‹ Don AlonsoChapitre 46 sur 62 · I :„i- I ,C(K>tjlt · texte numérisé non relu

I :„i- I ,C(K>tjlt

FIN m MAHUSCNT d'aîhboa. A69

nition, une troupe de ces païens l'accompagnait toujours. L'infanterie de ligne, composée de conscrits de 1& veille, pour ne pas afiaiblir de vieux soldats la grande armée, nous étonna par ta jeunesse, la faUgue, l'air débite des régiments. Ce fui dans les esprits toute une révolution. On se demandait ctKnment ces hommes avaient vaincu l'Europe, et il se trouvait toujours un manolo, un franciscain, un barbier pour répondre : < Parce qu'ils n'ont pas eu aflaîre à des ■ Espagnols ! > Antonio courait dans la foule, disant : ■ Ce € ne sont pas des hommes, ce sont des ombres (no hombres, < sombras)\ i Ou bien: € Ce sont des enfants à élever qu'on « nous envoie. Le peuple espagnol s'en chaînera! > Puis l'artillerie de la .division ou sa grosse cavalerie paraissait, et te respect, le silence, une profonde émotion régnaient dans la foule. '

■ A la fin,- le bruit des fanfares, le roulement des tambours, les armes présentées, un frémissement plus grand qui courait d'une extrémité de Madrid à l'autre, énoncèrent le héros de lajoumée, te prince généralissime, le beau-frère du maître de t'Occident, le grand-duc de Berg, monlé sur un cheval bondissant, la tète parée d'une aigrette brillante, couvert d'ordies, de rubans, d'écharpes éclatantes, grand, beau, les traits mâles et fiers, le regard intrépide, imposant niatgré toute cette pompe dramatique et empruntée dont il s'environnait. Sa renommée était grande. Son aspect saisît la multitude. Quelques balcons saluèrent du mouchoir son passage. Hatéa fut remarquée entre toutes par s(»i empressement, et lui-même, frappé de la beauté de la comtesse comme de son accueil, répondit par un de ces saluts d'apparat qui cherchait la grâce en gardant la hauteur. 11 alla s'établir au Buen-Retiro, dans ce palais de plaisance de Philippe IV, que la comtesse de Castel-Fiel venait de quitter. U succession de ces h6tes était un chAtiment ^ •. de Dieu. Hurat, à qui tout son état^major fit hommage du murmure de surprise, et, disait-on, du sentiment d'admiration qu'il avait excité, put assez y croire pour imaginer que j. 27

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les vœux dv peuple e^»gùtA l'âppelaieDt au toi^nedetUMirmS. 11 écrivitcelte folie •» «onquérant qui l'eovi^ait. Il cotatrfbua par là & le |»écjpiter de plus en plus dans l'abiine trompmr dà de luî-mëiDe il s'éUit engbgé. La fortune aTailUat fait pour ces iastruoieiils de Gescapfices que la cotutHine de Philippe V ne leur paraissait qus le com^ément naturel de ses fa veitr». < Le lendemain t quBihl Madrid était encore dans le trouble de cet étannemenU de cette invaùoni de cette ^ligme exlraordinaira* don Femand fit Bc» entrée k son tour, dans ta ta'^ pitale de ses pères* simpleni«it, r^lùinentt sans amée d» peur que le fer se cn^l, sans cérémonial, sans t£le. Il eut fioin de traverser la ville entiètv pour arriva* h aoa pa' lais. H<Hité à cheval , à la pwte d'Alodia t l'auguste jeune homme parcourut le Prado* nos grande» ruM, la Puerta d^ Sol, passant ainsi avec fierté en face du Buen-Retiro. Il avait pour cortège et pour sacre les bénédictions, les transports, les cris de joie et d'amour de trois cent mille de ne sujets. Les {deurs de tendresse et d'espérance de tout un peuple faisaient la pompe de cette marche biodiphalei Les hommes jetaiwt leurmantean sous les pieds de son cheval. Les femmes jonchaient de fleurs les lieux de sou pessage. Jamais inauguration n'avait eu à ce degré la sanction de la volonté naticmale et de l'enthousiasme universel. Il làllait être bien aveugle pour ne pas comprendre que le prince national el désarmé resterait le plus (bii dans le duel qui s'engageait, dussent oouler des flots de sang.

f Le baisemain rassembla l'Espagne entière. Pour la première fois, depuis longtemps, la vérité régnait dans les hautes régions. Il y avait acon^l entre la vivacité des paroles, l'ardeur des visages et le dévouement des cœurs. A peine pensait-oo à remarquer l'^ence des états-majors français, à attendre la venue de ce prince étranger et ami qui campait dans nos murs à ta tête de sou armée. L'Espagne transportée de s'incliner devant ce qu'elle aimait cl de

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nu no MitiOBOWT o'Unhoa. 171

XtefÊClat C6 qu'élu «dteadait diftndre, nis remsi^uoit, ne chH%faait, nereyaitquesonidols, lod roi, tm drapeau, «m aymbole, le repi^BUnldu ooun eaUerd» soBjùMoirt* la patrw vivante, le bien-aimé Feroandi

