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FIN Ht MANUSCRn D'aÏNHOA. 4S7
< vengeance toujours! Les années sont un potDt dans Te»- « ftace pour lin cœur qui sait aimer, et par conséquent haïr. > Hatéa demeurait attachée sur son siège, immobile et muette. « — Gomlesse douairière de D"*, » reprit la bohémienne qui ne pouvait l'apercevoir, « combien Votre Eicellence me don* ft nera-t-elle si je consens à ne pas révéler le grand secret?.. . « — Toute ma fortune ! > répondit la comtesse en s'élan> çant aux barreaux de ma croisée, < toute ma fortune! — a Vraiment! ce n'est pas assez. ..VolreEïcellencesail mentir, a et ne sait ni tromper ni se contraindre; elle a dit tant de c choses ati colonel, qu'il ne me resterait à soulever qu'un « coin du voile. Cendant, je veus bien garda* le silence, ( si TOUS daignez répondre à mes questions. > Le trouble de Hatéa croissait. La Gltana poursuivit d'un air de triomphe : et Eh bien! Votre Excellence me fera-trelle la faveur « de me dire quelle voix cachée menaçait de mort l'excel-
< Icntissime et bellissime marquise de C" dans les en- « tretiens de l'hôtellerie d'Aranjuez; quelle main paya l'at- « tentât deCaravancbe! ; quel complot à poussé le brave Ra-
■ monàréchaf3ud,potirquecespx'.ret dont il avait le dépôt
■ ne fût pas révélé par lui; quels soins perfides, toujours € dans le même but, ont dénoncé au saint-offlce le vieux
■ et loyal don Luis, sauf il se vanter maintenant de lui avoir « rendu la liberté?... Seigneur colonel, vous devez tout à « l'illustrissime don Fray Isidro. Je vous «nnonce de plus a que sa bénédiction pastorale fera un jour le bonheur et « l'honneur de votre vie... Cette femme en mourra de dés- € espoir. Elle n'est que jalousie, orgueil et mensonge. >
« L'appel d'une c<»-n'emuse lointaine se fit entendre. La Gilana jeta derrière ses épaules la corbeille où dormait son noHveau-né. Elle lança sur sa victime un regard injurieux, et, sans se donner le temps de recouvrir le sein qu'avait quitté l'enfant, l'amazone partit à bride abattue pour rejoindre la quadrille.
< Hatéa essaya d'abord de traiter d'impostures les accupalions de son implacable ennemie ; mais ses passions étaient ,, 28.
4M UVRE âIflN2l6l|fi.
trop impMeatsst trop ard^ttes, pour qa'elle put trahir Ump teinps ta Tértti. Elle fiait par tomber & genotu, par avouer tons ses crimes, en me doonaot pour exeuses les brùlantea iDEpirationE de sa tradresse blessée, d'uae tendresse deveoiie le premier besoin de sa TÎe. c Hatéa, lui dis-je aTce una a émotion que j'aurais voulu lui dissiniuler, vchis fites bien
* coupable! vousavei versé le sang de l'innocent; ce n'est 4 pas votre faute si une autre victime, mille fois iioble ^ € sainte, n'a pas été immolée. Je vous promets de tout bire
< pour oublier vos égarements; mais reatrea en voiis«(>tee,
< et pour marque de votre retour à tout ce que vous aviet
* abjuré, livrez-moi ce secret eitratM^naire auquel vous a avez attaché tant de pnx. Faites que ma leconnaissanGe
■ puisse se ranimer, et laisses ma conscience disposer seul»
* désormais de mon bras et de mon épôe. «
■ Degr^ardBdefureur,deserisdevengeaneemerépoD> dirent. Tontes les malédictioiis auiquelles peut recourir l'orgueil (^ensé d'ime femioe ae Buecédèr«it dans sa bouche. — « Vn, me dit-elle en finissant, tu seras délivré de
< mon amour ; mais tout t<Hi sang aura coulé avant que lu « le sois de ma haine. Que tardes-tu d'aller à Madrid, où, à « l'instant même, ton armée est peut-être aux prises avec
■ les troupes impériales? Va, j'^i laissé toutes les men-
■ diantes et tous les valets d'église, tous les frères lais de
* nos couvenls,«ssemblés autour du palais, pour empêcher € le départ de don Francisco de Pauls, de la reine d'Étruried
■ de son fils. Vole, digne chevalier des dynasliee dégéndrécs, « vole, et puissent les soldats français trouver le chemin du
* cœur paqure qui ose me repousser! > A. ce mot, elle se précipite hors de mon af^iartement, arrive sur la place publique, et court dans l'église voisine attendre qu« ses mules soient attelées.
c Demeuré seul, je réfléchis aux derniers mots que je venais d'entendre, et, faisant seller des chevaux, je pai^is en prévenant mes ofBcicrs de se tenir prêts ^ cvécnlw mes ordres.
