‹ Dominicales du curé de campagneChapitre 32 sur 42 · MUTISME SPIRITUEL · texte numérisé non relu

MUTISME SPIRITUEL

Et er,t ejiciens dœmonium et ilbtd erat mutuum. (Luc, xi, 15.) 11 chassa un démon qui était muet.

Cet homme de notre Evangile que le démon rendait muet et qui était en même temps aveugle, est la figure triste mais vraie des effets que le péché opère dans les âmes. Le péché non seulement nous rend aveugles en fermant nos yeux aux merveilles de la religion, non seulement nous rend sourds à la parole divine, mais il nous rend aussi muets, en liant notre langue et en l'empêchant de servir aux objets pour lesquels Dieu nous l'a donnée. Le muet spirituel n'a pas perdu l'usage physique de la parole, mais il en a perdu l'usage moral. La parole nous a été donnée pour prier, pour confesser nos fautes et pour glorifier Dieu; examinons dans cet entretien comment le mutisme spirituel nous empêche de remplir ce triple devoir.

Le démon muet nous empêche de prier. La prière est l'arme que la religion met entre les mains du chrétien pour le faire triompher de tous les obstacles. Les effets en sont admirables : Toute-puissante sur le cœur de Dieu, elle fait tomber la foudre de ses mains vengeresses, elle ouvre le trésor de ses miséricordes. — Soutien de notre pèlerinage ici-bas, elle nous donne la force de remplir tous nos devoirs, nous console dans les épreuves de la vie, nous obtient le succès de nos entreprises. — Aliment de la vie chrétienne, la prière est à l'âme ce que le pain est au corps. Une âme bien nourrie par la prière est une âme forte et énergique dans le bien; comme aussi celle qui ne fait pas un usage fréquent de ce pain spirituel est faible et sans courage : « Mon cœur est desséché et mon âme languissante, s'écriait le prophète, parce que je lui ai refusé le pain de la prière. »

Le démon sait très bien que notre sanctification dépend de notre fidélité à la prière, et le premier objet de ses efforts est de nous en éloigner. Aussi, qu'arrive-t-il? Hélas ! vous le savez peut être par votre propre expérience ; à l'âge où un chrétien fait son entrée dans le monde, où les passions se développent avec violence, où les écueils deviennent plus

nombreux, il éprouve un dégoût presque insurmontable pour la prière. — Autrefois la prière lui était facile, les saints exercices de la piété étaient pour lui pleins de douceurs. Au jour de l'épreuve, tout est changé; il faut qu'il se fasse violence pour épancher son âme dans l'oraison : plus il cède à ce détroût, plus il augmente; et en perdant ses relations avec Dieu, l'âme a perdu toute son énergie pour le bien.

Comment arrive ce changement? On peut en signaler plusieurs causes. Il y a d'abord les passions, et, par ce mot, il ne faut pas entendre précisé rient ces commotions violentes qui bouleversent l'âme usque dans ses profondeurs; mais tout sentiment qui, habituellement, dissipe l'esprit et agite le cœur : la préoccupation trop vive pour les intérêts même les plus légitimes : pour l'étude, pour notre avenir; les attache* trop sensibles qui, en rapprochant le cœur de la créature, Téloignent et le dégoûtent de Dieu; les lectures romanesques et des pensées plus romanesques encore; l'habitude des plaisirs du monde; elle engendre des dégoûts tout mondains, qui remplacent bien vite le goût des choses de Dieu, elle fait naître des pensées frivoles, riantes, qui exaltent l'imagination, flattent les passions mauvaises. Lorsqu'elle n'a pas su résister à la voix de ces sirènes, l'âme en devient l'esclave; elle veut en vain s'occuper de Dieu. Semblable à un cheval rétif qui se refuse à une direction opposée à ses allures ordinaires, l'imagination, habituée à courir la bride

sur le cou, se roidit contre des pensées qui ne lui sont point familières. Si donc vous voulez conserver l'esprit de prière indispensable au soutien de la vie chrétienne, entretenez en vous la pensée de Dieu par des retours fréquents vers lui, une grande vigilance à éviter les écarts de votre imagination et la fidélité à résister aux entraînements de votre cœur. L'avez-vous fait jusqu'ici, êtes-vous résolu à le faire désormais?

Le deuxième devoir du chrétien c'est la confession de ses fautes. Après la prière, rien de plus important, pour le soutien de la vie chrétienne, que la confession fréquente. L'âme y trouve des grâces de force dans la vertu du sacrement, des grâces d'encouragement dans les avis du confesseur, des grâces de lumière dans l'examen de conscience.