« Hatàà vint à atm rtutg. Elle était éclalanU de grtee et de parure. L'expressisa aérietm dé aon front» le sonbra feu de 800 rf^ardt quelque chwe da aoufAwit et de paa^ aionné dana tMiteon air, «a ajotiiant & la maturité piécoM de tes années, la revêtait d'une sorte de beuilé nouvelle que sa jeuaeese n'ava^ pa* cosouei Toutes les molles té* ductîma de l'Andalousie, rehaussées par cMt« tHstessa int^aiTÉ et viable, eemblaleot marcher k u suite. La cour «ittëre dn fut &S4>pée. Ë» baisant la maiu royale, elle sut rappeler cembieB de fois elle avait recherché oet honneur dans les jours de l'adversité; elle m^ l'dffioUoB de* souve* nirs ds l'auguste Anionia & celle des joies de e» grand jour : qn B» pouvait plus habilement iuToquar la tnétboire des liens G«itractés et des servicefl rendus. I^e sourire royal lui répondit. Mais tout le monde vit ou crut voir derrière ec sourire l'empreitite des nuages répandus, i tort ou à raison, Bur les incidents du procès de l'Escurial. Les regards tourna vers.allê d'une façon hostile trouvèrent dans l'âme du prince le* s«itiments dont cette foule brillante et passionnée élût remplie. Il était évident qu'mi lieu de plaire et de toucher, sd beauté, son éclat, ses enchantements, qui eidtaîent bien des rolères jabjuses » irrilaieU le& hommes mêmes, comme un déS. 11 aurait fallu être plus respectée pour pouvur être impunément « belle. Le nom du commandeur, du plus odieux des complices de Godoy, était sur toutes les lèvres. Bientôt <hi le murmura tout haut. Lee andens pr^ugés s'enhardissant par les préventions nouvriles, on s'^onna d'avoir vu la fille du seigneur don Domingo causer fanuliëremeat avec le seigneur don Fernendi Des mou injutieux retentirent à ses oreilles ; des regards altiov l'assiégèrent. Ëà etaa/ant de (mésa le flot de dames de tiBHt parage qui se preasairat dans la salle du trêne et

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dans les galeries, elle-fti^ provoquée de l'otl et du geste. Elle Bupposa que le coude de l'une , réventail de l'autre lui . rapp^Bient son origiae et non pas ses torts. Aucun dett grands (fui s'étaient [»f tés à ses intrigues ne se présaila pour la prot^er. Je quittai ma place auprès du roi, je couniB, je lui donnai la main et contraignis un garde du corps qui avait les yeux attachés sur elle, le sourire à la bouche, de frapper du pied à son passage. EUle arriva tout en pleurs à sa voiture. J'y montai avec elle, malgré tons les cris qui s'élevaient contre elle au plue jM^fond de mon âme. Peut-on abandonner dans sa détresse la femme à qin on a une fois parlé d'unourî Nous trav^i-sâmes Madrid en silence. Les six glaces du carrosse i'(d>]^eaient à faire on ^Ibrt sur elle-même, pour laisser ^norer sa disgr&ce ou du moins sa douleur.

c A la place de doîla Inès, encore tout abattue du malheur de Ram{Hi, d'autres camaréras vinrent débarrassa la comtesse de ce qu'elle appelait son harnais d'or. Ses femmes une fois congédiées , elle éclata : — « La belle mar-

• quise, me dit-elle, n'est pas nrrivée de BadaJŒ ; elle ne a sait sArement pas encore les événements, et don Osorio

• est difHcile à ébranla. Tu dois être impatient de voir

< son retour. Elle n'a rien fait pour don Femand, et la

< faveur l'euvirounera !... elle est de ces personnes à qiri

< tout réussit, même d'ëire belle! La nouvelle ctnir sera à c SCS pieds; alors il ne lui manquera plus rien pour tecbar- I mer. ■ — Ces mots Turent suivis d'un long silence. Je la rontemptais pour lire dans son regard, et en quelque sorte jusque dans sa conscience, s'il se pouvait que la passiwi jalouse, qui faisait son tourment, eât poussé cette femme si bien douée par le sort à tous les crimes dont la pensée s'étoit élevée en moi dans la dévorante solitude de Buytrago. Je comptais en venir à lui demander brusquement, tout à coup, avec l'autorité d'une volonté infleiihle, ce secret que Ramon avait ^toné à l'échafaud, don Luis dans les prisons du saint-office, et dont elle gardait le dépàt. Aprèa

FIN DU HAflOSCRlT D'aIHHOA. 473

un moment, elle se leva, comme pour échapper à mes in*

' terrogatioos muettes, et s'écria avec furie : — « Patience ,

c tous vos triomphes ne dureront qu'on jour! De grands

■ changements se préparent. Tout s'écroule. Les manne- « quins insolents qui, à la place de tal(»its et de vertus, « ont des dettes, desdiflormil^ el des aïeux, ne sont pas < destinés à tenir tète au plus grand des^unnmes et à son « armée. L'Espagne, de manière ou d'autre, sera régénérée, a c'est-à-dire qu'elle échappera au joug de valets illustres a dont l'ignorance ne peut se comparer qu'à leur orgueil,

• qui ne savent que plier le genou devant un maître, et

■ seront écrasés tôt ou tard sous le poids de l'indignation

■ publique! *

« Elle était hors d'elle-même. La douleur ne se peignait plus dans les éclairs de son regard ; c'était le désespoir. Elle reprit : c Tu es indillér^t à mes injures; autrefois tu m les aurais repenties. Tu avais des idées indépendantes; « tu faisais des discours sur l'égalité civile, qui, chez nous,

