‹ Don AlonsoChapitre 19 sur 62 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

contreTtibuB d'autorilé qui, pour complaire i d'indignw pasfiioas. arrachait un lUs Jt sa mère mourante- Combien on teot ce qu'il y a de coupable dans l'allianc* du pouvoir et de l'iniquité, quand le coup, parti de «i haut, npuB blosMauctsur!

■ Cet emploi des armes créée» pour la protection et le salut de tous provoque dans la conscience du jauiie bonune des doutes d^lants. C'est là le crime dos gouveroemnnts qui peuvent et osent tout, qu'ils nous exposent h nous damander avec effroi s'il y a une loi suprême, une justice, un Dieu?

Don Domingo s'indignait de son ç(>)é, mais en joui^ ssnt d'un grief de plus, comme d'une raison d'attendre plus promptement du cours daf évàiemwts ta régéoé^ ration nationale! Le bon Antonio, de t^mpf en tempa, quittait ses mules pour venir à la portière exprimer sa fureur, ■ Moi, disait-il , j'aurais recommandé mon &nie ■ aux saints Archanges, et le sous-o(licier serait mort « sur la place. Mon escopelta n'a jamais manqné un mé^ ( créant ï deux cmts pas. — Homme I répondait grave- « ment mon compagnon de voyage , ce n'est pat lui qui « est responsable de la tyrannie dont ta raison s'offense. •: — Laissez, interrompit l'Andaloux. Quand le roj, notre « seigneur, commande une injustice, car Sa Uajeeté ne > peut pas tout voir et tout savoir, «on lui parlait comme a les républiques de Biscaye, il faudrait bien que Sa Ma* * jesté changeât ses plans : ergo, ceux qui exécutant sont a plus coupables que celui qui ordonne. Aussi les tuerai»c je tous comme des chiens et des renégats qu'ils sonL > Ët.sans attendre la réponse du négociant, il retournait i ses mules, haranguait chacune par son nom. et revenait nous dire : s Je ne m'étonne pas que ce sona-ûtilicier se soit coma porté ainsi; il a l' aiguillette d'argent; c'est quelque ena fant de la cour. Ces gcns-là ont l'âme el la bouche dorées; « mais pour ce qui est d'un cœur espagnol, ils ne s'en a doutent pas. Des hommes tels que noua ne sauraient pas (( tromper leur souverain, ni fléchir devant un traître. Que a le grand rossignol me tombe soii$ la tnatp, je h traiterai

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SUITE DU lANUSCBlT d'aINHOA. 139

« txwame mon père, matador d'héroïque et impéruubk

■ reaowinéet traitait Itss taureaux des courges royales, et je

■ serais bien sût d'être plus près du paradis, que si je vet nais d'acheter toutes les cnizades ' da la terre. *

« Don Ooxningo ne se lassait pas de gémir sur l'igoorance qui tournait, au profit de la supersUtioii ot du pouvoir absolu, des qualités généreuses iail^ pour rendre la liberté » facile et « féconde.

• Nous traversîona les montagnes du royaume de Léon ; nous avancions parmi ires landes de cistes languissants et d'arbres nains que notre pauvre Espagne appelle dos fbrëts. Un soir, nous étiiH» arrivésde bonne heure ati lieu du repos. C'était une venta isolée*, bfttie en terre, sur la frontière du royaume de Galice. Le lagal égayait la lon^e attente du souper par ses fscéties, quand il fut interrompu par l'arrivée de deux cavaliers. Leurs fusils jetés sur la seule table que posaédAt VhAtellerie, ils ordonnèrent d'un ton haut et bref qu'on s'occupât à l'instant de leurs chevaux dont Pnn était blessé, et flous montrèrent, armés de pied en cap, Fortunato et un inconnu qui restait enveloppé sous son manteau. Dans l'arsenal qu'ils portaient sur eux brillaient plusieurs paires de pistolets : comme ces armes sont sévèrement défendues dans la Péninsule, on prit, pour ceux qui les portaient sans les cacher, beaucoup de considération, il n'y avait que des grands seigneurs ou des bandoleros qui pussent ainsi braver les lois.

« Je savais trop ce que je devais penser de ce spectacle. Nrtre escorte n'eut pas même l'idée de s'émouvoir. Après une heure de bruit et d'audace, à la nuit noire, tous deux repartirent. « 11 parait, dit le za^l, que ces cavaliers ne « craignent pas lesbandoleros. — H parait! » répondit le brigadia*. J'avais un soupçon de Barlolomé, La tristesse

' Bulles de la croisade dont 11 a été parlé.

* Auberge Isolée dans les lieux déserts.

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140 Livne sixtÈMi;.

que J9 ressentais pour mon pays de tels spectacles, de telles mœurs, d'un tel régime, dominail tous mes autres seoUments. Pour distraire ma pensée et remplir les dernières heures du soir, je demandai à Antonio l'histoire de ce p^ illustre dont il m'avait parlé. Il De se fil pas prier, et s'exprima à peu près ainsi ;

■ Je suis fils de l'un des plus célèbres toréadores qui

■ aient fleuri depuis l'origine de la monarchie, et maHieu- « reusement je suis trop jeune pour l'avoir vu dans c l'arène. Je naquis bien longtemps après l'éclat de sa

■ gloire. Son nom retentissait d'un bout du royaume à t l'autre, oi plus ni moins que celui d'un Ruy Dia2 el Cùt ,