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riH m vAiniscRiT a'aInhoa. 499
VUc siir Ih 9I1 heures du soir, j'arrivai en vue de Hadt-id. Cette grande ville ressemblait à une place d'armus prise d'assaut. De tontes parts se déployait l'armée française. L'artillerie était en position aux portes; la cavalerie et l'infanterie, confondues, convraieni l'esplanade d'Atocha, les avenues du pont de Tolède, les hauteurs sur lesquelles les Ikabourgs reposent. Je passai le Hanzanarès an gué; des enfants, des vieillards, des femmes avaient cherché un asile dans la riante presqn'lle que forment la rivière et le canal de CasUlle; pour la première fois, Ces peupliers, ces saules, ces platanes ombrageaient des scènes d'épouvante. En abordant au rivage, je reconnus Fray Aparirio, dont Hnrgarila lavait la main ensanglantée. I.a foule vint k moi aussitôt; plusieurs pansaient dos blessures. Tous avaient la consternation peinte sur leurs visages pfties et flétris. < N'allez pas
■ plus loin, me crièreni-ils, seigneur coliHiel; n'avancez
■ pas davantage : les monstres vont vous fusiller'. — Colo^ f nel don Alonso, n me dit Fortunato consterné, en s'approchant de moi avec respect, « votre seigneurie a vaincu « les Anglais, mais aujourd'hui elle n'y aurait rien pu : ce
< ne sont pas des hommes, ee sont des démons incamés, n
< — Oui, ajouta sa mère, couverte de fange et meurtrie; c'est
■ le tonnerre qui sort de leurs Fusils; l'enfer brille dans t leurs yeux. Je suis bien sAre que leurs chevaux ont des « ailes invisibles comme ceux de saint Michel et de saint c HilHan. — - Laissez! > interrompit laGitana, qui arrivait l'œil ardent, l'air inspiré, < laissez! les Français ne sont
■ que des hommes; c'est vous qui ne savez pas l'être; ce
< soDt des hommes conune les Sarrasins, et pour preuve, « celte main, il y a quelques jours, en a tué un entre autres « qui avait le costume et employait la langue des Maures. « Si volis porUes seulement des cœurs de femmes, ces héré- • tiques auraient toiis à présent comparu devant le prince tt des apôtres. — Nousn' avions pasd'armes! — Vous avîei
SOO LITKE QUINZlàMe.
« dos ongles et des pierres. Hais patience, don BartiKriomé c de Darroca est sur mes traces avec sa quadrille, et il tous « apprendra comment les Aragonais traitent les eimemis ■ de la sainte religion et de la vieille Espagne. — Nous 0 n'avons pas besoin des leçons d'un Aragonais; nous sau- « rons l>ien nous délivrer nous-mêmes. Quand nous aurons « des armes, ils disparaîtront comme les feuilles mortes « devant un ouragan. >
« A ce moment, une patrouille française parut. La foule se dispersa, el je restai seul, sans avoir pu apprendre les événements de la joiiroée. J'ollai droit à la patrouille, traversai àcbeval les postes français, entrai dans Madrid. La longue rue d'Atocha était solitaire d'un bout à Tautre. On n'apercevait que des aides de camp et des ordonnances qui la traversaient à la hâte. Sur le pavé étaient épars des manteaux, des fusils, des uniformes, auxquels se mêlaient çà et là des cadavres. Le Prado était encombréde canons, de chevaux et de soldats. Les soldats, rangés sous les armes, portaient sur leurs visages une expression sinistre : ce n'ét^t pas l'air de Français qui s'apprêtent au combat : on voyait que ces braves avaient une autre tâche à remplir.