■ est partout, excepté dans le palais et dans les lois. Hais « la clef de chambellan décore ton habit; tu peux ouvrir

• toutes les portes des demeures royales. Le voisinage des li rigueurs du saint-office, qui suffirait k perdre tout au- « tre que toi, ne nnit pas à ta fortune, entendant, tu n'as a rien fait pour ceux qui te traitent ainsi ; tu as refusé de « les servir. Et moi, j'ai subi pour eux la prison et l'exil, c compromis ma t£le, et les ingrats me foulent aux pieds > dans leur victoire! »

■ J'allais aborder le sujet qui remplissait ma pensée. Don Fray Isidro parut en habit épiscopal. 11 arrivait de la cour. Le roi venait de lui remettre le collier de la Toisond'Or, ne pouvant mieux relever la première de nos dignités nationales aux yeux de l'Espagne entière. Le saint vieillard avait su les disgrâces de celle qu'il nommait sa fille et venait les adoucir ou les consoler. Il sonna, demanda un réchaud, puis, allumant une des pajitas parfumées de la comtesse, il prit place àses cAtés en ro'arrètant du

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braa qaaDd je vonhis rae ntinH*. • Hertei t me dlt-U, dei

■ Bipagnols eemna lou» at siid ont à Htettrs «n «onmna '

■ des irMesBM pliu aérieuses et pin» durables que oellea < (te na obère enfanl. »

■ Oa fKtmait déjà soupçonner, on n'a Féellement su que plus tard eerphien revénement du prinw des Aaluries avait déooeeerlé Im (dtms de Murai et de «en inattpe. L'arehev^iM nous af^t qu'il venait de ppotesler en forme contre te nouveau règne. Cetla Dotiûcation était pour Ferdinand Vil et son gouvernement un coup de foudre. Au milieu des aeclamations de l'Espsgne, l'étranger n'accordait à eelni qui avait reçu nce serments que le titre d'altesse royale; il osait, dans le sein mëmedenos villes, attendre deedéciaionsde la FYance Il aanelion de nos aetea et de aolre gouvernement. La cour ressentait cet autrege sans pouvoir , désarmée comuie elle l'ilait, laisser voir ni son indignation ni ses alanpee. Le prélat BOUS apprit qu'on parlait de réolamattona de Charles tV, du départ du grand-duo de Bei^ pour Aranjuez , afin de porter ses hommages à la vieille cour. Il y avait là des machinations dont la profondeur échappait encore à le loyauté espagnole. Matée f«iBbU sourire dans sa colère aui (vêlages doulourauz qui s'offrirent à nous. Je la quittai ; j'allai au palais. J'avais besoin de me serrer auprès du roi ; je n'avais jamala tant senti que l'Espagne était là.

« L'fttîtude da {winoe généralissime devint ebaqae jour plus ennemie. Les protestatiofis trop réelles de Charles IV rt de Marie-Louise, qui furent son ouvrage, aoa langage équlvo^ que et Uaulain, l'espoir renaissant de la courdéchue,Bemaîeat dans leaespritslaiBéSanceetl'elTroi.Jaymé bravait, à l'ombre de la puissance française, les justes ressentiments du roi et de tout le publio. A l'exemple du commandeur, toutes les créaturM As Gudoy se prisèrent autour de Murât , en loi apportait leur odieuse impopularité. Le grand-due finft

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par tffendrebsoteinent sous sa protection Godoy lui-mAme, pour le »>uE|raire k l'action des lois. Des ècriU sans nwnbro aii^eut«ie&t l'irritation pttbiiqne, en représentant la révolution 4h 10 mars bous des oouleurs odieuses el mensongères. IjBs pamphlétaires stipendia flétrissaient le renversement du favori, l'abdication de Charles IV etl'av^ nenient du prince des Asturies, au nom de ces doctrines d'obéissance passive que l'on pouvait croire à jamais ban- QÎea des conseils français depuis 1789. Les esprits édairés s'étonnaient de ce langage ; tous s'attachaient à la question d'honneur; on voyait l'étruiger interposant son épée entre la nation el son roi : la prétention était si outrageante et si nouvelle, que, résolus k la repousser, la plupart hésitaient encore à y croire. Le peuple seul partageait ma foçon de sentir, depuis longtemps invariable. Le peuple qui, en Espagne, unit aux notions fausses, que l'éducation lui a données, une rectitude singulière de cœur el d'esprit; le peuple, dana les grandes catastrophes, a partout des données plus sûres que les hautes classes , parce que les combinaisons intermédiaires n'arrUent et ne faussent pas son regard: il présageait hautement des scènes sanglantes. Les visages portaleot un caraclère de fierté sinistre; lesmanteaux cachaient des armes; les tailles se redressaient) le Castillan semblait avoir grandi d'un pied.

«' Un jour, Antonio vint à moi ; il me liemanda s'il était vrai que ces païens du Nord contestassent à don Fernand sa couronne, c Je le crains, répondis-je. — Pourquoi le c craindre? reprit l'Andalous. Nous les ^oi^rons! >

% Une autre fois, le lasiarone Ambrosio, sa mère et son aïeul, accroupis sur le pavé, ait de père en Als ils avaient grandi, opposaient un visage calme et lier aux risées ou à la pitié des soldats français. Le jeune homme souleva sa grande taille, vint à moi et me dit : « Seigneur colonel, U parait « Que qous allons avoir la guerre : un de mes amis, qui * arrive d'un pèlerinage au Christ de Burgos, m'a dit que, « depuis quelque temps , les os du comte Goazalè» eriest

476 LIVRE QUINEIËME.

< dans son tombeau ; votre seigneurie sait bien ce que cela

« Hgniflel Ce miracle arrive toutes les fois qu'une guerre « va commencer. — Hé bien! que veux-tu dire? — Je veux « demander une grftce à votre sei^eurie. — Qu'estrce?