< ou d'un Guzman le brave ou des canguUtadoret, Beau « et bien fait , Emiqué Henriquez débuta comme Pica- « dor'. C'était au temps oîi pour complaire au se^neur « Charles 111, hérétique cmnme vous savez, car il pw- « sécuta la société, le Saint-OiBce el le nobie jeu des t corrides % la noblesse ne paraissait déjà plus que de iloin à loin dans l'arène. Les jeunes seigneurs, élevés « entre les murs de Madrid , ignoraient l'art de com- « battre un taureau, de tirer parti de sa fureur, de tourner

< contre lui toutes les chances du combat. Il qe resta que ( leur riche parure , fidèlement reproduite par les non- ( veaux champions : ceux-ci étaient moins illustres, mais t plus habiles. L'éclat des corrides fut conservé avec l'é* € ïégance du costume; et leuiï périls, leurs charmefi s'ac-

< crurent.

c La lice s'ouvrait- elle devant mon père, traversait-il le

< champ sur son cheval andaloux, avec sa longue pique, I son brillant panache, sa veste galonnée d'argent ou d'or,

< son air noble et mâle, tout le peuple des tribunes, toutes o les grandes dames des balcons , agiUiient leurs mou- « choirs et l'accueillaient avec des acclamations qu'on au-

> Toréador, qui engage le conibat dans lea courses de taureaux, * Leï corrida (courses de taureiui],

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SUITK Dli MASUStRIT d'aiNHOA. Hl

« rail entendues an fonddesIndes.Quamt il veimitsaiucrSa

* Majesté, ou bien le magistrat qui présidait h la cérémonie,

• sa grâce et sa dignité arrachaient aux plus illustres spcc- « tatrices tant d'applaudissements et de louanges frénctit ques que l'amphitliéâtre en était ébranlé comme pnr un « tremblement de terre. Durant le combat, son adresse et « son courage égalaient sa beauté. Toujours devant les « pas du taureau, allant le chercher jusqu'au milieu de t l'arène, se maintenant sur son cheval dont les entrailles « pendaient à terre, et, quand la corne terrible laissait en- « fin le coursier sans vie, regagnant la barrière liéromenl « sans presser le pas, vous auriez vu, à l'aspect de ses pé-

• rils, l'assemblée tressaillir d'effroi, pour passer aussitôt

• du silence de la terreur aux éclats les plus impétueux < de l'admiration : les éventails, les mantilles, les cris c ne suffisaient pas à l'expression de l'enthousiasme des

* femmes. Je puis vous avouer, bien entre nous, que les plus « belles et les plus illustres se chargeaient de lui témoigner c les sentiments de toutes les autres.

€ Devenu matador \ il montra mieux que jamais, dans

« ce poste difficile, tout ce qu'il pouvait faire. Jamais il ne

c lui a fallu plus d'un coup de dague pour terminer là

« corride. I^a science est bien dégénérée depuis lors. Les

€ vieillards vous diront que les loréadores les plus célèbres

■ d'aujourd'hui, ceux que l'Espagne est tout entière avide « de voir, ressemblent à mon père, comme tel génératis-

* sime que vous savez aux seigneurs don Gonzalo de Corc dova, ou Alvarez de Toledo, 11 allait droit à l'animal fu-

■ rieux , lui présentait son drapeau rouge, étendait le bras « sans hésiter entre ses cornes menaçantes , et le fer trait versait de part en part le tanreau qui tombait sanglant & c ses pieds.

« Je n'ai pas besoin de vous apprendre, la renommée

' Le toréador cbargé de tuer le taureau. Son rôle M lo plus brlIiaDt et le plus pérlUeni (de matar, tQer).

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142 UVRS sixi£ifB.

( vous l'a dit assea, qu*Enriqué était da toute* les courses

a royales; les en(re{H^neurB les [dus opuIenU de l'And»-

I louûe te disputaient la glaire de le posséder, pour s'asu surer la victoire sur leurs rivaux Maochègues. HOo p^e c aurait pu se o^er une riche existence; des habitude» de a dissipation, la recherche de h parure, d'étemels voya- « ges laits toujours avçc un faste royal, de friqueotas

* ( oflrandes awc monastères pour ex^er ses dàiordris, ^ui- - • saieDt ses énonnes trutwoMits. Sa tiesalé aurait pu d»t venir une mine aussi féconde que son adresse ; mais, fier e de comptei' d'illustres amours, à (<eu près autant qu'il y a fl d'étoiles au Itrmament, U profitait de set avantages dans c l'iolérfil de ses plaisirB fit de toa orgiml, aoa pas dans > celui de sa fortune.

< Lorsque sa jeunesse te fui ainu pa«R4e, il HOtit enfin « tout ce que cette exisLence avait d« coadanmahle devant « Dieu , et il épousa la fille d'un riche fermier de l'un « des troisou quatre glands seigneurs enlie qui la betloAn- « dalousie se partage. Peu de temps aprds, U se vit ar-

■ raché do sa retraite par un wdre da la oour- Le seigneur

■ Charles III n'avait jamais offert à ses peuples le spectacle

< de coui'ses royales. Hais il allait bientôt rendre compte « à Dieu le père de son règne schismatique. Déjà le prince a et la princesse des Ashu-ies, aujourd'hui régnants, que « Dieu garde! ne cachaiwt plus leur amour pour œite .1 branche eMeotielle de la gloire nalitmale. Ils se hâtèrent v de célébrer à l'Ëscurial des courses dont le bruit im-

■ prévu dut bien tourmenter le vieux roi sur son Ut de

< mort. Ils voulurent qu'Enriquédéoor&t de sa préseneecai a fêtes vengcreseeBdeSan-Lorw;o.PariDalheur,il se rendit