La pensée seule qu'il faudra confesser sa faute est lin puissant motif pour l'éviter; de là, les efforts du démon ttses artifices pour nous en éloigner. La répugnance pour la confession se fait sentir le jour même où commence le dégoût de la prière. Tant que le coeur est pur, qu'il est libre de toute affection au péché, la confession e;t douce, facile; on est fidèle à l'appel du confesseur. Devient-on coupable?

HOMÉLIES ET INSTRUCTIONS PRATIQUES 201 Ton éprouve des disposions toutes contraires. Ainsi l'on abandonne la confession, précisément au moment où elle serait plus nécessaire.

Les ruses dont le démon se sert pour nous éloigner d'un moyen si puissant de persévérance sont nombreuses : la première, c'est le découragement. Il nous fait entrevoir tant de difficultés dans la persévérance ; il nous montre la piété sous un aspect si sévère; il nous effraye tellement parla vue des combats qu'il faudra livrer, des victoires qu'il faudra remporter, que nous jetons bas les armes en nous écriant les larmes aux yeux : « Jamais je ne pourrai me sauver ! » Nous oublions que si le cœur humain ne peut rien par lui-même, il est tout-pubsant avec le secours de la grâce. Ah! sans doute, seuls nous ne saurions rester vertueux, mais aussi pourquoi compter sur nous-mêmes? Prions avec plus de ferveur, confessons-nous plus souvent, et espérons I

Le deuxième motif pour lequel on fuit la confession, c'est la honte de dire son péché. Ici l'on prend le change et l'on confond les choses ; il y a de la honte à faire une chose mauvaise, c'est vrai; mais il y a de la gloire à avouer qu'on l'a faite ; cet aveu convient à une grande âme. Un jour que Socrate parcourait une des rues d'Athènes, il aperçut un de ses disciples qui sortait d'une maison mal famée ; celui-ci , confus d'être surpris par son maître, cherche à se cacher à ses regards. Le philosophe «'approchant, lui dit : « Mon ami, il y a de la honte

à entrer là, il n'y en a pas à en sortir. » Du reste, la honte est l'expiation du péché ; si vous refusez de rougir au pied de Jésus-Christ dans le tribunal de la pénitence, il vous faudra rougir devant Jésus-Christ devenu votre Juge, et en présence de tout l'univers; choisissez 1

ni

Le troisième devoir du chrétien, c'est de prendre en main la cause de Dieu et du prochain, quand l'un ou l'autre est offensé. Ce devoir e<t rigoureux, on n'y manque jamais quand il s'agit d'un père, d'un ami, d'un bienfaiteur. Mais Dieu est plus que tout cela pour nous, comment donc y manquons-nous quand il s'agit de sa gloire? D'où vient ce silence qui semble autoriser certains propos impies? D'où vient ce lâche sourire qui vient se placer sur vos lèvres, en écoutant des railleries indécentes contre la religion, ses cérémonies, ses ministres, les personnes de piété et contre les saintes pratiques de la piélé elle-même? Ne voyons-nous pas que, par cette approbation tacite donnée à ceux qui outragent noire foi, l'objet de nos adorations et de notre amour, nous faisons acte d'impiété, nous autorisons les blasphèmes, nous enhardissons les blasphémateurs! Hélas! en parcourant la route du Calvaire,

Jésus rencontre une femme généreuse qui, à travers les soldats et les ennemis du Sauveur, vient essuyer le sang et la poussière qui défiguraient sa face auguste; tous les jours la religion de Jésus- Christ est défigurée, outragée, couverte de boue, ne se trouvera-t-il donc pas une âme assez généreuse pour prendre sa défense et la venger de l'outrage ?

Si la religion nous oblige de prendre en main la cause de Dieu, la charité nous fait un devoir de défendre le prochain quand sa réputation est compromise. Mais, de même que le respect humain nous rend muets dans le premier cas, une secrète jalousie ou une criminelle curiosité nous rend muets dans le second. Au lieu de fermer la bouche à la médisance, nous la provoquons, nous l'écoutons avec complaisance, et nous devenons responsables de tout le mal qui se dit et de tout le tort qui se fait.

0 mon Dieu, faites-moi comprendre les devoirs que m'impose le don de la parole I Puissé-je ne m'en servir jamais que pour sanctifier votre saint nom, édifier le prochain et travailler à roa propre sanctification (1). Ainsi soit-il.

(1) Tiré de l'abbé Larfeuil.

