‹ Don AlonsoChapitre 20 sur 62 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

perdredans l'éloignement. Nous avions lournélepromontoire de la tour d'Hercule, et, eh voyant la tour antique Tuir IcÀa ' de nous sur son piédestal de granit, je me demandai gî une ombre que j'apercevais sur le rocher n'était pas Maria encore venue là pourme suivre du regard au fond de rOcéan.Bientot le canal du Ferrol, ce vieux témoin de notre ancienne gloire, et la rade elle-même, s'effacèrent. Antonio descendit sur le canot de l'amirauté qui retournait àla ville. Je le chargeai de ma dernière pensée pour Maria. Je lui envoyai Vécharpe d'ordonnance que je portais, sans prévoir quel usage elle eD fei'ait un jour, et je demeurai seul, tout à fait seul au milieu des mers. A ce moment, je pressai sur mon cœur la crmx de Maria. Les monts granitiques de la côte, le cap Prior, le Finistère enfin, se confondaient avec les nuages de 11h>rixon; la (erre ne pouvait plus rien pour moi. Je cherchais un asile pluâ haut.

« Longtemps mes regards demandèrent aux profondeurs de l'orient une vue dernière de cette Espagne loin de laquelle j'étais emporté. Une fois, nous aperçûmes encore, en avant des côtes de la (Galice, le petit archipel que les anciens consacrèrent aux dieux. La Gaule avait aussi, sur te même rivage , son ilc sacrée. Je devais bientôt trouver sur les bords opposés de l'Atlantique un hanc de sable, voué-jadis par l'Indien à ses idoles. Ainsi, des autels étaient dressés do tout temps aux avant-postes des deux mondes; la même pensée, sous des rites divers, élevait ta le cœur de l'homme vers une Providence commune; les deux hémisphères, inconnus l'un à l'autre, s'avançaient l'un vers l'autre en même temps, pour sacrifier et prier, devant cet Océan qui les séparait, qui devait les réunir un jour, en propageant chez tous deux la richesse, les arts, la liberté, la foi, la civilisation en un mot,' ce présent du ciel que Rousseau maudit cl t\n\ renferme tons les biens de cç m.ondq. >

r:„i- :i-,G00tjl>J

Page 1