II au cirque sans avoir eu le4emps d'afisistar «u aiùot swn- « fice ; un taureau franchit en fureur les barrières. L'il-

■ lustre matador, qui attendait dans 1» lic^s 1« moment a de paraître, se trouva attaqué sans pouvoir se défendre, a Dieu permit qu'il ne perdit pas la vie; mais il resta mu-

■ tilé. L'Espagne apftrit'^ 1» fois que mm pèn m de^cw-

SUITE DO MAHmaitT b'aïnkoa. 143

f drait plus dftns Farène, et que le seigneutChartes III était 4 descendu au tombeau. Vous savez sûrement que la pre- ( ffll^e des deux nonvelles empfcha tont l'efTet de l'autre.

c Enriqué se retira dans sa métairie. J'avais nn frère atné. ( tl dut à notre propriétaire esceHeDtissime la gloire de re- ( vêtir fhflbitsacr^; il entra aux Franciscains, cet ordrebénî t de Dieu eC du penpte e^pagfnol, qui a donné plus d'Urnes au ( tàèi, COimne cbaouti sait, que la mern'a de grains de sable. * < Nmts baisions ses mains avec des transports de joie et de t retpeet. I) vient d'obtenir le poste d'ermite dans le jardin t royal da Buen-Retiro. On devait eeift à Fray Aparicio, fils « d'Enriquei. Les (Ils de Colomb sont ducs de Veraguas! *

c Fray Aparicio était mon capocin de Salamanque. Des ftèi«« quêteurs, le souper, ta prière commune Interrompirent Antâtilo. Le lendemain , corrrme nous gravissions Une côte escarpâe , il vint sur là marctiepled reprendre son récit :

■ Toutes les choses de ce monde sont bien, puisque Dieu c les a Faites. Pourtant it me semble que j'aurais mieux « convenu que mofk frère à la vie monastique. Tel que vous « me voyes, 11 y a au Tond de moi beaucoup de tristesse ;

• je ne la surmonte que par effort, et ma conversation n'est (I si souvent joyeuse que parce que mon âme est tOTiiraenc tée. Je ne comprends pas pourquoi je suis obligé à de « perrpétoels travaux, lorsque tant d'hommes qui ne me vam l«nt pas * donl beaucoup, je le sais, ont un sang moins « pur que le mien dans les veines, se reposent et jouissent, c Leun SBpérioriiés ne me blessent pas. Dieu le Père le sait.' « mais leurs vices, leur mollesSe, leur manque de cœurs

• espagnols m'irritent : je me venge en n'épargnant Vex- « pression de mon dédain à. rien de ce qui le mérite. Aussi « aurais-je aimé le cloître; trèa-jeune, mes vœux appelaient « cette existence solitaire et sainte ; mds, dans les grandes m maisons, ce sont les cadets qui entrent au couvent, dans « les nôtres les ^nés. Je n'étais pas digne d'un si auguste « ministère, puisque Dieu a repoussé ma vocation. J'avais «e étudié avec les autres enfants du pays auprès du curé,

1^4 LtVRB &IXIËI1E.

s (lui nous apprenait à lire- couramment dans AristùUt lés; je convoitais déjà le litre de bachelier, lorsqu'un « grand malheur bouleversa aies espérances : la confrérie e des propriétaires de troupeaux, la terrible Hcata noasin- « tenta un procès pour avoir voulu Fernier de murs un mo- K dique jardin , ce qui l'aurait préservé du parcours et N du ravage annuels. Ce procès entraîna la ruine de mon •« père. Je songeai à la vengeance, cette justice qu'à déf faut de protection le faible se doit à lui-même oHitre

< les lâches attaques du fort. Hais comment atteindre un « oppresseur* qui a des million de tètes et pas une poitrine

■ ofi puisse pdrter le poignard? Je me suis soumis. Dans n notre misère, j'ai pris un état errant pour me croire plus « libre. Vous savez le reste ! Dans le métier que nous fai- • sons tous deux , on doit se rencontrer souvent. Teales « les fois que je vous retrouverai, j'en serai heureux. Je t sais que de vous à moi il ne pmt pas y avoir d'amitié. M Mais je sais aussi que nous nous sommes connus à une de « ces heures bénies des anges, qui ne s'oublient pas; je « sais, en outre , que vous êtes persécuté par les ennemis ( de Dieu: dans tous les temps, ma vie sera sans réserve

< à ta disposition de Votre Grâce. >

J'aurais volontiers serré le bon Antonio dans mes bras; il courut à un de ses mulets qui , tout en arrivant au haut de la montagne, maltraitait la vi^a ' avec laquelle il était nllolé. < Pauvre ami, s'écria l'Andaloux , nen ne te servira

■ de mordre et de frapper la vieille : tout le monde ne f gagne pas à ce manège un rang de prince. >

c Antonio resta à la tête de l'équipage. Je rénécbissais combien de ces hommes, dans la Péninsule, dont nous dédaignonsrhumhleesietence,ontunesorled'oi^ueilsourGrant

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SDITE DU HANCSCRIT d'aÏNBOA. 149

qni les élève au-dessus de leur destiuée. Le peuple, parmi nous, ne se révolte pas contre les décrets de la Providence: il se rés^eà ce que DÎeu a fait; mats cette soumiiiBion religieuse exerce sur ses habitudes, ses goûts, ses travaux, la même influence que le dogme de la fatalité chez les Oricnlaux. Elle rend la mort indifférente, la civilisation stalionnaire, le peuple immobile. Une teinte de tristesse répandue sur les traits de l'artisan et du villageois révèle l'impression pénible qu'il a éprouvée dès l'enfance. Cetle estime de soi, si vive et si précoce, donne à tout son air ce caractère de dignité qui ne se rencontre pas dans les autres pays. On ne trouve point dans nos campagnes la gaucherie villageoise du reste de l'Europe, ni dans nos cités l'impur mélange de corruption raffinée et de grossièreté sauvage qu'on appelle en français populace.