IVe DIMANCHE DE CARÊME

ÉVANGILE

Jésus étant allé au delà de la mer de Galilée, qui est celle de Tibé'riade, une grande multitude de peuple le suivait, parce qu'ils voyaient les miracles qu'il opérait sur les malades. C'est pour cela que Jésus se retira sur une montagne où il s'assit avec ses disciples. Or, la Pâque qui est La fête des Juifs, était proche. Jésus ayant donc levé les yeux, et vu venir à lui une grande foule de peuple, dit à Philippe : « Où achèterons-nous du pain pour faire manger tout ce monde? » Mais il disait cela pour réprouver ; car il savait bien ce qu'il devait faire. Philippe lui répondit : « La valeur de cent deniers de pain ne suffirait pas pour que chacun en eût un petit morceau. » Un de ses disciples, André, frère de Simon-Pierre, lui dit : «Il y a ici un petit garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons; mais qu'est-ce que cela pour tant de monde? » Jésus dit : « Faites asseoir tous ces hommes. » Il y avait en ce lieu-là beaucoup d'herbe. Ils s'assirent au nombre d'environ cinq mille. Jésus prit donc les pains, et

après avoir rendu grâces, il les distribua à ceux qui étaient assis. Il leur donna de même des deux poissons autant qu'ils en voulurent. Quand ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : « Ramassez les morceaux qui restent, afin qu'ils ne se perdent pas. » Ils les ramassèrent donc, et ils emplirent douze paniers des morceaux des cinq pains d'orge, qui étaient les restes de ceux qui en avaient été rassasiés. Ces gens-là ayant vu le miracle qu'avait fait Jésus, disaient : « C'est là véritablement le prophète qui doit venir dans le monde. » Mais Jésus sachant qu'ils devaient venir l'enlever pour le faire Roi, s'enfuit une seconde fois sur la montagne. (Juan, yi. 4-15.)

HOMÉLIE

Les disciples de Jean-Baptiste ayant enseveli le corps de leur Maître mis à mort par Hérode, vinrent trouver Jésus à Capharnaum pour lui faire part de ce qui venait de se passer. Ce divin Sauveur écouta avec bonté et attendrissement les circonstances tragiques de la mort de son piécurseur, et consola les disciples affligés. Les apôtres, de leur côté, de retour de la mission que leur avait confiée le divin Maître d'aller de ville en ville annoncer la bonne nouvelle et guérir les malades, vinrent lui rendre compte de leurs travaux et de leurs succès. Jésus les instruisit et les encouragea. Voulant ensuite leur donner quelques moments de relâche et leu? ouvrir son cœur

tout tnûlant de charilé i! leur dit : Venite seorsum in desertum locum, et requiescite pusillum. Aussitôt ils prirent le chemin du désert. Les peuples ayant appris la détermination du Sauveur, accoururent en foule des villes voisines et marchèrent avec tant de diligence qu'ils le devancèrent dans ces lieux retirés.

Quand Jé^us fut arri\é sur la montagne avec ses âi-ciplt s et qu'il connut les besoins de la foule immense qui l'avait suivi, il opéra en sa faveur le grand miracle de la multiplication des pains, miracle qui n'est qu'une pâle figure d'un miracle plus étonnant qui s'opère tous les jours au milieu de nous dans l'Eucharistie.

Ce n'est clone pas sans raison que l'historien sacré nous fait observer que la Pàque qui est la fête des Juifs, était proche lorsqu'il opéra cet étonnant prodige : Erat autem proximum pascha, dies festm Judœorum. Comme la Pâque des Juifs était la figure de celle des chrétiens ; comme nous approchons de cette fêle, et que Jésus-Christ doit nous accorder dans le temps que nous la célébrerons, une faveur infiniment plus précieuse que celle qu'il accorda àla multitude qui l'avait suivi, l'Église a cru devoir nous en rappeler par avance le souvenir afin qu^ nous nous préparions de bonne heure à la bien célébrer, et à nous rendre dignes autant qu'il est possible, du pain céleste que nous devons recevoir durant cette grande so'ennité. Entrons donc, mes frères, entrons dans les vues de cette Église sainte, et depuis ce jour, jusqu'à celui où Jésus-Christ viendra habiter

