JUGEMENT UNIVERSEL
Rlum.ino.bit absconâita tenebrarum et tun- laus e it unicuigue à Deo.
(I Corinth., iv. 5.)
Mes Frères,
Ces paroles annoncent le terrible événement qui mettra fin à tous les événements, le jour après lequel il n'y aura plus de jours et qui fermera, à tout jamais, l'ère des incessantes révolutions qui bouleversent la figure transitoire de ce monde.
Universelle dans son étendue, éternelle dans sa durée, cette dernière transformation sera terrifiante dans son exécution. Ce sera le jour de la suprême justice, le jour des grandes assises où l'humanité tout entière sera citée au tribunal du Souverain Juge. Jour de calamité et de désespoir pour le plus grand nombre, jour de paix et de bonheur pour quelques-uns seulement ; l'attente des justes, la terreur des méchants, le jour décisif de la destinée de tous.
La pensée de ce jour terrible rendait les premiers chrétiens patients dans la persécution, joyeux dans
les souffrances, fiers dans les opprobres. Elle faisait la force des martyrs, la constance des vierges, la ferveur des anachorètes ; elle fait aujourd'hui encore le missionnaire et la sœur de charité ; puisset-elle faire de vous tous de parfaits chrétiens. C'est dans ce but que je viens vous aider à la méditer.
Il y aura à la fin du monde un jugement général. C'est l'Évangile qui nous l'enseigne. « Le Fils de l'homme doit venir dans la gloire de son Père, escorté de ses anges (Chap. xvi, f. 7), et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. Filius enim hominis venturus est in gloria Patris, cum angelis suis ; et tune reddet unicuique secundum opéra ejus. Plus loin : Tune parebit signum FUii hominis (Chap. xxvi, f 30, 71) in cœlo, et tune plan g ent omnes tribus terrœ ; et videbunt Filivm hominis venientem in nubibus cœli cum virtute multâ et majestate. — Et mittet angelos suos cum tuba et voce magna, et congregabunt et ctos ejus à quatuor ventis... Et un peu plus loin encore : Cum autem venerit Filius hominis in majestate suâ, et omnes angeli cum eo, tune sedebit super sedem majestatis suœ : et congre g abuntur antè eum omnes gentes, et separabtt eos ab invicem, sicut pastor segregat oves ab hœdis ; et statuet oves quidam a dextris suis hœdos autem à sùi>slris. Tune dicet Rex his qui à dextris ejus erunt : Venite, benedicti Patris mei, possidete paratum vobis regnum à
constilutione mundi... Tune dicet et his gui à smistris erunt : Discedite à me, maledœti, in ignem œternum, qui paratus est diabolo et angelis ejus.
Pour mieux graver dans nos esprits la pensée du jugement général, le divin Sauveur nous la rappelle au moment de sa passion, le jour même de sa mort. Les paroles d'un mourant sont sacrées, et quand elles sortent de la bouche d'un père, un enfant bien né ne les oublie jamais.
Jésus est en présence de Caïphe qui fait fonction de Grand-Prêtre et qui, à ce titre, l'interpelle en ces termes :
« Je vous adjure au nom du Dieu vivant, de nous dire si vous êtes le Christ, Fils de Dieu. — Vous l'avez dit, répond Jésus, je le suis. » Puis il ajouta aussitôt : « Je vous déclare que vous verrez un jour le Fils de l'homme assis à la droite de la majesté de Dieu et venant sur les nuées du ciel. » C'est clair.
Les apôtres ont redit au monde cet enseignement, Qui ne' connaît ces énergiques paroles de saint Paul: « Il faut que nous soyons tous manifestés au tribunal du Christ, afin d'y rendre compte chacun des œuvres que nous aurons faites, bonnes ou mauvaises. » ? Saint Jean à Pathmos vit les morts grands et petits debout en présence du trône de l'Agneau ; et des livres furent ouverts ; et il fut ouvert un livre qui est le livre de vie ; et les morts furent jugés d'après ce qui était écrit dans les livres, conformément à leurs œuvres.
L'Église a fait de cette doctrine un article de son
symbole. Je crois en Jésus-Christ ressuscité et montéaux cieux, d'où il viendra pour juger les vivants et les morts, et la saine raison reconnaît qu'il doit en être ainsi.