■ Évidemment, notre peuple, que la reUgion et le climat s'accordent à rendre patient, sobre, facile h nourrir, n'a pas assez de .besoins pour que son existence pût être assujettie comme ailleurs. Il fut au contraire im temps où des combats de chaque jour plaçaient les seigneurs dans une perpétuelle dépendance de vassaux qui pouvaient rcfuser de courir aux armes à l'approche du Sarrasin, ou changer de canton s'ils étaient mécontents, et passer corps et biens sous les ordres d'un chef meilleur. Depuis lors, la politique des rois s'est complue à dépossédei' les grands de tout moyen d'action et de prépondérance. Sept siècles de victoires intérieures, la domination lointaine de Charles I^^* (Charles-Quint) et celle de Philippe II, plus que tout l'empire de l'Espagne sur un monde nouveau, ont partout appelé la fierté nationale au secoui's de la fierté personnelle. Chaque Espagnol se sent roi de tout un hémisphère et prend sa part de la longue gloire de son pays. C'est ce qui explique que, plus ombrageux à mesure que sa condition est plus subalterne, il ne sache pas souffrir l'outrage, et croie tout permis contre quiconque peut tont oser. Ea se vengeant par une violation des lois bu- ' 1. »

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146 LIVRE sixibtb.

maines, ï) croit t^âtier un« violation dès )oi^ divines. C^t« soifdê représailles (}ui trànsniet les j-esSentiments d'une gënéralibii à l'autre, est une sauv^ardè respebtée. TOuïes ces causes, que la religion a fortifiées en parlbnt ft tdus fl'^àlité devant Dieu , en tempérant l'orgueil des grands ; eJi montrant te fils du paysan et du paiivi-e élevé chaque jour aux honnebrs de l'Ëglise; ont introduit paiimi noiis cette égalité des habitude qui étonne l'étranger; frâ})^ èâ même temps du bruit de nos titres, de rios étiquettes , àé nos barrières sociales. Ceite égalité réelle rendrait dans H Péninsule une révolution moins saiiglante et la rend moins populaire que partout ailleurs^ C'est Ib choc des vanités, ce sont les prétentions des hiérarchies rivales,plus que les fautes du pouvoir, qui font sortir de leur lit les masses soulevées! I Un autre caractère du peuple parthi . nous eet d'aimer l'immobilité du corps comme celle de l'esprit; en étant toujours prêt à renoncer avec joie au repos pour aller m combat ; il porte quelque chose, sous sa rude écorce, d'^ ventureui et de poétique ; il a une vive iiinagination qiii se fait jour dans un style riche, trop riche de figures et de nombre; il ne marche qu'armé; il conserve en état de société l'indépendance aussi bien que la dignité personnelle de L'état sauvage; il est doué de vertiis républicaines sous les luis de la monarchie absolue ; il tient à la monarchie pure, par son désintéressement des choses de ce inonde, par ce qu'on numme sa paresse; il tiendrait aisément à la liberté p^ son orgueil ; enfin il est formé pour les grandes clioscs et passe inconnu , j'allais dire inutile; sur la teire. Tel est l'Espagnol des classes inférieures, et tel est aussi le disciple des califes. Cependant il faut dire que ce n'est pas la conquête, du moins celle des Sarrasins, qui a donné cette physionomie africaine à la Péninsule ; on en découvre d^à les traits dès les âges reculés, peut-être comme effets, peutcire comme causes des émigrations faciles que noils voyons se succéder entre les rivages de la Mauritanie et ceaz de rii^paigne dans tous les temps.

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SUITE DO HiîibsiiHit ^'aInhoa. \\^

■ Le cSVïct^ Se \& Hàliotl esliàgri'oi'ê ^t Husei vtëiix qîi'ellé-m6'[il*e; 11 ëït resté tttimuâbl'e à travers les si&blëâ: Nous rélWtiçBMi daiis l'hlBWre Té gôOt héréditaire ïTe H jëudeSSé d'IWrlB poor l'oiilvfelé et pbtlr le DHgàHdïifee. totigteMps avant l'adtnihlbléViriStéâ, ce HUhridâte errant qaê Rôttiè Ué sut ^âs Wlncre; ijil'ellè tUl i-éduif« â aséilsslbl»; 1^ gtiéHUaS se ^t^Bënletit déjà ttiles qb« noiis les avoBs tU^ réceihiueut; infatigables; in'dccessibîèS, tie roiigis^Ht pas de fuir, appelant ttiatage; là^tàëVéraiicé', tïctbire, té cahtage. Eti lorsque CKâ homines ^lii Vïinâletlt tié lïâser dans leors mbtilagh^ l'ki^'é du CapiloVë; ëdptifi màibtenant sous la ient« romaine-, Vi^âtelil se ^rïtthëher re soir feùr vaini^eaf, ils àUiùéttl & lui, le prenaient p&t le bhis' Voulaient te ramener au eâmp; coiivSlhCUs qu'il élAlt IbhiM en àéetteiictt. Ces peuples «ê compi^nàieni le moilvertitiû 4ue dans les aventures et dans les Ëortibàts.

