DANGERS DE LAME
Et ecce motus magnus factus est in mari, ita ut namrula operiretur fluctibus, ipse vero dormiebat.
(Math, viii.)
Le récit simple mais majestueux et touchant de la tempête sur la mer de Galilée renferme de nombreux enseignements. La barque où étaient Notre-Seigneur et ses disciples, n'est pas seulement l'image de l'Église et de ses combats, mais aussi de l'âme obligée de vivre au milieu d'un monde semblable à une mer parsemée d'écueils et fécondes en naufrages : Ecce motus magnus factus est in mari. La tempête qui menace de tout submerger représente les passions, les désirs, les tentations qui agitent notre âme et lui préparent souvent sa ruine à travers sa marche vers ''éternité : Ecce motus. Le reproche du Sauveur <*ux apôtres : Quid timidi estis s'applique à nos faiblesses, à nos lâchetés dans le service de Dieu. L'apaisement
de la tempête d'une seule parole nous montre la puissance divine. Quant au cri d'effroi des apôtres à demi submergés : Domine, salva nos, perimus, c'est notre cri journalier, pauvres voyageurs dans cette vallée de larmes où l'orage, la tempête, c'est-à-dire les épreuves sont sur chacun de nos pas. C'est sous ce rapport des combats de l'âme chrétienne que nous allons considérer l'Évangile de ce jour.
L — Dangers de cette vie pou?' l'âme.
La vie de chaque fidèle est traversée par des épreuves que l'on peut comparer à des tempêtes violentes. La joie et la douleur se partagent inégalement nos jours. Souvent, lorsque tout sourit à nos désirs, lorsque nous croyons réaliser nos plus belles espérances, lorsque le lendemain semble nous promettre encore plus de félicité que la veille, un malheur inattendu nous accable tout à coup d'un poids écrasant; les ténèbres s'amassent autour de nous. La barque perdue au milieu des flots d'une mer en fureur est moins agitée que notre cœur. II nous semble que nous sommes condamnés à une infortune sans terme. Nous essayons de réagir contre les chagrins qui nous oppressent et nous retombons dans un abattement plus profond. Tant il est vrai que la vie de l'homme et principalement colle du chrétien, est une guerre perpétuelle : Militia est vita
hominis saper terram. Son existence est remplie de beaucoup de misères. Les maladies du corps, les inquiétudes de l'âme, la malice des hommes, l'inconstance des événements, les rigueurs de la pauvreté, les chagrins domestiques ne le laissent jamais jouir d'une paix durable et le font sans cesse passer du contentement à la tristesse, de la joie à la douleur. Inutilement chercherions-nous à nous soustraire à tous les maux dont nous sommes continuellement menacés. Quelques moyens que nous puissions prendre pour éviter les souffrances, nous avons toujours quelque chose à souffrir. Et à ces épreuves nul ne peut échapper; l'enfant et le jeune homme, l'homme fait et le vieillard; le solitaire dans son désert aussi bien que le mondain au milieu de ses fêtes. Ce ne sont pas seulement ceux qui s'éloignent de Jésus-Christ qui essuient les tempêtes de l'âme. Ils les éprouvent aussi, comme les apôtres, ceux qui traversent avec Lui la mer du monde, et qui attachés à Lui, ne quittent pas sa compagnie. Ames fidèles, qui avez le bonheur de le posséder, ne vous étonnez pas si, malgré sa présence, vous ressentez des orages intérieurs; si vous êtes assaillies de tentations violentes : N'a-t-il pas voulu lui-même être tenté? Croyez-vous être plus privilégiées que Lui? Quand les Apôtres faillirent être submergés sous les flots de la tempête, n'étaient-ils pas en la société de Jésus-Christ? Saint Paul, ce vase d'élection ravi au troisième ciel n'était-il pas persécuté? Les martyrs n'avaient-ils pas la charité et la piété en partage?
La sainteté la plus éminente ne détruit point les passions, mais les réprime; elle n'empêche point les tentations, mais elle les surmonte. Votre piété et votre innocence seront, au contraire, une raison pour le démon de faire plus d'efforts, afin de vous soumettre à son empire. Il a assez de cœurs qui se livrent d'eux-mêmes; de ceux-là, il est rassasié; mais ii est friand d'âmes comme la vôtre ; il attache à leur conquête un certain prix qui lui fait redoubler se tentatives de séduction. Il ne faut donc pas vous décourager des tentations qui vous assaillent; voyez-y plutôt une preuve que vous n'appartenez pas encore au démon. Les chiens, dit saint François de Sales, n'aboient pas après les gens de la maison, mais après les étrangers; ainsi le démon laisse dans une paix funeste ceux qu'il sait lui appartenir, il fatigue les autres de ses poursuites, inventant mille artifices, pour les détourner des voies de la vertu. Hélas! il ne réussit que trop! Regardez autour de vous? — Où sont tant de vos parents, de vos amis autrefois si fervents? Que sont-ils devenus? Ils sont devenus la proie du démon, et maintenant ils languissent, loin de Dieu et de la vertu-, dans un honteux esclavage; plaignez-les et conjurez Notre-Seigneur Jésus-Christ d'éloigner de vous un pareil malheur.