• parle. — Je voudrais 6tre reçu soldat dans le r^iment de « votre seigneurie, s'il n'est pas loin de Hadnd. — Hais, « paresseux comme lu l'es, tu succomberas sous le poids •1 de tes armes. — Ob ! un mousquet me paraîtra aussi lét ger que mon rosaire, s'il faut donner à ces hérétiques des t leçons de respect pour la vieille Espagne. Seulranent,

• votre régiment est-il loin d'ici? — A dix lieues, à OcaBa.

• — C'est trop loin, seigneur colonel. Je peux me dispen-

< ser de faire tant de chemin. Je continuerai de mettre des € Français au bout de mon stylet, comme je fais tous les

■ soirs. •

< J'entrai dans la boutique de la Puerta del Sol, que je fréquentais. L'hidalgo de Xativa n'occupait plus sa borne favorite. Je compris les motifs de celte révolution dans l'emploi de ses journées : don Domingo pariait, à grand bruit, de liberté civile à un ofOcier Français qui lui répondait gloire et patrie. Du reste, l'auditoire était silencieux; je remarquai l'air grave et triste du fourbisseur, ■ Il cir-

< cule, me dit-il à l'oreille, bien des bruits menaçants : <( on assure que le roi Charles et la vieille Marie-Louise

< sont décidément appuyés par l'empereur, qu'il arrive en « personne pour prononcer sur ce grand différend, el que

< le roi va à sa rencontre pour le fléchir. Rappelez-vous

■ que tout ceci tournera mal. Les Français ont de mauvais

• desseins. Ils regardent nos femmes d'un air insolent; ils ( ne saluent pas, dans la rue, l' Angélus, et disent le prince

< de la Paix en parlant de Godoy quand ils ne disent pas .

■ le roi en parlant du bien-aimé Ferdinand. Je les poignar- « deraisH >

u Tandis que les rixes devenaient chaque jour plus fréquentes entre les Hadrilègncs et les soldats, la couronne opposait toujours davantage l'abandon à la menace el la

FIN DU HAKUSCMT D'aINHOA. 477

ctHiflance au péri). Le palais retenlisRail d'apprèls magaifîques pour recevoir Bonaparte, dont l'arrivée était chaque jour annoncée, et le neveu de Louis XIV ne croyait paa pouvoir accuàllir avec assez de pompe le fn^tdable héritier des Bourbons.

«Quelques jours s'étaientécoulésainsidepuisl'avénement du prince des Astiiries. Il venait d'envoyer l'infant don Carlos, l'ainé de ses frères, au devant de l'empereur. Le général Savary arriva pour le déterminer à se porter lui-même sur la route de son allié ou plutôt de son juge. Cette proposition ne trouvait, à la cour, qu'un petit ncmbre de contradicleurs. Craindre des piégea, des périls, pourquoi? comment? de la part de qui? 1^ roi n'était-il pas partout, sur le territoire espagnol, sous la garde de l'amour et du courage de son peuple? J'avais une raison de crainte que je ne pouvais pas dire, que je ne disais pas. Je la puisais dans un ordre de sentiments et d'idées où Maria et moi avions l'habitude de cbercber nos inspirationsi mais que le monde ro* pousse ou ignore. Des deux hommes que le nouvel empereur montrait à la monarchie espagnole, l'un, le plui éminent, le généislissime de l'armée française, le grand amiral de l'empire, le prince souverain, l'altesse impériale, celui qui signait simplement Joachim, était gouverneur de Paris, et l'autre commandant de Vincennes, lors de la catastrophe du duc d'Enghien. La France était riche de gloires anciennes et nouvelles. Ce n'est pas le hasard, qui, au début du drame étrange dont les premières scènes se jouaient au milieu de nous , rassemblait ces deux noms -devant la dernière branche de la maison de Bourbon encore régnante. On en eùl trouvé d'autres, si on avait voulu lui faire honneur t

( La cour n'avait point ces pensées, ou du moins chacun les taisait. Le général Savary avait engagé sa parole i don Fernand que Napoléon le reconnaîtrait pour roi dès que celte marque d'égard lui aurait été donnée de se port^ à sa renconh'e. « Commenthéuter?» disaient les plus loyaux «o^itetirs, et, avec eux, mon ami don Carlos, plus ardent I. «

47t uviœ t

qu'm min. * Va vietoriét» (el qu« lui veut (toi .brao;! • inafes. Il «mbltiMins surtout «mu d*ati petit-âb à» c IahoA^ XIV et de Oharles^uiHl- Quelque dîiireaee ett « due par un roi de Tingt-trois aes à un empereur ehargi « de triomphes et de gloire. Pourquoi refuser une démar' « ehe instgniflante, qui tulUra peur coBsacnp l'iliiaace c des deua empires ? Napoléon sera fier d'un tel pacte. Ce ■ quHl faut au héros, au potMitat, au chef de d^aatie, c'est « don Fernand, uo Bourbon, te roi des Eapagnes pour anl « et peut-être pour allié. ■