€ Dès lit même époque, lïk littérature ^pagiioté-, âyâhl S sa tâte des âiiiiéqué, d'es Lucain; des Sillus IiallCus, faisait une révolution daiis le monde savant, par côiiséquent àiùi le monde romiiin; eil altérant peut-être la puret^i le 'goût sév^ du siècle d'Auguste, mais en maintenant l'empiré d« nobles s'ëiitiitienls et des grandes pensées. 11 'est facile Se comprendre que ces poètes de Cordûue, dotil parlent Clcéron et Quibtliien', avaient le mCme "géilie 4"i anima, eiX cents ans plus tard', les chantres dé la Cordoue musulmane, lors de tout cemouvement littéraire qui rend si Clique le souvenir' des Abencerrages; et rattache àu riom des Arabes des idéra de savoir, de progrès, de cîvlUsatioU. Ainsi, depuis deux mille ans, l'Espagne proteste contre le détitiit de Cibraltaf. Nous pouvons comprendre qu'au dehors, on soit quelquefois teUtéde croire, pour la gl6ire de TAftiqÙe, que • l'Europe fmit aUx Pyrénées.

■ Nous arrivâmes à la'CoÀ)gne le soir du douzième jpur. te Courrier maritime de aeptembVe mettait à la Voife le len-

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148 LIVRE SIXIÈHB.

demain pour la -Havane. On s'inquiétait des p^ls de la traversée , quoique la guerre, en étant imminente, ne fât pas encore déclarée à l'Angleterre. II fallait se hâter.

Longi^nps avant le lever du soleil, j'errai le long de la rade où appareillait le navire qui allait m'emporter lois de la patrie. Je contemplai le promonloire escarpé au revers duquel s'élève la tour d'Hercule, immobile depuis trente siècles entre les révolutions de l'Espagne et les tempêtes de l'Océan qu'elle voit également expirer à ses pieds. Je parcourus ce port si heureusement replié dans son goKe profond qui semble une mer intérieure. Je fis le tour de ses

, remparts, seules fortifications que j'eusse encore rencontrées. Je voyais à ma gauche la rade, les fortâ où l'ilUistre Malaspina gémissait captif, le cap Segauo, derrière lequd se cachent le Ferrol et ses arsenaux, maintenant inaclifs; à droite, la baie d'Orzan et cet Océan que j'allais traverser; partout la ligne imposante de rivages montagneux et boisés, d'où les anciens croyaient entendre le soleil se plonger, le soir, avec un giand bruit, dans la vaste mer. Debout sur les murailles, au-dessus de la porte de Betanzos, je jetais un dernier regard sur les horizons intérieurs de la pabie. sur ces monts de I^éon , d'Estrémadure , de Castille peutêtre auxquels je disais adieu. A mes pieds se développait la route. Trois cavaliers accouraient de toute la vitesse de leurs chevaux; la rapidité de leur marche me frappa vivement. Dans l'un d'entre eux je reconnus, à ses jambes nues , un habitant du pays ; la riche livrée du dernier annonçait un page de grande maison ; entre eux s'avançait une femme qui paraissait presser leur course., Son voile flottât au gré des vents ; un léger chapeau d'h<Hnme,

. selon la mode de France, couvrait sa tête; une large plume blanche tombait jusque sur son épaule; sa taille était élégante et noble; elle maniait son cheval avec autant de grâce que d'assurance. Je ne pus voir ses traits au passage ; mais son grand air m'avait frappé ; mon cœur s'était ému , d'une façon inexprimable. Ah moment

SUITE DU MANUSCRIT D'AÏNHOA. 149

OÙ les ponts-levis, fermés jusque-là, se baissèrent devant elle, une pensée soudaine m'attacha & ses traces: j'arrivai presque aussîlAt que l'étrangère à la Jonda ' . C'était elle , c'était Maria que je pressais sur mon san. Après une séparation de trois années, et la séparation plus grande de son tnariage, le ciel m'accordait le bonheur de la revoir sur le seuil de mon exil. Ces trois ans avaient donné à son maintien plus de fermeté, à son regard plus d'expression, à sa beauté plus de vie. Elle avait singulièrement grandi, ce qui ajoutait à sa naturelle dignité, sans rien retrancher à sa grflce charmante. hTu auras la léle de « plus que toute la graudesse d'Espagne, b m'écriai-je en la contemplant. C&cri de ma joie et do mon admiration inicr- . rompit seul noire muet et long saisissement. L'agitation d'un long voyage et celle de notre , réunion animaient ses traits d'un feu nouveau ; je ne pus m'empêcher de remarquer combien elle était belle, ainsi qu'à Madrid on me l'avait tant dit!... plus belle, en efTtit, que tout ce qui avait frappé mes regards. Une autre image traversa ma pensée alors, comme pour lult^îr contre cette soudaine impression. Mais le culte que je portais à Maria ne pouvait se confondre avec aucun des autres sentiments de ce monde. Ma sœur, c'était Béatris; c'était la sainte législatrice du Carmel; c'était l'idéal de ma vie; c'était ma sœur, nom auguste et saint, nom d'ineHable douceur devant lequel je m'inclinais. Elle iietenait,dan8 mes pensées, me disais-je, plus de place peutêtre qu'une autre sœur , que parce qu'elle était une plus parfaite image de la pensée divine qui a mis à nos côtés la sœur, la mère et la fille, ces grandes et pures bénédictions de la vie humaine, trésors d'amour que n'atteint pas le soufDe des passions de la terre. La manière dont Hatéa avait relevé ce mot : l'ange de ma vie ! n'avait cessé de retentir douloureusement dans mon cœur, en l'y gravant plus profondément.

