PREMIER DIMANCHE DE L'AVENT
ÉVANGILE
Jésus dit à ses disciples: « 11 y aura des prodiges dans le soleil, dans la lune, et dans les étoiles. Les peuples de la terre seront dans la consternation, par le trouble que causera le bruit de la mer et des flots. Les hommes sécheront de frayeur dans l'attente de ce qui doit arriver à tout l'univers, car les vertus célestes seront ébranlées ; alors ils verront le Fil> de l'homme sur une nuée, revêtu d'une grande puissance et d'une grande majesté. Lorsque ces choses commenceront à s'accomplir, levez la tête et regardez en haut, parce que le temps de votre rédemption approche. » Il leur proposa ensuite cette comparaison : « Voyez le figuier et les autres arbres. Lorsqu'ils commencent à pousser, vous reconnaissez que i. 1
l'été est proche : de même, lorsque vous verrez arriver ces choses, sachez que le royaume de Dieu est proche. Je vous dis en vérité que cette général ion ne passera point que tout cela n'arrive. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. Prenez donc garde à vous; de peur que vos cœurs ne s'appesanti>sent par l'excès des viandes et du vin, et par les souci* de cette vie et que ce jour ne vienne tout à coup vous surprendre; car il enveloppera comme un filet tous ceux qui sont sur la face de la terre. Veillez donc, et priez en tout temps, afin d'être trouvé^ dignes d'éviter tous ces maux qui doivent arriver, et de paraître avec confiance devant le Fils de l'homme. » (Luc, xxi, 25-36.)
HOMÉLIE SUR LES SŒURS PRÉCURSEURS DU JUGEMENT UKIVlRSEL
Et tune vidtbunt Filium hominia vtnîpnt^m in nube, cum poiestate maijna et majestate. (Luc. xxi, 27.)
A'.ors ils \erront le Fils de l'homme, qui viendra sur une nuée, av-c une grande puissance et une grande majesté.
Mes Frères, La vie présente est le champ de la liberté humaine. L'homme y court à droite ou à gauche selon ce qui lui plaît. Dieu le regarde, mais le laisse faire, se réservant de lui demander un jour ua
compte rigoureux du bou ou mauvais usage de sa liberté.
Quand viendra ce jour de la justice divine? Nous n'en savons rien, car il est écrit que ni l'homme, ni l'ange, ni le Fils de l'homme lui-même ne connaissent ni le temps, ni l'heure où le Seigneur entrera en compte avec ses créatures. Non est vestrum nosse tem/jora vel momenta. De die autem Ma nemo scit nuque anyeli.y neque Filium hominis, nisi solus Pater.
Quelques signes néanmoins annonceront ce #rand jour, jour de justice et de colère, de trouble et d'angoisse, de misère et de calamité. Apprenons à les connaître afin que nous attendions avec confiance, si nous sommes justes, mais que nous tremblions si nous sommes pécheurs ; car si d'un côté Dieu, par ces signes, veut nous donner un dernier avertissement, pour nous faire éviter le péché et échapper à la justice, selon cette parole du Prophète : Dedisti metumtihus te signifîcationem ut fugiant à facie arcûs ; il veut d'un autre côté nous montrer par ce qu'il y a de terrible dans ces signes, combien grande et redoutable sera sa colère contre ceux qui auront méprisé ses avertissements et seront morts dans le péché.
Je me transporte en esprit à la fin des temps, à ces jours qui seront les derniers des jours, et je vois s'accomplir une à une toutes les prophéties qui annoncent les affreux malheurs, les épouvantables bouleversements qui seront comme l'agonie du genre humain. Quel spectacle !
D'abord, je vois paraître sur la scène de ce monde
qui penche vers sa ruine, un personnage en qui tout tient de l'extraordinaire, c'est l'Antéchrist, l'homme du péché, le fils de perdition.
Il est néàBabylone, la ville infâme; il appartient par l'un de ses parents à la tribu de Dan, la seule qui, d'aprr» saint Jean, n'a pas donné au ciel ses douze mille prédestinés. Un crime lui a donné le jour et dan> ses veines coule un mélange impie de sang chrétien et de sang juif. Son extraction est vile et son berceau déshonoré. Dès ie sein de sa mère, il appâtent au démon qui lui façonne un tempérament propre à tous les crimes, à toutes les abominations : Cujus est advcntns stcundum operatwuem Sa~ tanse (S. Paul, II T<m., n, '.».)
