II. — Que fait Dieu lorsque nous sommes éprouvés
Pour donner pîus d'éclat à la confiance de ses enfants, pour leur fournir l'occasion d'acquérir plus de mérites, de les obliger de reconnaître leur faiblesse et de réveiller leur foi, le Seigneur semble dormir et le^ oublier, mais il n'en est rien. Quand Jésus dort sur la barque, abandonne-t-il ses apôtres ?Cesse-t-il de veiller sur eux? Les abandonne-t-il au moment du danger? Au contraire, c'est alors qu'il use de sa puissance pour opérer en leur faveur un miracle d'amour.
C'est ainsi qu'il agit à l'égard de chacun de nous. Et lorsque au fort de la tempête, nos épreuves sont si fortes, si violentes que notre cœur en est tout abattu et accablé, comme les apôtres nous nous tournons vers Dieu. C'est très bien; mais est-ce pour lui dire avec confiance : « Seigneur, soutenez-nous au milieu des combats; aidez-nous à porter notre croix à votre suite; nous avons besoin de souffrir pour expier nos fautes...? » Non, nous jetons vers lui un cri de détresse : Domine, salva nos, perimus. Seigneur, sauvez-nous! c'est assez de souffrances, nos forces s'épuisent, la tristesse a rongé toutes les fibres de notre cœur; nous tombons anéantis, nous allons périr : Domine, salva nos, perimus. Telle est notre faiblesse devant la souffrance.
N'a-t-il pas le droit de nous dire comme à ses dis-
ciples sur le lac de Génésareth? D'où vient que vous avez peur? Pourquoi cette lâcheté au jour de l'épreuve? Quid timidi estis? Vous avez bien peu de confiance en moi. N'ai-je pas promis que vous ne seriez jamais tentés au-dessus de vos forces? Ne suis-je pas toujours près de vous pour vous soutenir? Je sais, moi qui ai fait votre cœur, je sais jusqu'à quel degré de vertu vous pourriez arriver, si vous étiez moins effrayés et si vous aviez plus de foi : Quid timidi estis, modicœ fidei? Mais tout en nous reprochant notre faiblesse, Jésus-Christ se hâtera de nous sauver. La paix reviendra comme était venue la tempête, au moment où nous l'attendrons le moins; nous sentirons l'espérance renaître dans nos cœurs désolés; nous marcherons vaillamment dans la carrière que nous aura tracé la Providence; rien ne semblera trop difficile à notre bonne volonté armée d'une nouvelle énergie; nous communiquerons notre courage autour de nous à ceux qu'épouvante le souvenir des épreuves passées; nous tendrons même une main secourable à ceux qui gémissent sous leur fardeau, comme nous gémissions autrefois; nous jouirons au' dedans et au dehors d'une tranquillité parfaite. Le Sauveur commandera aux vents et aux flots. Ceux qui nous ont vus si agités, seront surpris de nous voir maintenant si calmes. Ils demanderont avec étonnement : Qui donc a tari leurs pleurs? Qui donc a secouru leur infortune? Qui donc a dissipé tous leurs chagrins? Qui donc leur prodigue des consolations qui les rendent si
heureux? Le monde ne comprendra pas la cause de ce changement, parce qu'il arrête ses regards sur la terre et ne distingue pas ce qui vient du Ciel.
Nous pourrons lui répondre : Celui qui a fait succéder pour nous la joie à la tristesse, c'est le divin Sauveur, l'ami divin de tous les affligés ; celui qui se leva pour commander aux flots du lac de Génésareth ; celui qui apaise les orages du cœur avec autant de facilité que les tempêtes de l'océan ; celui qui dirige notre marche incertaine sur la mer dangereuse de ce monde; celui enfin qui nous fera un jour rentrer dans le port de la bienheureuse éternité. Amen.