* AubOTeedapTemlerniig.

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(59 wvRp ^iw^iiE.

lii^RS : « Se pefilQps p^s (1^ \epnps , mç (jit Maria ■; je ^'-«1 il ^i perdil qi^e trpp! T^ iei(rs, qui m'aRprepait Içiç nialf jïeur, ip'qst arriyét; exactfiineat. ^e fus désespéré^. Le « in^f qi|js venai^ de rectîyoir un ofdre du roi ppiir reprendl^e f sqn seryt*^- Q"^'!)-^ souffrant, il m'offi-ij ie se rendre à f ifi^^pà suf rfieiife afin (le tr^v^illçr j| changer Iça sort.'

< l( es^ parti; je nie suis emba^q^iée dans ce port diacn tnaqt qe Saint-$ébB$tiei| ; |e canon défi f^rt^ q^ti a salué « mon pagsagq i^lénUssait d^ns la inq(it3gpe ^ ÇQUine en € col jiïie, d'iipe facpn exlniQi^ipaiç^. et portai^ ^ çoon cœw « je ne sais quel yague Qt heurei^x présage, p' abord, ep H ene|, |)Q|t§ liyops rapif^enieQt couru \e long ^es nobles f ciine^ qui me redisaient 1^ cQn^bats de Pelage eî me ra-

< chaient le befx;.e^u cher i de n()}re grand Lope «le Véga. pni», À: nous n*avpns pu fofcef^le; vei^ts contraires de la ferrihie « poijitê ()'Pf (égal ; ils m'ont forcée de relâcjier i^ Ribadco.

< j'ai pris dçiS cheyapx , traversé (f'ÂP'^ naQpttignes, de « m^njliques yaUéea, 9'ltprrj|)les précipices, les plus, twaui ( spectacles qu*ii y ait au tnqnde, et |i)e voici ^ans tes braSt « asse? \ôi pQHF arr^t*? tpn Réparti»

4 c^s qiots, pne spuqairte espérance brilli^ d'^|>ord ^ ipes y.f\\i ; puis, je songeai qq^ je deyrajs pion re^oi:)^ k ceiif qui ni'^yaifint proscrit. Je yjs ;iia grâce tomber a^x pie^ (Je là marquise, pei)t-^lre parmi 4'ipdisp^^ ti()lï>Pfi^ges. c I^pn, 'pi'ècriai-jè, en nie l^yànf ay^çcql^rg; |na so^q)' ^ « moi jioKs ne teiidrQps pas là maip à de |els biefifait^l « Mille f'oi^ phifôi |rainer ma vie au bout de runjyers f\ « soiitTnî: (pus jes tpi|rnienls aust^i^ej^ tpn f»3llteucfj)x « Trère est ^n proje. ifi ! ajoiitai-je, tu ni'pl(ligea à te le « dire : ç'pi |oi qiij les capse^ ! Ce soiif les |ieos, \o^ élpj- « gpement, noire s<Êpiir^tiop qui |{i^ délient ^i \^e <t^yqa rent. Tout le reste li'est rien> ^i je guvcp^flbe à ud ç^^< i grîii', c'est celui-là qui m aura vainçii : {'appeler, \f * chercher toujours et ne te voir, net' entendre jamais, n'a- 1 voir jamais ton conseil, ta pens«e, (on iospiralioal Ah !

SUITE DU HiHU^CRIT fl'AÏNHOA. Ifil

q sqcti^4^ \i\e^, il D'y a pas de séductions et U'entraine- « {Q^n|s, (>4^ 4^ ËBUS 4'>'=i~t>^ 'i^'- pussept sup|)|éer aux a doux et purs rayoïtg dP tpi> amitié- >

Ma pensée s'était fait jour malgré fnQJ. dans ce coml>at; ie m'aflaiss^i sur moi-même; je ^ntais la vie suspendue en moi. klaria, eÇfrayée d'abord de mes paroles, ne |e fut plus que de Itérât où j'étais, ^^e me prit )a iqain et me dit \

■ ^0(1 frère, c'est m roi lui-même que le marquis défi mandera lôp retour. Il y va pour toi du présent et de << l'avenir. Ab ! it y va aussi du repos de ta sœur qui t'im- ( pjore. ^ fie es( frisée. Ne sais-tu pas que toi scu) éga-

■ tement me consoles et me Çor^ries : ne m'abandoiine pas !» « En parlant ainsi , elle avait lés yeux attachés au ciel et

immobiles; j'y voyais roulef des larrries qui y restaient captives. Je fus ébranlé dans mil résolution. J'apprenais quelles peines profondes régnaient dans son âme.

« Ton affliction me désole.liii répondis-je ; si je t'avais laist sée contente de ton sort, le mien eùtélé meilleur; je serais ( parti avec plus de courage et plus d'espoir 1 — Tu partiras?» reprit-eile, en ramenant sur moi ses yeux ardents et fixes de feu qui semblaient s^isif au fonii de mon âme ma léponsc.

« Hariquita bieD-aioiiéei lui dis-je, te quitter maintenant ( me coittera mille fois plus que de mourir. Hais i| le foui !