dans nos cœurs, employons tous nos soins à imiter la conduite du peuple juif. D'abord que fait ce peuple? 1° Il désire Jésus et le cherche avec empressement. Quand il apprend que l'Homije-Dieu s'est embarqué et s'est retiré dans le désert, une foule immense d'hommes, de femmes, d'enfants, d'infirmes se mettent en mesure de le rejoindre. Jésus voit avec joie cette multitude qui l'avait prévenu et en attendant que le reste du peuple qui accourait fût rassemblé, il conduisit ses disciples sur une montagne voisine oh il s'assit avec eux quelque temps, et ce fut là tout le repos qu'ils prirent. Jésus ne tarda pas à descendre dans la plaine où l'attendaient avec une sorte d'impatieuce cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants... Avons-nous la même ferveur que ce peuple à chercher Jésus et à nous disposer à le recevoir pour notre nourriture? Quelle négligence ! quelle lâcheté ! Combien le reçoivent sans goût, sans désir, sans préparation ! Combien, sous le moindre prétexte, se dispensent de le recevoir I Ah ! la ferveur surmonte tous les obstacles, elle ne trouve rien de pénible, rien d'impossible.

Jésus ayant levé les yeux sur la multitude de ceux qui l'avaient suivi, il fut ému de compassion, parce quils étaient comme des brebis destituées de leur pasteur et qui le cherchent, dit à Philippe : « Où achèterons-nous du pain pour faire manger tout ce monde? » Mais il disait cela pour l'éprouver, car il savait bien ce qu'il devait faire. Philippe lui répondit : « La valeur de cent deniers de pain ne suffirait pas pour que chacun en eût un petit

morceau. o Un de ses disciples, André, frère de Sùu n Pierre, lui dit : « // y a ici un petit garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons. Mais qu'est-ce que cela pour tant de monde? »

Ce petit nombre de pains et de poissons était en effet une ressource très insuffisante pour subvenir aux besoins de ce peuple immense ; il devait plonger dans l'embarras les Apôtres et mettre leur foi à de rudes épreuves ; mais ce qui est impossible aux simples mortels ne l'est pas à Dieu. Jésus va le prouver en faisant trouver l'abondance au sein môme de la disette.

Alors Jésus dit à ses disciples : « Apportez-moi ici ces cinq pains et ces deux poissons, et faites asseoir tout le monde sur l'herbe. » Ils s'assirent au nombre d'environ cinq mille. Cet ordre étant exécuté, Jésus leva les yeux au ciel, fit sa prière, rendit grâces à Dieu son Père du pouvoir qu'il lui avait accordé, et bénit les pains et les poissons ; ensuite il rompit les pains, coupa les poissons et les donna à ses apôtres pour les distribuer. C'est ainsi que Notre-Seigneur affermissait la foi de ses disciples, qu'il' leur donnait l'idée de sa toute-puissance, et les préparait par la ressemblance des cérémonies au grand mystère qu'il devait instituer pour être la nourriture du peuple chrétHn. Nous qui voyons aujourd'hui l'Église répandue dans l'univers et partagée en grandes troupes, chacune sous des pasteurs particuliers, de qui elle reçoit le pain céleste, pouvons-nous ne pas voir ci avec admiration l'image de ce grand événement

et ne pas en ressentir une douce consolation qui nous fasse aimer et estimer notre sainte religion?

Les Apôtres distribuèrent les dons de Dieu, et entre leurs mains, sans qu'ils sussent comment cela s'opérait, cette miraculeuse nourriture se multiplia par la bénédiction du Seigneur, de telle sorte qu'ils eurent de quoi donner à cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, du pain et du poisson autant que chacun en voulut. Quand ils furent rassasiés, il dit à ses disciples : « Ramassez les morceaux gui restent afin qu'ils ne se perdent pas. » fis les ramassèrent donc, et ils emplirent douze paniers des morceaux de pains d'orge, gui étaient les restes de ceux qui avaient été rassasiés.

Vous admirez sans doute, mes frères, la puissance et la bonté que Jésus-Christ fit éclater en cette occasion, et vous enviez peut-être le sort des Juifs qui furent les témoins du grand miracle qu'il opéra pour subvenir à leurs besoins et pour les nourrir. Mais nous n'avons rien à leur envier et Jésus-Christ se montre encore plus puissant et meilleur envers nous qu'il le fut envers eux. Il ne leur donna dans le désert qu'un pain terrestre et matériel, au lieu qu'il nous donne dans nos temples un pain céleste et divin dont celui qu'ils mangèrent n'était que la figure. Il ne les nourrit qu'avec une substance étrangère, au lieu qu'il nous offre pour aliment son corps etsonsangprecieux.il ne les nourrit ainsi qu'une seule fois, au lieu qu^il n'est aucun jour où il ne soit disposé à nous servir lui-môme de nourriture. Le

