‹ Dominicales du curé de campagneChapitre 19 sur 42 · II. — Conduite du démon · texte numérisé non relu

II. — Conduite du démon

Cet ennemi implacable de notre salut s'occupe constamment à semer partout la zizanie : Venit inimicus et sup erse min avit zizania. Il le fait par luimême, puisque, errant sans cesse autour de nous, comme un lion dévorant, il épie le moment où il pourra nous surprendre. Il le fait par ceux qui sont les instruments de sa malice. C'est tantôt le monde qui n'enseigne que des maximes erronées, qui ne suit que des usages et ne donne que des exemples propres à dégoûter de la vertu et à inspirer l'amour du vice. G'est tantôt cet homme débauché, ce jeune libertin, dont les discours licencieux et les railleries impies ne peuvent produire d'autre effet que de pervertir l'esprit et de gâter le cœur de ceux qui les écoutent. D'autres fois, c'est un ami, un compagnon pervers qui entraînent dans leurs désordres tous ceux qui les fréquentent.

Mais les ennemis qui, en nos temps, portent le plus grand ravage dans le champ du père de famille, ce sont les romans, les mauvais livres, les i. il

feuilletons immoraux, les journaux impies, qui promènent ouvertement le scandale et pervertissent les âmes. C'est la concupiscence qui est en nous et nous entraîne sans cesse au mal.

Que devons-nous faire en présence de tant d'ennemis qui veulent nous perdre? Nous devons nous en défler et éviter les pièges qui nous sont tendus. Quelles précautions prendriez-vous si vous étiez as-urés qu'un de vos ennemis veut mettre le feu à votre maison ou ravager vos champs? Vous veilleriez constamment. Faites de même pour votre âme, et Fenne mi ne jettera point de mauvais germes dans votre cœur.

III, — Conduite déplorable des hommes»

Ils s'endorment du sommeil de la paresse, de la négligence et de l'insensibilité. Ils ne veillent pas, et ils ne comptent pour rien les tentations, les mauvais exemples, les doutes, les propos antireligieux, les mauvaises compagnies, l'indifférence, l'orgueil, l'amour-propre, le mensonge, les médisances. Cependant, est-il une parole qui soit plus souvent sortie de la bouche de Notre-Seigneur que celle-ci : Vigilatet veillez? Il a dit à tout le monde sans exception: Vigilate.

Si le père de famille, dit-il, savait l'heure où les voleurs doivent venir, il ne s'endormirait pas, mais il veillerait pour les empêcher de pénétrer dans sa maisoD. La maison que nous avons à garder, c'est notre âme ; les voleurs, ce sont le démon, le monde et nos passions : et comme ces voleurs sont toujours à la porte, pour semer la zizanie, nous devons toujours veiller, afin qu'ils ne puissent jamais nous surprendre. Or, vous veillerez toujours sur vousmêmes, mes frères, si vous prenez garde à toutes les pensées qui se présentent à votre esprit, à tous les sentiments qui s'élèvent dans votre cœur, à toutes les paroles qui sortent de votre bouche, à tous les discours qui frappent vos oreilles, afin que rien ne puisse blesser votre conscience. Vous veillerez sur vous-mêmes, si dans toutes vos actions, dans toutes vos démarches, vous examinez, devant Dieu, quels sont vos motifs et vos intentions. JNT'est-ce pas l'orgueil qui me fait parler ou agir ainsi? N'est-ce pas l'esprit d'intérêt ? N'est-ce pas la colère ou la mauvaise humeur? N'est-ce pas une inclination charnelle, une passion impure? Oh l chrétiens, prenez bien garde qu'aucun de ces serpents ne siffle à vos oreilles, ne fasse mouvoir votre langue, ne fasse agir vos mains et ne conduise vos pas.

Imitez un homme sage, obligé de marcher dans un sentier étroit, glissant et bordé de précipices. Il marche avec précaution, il prend garde où il pose ses pieds et il fait attention à tous ses pas. Faites de

même. « Prenez garde, dit saint Paul: Videte;» oui, prenez garde à la manière dont vous marchez dans la voie du salut. Veillez sur vos yeux, sur vos oreilles, sur votre langue, de peur qu'il ne vous arrive de regarder, d'écouter ou de dire quelque chose qui souillera votre âme, et conduisez-vous en tout avec la plus grande réserve : Videte quomodo cautè ambuletis. Si vous cessez un seul instant de prendre garde, le démon profitera de votre négligence pour vous perdre.