( Je pris le parti de gagner, à Iravei's la ville, le palais de la marquise, pour éviter les questions et les obstacles. Un Espagnol marchait sous la sauvegarde d'un officier français : c'était don Domingo. Il me serra la main avec désespoir; des larmes roulaient dans ses yeux. — « Où est ma « fille? me demanda-t-ll. — A Ocaila, lui répondis-je; (( mais apprenez-moi ce qui s'est passé. — D'affreux évét nements, reprit-il. — Oui, bien affreux, fijouta l'(^- « cier. Croyez que nous les reigrettons autant que vous.* — Don Domingo me raconta que les apprêts du départ du jeune infant don Francisco, en révélant de plus en plus des ^x>jets ennemis, avaient jeté une inquiétude inexprimable dans les esprits. Le matin, une foule immense assiégea les avenues du palais; une patrouille, en essayant de disperser la Biultilude, fut assaillie avec fujeur. AuBsitôt raimée fran-
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PIH DU MANOSCHIT U'aINKUA. 501
çaise lont entière se présenta en masse. L'artillerie espagnole tenta de fermer à ses colonnes laportedeFuencarral, el deux jeunes officiers, en tombaot sous les coups de l'ennemi, acquirent une gloire immortelle. Daoîz et Velardc, que vos noms soient bénis à jamais! Vous avez obtenu de* pitis, de la reconnaissance nationale, des honneurs qui dureront aussi longtemps que nous aurons une patrie.
« Le peuple tenta île se défen^^re de carrefour en carrefour et de rue en rue. Hurat alors tança tout à la fois ses colonnes par toutes les portes, avec ordre de ne s'arrâler qu'à la Pnerta del Sol, de sorte que la population insurgée, refoulée de tous côtés sur elle-même par ces masses terribles, n'eut de ressource que de périr par milliers sous les pieds des soldats. Dans cette marche effroyable, la tuile, les meubles, l'e-au bouillante pleuvaient sur les régiments étonnée. Les femmes, armées de coutelas et de poignards, signalaient leur rage guerrière; un grand nombre d'entre elles, loin de fuir avec la fouie, s'obstinaient h mourir dans les rangs français. < Il en est une surtout, interrompit l'officier, qui < a fait reculer nos lignes d'admiration et de respect. Plus « belle qu'une figure d'Ossian, intrépide comme une auc tre Jeanne d'Arc, elle ralliait les fuyards, les ramenait « sur nos baïonnettes, et, par son courage, aurait rendu la c victoire indécise , sr elle avait eu des soldats pour nous « la disputer. — Sârement, poursuivit Don Domingo, les n régiments français ont repoussé facilement une multî- « tude sans organisaliout sans chefs et sans armes ; mais ■ beaucoup de sang a été versé, et celui que le choc a fait
• répandre n'est pas le seul qui ait coulé. Un conseil de u guerre, en permanence à l'Hôtel des Postes, envoie les
* victimes à la mort par centaines. La junte d'État et l'infant « don Anionioontsollicitéetobtenu une audiencedu grand- « duc de Bei^ pourqu'il mit un terme à des massacres sans « utilité comme sans gloire. Nos religieux , nos femmes, « nos paysans ne sont pas des ennemis que la valeur fran- « çaise dût aimer à combattre, encore moins àégorger;des
hÙi UVRB flUlItlIËlIE,
4 nwnlirM de U junte, du owseil de Cat^W et de VéiA I tmtiw français opl [«roQHnt les rnea m demftnd&Bt k
< wniinisawn »u nom du roi. Dev^iaï fW imhi) respeeU, te
■ mutlîlude s'est dispersée, l'ordre a régné, 11 s'est fait w
• désert dans nos rues; mais le meurtre et le sang n'oiit
< pas cessé. Don Joachim a ordonné que quioenque sArait « pris portant une arme marcherait au même instant à la « mort, et croirei-vous, l'avenir pourra-t-tl oroir» que des € bouviers de la Sagra de Tolède qui entraient aveo leur « bétail, munis de leur aiguillon, ont été sur-le-champ mit « À mwt sans que, dans nn pays ait les plus criminels des « htmamea ont trois jours pour se réconcilier avec leur Dieu,
• une seconde ait été donnée aux infortunés qui demaq-
■ daient à genoux, non paa la vie, mais l'ai>8Qlutionî J'ai
• vu le vertueux Aiania, tout memtu'e qu'il est de la ré-