Dès ses premières années, il devient entre les mains de Satan un prodige d'hypocrisie et de malice. Afin d'arriver plus facilement à séduire les pei'pUs, il se couvre du manteau de la religion; il feint un grand zèle pour la loi de Dieu ; il est humain, doux, pieux ; il paraît même tempérant, cha>ie et dé-intéressé ; mais au fond il est impie, cruel, cupide, ambitieux, dissolu et esclave de tous les vices. Il cache maintenant ce qu'il y a en lui de perversité et de corruption, mais quand il aura séduit les multitudes, quan i il aura réussi à se faire proclamer roi et à se faire passer pour le vrai Christ, le vrai Messie, il jettera le masque et ne gardera plus de mesure. Il sera alors véritablement, comme le dit saint Paul : Homo peccati, films perditionis, Me 'niquus, l'homme' de péché, le fils de perdition, le
méchant par excellence. « J'ai vu, dit saint Jean dans son Apocalipse, j'ai vu la bête venant des bords de la mer... Elle porte sur son front les noms du blasphème... Elle est semblable au léopard, et sa bouche e>t comme celle du lion. Et le dragon infernal lui a donné sa puissance, puissance formidable. La terre entière a été fascinée par la bête; et ils ont adoré le dragon qui a donné son pouvoir à la bête, et ils ont adoré la bête, disant: Qui est semblable à la bêle et qui pourra combattre contre elle? Quis similis bestiœ ? et guis pottrit pugnare cum eâ ?
« Il lui a été donné une bouche apte aux grands discours et aux blasphèmes ; et elle a proféré les blasphèmes contre Dieu, contre son nom, contre le tabernacle et contre ceux qui habitent le ciel... Et elle a fait des prodiges étonnants ; elle a pu même faire descendre le feu du ciel en présence d'une multitude d'hommes... Et l'un de ses ministres a séduit tout l'univers et décidé les hommes à se faire des images de la bête et à les porter dans leurs mains ou sur leur front, et tous, excepté ceux qui sont écrits dans le livre de vie, grands et petits, riches et pauvres, libres et esclaves se sont armés ou du caractère de la bête, ou de son nom, ou du nombre de son nom qui est six cent soixante-six. »
Voilà, mes frères, la vision de saint Jean à Pathmos. Elle nous fait voir dans un tableau saisissant ce que sera cet ennemi de Dieu et des hommes, à qui Satan aura communiqué toute sa puissance, toute son astuce, toute sa malice. A force de ruses
et d'hypocrisies, il a fasciné les peuples et surtout les .luifs, il s'est imposé comme le vrai Messie ; il a flatté les enfants d'Israël en leur promettant toutes sottes de biens temporels ; puis il a rétabli le temple et il y a placé l'idole de Maozim, c'est-à-dire le Dieu de la force ; il s'est fixé lui-même dans la maison de Dieu et il s'y est fait rendre les honneurs divins : ExtolUtur suprà omne quod dicitur Deus, ità ut in tenifjlo Dei sedeal , ostendens se tanquàm sit Deus. (il Thess., ii, 4.)
Maître de l'esprit et du cœur des Juifs, il en fait ses soldats, afin d'accroître son empire qui, dit-il, d'après les prophéties, doit s'étendre à tout l'univers. Il déclare la guerre aux monarques voisins et Dieu permet que la victoire lui reste. Dès lors, il ne garde plus de mesure; il agrandit le champ de ses luttes et bientôt c'est sur toutes les contrées du globe qu'on rencontre ce prodige d'iniquité soufflant partout la guerre de la chair contre l'esprit, de l'erreur contre la vérité, de l'hérésie contre la loi, de l'apostasie contre la fidélité ; bientôt l'univers n'est qu'une sanglante arène où l'homme d'iniquité s'acharne contre le Christ, la bête contre l'Agneau. Tous les peuples apostasient et c'est à peine si les élus ne sont pas ébranlés.
Tant de défections ont amassé sur les peuples d'immenses trésors de colère ; le bras du Seigneur s'est levé pour frapper les coups de sa justice. Peuples, séchez de frayeur, voici venir le jour de la vengeance divine ; les foudres de l'Éternel vont
éclater. Malheur! malheur ! de l'Orient et de l'Occident, du septentrion et du midi, je sens venir un vent brûlant, un vent de feu ; c'est le souffle de la colère divine qui allume la guerre au cœur des rois et de leurs peuples.
L'homme d'iniquité a détruit partout les notions du droit et de la justice ; le droit de la force a remplacé la force c1 i droit ; l'égoïsme et l'ambition sont les seules règles des nations. Dès lors, les intérêts se brouillent, les cœurs s'ulcèrent et ne respirent plus que haine et vengeance. La guerre s'allume, guerre terrible, guerre universelle, guerre impitoyable. Quelle horreur! Quel acharnement! Quelles cruautés!
Ce ne sont point des hommes qui luttent entre eux, ce sont des tigres altérés de sang et de carnage qui se déchirent. Le fer lui-même et le salpêtre semblent partager ces horribles dispositions des combattants ; car l'un paraît ne jamais s'émousser et l'autre s'enflamme plus vite et lance avec plus de force les projectiles de mort. La terre n'est bientôt plus qu'un vaste champ jonché de cadavres et arrosé par des torrents de sang. Dans ce carnage affreux rien n'est respecté, rien n'est épargné. L'âge, le sexe, les conditions qui, en tout temps et en tout pays avaient pu efficacement demander merci, ne sont plus maintenant écoutés. Le vieillard est frappé sur le bord de sa tombe, la vierge dans sa solitude, le prêtre à l'autel, l'enfant entre les bras de sa 2>ère ou même dans son sein. Plus de pitié I plus de miséricorde ! Rien ne saurait trouver grâce
devant la férocité de ces hommes transformés en tigres. L'innocence, la candeur, la faiblesse, une tête blanchie par les ans, un caractère auguste et sacré sont impuissants à désarmer la verge de ces barbares qui ne savent plus hurler que ces mots : Du sang ! du sang !
