace, réprimande, c'est pour votre salut ; quand il souffre les' mépris, les persécutions et la mort, s'il le faut, c'est pour votre salut : Propter vestram salutem. Il continue l'œuvre commencée par Jésus-Christ, il fait l'œuvre de Dieu : il est vraiment l'homme de Dieu.
Or, mes frères, s'il en est ainsi, si le prêtre est véritablement l'homme de Dieu, quel droit n'a-t-il pas à notre respect, à notre vénération I Tous les siècles, tous les peuples ont reconnu ce droit. Partout et en tout temps le sacerdoce a été regardé comme la dignité la plus sainte et la plus respectable. Sans doute, le prêtre n'est pas toujours par sa vie à la hauteur de sa dignité, mais oublieronsnous qu'il est homme ! Le sacerdoce ne le rend point impeccable, mais lui impose l'obligation d'être plus vertueux et plus saint. Quand bien même, à force de se frotter avec la rouille du siècle, il emporterait sur sa robe blanche quelque tache, souvenons-nous qu'il ne cesse pas pour cela d'être l'homme de Dieu par le caractère dont il est marqué et que, par conséquent, il a toujours droit à nos respects les plus profonds. Quand Dieu a dit : Nolite tangere christos meos, il n'a pas fait une exception pour ceux qui payeraient quelque tribut à la fragilité humaine ; il veut que nous vénérions en tous la sublimité du caractère. J'ajoute que le prêtre est l'homme d-u peuple et qu'à ce titre il mérite d'être aimé.