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SUR LES DIFFÉRENTS SECTATEURS DE JÉSUS

Et sequebatur eum mu/iiludo i. (Joan., v , 2.)

Mes Frères, «tétait sans contredit un spectacle bien intéressant .-jue ces multitudes qui s'empressaient auprès du Sauveur, s'attachaient en quelque sorte à ses pas, le suivaient partout où il allait, et oubliaient même de prendre la nourriture nécessaire. Sans doute, il y avait dans la personne du Sauveur des charmes qui attiraient; puis sa doctrine était si admirable et sa conduite si parfaite! Mais c'étaient surtout ses miracles qui ravissaient les foules et les attachaient à sa suite : Quia videbant signa quœ faciebat super his qui infîrmabantur. Tout cela, en apparence, n'a rien que de naturel et de légitime, et il semble qu'il est impossible de suspecter les motifs qui inspiraient ceux qui suivaient Jésus. Et ué anoins nous savons

par plusieurs endroits du saint Évangile que tous ces gens-là n'étaient pas mus par les mêmes intentions. Essayons, mes frères, de sonder les cœurs de ces multitudes; nous y trouverons, à l'égard du Sauveur, des dispositions bien différentes qui nous permettront de dévoiler celles qui animent encore aujourd'hui les différentes classes de chrétiens.

Parmi ces nombreux Juifs qui suivaient Jésus, même au désert, il y en avait qui étaient mus par une simple curiosité. Ils avaient entendu dire de lui des choses si extraordinaires ! C'était un homme comme jamais on n'en avait vu, un homme qui parlait comme jamais homme n'avait parlé, un homme encoreplus puissant en œuvres qu'en paroles, unhomme qui guérissait toutes les maladies par un seul mot, un homme qui commandait en maître à la nature et même à la mort. On serait donc curieux de connaître cet homme, de l'entendre, de le voir opérer quelque prodige. Et c'est ce qui faisait qu'on se mêlait à la foule. Vous comprenez, mes frères, combien ce désir de se récréer par un spectacle nouveau était frivole et indigne de Jésus-Christ. A coup sûr le Sauveur n'aurait pas dit un seul mot, pas fait le plus petit miracle pour satisfaire de tels hommes s'ils avaient

été seul •* aie suivre. Aussi l'Évangile uous dit qu'il ne fit aucun miracle dans sa patrie à cause des mauvaises dispositions de ses compatriotes : Et non fecit ibivirtules mu'las propter incredulitatem ef/rum. Plus tard, voyez ce qui se passe au prétoire d'flérode. Ce prince apercevant Jésus en fut dans une grande joie : Herodes autem, viso Jesu, gauisus est valde. Pourquoi ? Ah ! c'est qu'il désirait depuis longtemps voir cet homme extraordinaire dont il avait entendu dire des choses si étranges et qu'il espérait lui voir faire quelque miracle : Erat enim cupiens ex mu/to tempore videre eum% eo quod audierat multa de eo, et sperabat signum aliquod videre ab eo fîeri. Est-ce que le Sauveur va contenter les désirs de ce prince? Lui qui a tant fait pour les petits ne fera-t-il rien pour les grands ? Ne serait-ce pas le moyen de se rendre favorable un personnage si puissant, que défaire en sa présence quelque prodige d'éclat? Non, Jésus non seulement n'accueillera pas le vœu d'Hérode, parce qu'il ne procède que d'une vaine curiosité, mais il montrera combien il le réprouve en gardant devant ce prince un silence obstiné : Jnterrogabat autein eum multis sermonibus. At ipse nihil illi respondebat.

A côté des simples curieux, il y avait une classe de sectateurs animés de sentiments plus pervers encore. C'étaient les scribes, les pharisiens, les princes des prêtres et tous les ennemis de Jésus. Tous ceux-là trouvaient dans les paroles et la vie de Jésus la condamnation de leur propre doctrine et de

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leurs propres actes; et c'est pourquoi ils auraient vouiu trouver le moyen de s'en débarrasser. Dans leur aveugle fureur ils avaient dit : Deleamus eum de libre vitœ, effaçons-le du livre de vie. Et dans ce but ils cherchaient une occasion de le traduire devant la justice humaine ; et pour trouver cette occasion ils se mêlaient à la foule qui suivait Jésus, ils épiaient tous les actes du Sauveur, ils pesaient toutes sis paroles, espérant le surprendre en flagrant délit de violation de la loi ou d'enseignement hétérodoxe. Vous savez, mes frères, que ces ennemis du Sauveur ont poussé l'audace jusqu'à lui reprocher comme une transgression de la loi les miracles qu'il opérait au jour du sabbat, et qu'ils ont fini par le traiter de blasphémateur parce qu'il se disait le Fils de Dieu.