• En vain je ««présçntaia que don Fernand abdiquait ses droits et les nôtres s^il aceeplail d'autt^ aaoclieH qu« celle de son peupla. ■ 11 n'e^t, m'écriai- je, qu'un parti « noble et sûr; c'est de convoquer à Séville Ira certes de a l'avènement, de concentrer les troupes sur le Tage, et a de M présenter au monarque français wee les deux sou-

< tiens naturels dn chef d'un État indépendant : la naticm « el l'armée. Des oflres de médiatioa dans des disoorâes « que Napoléwi imagine nu qu'il IbaKute ne sont aulrç « chose qu'un plége ou un outrage. Si c'est un piège, il « faut l'éviter; si c'est un outrage, le repousser a tous ri»T

< ques. Pour les rois et les erapirM, le déshonneur est la I niiue. » Ces mots répendaleat à toutes les pensées, mais peint à tous ten caleub. Les pusillanimes aSectaient de s'en iadigner, et les gages d'en sourire. Sur U pente de coudeaeendances sqns limites où cai ae sentait fdaeé, )e ssmblaia un censeur austàro bu un oonieiller aventweua. On trou^ vait bon d'ajourner les préeautiona, cemms si c'était i^uih ner Ira périls , et on parlait gaiement de mes re$»id«t kéroifuêa... L'Espagne, grÂiie à Dieu, a su, plus tard, y

c Cependant, ye ne Féusaiisais pas, malgré l'interventicm royale, à obtenir la liberté de don Luis et de ma mère. 4'tt goorais encore quand arriverait Maria, le dfunandai au rtà la permission de rejoindre mon régiment. La eour fut heu^ reuse de cette résolulion comme d'une viclotie. Il y a des

FIN VU HANUKRIT D'aIHHOA. 479

momeaU où le pouvoir réserve ses défiivtoee poor quiconque veut le saUTep.

« Je ne pouvais me réeeudrs k quitter Madrid sans fairv un dernier effort auprès de don Fray Isidro, dans l'intérêt de mes pareqts captifs. Il avait conservé son humble asile de direct^ir du oouvent de"''. Il me reçut en me pressant longtemps dans ses bras, me fit de paternelles promesses, «t me conduisit ohe> Sor Dolorèa, pour présenter, dit^il, im véritable E^gnol à un cœur avectjui j'avais bien des moyens de m'entendre; car Dolorès aimait la marquise comme la meilleure des mères. Ces mots me touchèrent au delà de toute expression. L'accent de l'eccellontissiine supérieure me toucha plus aocore. Ses traits, son regard, le son de sa vois me saisirent par de frappants rapports qui allaient an fond de mon àcae. t Oui, me dit-elle, je me reproche d'ai^

< mer, ecopme j'aurais aimé, ce mesemble, la fille chérie que « Dieu aretirée d'snprèa de moi, la belle et tout aimable amie m que don Osorio m'a donnée en appelant votre sœur du nom % de sa conipàgile. Nous allons la revoir sous désistes aus- 4 picea; car je crois que notre confiance dans les Français « nous coàt^a cher. iUen de bon ne peut venir d'un gou- « verneanent intrus et d'un peuple athée. Je ne vous retiens a pas, ^uta-t-elle. Vous avea raison d'aller où un noble t instinct ydus appelle. A nous les jH^ières, à tous les armes ! f Hais oetle cbère Angufitias regrattera bien de ne pas vous « trouver. Qontideitte de toutes ses pensées , je puis vous ^ dire que s«Hi frère est l'âme de sa vie. Vous aves souvent 4 attristé sa lendresaR. „ » — Je me réoriai... -r- « Oui, I reprit-elle, itHis ne saurez jamais ce que vous lui avca fait « verser de larmes, par les craintes que vous lui aves don- « nées longtemps, et pour votre salut devant Dieu, et pour

< la dignité de vos relations devant les hommes... Ne vous H défendez pas! Je sais tout! Je crois tout ! Hais que vouft

< coonaissez peu le ctBur des faunes, si vous imaginez que

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• les afTeetions les plus saintes et les plus^ pures se conso-

■ lent de relations, d'influeuces, qui peuvent n'être pas le c crime, mais qui risquent toujours d'y mener, et qui dans

■ tous les cas sont un partage. Cette peine a dd être plus « sensible à notre ange incon^tarable , quand, à cdté de « tous les torts que savait le mcûide, il lui a été impossible

< de ne pas soupçtHiner, cbez la femme indigue de vous,

■ des embftcbes et des trames que votre chevalerie n'a pas

■ su apercevoir. Réparer ce tort en épargnant tous tes cha-

■ grins à ce cœur pur comme un vase d'élection et sensible « comme nul autre sur ia terre. Aimez autant qu'elle le c mérite la plus sainte et la plus dévouée des femmes. Ne « craignez pas de trop dire votre tendresse à cette sœur in- K comparable. Tous les altacbements se ressemblent : tous « sont défiants et jaloux. L'amour de Dieu est le seul qui

< satisfasse nos âmes, et, à la place du doute d'aulrui, il « nous fait sentir san^ repos te doute de nous-mêmes ! >