En créant l'homme, Dieu lui a tracé ses devoirs, puis il Ta mis entre les mains de son conseil, promettant de le récompenser s'il est fidèle, et l'assurant d'un châtiment éternel, s'il devient prévaricateur.
Cette loi primordiale a été renouvelée sur le mont Sinaï et confirmée par les enseignement- de l'Homme- Dieu. Mais, quoiqu'elle vienne de Dieu et qu'elle n'ait pour but que le bonheur de celui à qui elle est imposée, elle serait néanmoins imparfaite si elle manquait de sanction, c'est-à-dire si le souverain législateur ne récompensait pas ceux qui l'observent et ne punissait pas ceux qui la violent. Or, cette punition et cette récompense où sont-elles ? Est-ce que le juste, ici- bas, reçoit la peine due à ses bonnes œuvres? Est-ce que le pécheur reçoit sur terre la peine due à ses crimes?
Le contraire ne semble-t-il pas vrai? Tandis que la victime innocente est jetée dans la misère, est-ce qu'on ne voit pas dans l'abondance et les plaisirs celui qui l'a dépouillée injustement de ses biens ? N'est-il pas vrai que la vertu est méprisée, tandis que le vice triomphe ? Ne rencontrez-vous pas aujourd nui, presque partout, des hommes qui se jouent de la loi de Dieu et de Dieu lui-même, qui le blasphèment, qui méprisent son Évangile, son
Église, ses ministres, ses fêtes, ses sacrements ? Et cependant quel châtiment reçoivent-ils ici-bas? Ah! sans doute, Dieu les jugera à l'heure de la mort, et alors il rendra à chacun selon ses œuvres. Il a l'éternité pour punir. Et cependant ce jugement particulier, qui n'a d'autre témoin que le coupable et son juge ne suffît pas. Le divin Législateur a été outragé publiquement, sa loi a été violée, parfois, avec un éclat qui a frappé tous les yeux, avec un cyni-me qui s'est a! fiché de toutes parts: ne faut-il pas que la réparation soit publique? Le pécheur a triomphé contre Dieu devant les foules, devant l'univers entier, n'est-il pas juste qu'il soit humilié devant tous? Les justes ont été tournés en dérision devant leurs ennemis, ne convient-il pas qu'ils soient exaltés en leur présence?
Non, le jugement particulier ne suffit pas, pour réparer les outrages et les scandales éclatants des pécheurs, les violations publiques de la loi; les mépris affectés de la puissance, de la justice, de la sainteté et de la sagesse de Dieu; il faut un jugement général qui venge publiquement le Créateur, justifie publiquement les bons et confonde publiquement les méchants.
Ce jugement nécessaire que sera-t-il?
Transportons-nous à lafiu des t;jmps. Les anges ont
fait retentir aux quatre coins du monde cette puissante et terrible parole : « Surgite, mortui, venue adjudicium : Morts, levez-vous, venez au jugement. » Soudain les os desséchés, la cendre, la poussiè.'e froide s'émeuvent dans les tombeaux; la terre, la mer, les abîmes se préparent à rendre leurs victimes. Celui qui, d'un mot, a fait jaillir du néant l'univers entier, peut aussi, d'un mot, arracher l'homme aux horreurs de la mort : Surgite mortui! Que les générations donc se lèvent de leur lit de pierre où elles ont dormi tant de siècles !... La voix du Créateur est entendue : l'humanité tout entière est debout et réunie dans l'attente de son juge. Tout à coup les portes éternelles s'ouvrent ; la Croix, symbole de justice et de miséricorde, la croix sur laquelle Dieu a voulu subir les conséquences d'un jugement humain, apparaît au haut des cieux avec un merveilleux éclat. Après elle se montre le Fils de l'homme, environné de myriades d'esprits célestes ; sa gloire resplendit comme mille soleils ; son aspect est sévère, sa démarche imposante ; son œil est brillant comme l'éclair, sa bouche semble prête à proférer des paroles terribles ; sa droite tient le livre de vie, et dans sa gauche est la balance du sanctuaire. C'est le Législateur souverain qui vient demander compte à de grands coupables des infractions qu'ils ont faites à sa loi; c'est le Maître universel qui vient punir tout crime et récompenser toute vertu ; c'est le Sauveur méconnu et méprisé qui vient redemander à des ingrats son sang et sa vie. Un saisissement
de crainte parcourt ces rangs immenses et serrés; toutes les tribus de la terre versent des pleurs amers et exhalent de douloureux gémissements : Tune plangent omnes tribus terrœ. Le Seigneur a ramassé toutes les nations dans la vallée de Josaphat, et il va entrer avec elles et surtout avec son peuple dont il fera voir les ignominies. Congregaho omnes nationes, et deducam eos in vallem Josaphat, et disceptabo cum eis super populo meo et hœreditate meâ... Relebabo pudenda tua in facie tua, et ostendam gentibus nuditatem tuam.