Mais la curiosité et la haine n'étaient pas heureusement dans tous les cœurs. Un grand nombre étaient mus par un motif plus pur. Us tenaient à voir par eux-mêmes si les cho es admirables qu'on disait de Jésus étaient réelles ; ils voulaient s'assurer qu'il était véritablement le Messie, l'envoyé de Dieu. Cette disposition était raisonnable et digne de tout éloge. Le Sauveur la récompensa en éclairant les intelligences par sa doctrine et ses miracles, et en entraînant les cœurs par la sainteté de sa vie.

Un autre motif qui entraînait le plus grand n ombre sur les pas du Sauveur, c'était le désir d'entendre ses instructions et de s'édifier par le spectacle de ses vertus. Sans doute tous ceux-là ne se prononçaient pas ouvertement pour Jésus comme les apôtres et

les soixante-douze disciples. Malgré la haine et les calomnies des scribes, des pharisiens, des chefs d* la synagogue, ils croyaient en Jésus, mais la crainte les empêchait de prendre rang parmi ses disciples. Us n'osaient manifester leur opinion, mais ils la portaient dans leur cœur. Leur foi était intimidée, mais non détruite; faible mais réelle. Avec cette disposition ils se confondaient dans la foule que la curiosité conduisait autour de Jésus, et là, satisfaisaient à la fois leur croyance et leur frayeur, ils écoutaient, sans être reconnus, les paroles de vie qui sortaient de sa bouche.

Enfin il y avait les disciples et les apôtres .qui, sans crainte et sans respect humain, suivaient Jésus. Ils reconnaissaient ouvertement en lui le Messie promis à Adam et aux patriarches, le vrai Fils de Dieu, Dieu lui-même, se déclaraient publiquement ses disciples et se faisaient une loi de suivre en tout sa morale et sa doctrine.

Nous retrouvons, mes frères, toutes ces catégories de sectateurs de Jésus parmi les chrétiens de nos jours. Us sont nombreux, en effet, ceux qui composent la grande famille chrétienne; ce sont des multitudes qui se comptent par centaines de millions;

mais, hélas ! tous ceux qui se rangent sous la houlette du Christ, tous ceux qui ont la prétention de le suivre, ne sont pas animés des mêmes sentiments. Voyez ces foules qui se pressent dans nos ru°s aux jours de dimanche, aux jours de grande solennité surtout; où vont-elles ? Elles vont au temple, parce que Jésus est là, parce qu'il doit y parler par l'organe de ses prêtres, parce qu'il doit y accomplir un grand miracle environné de mystère, il est vrai, mais accompagné de chants et de cérémonies propres à frapper les sens. Il y aura là une occasion d'entendre une parole éloquente, des chants bien exécutés, d'y voir des cérémonies bien faites : c'est un spectacle qui a son mérite; il faut y consacrer une heure de la matinée, sauf à employer une partie de la soirée aux spectacles que le monde étale sur ses places publiques et sur ses théâtres.

Tous ceux qui vont au saint temple, sans doute n'y apportent pas ces dispositions; mais vous conviendrez, mes frères, qu'un grand nombre n'y sont amenés que par la curiosité. On veut entendre, et Ton veut voir. Quant à s'instruire, à s'édifier, à prier, à s'unir au sacrifice du prêtre et de Jésus Christ, on y pense peu. N'y a-t-il pas là un abus souverainement déplorable ? Ne vaudrait-il pas mieux se tenir loin de l'église que d'y apporter de si détestables dispositions ? Voyez, mes frères, si votre conscience ne vous reproche pas quelque chose de semblable, et si elle condamne votre con-

duite passée, donnez-lui satisfaction en vous amendant pour l'avenir.