■ La pauvre supérieure ne soupçonnait pas quelle flamme,quelle lumière inspirée elle portait en moi. Au milieu de tous les orages qui s'agitaient dans mon sein, cette cejrtilude de l'alTection infinie de Maria m'était une richesse et une force surhumaines: Le monde se colorait d'un jour nouveau. Tout s'offrait à ma pensée. sous la couleur de l'espérance, même les périls de la patrie. Je voyais l'arène s'agrandir devant moi, les souhaits ambitieux de notre enfance s'accomplir peut-être; et, ces chances, mon patriotisme ne les repoussait pas. Un choc violent pouvait seul rendre l'Espagne à ses véritables desUnées. De l'inva^on des Sarrasins étaient nées les institutions qui avaient fait noire grandeur. Une autre tulle, aussi terrible peut-être, pouvait-elle faire moins pour les générations à venir?

a Cependant, les émotions plus vives que l'entretien de Sor Dolorès m'avait laissées, rendaient plus nécessaire k mon imagination agitée l'ejipticalion que je voulais avoir avec Matéa. J'allai à son palais; je la trouvai seule. Je lui dis qu'il me fallailce secret que la main du bourrejiu avait arrêté

PIN DU HANUSCHn d'aInbo*. 481

siirlesIèvresdeRRmon.quelesriguGurs étranges du itaintofBcc étaient venues m'interdira de demander à mon père. Elle trembla de tous ses membres, pAlit. Je ne snis quelle scène allait sortir du désordre de stm regard et de tous ses ECQB, quand nous entendîmes une nombreuse cavalcade s'arrélM' à la porte de son hôtel ; c'étaient des gardes , des officiers, des généraux qui escortaient le grand-duc. Il fut annoncé. I)e loin, sa fatuité superbe me frappa. Vêtu de blanc, couvert d'ordres, chargé d'or, ses cheveux noirs, tombant en grandes bondes sur ses épaules, le grand^miral de l'empire français me rappelait, avec une contenance plus militaire, une démarche plus haute, des traits plus mâles et pins fiers, le grand-amiral des Espagnes et des Indes, a Je joue de bonheur ici, di&-je à Haléa; voilà la seconde a fois que j'y rencontre les maîtres de la monarchie. — € Celui-ci, répondit-élle , est un plus grand guerrier, et ne « sera pas pour mol plus redoutable! > Puis elle alla vers tni et se perdit dans les expressions de l'honneur que lut ' faisait celte auguste visite. La satisfaction de soi-même, le mépris des autres, respiraient dans son port et sur son visage. Il s'inclina sur la main de la comtesse et prit un siège. Les généraux qui l'accompagnaient demeurèrent debout; la conversation s'établit en français, mais languit d'abord, puis s'anima par degrés. J'avais voulu fuir; Matéa m'avait présenté. Il m'entretint de la victoire de Buénos-Xyres en homme de guerre aussi éclairé que poli. ■ Vous avez eu, € poursuivit-il, la bonne fortune de vous signaler par un « beau fait d'armes contre les implacables ennemis de l'Es- « pagne et de ia France. L'Anglais est un artisan de discorc des; TOUS devez être heureux des événements qui déli- • vrent à jamais votre pays de. l'influence britannique.

■ Celte influence, » ajouta-t-il dans des termes que reproduisit littéralement une de ses proclamations peu après, < cette influence est mortelle; tout dépérissait chez vous,

■ tout sera sauvé. L'empereur arrive; il mettra un terme « aux discordes que réchaufl'ourée d'Aranjuez a lait naitre.

48> ■ (.IfilB {KWUJilll!.

a et l'ordre lera pour jani&is rétabli dans la Péninaule. -r-

■ Je demande, répondi^je, la p^misaion derappeW, comme

< il apparlient à im bon et iidèle ËspagB£^, que l'abdioatioD

■ du 19 mare fut volontaire «l que la voix de l'Ëipagoe

■ entière l'a eonsaerée. Si des diacordea sont nées depuis K lors, il ne m'appartient pas d'en rechercher les causes;

■ mais je ne comprendrais pas comment un Bouverain

■ éti-angOT pourrait intervenir. S'il arrivait que sa décision

• fût favorable à la vieille cour, certainement le peuple n eipagoôl n'y EouacriFait pas, et la loyauté française, si « bien établie dans l'hiatoire , nous est le sâr garant que « nous ne verrions pas peser dans la balance des forces ( devant qui nos frontières ne se sont abaissées qu'an « vertu des traités, pour la question du Portugal, et, &-Usa

• dit, le siège de Gibraltar. *

. • Don Domingo était entré pendant que je parlais ainsi; le prince répcwdit à son aalut, et me dit, d'un aocent plus bref : « L'empereur sait mieux que personne ce qui con- « vient h l'Espagne; aes décisions fieront acceptées comme « des bieaifaits. Il se^a disposé à beaucoup d'afléction pour f le jeune prinea; mais monarque et protecteur de plus H d'une couronne, il sait que l'Europe pourrait accuser, de f la révolution d'Ara^jues, sm armée qui se trouvait pré- ( oisément alors campée au milieu de vous. Il sait encore

• qu'il ne doit pas, dans l'intérêt de la stabilité des tr^ea a et du repos des peuples, tendre les mains à la révolte.