< l£ roi, qqe Dieu garc|e... et éclairel ne fait, ne peut,

< n'ose, ne sait rien. Mp^ ^^ t^^ dépend que de don N Manuel et (je sa camariiia. pissons d'autres se |aire les f InsUtimeuls de 1$ déchéance publique, en s'huniiliant c devant ce qu'ils méprisentl Hoi, je ne serai pas corppté « (karmi les clients de ceux qui vont détriiisant toute vertu,

■ toute dignité, toute prospérité nationales. )ls ne doif yent voir h leurs pieds ni Sfaria, ni son frère. Uieux vaut « nous séparer, nia sœur! pe loin, tu m'estimeras, et tu me ( plaindras; je niaurai pas tout perdu! > Moins maître de moi-ioême que ^aria , je fondis en pleurs, pleurs doux comme je n'en ayftis jatnais versés; car en contemplant Mariai une voix ipe disait qn'avçir vu une fois dans la vie at^

15S UVBB SIXIÈME.

(endris et touchés, comme ils l'étaient, ce cœur si haut, ce front si noble, ce regard si pur, c'était un destin que pourrait envier le monde. Un frère y devait trouver la consolalion, la force, et peut-être la gloire.

( La marquise se taisait; le désespoir étaitdans ses yeux; je pris sa main : je la pressai. Don Domingo entra. Je le ^''cSentai à ma soeur. 11 fut saisi en sa présence d'un mouvement de surprise et d'admiration qu'elle ne put s'empêcher de remarquer. * Vous me voyez désolé, me diUl; <c un courrier, que Hatéa m'adresse, m'instruit d'une caa taslroplic qui rompt tous mes plans. La faillite d'une mai- € son de Londres m'oblige à vous quitter. Adieu ! embras-

■ sons-nous : j'irai bientôt vous rejoindre. Adieu , mon ami, « et je dirais mon fils. Je rentre pour écrire à la hâte au

■ vice-roi une lettre que je vais vous envoyer à bord. «

■ Je fus atterré de ce coup nouveau. Ainsi, tout appui m'était retiré sur ces plages lointaines vers lesquelles je m'élançais, t N'importe ! ■ dis-je à Maria, qui tenait la tête inclinée et les mains jointes, dans l'attitude de la méditation et de la prière; « n'importe! je serai seul, sans protec-

■ teurs, sans ami , sous un ciel inconnu; mais ton image « sera à mes côtés, et du moins je ne plierai pas sous l'in- ( justice dû sort et des hommes I ■

f J'étais hors de moi, Maria me pressa dans ses bras : «Tu veux quitter ta pauvre sœur,.i me dit-elle d'une voix déchirante; «quitter l'Espagne, quitter tout ce qui

< l'est cher^... Tu as raison! i reprit-elle avec fermeté;

< ton sort sera plus noble et peutrètre plus heureux. Ohl > ajoula-^elle, en ne retenant plus ses larmes , « lu as rai-

■ son ! il ne faut pas fléchir devant l'iniquité. >

c Un soldat parut; il m'apportait l'ordre de me rendre dans deux heures au navire. Maria serra ma main et me dit, avec l'expression de la douleur vaincue et de la fierté satisfaite : < Quand j'ai su que tu entrais au service do I roi, notre seigneur, j'ai commandé à Bordeaux une épée t sur laquelle sont gravés d'un côté nos deux noms , et de

SUITE m IUNU8CII1T d'aInhoa. ISS

< l'autre ces mots : Dieu , le roi, la patrie. Elle n'est pas ( bénie. Viens! nous entrerons dans la première église qui

< s'offrira sur notre route; nous demanderons ensemble à * ma bienheureuse patronne de te protéger sur les mers, « de l'accorder des consolations dans ton eiil et de ne iras ( rendre étemels nos adieux. J'ai foi que celte épéc servira « bien la monardiie et qu'elle te vengera. Crois que je n'au- ( rais pas été aussi bible ai j'avais, comme l'infante du « poète, pu partager les périls fraternels t >

« Eu s'exprimant ainsi , elle avait une sérénité sur son front, avec un mélange d'éclairs et de larmes dans ses yeux, qui n'étaient pas de ce monde. Nous nous taisions. Ha télé était tombée sur son épaule. Elle aperçut cette croix de son berceau, que, depub Salamanque, je portais avec sécurité flottante et visible sur ma poitrine. Elle eut un mouvement de douleur inexprimable, et me demanda,d'uneToix glacée, de quelle main j'avais reçu ce souvenir. < De la seule main c de femme, lui répondis-je, de qui j'eusse accepté ce signe c de foi et de rédemption : de toi-même, il y a bien long- « temps, le jour où ce saint nom de sœur me fut appris, où

< il me fut commandé de l'aimer... Jamais ordre n'aura été R si bien rempli!» ajoutai-je. Et je lui racontai cette histoire. Un éclair de joie illumina son front. <t Cette croix, lui ■ dis'je, est pour moi un talisman. Je sens que par elle je t serai toujours digne de toi devant les hommes, —r Mon € frère, qu'elle te fasse penser à Dieu... et t'y fasse penser H toujours ! Jo n'ai pas de grâce plus grande à lui demander. «■ Car tu viens de me rendre bien heureuse!... Qui m'eût dit « que je le serais aujourd'hui? »

«A ce mot, sa main serra la mienne brusquement ; son front pâlit; sa léte se renversa. Elle était évanouie. Elle le resta longtemps. J'appelai du secours. J'étais au désespoir. Enfin, elle rouvrit les yeux, et, s'efforçant de sourire, i lu le vois! c je suis une bien faible femme; je me croyais plus forte...