IV. — Autre conduite de Dieu envers les hommes, lo?'squHls n'ont pas profité de sa première conduite.

Dieu, voyant que nous ne voulons pas de sa première conduite toute bienfaisante, pour nous convertir, nous laissera, infortunés criminels, croître en malice : Sinite crescere. A la mort, il fera de nous des victimes de ses vengeances, n'ayant pas pu en faire des héritiers de son royaume. Il enverra ses anges qui enlèveront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l'iniquité, et ils les jetteront dans la fournaise ardente ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.

Voilà la destinée des méchants. Ne sera-t-elle pas la nôtre?

Combien celle des justes est digne d'envie ! Alors, dit Jésus-Christ, les justes grilleront comme le soleil, dans le royaume de leur père ; et il ajoute : Que celui-là entende qui a des oreilles pour entendre.

0 mon Dieu, qui pourrait n'être pas réveillé de son assoupissement en méditant ces grandes vérités ! Que l'impie et le libertin se bouchent les oreilles pour ne pas entendre, c'est une folie et un malheur ! Pour moi, ô mon Dieu! je vous demande un cœur docile pour profiter d'une leçon si importante. Détachez-moi de tout ce qui passe, afin que je comprenne et que je goûte ce qui est éternel. Ah I Seigneur, faites que votre justice m'effraye, que votre bonté me rassure, que votre loi me serve de règle, afin que, marchant ici-bas dans la lumière, je par- Tienne un jour à votre gloire. Amen,

VIe DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE

ÉVANGILB

En ce temps-là, Jésus proposa une parabole, disant : « Le royaume du Ciel est semblable à un grain de sénevé, qu'un bomme prit et sema dans son cbamp. C'est, à la vérité, le plus petit de tous les grains, mais lorsqu'il a crû, il est plus grand que toutes les plantes, et il devient un arbre; de sorte que les oiseaux du ciel viennent babiter dans ses rameaux. »

il leur dit encore, cette autre parabole : a Le royaume du Ciel est semblable au levain qu'une femme prend et mêle dans trois mesures de farine, jusqu'à ce que tout ait fermenté. » Jésus dit toutes ces cboses en paraboles à la multitude et il ne lui parlait point sans paraboles ; afin que s'accomplît la parole du prophète, disant : « J'ouvrirai ma bouche en paraboles et je révélerai des choses cachées depuis la fondation du monde. »

HOMÉLIE

Le semeur dont parle l'Évangile de ce jour c'est Jésus-Christ. Et le grain de sénevé si petit, que

l'Homme-Dieu confie à la terre, c'est l'Église si faible dans ses commencements par le nombre et la qualité des personnes qui la composent. Elle ne compte que quelques adeptes relégués au fond du Cénacle. Ce sont douze bateliers et quelques disciples débiles, irrésolus, timides, sans naissance, sans fortune, sans science et sans armes. Ce sont quelques hommes envoyés au sein d'une nation païenne et puissante par le nombre et par la force dont elle peut disposer. C'est au milieu d'elle, que les disciples d'un Dieu crucifié sont jetés comme des agneaux au milieu des loups. Ils ont reçu la mission de détruire le paganisme qui couvrait la terre de ses temples et de ses autels ; et de substituer à une religion qui favorisait toutes les passions , une religion sévère qui condamne tous les vices et prescrit toutes les vertus. Il s'agissait de montrer à l'univers entier, ignominieusement courbé aux pieds de vaines idoles, que la religion qu'il professait était absurde. Quelle entreprise gigantesque 1 1!

Le paganisme qui puisait sa force invincible dans la perversité des passions humaines, était maintenu par la bonne foi des peuples idolâtres. Il était fortifié par l'autorité et les exemples des grands : les plus grands rois, les plus illustres capitaines, les plus sages politiques, les plus célèbres philosophes adoraient les dieux de leurs pays, avec la môme simplicité que le peuple le plus grossier et le plus stupide. Il est vrai que la persuasion où étaient les païens, touchant l'existence de leurs faux dieux, était le fruit du pré-

jugé et non de la raison; mais cette persuasion n'en était pas pour cela plus facile à détruire, parce que le préjugé qui en était la source, était, chez tous les peuples, un préjugé national, et que partout les préjugés nationaux sont pour ainsi dire invincibles, surtout quand ils favorisent les passions humaines. D'ailleurs encore, l'idolâtrie était chez chaque peuple la religion de l'Etat, et tenait étroitement à ses lois et à sa constitution : or, la nouvelle religion était si opposée à l'ancienne, qu'elle ne pouvait s'élever que sur ses ruines; en sorte que les empereurs, les magistrats et le peuple, devaient craindre de voir s'éiever contre l'État des troubles et des orages capables de le renverser. Et certes, cette considération suffisait bien, ce semble, pour porter les princes et les magistrats à employer la force, le zèle et toutes les ressources du talent au maintien de l'idolâtrie parmi les peuples de leurs temps. Aussi n'ont-ils pas manqué de le faire : durant trois cents ans, la persécution s'opposa à l'établissement de la religion chré ienne. Tel était, mes frères, l'état du monde entier qu'il fallait changer complètement. Tel était ce champ inculte et désert, rempli de ronces et de cailloux où il fallait semer le grain évangélique.