pain miraculeux qu'il leur distribua n'était fait que pour fortifier leur corps, au lieu que celui qu'il nous offre est destiné à sanctifier nos âmes. Le premier n'était que le soutien de la vie temporelle, au lieu que le second est le gage de la vie éternelle. Pouvait-il nous faire un plus grand don? Pourrions-nous jamais lui en témoigner assez de reconnaissance et serions-nous insensibles à sa bonté, jusqu'au point de refuser ce don précieux, ou de ne le recevoir qu'avec indifférence? Ne serions-nous pas les plus odieux de tous les ingrats ? Imitons donc la conduite des Juifs ; et puisque nous sommes encore plus favorisés qu'eux, soyons du moins aussi reconnaissants. Les Juifs nourris dans le désert d'une manière si rîiiraculeuse furent ravis d'admiration et anittiés par la reconnaissance ; aussi chacun d'eux s'écriait avec transport : C'est là véritablement le propl ète qui doit venir dans le monde, c'est là le Christ^ le Messie attendu. Après l'avoir reconnu pour tel, us voulaient le choisir pour leur roi; et si Jésus-Christ se fût prêté à leurs desseins et à leurs désirs, ils se seraient tous accordés et empressés à l'élever sur le trône. Mais pour ne pas leur donner lieu de croire qu'il devait venir, comme ils se l'imaginaient, établir une puissance temporelle; pour leur apprendre, au contraire, que son règne n'était pas de ce monde, que ce n'était que sur les cœurs qu'il voulait régner, et que s'il cherchait à les assujettir à son empire, c'était pour les faire régner un jour avec lui dans le ciel, il s'enfuit une seconde fois sur la montagne.

Les Juifs, charnels et terrestres, croyant qu'un royaume temporel serait du goût du Sauveur, auraient voulu, pour lui témoigner leur gratitude, l'élever sur le trône et le proclamer roi. Mais Jésus, dont les pensées sont toutes surnaturelles, déconcerta toutes leurs mesures par la fuite. Et pour montrer aux Juifs, à ses Apôtres et à nous-mêmes que nous avons tort de nous laisser éblouir par les richesses, les plaisirs et les honneurs de ce monde, en voulant en faire notre royaume au risque de perdre celui du ciel, il s'enfuit secrètement sur la montagne. Imitons cette conduite du divin Maître. Comme lui, ne soupirons que pour le ciel, et pour y parvenir, écartons de nous tout ce qui peut nous flatter, nous séduire et attacher notre cœur. Éloignons-nous du tumulte du monde, vivons dans la retraite, approchons-nous de Jésus par la sainte communion. Ce n'est que pour régner dans nos âmes, ce n'est que pour établir sa demeure en nous et son trône dans notre cœur qu'il a institué la divine Eucharistie. Peut-il y avoir rien de plus glorieux et de plus avantageux pour nous que de nous en approcher souvent? Si un roi de la terre daignait seulement honorer de sa présence l'humble toit que nous habitons, nous nous en féliciterions, nous nous en réjouirions, nous nous croirions au comble de la joie et du bonheur, nous soupirerions sans cesse après l'heureux moment où nous pourrions le recevoir, nous ne négligerions rien pour orner la demeure qu'il aurait choisie et la rendre agréable à ses yeux ; nous le

recevrions avec tout l'empressement, avec tout le respect, avec toute l'affection dont nous serions capables; nous n'oublierions rien pour nous rendre dignes de ses bienfaits et pour les obtenir. Ah î songeons, mes frères, songeons que celui qui veut bien s'abaisser jusqu'à venir en nous par la communion, est le Roi des rois et le souverain Maî're de l'univers. Songeons qu'étant Dieu, il est infiniment plus audessus de nous qu'un souverain n'est au-dessus de ses sujets. Songeons que les biens qu'il est disposé à répandre dans nos âmes sont infiniment plus précieux que tous ceux que nous pourrions recevoir de la main des hommes ; et faisons du moins pour lui ce que nous ferions pour un roi de !a terre. Appliquons-nous à lui préparer dans noû cœurs une demeure où il puisse venir habiter avec complaisance. Empressons-nous de l'y recevoir, mais ne le recevons jamais qu'avec les sentiments de respect, d'humilité, de reconnaissance et d'amour qu'exigent sa suprême grandeur et son infinie bonté. Alors il régnera véritablement dans nos cœurs, et en l'y faisant régner nous mériterons de régner un jour avea lui dans le ciel. Amen (1).

(1) Tiré en partie de l'abbé Revre.

HOMELIES ET INSTRUCTIONS FRATIQUES 2Q3

POUR LE MÊME DIMANCHE

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