A coté de ces chrétiens que dirige une sotte curio^té, il en est d'autres qu'animent des sentiments encore plus pervers. Ils lisent l'Ecriture sainte, les livres de piété, les journaux religieux; ils vont entendre les orateurs catholiques, les prédicateurs de la parole divine ; mais ne croyez pas que ce soit pour s'instruire des vérités religieuses, pour apprendre leurs devoirs, pour s'édifier par les exemples des saints ; non, c'est pour se procurer le malin plaisir de contredire, de critiquer, de mépriser et les auteurs, et les orateurs, et les prédicateurs et leurs enseignements, et le culte, et les cérémonies, et l'Eglise, et Jésus-Christ.

Le dogme va contre l'indépendance de leur raison, la morale commande le sacrifice de leurs passions ; les vertus des bons chrétiens, la perfection du pi être, la sainteté de l'Eglise, la divinité de Jésus- Christ, tout cela condamne 1 iniquité et la bassesse de leur conduite, tout cela leur dit qu'ils sont parjures à leur baptême, traîtres à leur foi ; et c'est pourquoi ils cherchent toutes les occasions de déverser sur tout cela le flot empoisonné de leurs sottes railleries, de leurs ineptes critiques.

Ces dispositions perverses ne sont pas cependant celles du plus grand nombre. Il en est beaucoup qui lisent nos livres, suivent nos instructions avec le désir sincère de connaître la vérité, d'arriver à cette foi raisonnable que recommande l'Apôtre : Rationa-

bile obsequium vestrum. L'incrédulité toujours injuste, et qui ne peut attaquer la religion qu'en la calomniant, lui reproche d'exiger une foi servile, et d'interdire tout examen. Parce que la foi doit être soumise sur les objets révélés, elle l'accuse d'être aveugle sur les motifs de la révélation. Non, notre sainte religion n'empêche paonne d'examiner ses fondements. Yoici quelle est notre profession. Il est raisonnable d'examiner si Dieu a parlé par Jésus- Christ ; mais ce serait le comble de la déraison d'examiner si Dieu, ayant parlé, il doit être cru. Loin de défendre qu'on discutât sa mission, notre divin Maître y encourageait les Juifs. Et quels sont les témoignages qu'il invoque? Ce sont ceux que de nos jours nous opposons encore à l'incrédulité. Ce sont d'abord les miracles qu'il opère. « Les oeuvres que je fais au nom de mon Père, dit-il, rendent témoignage de moi et prouvent ma mission divine : Opéra quœ ego facto, testimonium perhibmt de me, quia Pater misii me. » Ce sont ensuite les prophéties. «Examinez les Ecritures, dit-il, vous qui reconnaissez qu'elles contiennent les paroles de vie. Ce sont encore elles qui rendent témoignage de moi : Scrutamini scripturas, quia vos putatis in ipsis vitam habere, et illœ sunt quœ testimonium perhibent de me. » Ce que le Sauveur disait aux Juifs nous le disons aux chrétiens chancelants de notre époque. Examinez ses miracles, voyez comment il* sont attestés ; étudiez ses prophéties, voyez comment elles se sont réalisées. Non, l'Eglise ne vous défend pas d'examiner les fondements de

îs.î ctv yances, elle y pousse, au contraire, afin que la raison \ienne à l'appui de la foi.

Mais cet examen a ses règles et ses bornes. Il doit être fait dans le désir sincère de connaître la venté, et avec la ferme résolution de la suivre. Si vous portez dans l'étude de la religion un esprit critique, le désir de trouver des difficultés qui vous autorisent à rester dans votre incrédulité et à pactiser avec vos passions, vous aurez le malheur d'y trouver ce que vous cherchez. Tandis que l'esprit simple et droit est récompensé par la conviction que la vérité lui apporte, vous serez punis par un aveuglement de plus en plus fort.