J'ai dit le grain évangélique. Ahl mes frères, qu'il aura de peine à pousser, ce grain, dans une terre si mal préparée! Qu'il est petit ! mais qu'il est fort! Il est petit, c'est la loi d'un Dieu crucifié que l'on prêche, et on la prêche à des gens qui ne connaissent d'autre grandeur que celle que donnent les dignités

ou les richesses. Il est fort cependant dans sa petitesse : il subjugue tout l'homme, son esprit et son cœur. Son esprit, on le soumet aux mystères les plus inexplicables à la raison : le mystère d'un seul Dieu créateur, et dans ce Dieu unique, trois personnes qui participent à la divinité sans la diviser et sans la multiplier; en un mot, l'unité de nature dans la Trinité des personnes. Avec le mystère de la Trinité, le mystère plus incompréhensible encore d'un Dieu fait homme ; à ces deux grands mystères, joignez le dogme du péché originel et toutes les vérités qui s'y rattachent : le genre humain tout entier, atteint par la faute d'un seul; les enfants même souillés dès le sein de leur mère ; une Vierge qui enfante sans cesser d'être vierge; un Dieu qui meurt sur une croix; ce premier sacrifice renouvelé de siècle en siècle sur nos autels; les prêtres revêtus du pouvoir de Remettre les péchés et, ce qui est plus prodigieux encore, les prêtres à l'autel, créateurs en quelque sorte de Dieu lui-même, distribuant aux fidèles rangés autour d'une table commune le Dieu qui, après les avoir rachetés, les nourrit de sa substance. Voilà la foi imposée à l'esprit de l'homme.

Son cœur, on l'oblige à se haïr : quel sacrifice! Quel effort surhumain! Quoi de plus naturel que de s'aimer! Quoi de plus pénible que de se faire la guerre! Son corps même, son corps n'échappe pas à ce glaive spirituel : il faut le dompter, le punir, le mortifier, fit en adorant un Dieu crucifié, il faut entièrement se crucifier soi-même. Voici le code démo-

raie de la nouvelle religion : Bienheureux ceux qui souffrent.... Que celui qui veut être à moi se renonce lui-wî>me, qu'il porte sa croix tous les jours et qu'il me suive... Aimez vos ennemis... Faites du bien à ceux qui vous font du mal... Ces maximes, ces préceptes étaient loin d'être attrayants. Mais ces obstacles, quelque grands qu'ils soient, sont peu de chose en comparaison des efforts que fait le monde entier pour empêcher l'établissement du christianisme. Qui ne sait que l'enfer déchaîné soulève contre lui toutes les puissances de la terre? Qu'il déploie pour l'étouffer toutes les ressources du génie, de la science et de la force? Les ouvriers évangéliques sont arrêtés, mis en prison, chargés de chaînes et condamnés à mort. L'ange du Seigneur leur rend la liberté. Saint Pierre continue de prêcher et en un seul jour il convertit dans la ville déicide huit mille païens. Les Apôtres poursuivis se dbpersent; c'est pour jeter aux quatre coins de l'univers le grain de sénevé qui, tout à coup, devient un arbre majestueux qui a étendu ses branches jusqu'aux extrémités de la terre, et a couvert le monde entier de son ombre bienfaisante : Fit arbor magna. « Nous ne sommes que d'hier, disait Tertullien dès le second siècle, et déjà nous remplissons les villes, les bourgades, les camps, le sénat et les places publiques. »