< li y a des joies trop subites et des émotions trop vives « .pour un cœur brisé. Maintenant, allons prier Dieu en-

\^i LIVRE SiUÉNË.

ç sepible. Gr^ à toi. i'a.i)rai aussi A le remercier! Et h&~ < ions-tioti?, ajoijta-t-elle avec gne angétiqûe expression de • résolijMQD et <^e tendresse, po^ iDontents sont copiptés. •

< I^QUs partîmes. M |iies^ag<!r d!) gouvergeur , vétéran blanc))) sous le ))arna>$, remplirait, avec une sorte

. 4e douleur et d^ honte. U ($cl!â ^^ $pryeiller tnes pas. Une ^lis^ s'olTi^^ guf potcç lyiit^. Tendue de nojr tout entière, el|e avait rççn pu ^({«lîilsit 1» visite suprême de quelque illustre mOFK !^$ cierges ije cire jatitie ii'étaient altuniéf qiie dan^ fe chœur ^ pp ];e{)et i])certaiq de clarté arrivait à peine ^u fond d'une é|roile d^Sp^lf^ op s'acconi])lissait le 4>viQ sacrifice. Je demsud^i ^u prêtre, dont la croix épiscopale me frappa, la consécration du qidile présent de \tf iparquise. l-ç soidiit l'étendit sur ^^» tête; le ministre de fîi^H propohça )e^ paroles saintes, et je ceignis t!^pée que nie dQuuait la plus pure de^ femines, que Dieu l^flissait pa^ U t>ouç))e de son ministre, qui portai)' tracés Içs devoirs, po)jr I^H^^ î'^f ip'''^ l^'S ^^ugé nt^ jours! Çêtie ép«e, Boij^p^r^, a}prs qu'il me tenait captif, la laissa ^ fïies çdté^ ju^ues en sa présence, et le roî dont elle défendit la couronne ce roi (que Dieu garde!) me l'a ravie'

< La [>on)pe l))gul>rc du jieii, le faiblç rayon de lanière qui ^çlairiflt le pâle yisàg^ de Varia et nie montrait ie bon 44tonio Sgeupuim derrière nous, 1^ devoirs que je contractais, mon exil, fi^a douleur, les ^ntiments contraires entre lesquels j'étais partagé, donpaient k la scène la plus simple quelque chose d'imposant qui me pénéb^ D'i)U pieux reçueillefnent. Je ne sentais i4iis ea moi que Jes éipotions dignes d'un lel lieu et d'un tê) momept- La religiop a ui>e inajes)é devant laquelle ^ t^it la douleijr, et vue onctiou qui inèle aux étreinte^ les pjus poignantes les douceurs d'une grande ^pérarice.

«Maria m'accompag)]a sur |e port. Là je la pressai sur mon cœur; j'inclinai mes lèvres sur son front de sainte et d'ange ■ avec une ineflable douceur, et je m'arrachai à s«s adieux. Elle m'avait revêtu d'une force divine.

SCITË DU MANUSCRIT D'AÏNHOA. ]5$

< pemeurée sur la jetée, elle tenait sea yeux tournés - vers moi. ^os regar||g ne pouvaient pins se rencon-^ trer fju'iis se devinaient encore. L'ancre fut levée- Un cri Ile vivn le roil partit de toutes les bouches, et lennvirQ s'ébranla. Au prenûer tnouvemeuL du frâle édifice qui allait, k l|;averB les itnmensités de l'océau Atlantique, porter mon existence sur une 9u(re moitié du monde et de ma patrie* mon cœur se serra. Mon père, ma mère. Maria, )iaria surtout «i^i élajtlà, êl la terre natale m'échappaient en nièfFie WiDpf> 4!^P^Pf autre pensée ue se mêla à ces images, ^ucune apparemment ne se liait à des séntimeuts assez purs pour <"■ i^.rtége si saint et une heure si solennelle.

(Au ipilicu de 1^ rade, un canot nous amena un homme qui coiiru^ k moi et me baisa la main, qu'il couvrait de larmes : c'était le [ton Antonio apportant le message que don Domingo m'avait promis. « Ce matin, me dit-il, j'étais c allé de bonfie heure chercher au tribunal de la pénitence ( l'absolution de mes fautes; à ce moment, arrivait à l'Église K un digne prélat qui allait aussi s'embarquer, et je lui ai 1 dit à genoux : Seigneur, votre seigneurie illustrissime me ( rendrait le plus heureux des serviteurs de notre Seigneur t Jé^u5-Chmt,sie)|e daignait dire une messe pour mon pci'o i vieux et malade, pour moi pauvre pécheur, puis pour un 1 jeune cavalier cOutrainf.de quitter ses parents comme j'ai t quitté les miens, et de courir au bout du monde. Une messe ( 4^ votre seigneurie porterait avec elle tant de grâces de ■ plus!... Cabailero, jugez de ma joie quand Dieu vous a ( conduit aux pieds de L'aute), où un évëque pnait pour vous. i Vous voyez bien qiie les bons présages ne vous manquent « pas, c^ je vous quitte plus content que je n'aurais pense : il il mie semble jippdssible que ce soit pour longtemps. > A ces mots, il pressa de nouveau ma main sur ses lèvres, la mouilla de ses larmes, et je l'embrassai; ce fut ma dernière impression de douceur sous le ciel des Espagnes : le bon Andaloux représentait alors auprès de moi tous les êtres chéris qui étaient enlevés à mon amour. Haria venait de se

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