■ gence, obtenir avec peine la gr&ce de Catalans dont le
• seul crime était de porter, au retour de leur travail, l'a- « lène qui les Tait vivre. £aGn, à présent même, tout n'est « pas fini Kicore; car on assure que deux cents Madrilè-
< gnes, de tout sexe et de tout âge, faits prisonniers dans
• le combat, vont recevoir là, an Prado, le châtiment de « leur fidélilé aux rois de leurs nïeux et de leurs sermenU- »
• Je frémis et courus chez Maria. La porta me fut ouverte avec peine; les vitrea étaient brisées; les ramaillet portaient de tous cAléa l'empreinte du plomb destructeur. Une sueur froide couvrit mes membres; j'entrai, je franchis les degrés comme réclair. Dans une longue galerie que deOx flambeaux éclairaienl mal, une femme et un oCIicier il choveui blancs priaient devant un crucifix. Don Matbia$ leur récitait des paroles saintes et tous trois pleuraient CetoHicter était don Luis; cette femme doiia Léopor.Je leur demandai : « Ma seeur! oà est ma sœur? > Et leun larmes redoublèrent. Ëntîn don Mathias put m^i-épondre : « Au moment de la mêlée, la mjirquiso m'a f^t.venir ; un« 4 grande résolution brillait dans sof) regard, ^^e i'eat « mise & genoux devant moii m'a 4tH)Wâ lie l'absoudre,
FIK bO KAKilSCIItT b'AtNHOA. S03
I h Mi Bppi^er son cheval et des Btinesi nous i chargés d« M vous remettre llrïe échorpe que ses itiafnB tenaient de t brodet- pour Vous, s'feBt pei^ de la Vdtrei celle ql» vous « lui donn&les à la Corogne; puis, semblable à l'ange de « la guerre, elle s'est précipitée au milieu du combat. Don « Lois l'a btkivie) mais it a été blenUH të\até d'elle. 11 l'a « vue de loin fondre Uir un gros de ttiemeloiikB comttie on « Va au martyre. C'est tout ce que tious savons. >
( J'étais bon de mol. Ëti ce motnentt un hoiiimé se pré~ eîpita dnns la Balle avec le désespoir et l'eiïrol peints sur I4 visage : c'était Antonio, arrivé jusqu'à nous ft travers les jardins. « Colonel, s'écria-t-il dès quâ son trouble lui portttit « de se faire entendre, allez vite, volez à son secours : il ne « sera plus temps! — Où est-elle? m'éeriai-je. — Où est- < elle? ■ s'écrièrent à la fois mon père et doîla Léonor. — € Au Prado! > répondit l'Andaloux; et ma mère tomba mourante. Je me précipitai hors-de la maison. Don Luis me criait : i Au rfom du ciel, conserve-moi mon fils ! i Antonio me suivit. < Je vais vous mener, dit-il, au groupe dont je « faisais partie avec elle. Voyez-vous ces Espagnols age- . « nouilles pour mourir... C'est là. »
« Le long de ces avenues sous lesquelles la population entière avait coutume de chercher le délassement de ses peines, dix mille hommes étaient rangés en bataille; quelques centaines de mauolos, de prêtres, de femmes divisés par pelotons, attendaient à genoux le plomb homicide, et un morne silence régnait. Une égale horreur glaçait l'Ame des, meurtriers involontaires et celle des victimes. L'arrogant dictateur qui, du fond de son palais, commandait cet affreux holocauste, n'avait pas osé l'accomplir à la face du jour. Des torches éclairaient cette scène d'épouvante. Devant les condamnés une ligne de soldats chargeaient leurs armes en détournant la tète. A côté d'un religieux qui la bénissait, avant de recevoir lui-même le coup fatal, je reconnus Maria portant déjà l'empreinte de la mort sur son visage; ses yeux étaient attachés au ciel; il semblait que
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504 LIVRE gUINZlÈHE. I
son ftme a'appr6tât à retourner vers sa première demeure. Je m'élan^i i travers ies rangs; au oiême instant, un bruit de niart se fil enteiidre, et des flols de fumée m'enveioppè* reat... >
Là s'arrêtait le manuscrit. Je demandai inutilement la suite à madame Uiriart ; elle s'aQligeait den'avoir plus qu'un petit nombre de feuillets épars, qui ne jetaient aucune lumière sur le reste de cette histoire. La nuit était venue de- {Hiis longtemps. L'image de la marquise tombant sous les coups des soldats troubla mon sommeil jusqu'au lever du jour.
FIN DU TOME ntEHIBR.