En sorte que les oiseaux du ciel viennent se porcher sur ses branches. Les branches de cet arbre sont la doctrine évangélique , la loi du christianisme, ses conseils, ses sacrements, ses sacrifices et ses mys-

tères. Les oiseaux qui viennent s'y reposer, sont les peuples chrétiens, ce sont les rois, les empereurs eux-mêmes qui, après avoir émoussé, brisé leurs haches, leurs glaives et tous leurs instruments de mort dans le dessein d'étouffer cette modeste plante dans sa racine, sont venus se réfugier sous cet arbre divin. En déposant leur sceptre et leur couronne au pied des autels du christianisme, ils ont trouvé dans l'humilité de l'Évangile une gloire plus solide que celle qui environnait leur trône. Sous cet arbre, les plus sublimes esprits ont abaissé leur esprit et leurs lumières, et ils ont trouvé dans la soumission de la foi des vérités plus consolantes que celles qui faisaient l'objet de leurs vaines recherches. Sous cette ombre, les plus insignes pécheurs ont immolé leur cœur et leurs passions, et ils ont trouvé dans les rigueurs de la pénitence des délices plus pures que celles qu'ils recherchaient dans les voies de l'iniquité.

Et vous, mes frères, qui connaissez la religion chrétienne et qui lui appartenez , conformez-vous votre conduite à ses enseignements? Réglez-vous vos mœurs sur ses maximes et ses préceptes? Cependant elle est l'œuvre de Dieu. Quand elle vous parle, c'est Dieu qui vous parle par sa bouche. Suivez donc avec docilité les règles de conduite qu'elle vous trace. Votre soumission vous conduira sûrement au port du bonheur éternel.

Pour nous montrer d'une façon plus saisissante

encore les fruits de sa religion sainte, le Sauveur nous propose une seconde parabole. Étudions-la brièvement :

Le royaume des deux, nous dit-il, est semblable à un levain qu'une femme prend et met dans trois mesures de farine, jusqu'à ce que tout soit levé.

La femme qui prend le levain qu'elle met dans trois mesures de farine et qui fait fermenter toute la masse, c'est l'Église. C'est à l'époux qu'il appartient d'aller aux champs pour y répandre la semence; l'épouse, au contraire, reste dans la maison pour y pétrir et préparer un pain délicieux, digne d'être placé sur la table du père de famille. De même c'est Jésus-Christ qui a fondé la religion, qui l'a établie sur la terre; mais c'est l'Église ensuite qui, avec l'aide de son divin Epoux, achève ce bel ouvrage et qui fait passer dans chacun de nous, avec le présent inestimable de la foi, les vertus chrétiennes qui nous rendent dignes du Ciel. Son enseignement agit sur l'humanité avec une force que rien ne saurait arrêter. Malgré les obstacles qu'il a rencontrés pour s'établir dans les cœurs, en prescrivant l'amour de la pauvreté, de la souffrance, de l'abnégation, la pratique des vertus les plus difficiles : l'humilité, la chasteté, l'amour des ennemis, le pardon des injures, il ne parvient pas moins à son but. 11 communique à l'homme une force secrète qui l'élève audessus des faiblesses de la nature. Oui, à mesure que le christianisme pénètre dans l'homme, il le change tout entier, il réforme toutes ses puissances:

son esprit, son cœur, son corps même, et le rend un objet digne du respect de l'univers, de l'admiration des anges et de l'amour de Dieu. Pour vous en convaincre, jetez un regard rapide sur ce qu'était le monde avant la propagation de l'Évangile. Hélas ! ce n'était qu'un amas d'erreurs, de superstitions, de crimes et de désordres. L'idolâtrie y avait aveuglé tous les esprits, et les passions qu'elle autorisait, y avaient corrompu tous les cœurs. L'on y adorait tout, excepté le Dieu véritable; et les fausses divinités à qui l'on offrait un encens sacrilège, donnaient à leurs adorateurs l'exemple de tous les vices. Aussi la vengeance, la cruauté, l'ambition, l'avarice, l'impudicité régnaient en tous lieux sans le moindre obstacle; et la dépravation était si générale, que même parmi les faux sages du paganisme, qui faisaient profession de vertu, on aurait eu peine à trouver un homme véritablement vertueux.

Mais que ce monde si profondément corrompu, offrit un spectacle bien différent, lorsqu'il eut reçu les salutaires influences de la religion ! Alors les erreurs se dissipèrent, les superstitions s'évanouirent, les désordres cessèrent, et les vertus les plus sublimes remplacèrent les vices honteux qui déshonoraient l'humanité. Alors on vit briller, parmi les gens du monde même, l'humilité, la chasteté, le pardon des injures, le renoncement à soi-même et l'amour des souffrances qui étaient entièrement inconnus parmi les hommes. Alors, les riches se firent un devoir de partager leurs richesses avec les pauvres, les heu-