• Tous les rais et tous \es pères sont solidaires; Napoléon

• le Grand ne mériterait plus ce surnom, que l'Europe lui

< dédie, s'il ne défendait pas la causa de loua les pères eH « de tous les rois. •

( En écoutant ce langage si.éti^nge ohei ces princes iasus du sang et des maximes de la Révolution française, je jouissais de la Eurpriae de don Domingo. Sa fille se bâta de rompre l'entretien. L'illustre étranger avait une aOlsctatioQ de courtoisie et d'urbanité qui la charmait. Ses na> nièïea et am langage b^hissi^t la perpébwUe (htôoocu»

C3.l:.-:ij,CiOOtjl>J

FIN DD MAIMOaT B'AiNUOA. 4tt

ptttim de vitHlif it quelgiwa qatttàim u grandtur Mnme aet laaiiiBea. 11 voulut biea m'adreaser ds nouveau la parole, «tiieulaut famiUèreiBent.quelques-um de nos usages militaires. Il le fit avec esprit et )uaLesse. — f Vous voyez, c ajouta-il, que \e sais à^h votre pays par oceur. — Alors, « répondÎB-je, la haute sagacité de Votre Altesse impériale c doit avoir déitièlé que ce pays diffère profondémenl de I tputea les contrées qu'elle a parcoiuues, Le palais a seul « quekiue ressemblance aveo lès cours étraa^res. Ha^ré N les Pyrénées, malgré les barrièruptditiqaesetreligieuaea « qui ont ibrllfié loule* les autres, la grande cempagnie le

< ressemble partout. Séparés de leurs eoneitoyens par « d'immenses ricbesses, un séjour constant à Madrid et

< des alliances communes, les traita du earaelère natioual

< fle se sont conservés dans les raags élevés que par la gr»- H vite, la foi, la fidétilé au prince, etuncouragequi a encore « eu quelques occaaîons de se montrer dans ces derniers H temps. Mais notre vraie originalité, c'est la nation même, f Ce sont dii millions d'Espagnols spbres et tempérants

■ comme les peuples pauvres, fiers et courageux à l'égal c des peuples libres, n'aimant que deux choses : le repos et c la guerre, n't^n craignant qu'une : la mort avant la ven-

■ geanee. On a perdu l'habitude de redouter l'Espagne, « parée qu'on u'a pas vu à l'œuvre, depuis trois cents ans,

■ î'Esp^ne du soi. Elle n'atl«od qu'un chftc pour se rêvé» s ler au nHwde. Défendus par nos libellés municipales, u par notre isoltment, par oe qu'il restait de sauvage dans « Bos mœurs, .seuls en Europe, nous avons subi le despa> « tisme sans qu'il nous ait énervés ou corrompus. La cour « en a gardé les inoonvénienls pour elle: nous prouveroDB, « quand il le faudra, que nous valons mieux que notre ré<i « putatioa, notre appar^u» et nos institutions. ■

« Le généralissime se leva. Il voulut bienm'inviter li aes cercles. Je m'excusai sur mon départ. — i Et où allez- « vous? — He mettre à la tête de mon régiment! * Après uo momcst, il se retourna : « Gc^ooel, nms av^ raison!

484 LIVRE OtlUIZftME.

c Toas parités d'institutioiis tout à l'heure. Ce stoit là les

• véritables. Seulement, il les faut solides et bien maniées,

f —Prince, cela dépend. — Comment, cela dépend? — Oui,

■ prince. On n'a jamais d'assez bonnes armées pour la guerre

■ de conqulHes. Pour les guerres défensives, quand il s'agît € de repousser l'invasion, ce ne sont pas les armées seules c qui s'en chaînent, ce sont les peuples I •

u ikm Domingo fut très-frappé de la conversation qu'il venait d'entendre. Il vît dans l'envahissement un autre but que celui de nous donner des institutions libres ; et moi, que mon caractère, que ma jeunesse peut-être, portaient k considérer les choses humaines dans leur moralité, je m'indignai de cette légèreté de langage des représentants [détendus du mouvement de 1789, à l'égard de principes et d'idées sans lesquels ils ramperaient encore manœuvres obscurs ou indigents villageois. Hatéa prit, avec sa fougue accoutumée, la défense du généralissime impérial et de ses desseins. La dialeur de sa discussion confirma mes craintes; ce n'était sûrement plus les intérêts de don Femand qui la préoccupaient, et ces inlérèts ne pouvaient être séparés de ceuK de la patrie.

( Je me retirai. Elle mêla des pleurs à nos adîeus, en présence de son père, f Qu'impcule? dit-elle, en remarquant « -l'embanas que me donnait son langage ; qu'importe 1

■ mon amour pour toi fait partie de mon existence. Je vou- < draîs en vain le renfermer dans mœi cœur. Que mon p^-e, « que l'univers sache combien je t'aime! Tu causeras ma

■ mort, et le monde flétrira pour jamais ton ingratitude. ■ c J'abrégeai ces moments pénibles. Une heure après, je

n'étais plus dans Madrid. A dater de ce jour, la de D'" se jeta sans réserve dans les cerdes de Joacbim. Sou orgtieil olfensé trouvait dans cette nouvelle cour des réparations et

I Une [véoccupaliofl indéfini&si^le tenait mon fime u

r:„i- :i-,G00tjl>J

nN DO MANUSCIIIT D'AtHROA. 485

Snspens. Les regards tournés vers le pont de-Ségovie, tandis que je franchissais le pont de Tolède, je pensûs qiie peutêtre ma sœur traversait en même temps que raoi le Manzasarès. Je fus sur le point de retourner sur mes pas ; mais je souris à ce mouvement superstitieux et je poursuivis ma route. Je parcourus, silencieuse et déserte, cette vallée d'Aranjuez, qui retentissait naguère de tant de joie. La vieille cour n'habitait plus ce palais où elle avait appris que l'obéissance d'un peuple trouve des limites dans l'excès des périls, et des malheurs publics. Le roi Charles et la reine Marie- Louise attendaient à l'Escurial que le conquérant qui les excitait à invoquer son patronage les admit à son tribunal. Peu après, j'arrivai à la noble et vieille cité d'Ocafia. Je rcgai^ dai à peine ses murailles, sa fontaine magnifique, son palais de l'illustre et patriotique race des ducs de Frias. Je vis mes quartiers. Je vis mon corps ardent et brave. Il me sembla que j'avais une famille et que nous garderions une patrie.