Judieium sedit et libri aperti sunt. Le Juge est assis, et le livre de la vie ouvert; venez, peuples; venez, princes ; venez sujets, qui que vous soyez, riches, pauvres, savants, ignorants, grands et petits, enfants et vieillards, venez et entrez en compte avec votre Dieu.
Approchez d'abord, ô vous justes, au front desquels déjà resplendit la gloire des élus, venez recevoir des mains de votre Dieu l'une des plus belles récompenses dues à vos vertus, c'est-à-dire la manifestation qui en est faite devant le genre humain tout entier. Tandis que vous gémissiez dans la terre d'exil, vos vertus se cachaient aux yeux du monde, ou si elles se montraient quelquefois ce n'était que pour recueillir le sarcasme et le mépris.
Eh ! bien, il est juste que maintenant elles se montrent dans tout leur éclat aux yeux de vos contempteurs, afin qu'ils voient, eux qui vous traitaient d'insensés, de quel côté était la véritable folie
Vous m'avez reconnu et confessé par vos œuvres, tandis que vous étiez au milieu du monde;- eh ! bien, maintenant, selon que je vous l'avais promis, je veux vous reconnaître pour mes vrais disciples devant mon Père, devant mes anges et devant tout l'univers. J'ai eu faim et vous m'avez donné du pain ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'ai été infirme et prisonnier, et vous m'avez visité ; j'ai été voyageur et vous m'avez abrité; ehl bien, maintenant je vais vous nourrir éternellement du pain des anges, vous enivrer de mes délices, vous revêtir de ma gloire, vous donner une liberté inadmissible et des forces inaltérables, en un mot, je vais vous constituer dans un bonheur sans fin dans le royaume de mon Père.
Yenez donc, serviteurs fidèles; venez, saints patriarches, glorieux prophètes, courageux apôtres, généreux martyrs, pieux confesseurs, chastes vierges, venez recevoir la récompense de vos vertus, «entrez dans la joie de votre Seigneur.
Yenez, saints rois qui avez préféré une couronne immortelle à une couronne périssable ; venez, magistrats, puissants de la terre, dépositaires du pouvoir, qui n'avez jamais souillé vos mains par l'injustice; venez, soldats chrétiens, qui avez généreusement versé votre sang pour Dieu et la patrie; Tenez, humbles laboureurs, modestes artisans, qui avez aimé la pauvreté et l'obscurité de votre condition, venez tous prendre votre part du céleste héri^ 4age.
Venez, parents chrétiens, qui n'avez vécu que pour donner à Dieu de vrais et fidèles adorateurs; venez, enfants pieux, qui avez honoré les auteurs de vos jours ; venez, vieillards vénérables, qui avez su remplir votre longue vie par les œuvres de la piété 1 1 de la vertu; venez, époux fidèles, qui avez rénh-é en vous l'union ineffable du Christ et de son Égli>e ; venez, jeune homme, au cœur pur, jeune tille à l'âme candide, qui avez su ré-ister au torrent des passions, aux appâts du vice, aux entraînements du monde, venez recueillir les palmes impérissables de vos généreuses luttes. « Venez tous, ô les bénis de mon Père, venez posséder le royaume qui vous est préparé dès le commencement du monde ! » O douces, ô ineffables paroles ! Elles sont pour la multitude des Justes une source inépuisable des plus saintes émotions, des plus douces joies, des plus pures délices. Dans l'excès de leur ravissement, ces bienheureux exhalent leur amour et leur reconnaissance par des chants divins, répétant en chœur le céleste trisagion : Saint, saint, saint est le Dieu des
arméesi Et dans ces transports d'un indicible
bonheur ils se rangent, sous les ordres des anges, à la droite du Juge suprême.