reux du siècle mirent leur bonheur à soulager les malheureux; tous les fidèles se regardèrent, s'aimèrent comme des frères, parmi lesquels il n'y avait qu'un cœur et qu'une âme,' et toute la chrétienté fut comme une grande et nombreuse famille, dont tous les membres étaient tellement unis par les liens de la charité, que les idolâtres eux-mêmes ne pouvaient les voir, sans être forcés de s'écrier : Voyez comme ils s'aiment les uns les autres. Voilà, mes frères, l'admirable changement que le christianisme opéra dans le monde. Voilà l'heureux effet qu'il a produit partout où il s'est établi. Voilà la force de ce levain auguste et salutaire que l'Église a insinué dans les âmes. Tels sont les effets prodigieux qu'il a produits chez les nations les plus barbares dont elle a fait les peuples les plus humains et les plus doux.

Mais, chrétiens, ce levain si efficace, qu'a-t-il produit jusqu'à présent dans vous? Depuis le temps que vous entendez les vérités de la religion sainte, qu'ont-elles opéré dans votre cœur, dans votre esprit, dans votre âme?

Hélas ! bien peu de choses. Votre esprit est toujours peut-être livré à une incrédulité monstrueuse, et votre cœur peut-être livré à une corruption plus monstrueuse encore. Quoi donc ! cette religion qui a fait tant de vierges chrétiennes qui ont mené une vie angélique dans un corps humain, ne peut nous rendre chastes nous-mêmes ! Cette Église qui a enfanté tant de martyrs généreux, qui ont répandu leur sang et donné leur vie pour elle, ne peut vous

élever au-dessus du respect humain, d'une crainte servile, d'un regard insultant, d'une parole de mépris, d'une raillerie légère ! Cette parole qui a produit tant d'apôtres zélés qui ont volé jusqu'aux extrémités du monde pour y faire connaître Jésus-Christ, ne peut vous déterminer vous-mêmes à la faire connaître au moins par vos discours, par vos exemples, par vos soins, dans le sein de votre famille! Cette foi qui a porté tant de confesseurs illustres à endurer pour elle les plus grands affronts, les plus grands mépris, les plus graves injures, ne peut vous faire oublier une fatale inimitié, vous faire terminer une querelle injuste ! Cet amour qui a enflammé le cœur de tant de saints pénitents, qui leur a fait trouver douces les plus cruelles macérations, les plus crucifiantes austérités, ne peut vous faire renoncer à cette vie molle et sensuelle que vous menez depuis si longtemps! Cette grâce qui a retiré du monde tant de saints anachorètes, et qui leur a fait chercher dans la solitude et les déserts un asile à leur innocence, ne peut vous guérir de cet esprit de mondanité qui vous a séduits et qui vous perd ! En un mot, ce levain qui a fait tant de saints, ne peut pas vous sauver vous-mêmes I Est-ce donc là cette même religion qui a produit tous ces miracles? D'où vient qu'elle est si stérile dans vous ? Serait-ce parce qu'elle ne vous fait plus entendre ses enseignements? Mais la parole divine ne cesse de retentir à vos oreilles. D'où vient qu'elle est si peu efûcace? Voulez-vous en savoir la raison, mes frères ? La voici ;

C'est que vous conservez, que vous nourrissez que vous fomentez dans votre âme un levain étranger qui détruit toute la force de celui que l'Église voudrait y mettre; c'est que vous aimez mieux ce levain de malice et de corruption, que celui de sainteté et de justice; c'est que vous êtes pécheurs et que vou* voulez toujours l'être. Chassez donc ce levain ancien de votre esprit et de votre cœur; mettez-y le levain de l'Évangile : et la religion vous rendra une créature nouvelle; elle vous purifiera, vous sanctifiera, et un jour enfin vous couronnera.

Religion sainte, vous avez triomphé de tout l'univers; vous avez soumis les pays les plus inconnus, les nations les plus éloignées, les peuples les plus barbares; vous avez passé les mers, traversé les déserts, franchi les montagnes; en un mot vous avez parcouru le monde entier. iMais, hélas ! il y a un lieu tout près de vous, où vous n'avez pas encore pénétré; et ce lieu, c'est mon esprit, c'est mon cœur. Entrez-y, religion sainte! Vous avez chassé les ténèbres de la gentilité ; dissipez aussi celles de mon incrédulité. Vous avez brisé les idoles du paganisme; détruisez aussi mes passions, ces honteuses idoles de mon cœur. Enfin vous régnez dans l'uni vers; régnez aussi dans moi et faites-moi à jamais régner avec vous dans la gloire. Amen.

POUR LE MÊME DIMANCHE

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