Eh ! bien, ils l'ont ce sang qu'ils demandent, ils l'ont par torrents, mais comme si ce n'était point encore assez, ils y ajoutent le leur : ne trouvant plus à égorger dans les camps ennemis, ils s'égorgèrent entre eux.
Cependant le bruit des armes a cessé, l'airain ne tonne plus et n'ébranle plus les vallées ; partout règne un morne silence, un silence de mort. Quelques milliers de victimes échappées aux fureurs de la guerre se montrent çà et là sur la surface du globe ensanglanté. Elles lèvent les yeux vers le Ciel, comme pour le remercier de les avoir protégées, mais hélas ! leur prière n'est pas achevée que déjà surgit sur le monde un autre fléau non moins cruel. De ce vaste champ de mort couvert de cadavres en dissolution , s'élèvent de noires et fétides exhalaisons, c'est l'odeur du sang et de la putréfaction. Ces émanations délétères empoisonnent l'air qui, dès lors, cesse d'être une source de vie pour devenir un principe de mort. Aussi bientôt on ne rencontre partout que des êtres chancelants, en proie à d'affreuse tortures qui les emportent en quelques heures. La peste se promène ainsi dans le monde, non moins homicide que la
guerre. Et comme si ce n'était assez de ce fléau pour arracher le dernier souffle de vie au petit nombre de mortels qui survivent, voici la famine avec toutes ses horreurs.
Tandis qu'elle arrosait le globe par des flots de sang, la guerre dévastait les campagnes, transformait les champs de blé en champs de mort et ne laissait pas au laboureur le temps de confier à la terre une nouvelle semence. Aussi maintenant l'on n'entend plus que les cris de la faim. On dispute aux vils animaux leur immonde nourriture et toute chair, quelle qu'elle soit, devient un aliment sapide. L'homem va même jusqu'à jeter sur les membres de son semblable un regard de convoitise. L'enfant, rendu cruel par la faim, déchire le sein de sa mère, et celle-ci meurt un instant après, si elle n'est assez barbare pour étouifer dans ses mains celui qu'elle a porté dans son sein et lui redemander le sang qu'elle vient de lui donner. Oh ! malheur, alors, malheur aux femmes qui allaiteront ; malheur à celles dont les entrailles seront fécondes : Vœ autem prœgnantibus et nutrientibus in illis diebus !
Enfin l'heure de l'agonie va sonner. Tourmentée par les abîmes de feu qu'elle renferme dans son sein, la terre tremble comme une feuille de peuplier agitée par le vent ; elle entr'ouvre à chaque pas des gouffres profonds, engloutit les derniers de ses maîtres, et l'univers semble vouloir expirer avec son roi.
Les vents déchaînés excitent partout les plus
affreuses tempêtes ; la mer rugit comme un lion furieux ; dans sa rage elle élève ses flots jusques aux nues et la précipite soudain dans les abîmes ou les brise contre les rochers du "rivage. Le soleil s'enveloppe d'un crêpe de nuages sombres, la lune devient rouge de sang, les étoiles sortent de leur orbite et se précipitent en tourbillons à travers les cieux ; mille et mille éclairs sillonnent les airs; le tonnerre gronde dans les profondeurs de l'espace.
Au milieu de ce bouleversement général, un ange descend du ciel et, au nom de l'Éternel, jure ce serment effroyable : « Désormais il n'y aura plus de temps. Tempus non eril ampltus. » Soudain un fleuve de feu envahit la terre entière qui n'est bientôt plus qu'un monceau de cendres. Les jours de l'homme sont passés, le jour de Dieu commence.
Mes frères, nous ne verrons pas ces terribles choses, mais nous ne devons pas moins en faire notre profit; car elles nous disent combien redoutable sera la justice divine au moment où elle entrera en compte avec ses créatures. Selon le conseil de l'Apôtre, préparons nos cœurs à ce grand événement; prenons garde qu'ils s'appesantissent dans l'ivresse, la sensualité et les sollicitudes de cette \ie. Veillons et prions, afin que nous soyons trouvés dignes d'échapper à ces rigueurs et de nous présenter avec confiance au tribunal du Fils de l'homme : Vig'date ut/que, omnl tempnre oi^antes ut diyni habeamini fuyere ista omnia, auœ futur a sunt, et stare antè Filiuin hominis.
BOMÉLIES ET INSTRUCTIONS PRATIQUES il
POUR LE MÊME DIMANCHE