Mais tandis que les élus sont ainsi glorifiés, tandis qu'ils commencent à jouir de leur bonheur, la foule des réprouvés est envahie par la terreur, déchirée par les remords, agitée par la honte et le désespoir. A la vue des Justes ils sont troublés. ~Ji, saisis d'effroi, ils s'étonnent de leur salut inespéré. Ils
disent en eux-mêmes, se repentant et gémissant dans l'angoisse de leur cœur : « Les voilà ceux que nous avions en mépris, et qui étaient l'objet de nos outrages. Nous, insensés,, nous regardions leur vie comme une folie et leur fin comme un opprobre, et les voilà maintenant au nombre des enfants de Dieu, et leur partage est parmi les Saints. Nous nous sommes donc trompés ; la lumière de la Justice n'a pas lui à nos yeux et le soleil de l'intelligence ne s'est pas levé sur nous. Nous nous sommes lassés dans la voie de l'iniquité et de la perdition ; nous avons marché par des chemins difficiles, et nous avons ignoré la voie du Seigneur. Que nous a servi l'orgueil? Toutes ces choses ont passé comme le coursier qui se hâte, comme le vaisseau qui fend les ondes, comme l'oiseau qui traverse les airs ou comme xh flèche qui dévore l'espace... Nous n'avons donné aucun signe de vertu et nous nous sommes consuinmés dans notre malice »
A ces aveux accablants que la vérité arrache aux réprouvés, la Justice divine va ajouter le poids écrasant d'une solennelle manifestation. Il faut que le mal comme le bien paraisse aux yeux de tout le monde, car l'Apôtre a dit : « Omnes enim nos mantfestari oportet antè tribunal Chr/sti, ut referai uvusquisque propia corporis, prout gessit, sive bonum, sive ma- /wm.Nous devons tous paraître au tribunal du Christ, afin que chacun réponde de ses actions, bonnes ou mauvaises. »
Paraissez donc, pécheurs, et soutenez, si vous le
pouvez, le poids des accusations portées contre Tous par Celui qui sonde les reins et les cœurs. Vous ne sauriez échapper à la souveraine Justice. Quels qu'aient été votre rang, voire condition, votre sexe, votre âge, votre pays, votre siècle, vous avez à répondre à votre Créateur de l'usage que vous avez fait de votre vie, de votre santé, de vos forces, de votre intelligence, de votre raison, de votre corps et de ses sens, du monde et de ses biens, de la foi et des sacrements, en un mot de tous les dons de la nature et de la grâce dont Dieu s'est plu à vous comb'er.
Lisez dans le livre de vie : Voici toutes les circonstances de votre existence terrestre, votre enfance avec ses faiblesses, votre jeunesse avec ses emportements, votre maturité avec ses vaines préoccupations, votre vieillesse avec son endurcissement et ses basses passions. Puis c'est l'histoire de votre esprit, de votre cœur et de vos sens; ce sont vos pensées impies, injustes, orgueilleuses, impures; ce sont vos imaginations désordonnées et immondes, vos affections illicites, vos haines furibondes, vos désirs, bas, ignobles et injustes, vos actions criminelles. Voyez ensuite cette longue série d'omissions, ces talents enfouis ou mal dirigés, ces ignorances coupables et les crimes qui s'en sont suivis. Voyez tous ces crimes que vous n'avez ^s empêchés quand il était en votre pouvoir et de votre devoir de le faire ; voyez tous ces jours passés dans l'oisiveté; tous ces bons mouvements, toutes ces saintes inspirations,
tous ces remords salutaires que vous avez méprisés ; voyez enfin tous ces péchés que vous avez fait commettre, toutes ces âmes que vous avez perdues par vos mauvais exemples, par vos scandales et par vos détestables conseils.
Voilà donc, pécheur, l'état affreux de votre âme; vos membres tremblent, votre cœur défaille devant ce hideux et horrible spectacle ! N'importe! il vous faut le contempler. Autrefois vous cherchiez les ténèbres pour vous livrer au mal. Non content de vous cacher aux yeux des hommes, vous vous efforciez de vous cacher à vous-même; mais le moment est venu où vous devez être en spectacle à vos propres yeux et à ceux de tous les hommes, car il est écrit. : Domina* illumiuabit abscondita tenebrarum, et manifestabit consiUa cordium. Aucune illusion n'est plus possible : vous êtes obligé de vous voir tel que vous êtes. Quelle honte! Ah! si du moins vous pouviez vous dérober aux regards de vos semblables ! mais non.