Une autre règle essentielle de cet examen, c'est qu'il soit renfermé dans de justes bornes. Son objet est de nous faire connaître si Dieu a parlé ; il ne doit pas aller au delà. Assuré d'avoir entendu la voix divine, il ne me reste plus rien à discuter ; je n'ai plus qu'à croire. Ma raison doit se courber devant la raison divine. Elle ne peut pas déchirer complètement le voile du mystère, mais elle est assez illuminée pour savoir qu'elle n'est pas dans Terreur. Elle peut donc attendre avec patience l'heure où il plaira à Dieu de l'introduire dans ses splendeurs éternelles.

Enfin, mes frères, parmi la multitude des chrétiens qui ont conservé la foi de leur baptême, il en est un trop grand nombre qui n'osent pas se montrer ouvertement disciples du Sauveur, qui n'osent pas manifester leur foi par les pratiques de la vie

chrétienne. Esclaves du respect humain, ils cachent soigneusement leur foi au fond de leur âme, ils s'en servent au besoin quand le monde ne les voit pas, ils élèvent leur cœur vers Dieu dans une secrète prière, mais de faire profession publique de cette foi, ils n'en ont pas le courage. Aussi, voyez que de lâchetés ! Ils sont bien aises, et, au besoin, ils exigent que les membres de leur famille prient en commun, assistent au divin sacrifice, participent aux sacrements, observent les lois de l'Eglise, mais eux se dispensent de tout cela. Croyez-vous que ce soit par incrédulité? Non, puisqu'ils y poussent les autres ; mais c'est parce qu'ils n'osent pas. Ils ont peur d'être raillés par les libertins et les impies. La peurl la peur 1 voilà, chrétiens ce qui rend un si grand nombre d'entre vous traîlres à leur foi, parjures envers leur Dieu. Ah 1 de grâce, un peu de courage 1 Vous ne souffririez jamais que l'un de vos semblables vous jetât à la face ces humiliantes paroles : « Tu es un lâche, » et vous ne redoutez pas que votre Dieu vous dise un jour en présence de tous les hommes : « Tu as rougi de moi devant tes frères, je te renie devant mon Père. Retire-toi de moi ; je ne te connais pas. »

Ah î plutôt, mes frères, imitez ces Juifs qui bravèrent la haine des Scribes, des Pharisiens, des chefs de la Synagogue et s'attachèrent ouvertement au Sauveur, se rangeant parmi ses disciples ou devenant ses apôtres. Sans doute, ils eurent à subir bien des humiliations, bien des persécutions, mais

ils étaient soutenus par l'espoir d'une éternelle félicité. Cet espoir ne les a pas trompés, et aujourd'hui leurs persécuteurs livrés aux tortures de la rage et du désespoir, sont obligés de dire : Ergo erravimus ; nous nous sommes trompés. Insensés que nous étions ! nous pensions que la vie de ces disciples du Christ était une folie : Nos insensati vitam illorum sestimabamus insaniam. Nous étions persuadés que leur mort serait sans honneur : Et finem Worum sine honore; mais voilà qu'ils sont comptés parmi les enfants de Dieu et leur sort est celui des bienheureux: Ecce quomodo computati sunt inter filios Dei et inter sanctos sors illorum est. Vous pouvez, mes frères, vous faire une semblable destinée. Rangezvous donc parmi ces vrais chrétiens qui ne rougissent pas de Jésus-Christ, qui sont fiers du signe de leur baptême, qui suivent leur Maître dans l'accomplissement des devoirs les plus difficiles, qui savent triompher des séductions du monde et de l'entraînement des passions, qui montrent leur foi par leurs œuvres, encore plus que par leurs paroles, qui savent défendre cette foi quand elle est attaquée et qui, au besoin, sauraient mourir plutôt que d'en renier le dernier article. Ces vrais disciples du Christ sont peu nombreux, sans doute, mais rappelons-nous que 'e Sauveur n'en eut de son vivant que soixante et douze; rappelons-nous que s'il y a eu beaucoup d'appelés, il n'y aura qu'un très petit nom bre d'élus. Efforçons-nous, mes frères, par une vie sérieusement et franchement chrétienne, de mériter

d'être de ce nombre, afin qu'un jour, nous aussi, nous soyons rangés parmi les enfants de Dieu dans le ciel, et que nos destinées soient celles des bienheureux : Computati sunt inter filios Dei, et inter sancto* sors illorum est. Amen,

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