Le Seigneur a dit : R^relabo pudenda tua in facie tua, et osiendam gentibus nuditatem tuam; il faut que cette parole s'accomplis>e. En vain vous essayeriez de voiler vos ignominies : il faut qu'elles paraissent aux yeux de tous. Voilà donc ce Dieu que vous outragiez en disant : Non vldebii Dominus, non intelliget Deus Jacob; il vous faut maintenant supporter la sévérité et la pénétration de son regard. Voilà cet ange qui veillait à votre garde et que vous avez forcé à se voiler de ses ailes pour n'être point témoin de yos infamies; voilà ce père, cette mère à la surveil-
lance desquels vous avez voulu échapper; maintenant il vous faut affronter leur présence et rougir devant eux des désordres que vous avez voulu leur cacher. Voilà cet homme de Dieu qui a tout fait pour vous tenir dans la bonne voie ou pour vous y ramener : vous lui avez celé vos crimes; maintenant il les voit dans toute leur perversité. Voilà ces amis que vous avez trahis : seuls ils vous gardaient quelque estime ; maintenant ils vous reprochent d'avoir trompé leur bonne foi ou abusé de leur faiblesse. Voilà ces âmes simples et pures dont vous faisiez l'objet de vos railleries et de vos mépris; maintenant leur tour est venu : c'est à vous d'essuy-er leurs justes dédains et d'entendre de leur bouche cette amère ironie : Voilà donc celui qui s'élevait contre Dieu, qui sonnait de la trompette et déclarait la guerre au Tout Puissant, et qui nous trouvait >i insensés de le servir. Sa gloire est tombée dans l'abîme; son cadavre est étendu sur la terre et les insectes forment son vêtement. Voilà cette foule innombrable d'indifférents qui Tie s'occupaient point de vous autrefois, mais maintenant tous prennent cause contre vous, et, selon le mot énergique du Prophète : « silflent sur vos têtes, sibilaoerunt super te. » Voila enfin ces complices et ces victimes de vos désordres. Je les vois fondre sur vous comme des furies vengeresses, redemandant avec les accents de la rage et du désespoir, leur âme et leur paradis que vous leur avez fait perdre. C'est toi, vil séducteur qui m'as ravi l'honneur et la vertu I — C'est toi,
femme sans pudeur, qui m'as entraîné dans l'abîme de la honte ! — C'est toi, père dénaturé, mère sans entrailles, qui par tes mauvais exemples as causé mon malheur éternel 1 — C'est toi, frère pervers, sœur débauchée, qui as corrompu mon jeune cœur! — C'est toi, ami perfide qui m'as conduit dans la voie de la perdition! Les malédictions les plus épouvantables accompagnent ces justes reproches. En est-ce assez, ô pécheurs? Votre honte est-elle assez grande? L'humanité entière est témoin de vos ignominies ; c^est devant elle aussi que va être prononcé l'arrêt irrévocable de votre condamnation. «J'ai compté vos jours, dit le Souverain Juge; j'ai pesé vos œuvres bonnes et mauvaises; je vous ai trouvé trop léger ; c'est pourquoi allez, maudit, allez au feu éternel préparé au démon et à ses anges. Vous avez insulté à votre Dieu et à la religion, allez continuer vos blasphèmes dans la société des démons ; vous avez été impudique, orgueilleux, colère, avare : vous aurez toute l'éternité pour comprendre le prix de l'humilité, de la douceur, de la chasteté, du désintéressement et de toutes les vertus. »
Quels cris de rage, quels accents de désespoir suivront cette terrible sentence ! « Montagnes, tombez sur nous; collines, ensevelissez-nous! Inutile prière! Farrêt reçoit son exécution. La foule des justes s'élève triomphante au ciel et la multitude des réprouvés est précipitée dans l'abîme qui est scellé par la colère de Dieu avec ce mot épouvantable : Éternité!... »
Il ne tient qu'à nous, mes frères, de faire tourner à noire gloire cette manif -station du dernier jour : nous n'avons qu'à avoir toujours présente à l'esprit la pensée de ce suprême jugement. « Vviez, dit saint Augustin, comme si votre juge était là sur le point de venir, et lorsqu'il viendra vous n'aurez plus à le redouter : Sic vivp </->asi renturus $it, et non ttmeôii cùm venent» » Ainsi aoit-ii.