« Trois jours après, je sus que Maria entrait dans Madrid par la porte de la Véga, k l'heure même où je sortais par k porte de Tolède. I-e marquis eut la joie de retrouver la royauté, la cour, des honneurs, en voyant Maria entourée de tous lesrespects, destinée aux plus grandescharges, «le jour

■ où nous serons deux, disait don Pcrnand, pour remplir le « trône des Espagnes. > Don Osorio, sans se préoccuper des alarmes universelles, s'abandonna au bonheur de reparaître dans le palais des rois, de reprendre ce qu'il appelait sa vie active, cette succession d'hommages à recevoir et à rendre, cet arrangement immuable de ses heures, qui avaient, depuis sa jeunesse, suHî à occuper et à remplir son existence. Il fut désigné pour le voyage que don Femand allait entreprendre el qui devait, pensait-on, ne le mener qu'à Bnrgos. En se séparant de Maria, le vieux chambellan la pressa sur son coeur : i Je m'éloigne de toi pour peu de jours, mon

■ enfant, lui disait-il ; nous irons à peine jusque dans la ville « du Cid. On ne sait pas quand l'empereur a quitté les « Tuileries; mais on est à peu près certain de s(hi arrivée

W UVRB QDUaiJEllE.

■ prochaiiM. Je auii destiné ii rhonneur de faire le aerneA

■ de sa personne; jamais grand d'Espagne n'aura servi na n plia grand moparque, et certaioement son mûre vtendim f briller eut ma poitrine. L'étoile de la glorieuse L^ion « d'honneur se mariera à toutes les dignités dont j'ai ( le bonheur de \e renvoyer l'éclat. « Ma sœur ne repoussa que par un soupir ees folles joies, et elle porta aa couvent de"* las tristes émotions que ce départ lui avait liiissées.

% Dolorèsa'empreasadeluirépéternotreanlrelien.iiOhf

< moii ami, m'éorivit-elle, fr^ de mon eœur et de ma vie

< dans tous les temps, il n'y aura plus de nuages et de réti-

< cences etitre nous. C'est un faible roseau que ta Maria, 1 lorsque ton aCTeetion ne la soutient plus. Tu es sa toret,

■ kl seras sa gloire ; tai seul peux la consoler des chagrins • qu'elle partage avec toi; son cceur, chaque jour, te seo-

■ tira plus néeessaire à son bonheur. Il fïiul qu'elle place « sur ta télé ce que les autres femmes ont d'attaebements

■ qu'elle ne doit pas eonnallre. La sœur d'Alonso n'aura

< rien à regretter sur la terre, et sa Hariquita est pour lui ( un peu de ce qu'il est pour elle. *

■ Par cette lettre, Maria m'était rendue, cette Maria de non enfanceenvironnéepourmoi.parletitredesceur. d'une auréole sacrée que le temps en s'^ulaiil ne faisait que me rendre plus précieuse. Je retrouvais ainsi ees jouissances du ceeur dont lé seooitrB nous rend ai forts contre les traverses de k vie ; el mon imagination, fffompte & exalter mes conlcnlAments comme mes peines, me disait que j'étais mieux partagé que les autres homo^, quand j'attachais mon existence i une affection ausai vive et plus pure.

« Adater de ce moment, je sentis se multiplier mes forces; je pris possession avec un nouveau courage de mes devoirs et de mes droits. Hun régiment était dépourvu de tout, J« travallltii k f^tabljr la disciphne, ruinée par les Bouflrances et la mendicité. Une contribution vcdontaire des habitants, 9ù une main oacbée qui m'était chère lyoata deoi oenl

nN DU MANUaCRIT P'AiNHOA. 487

mille lémn, me pn"!»!! de refaire les vitMneRta, de réparer Im (irAtM. Des dievaux Re forent offerU, des hommeB s'enrôlèrent de toulea parla. Je passai tontes mes beurea à les instruire et à le» exereer. 11 j avait partout une ardeur qui répondait à tous les aentimoRta de mon &me.

( Cependant l'Espagne, on peut le dire, suivait du cœur et du regard, avec la secrète angoisse d'une mère, son jeune roi aur la route du Nord.

H L'avenir saura par quelles promesses et quels men- Bonges den Feroand fut enlrainé pas à pas jusque dans le piège infernal qui lui était dressé. Les historiens oaX raillé les lenteura de la vietime, lenleurs de roi d'ancien régime, a-t-on dit. Jamais reproche ne fut plus injuste. Don Feroand était le second jour à Burgos; le troisième, quoiqu'il eût hésité, è Vittoria. Que peuiron vouloir de plusl H allait & l'abîme aussi vite qu'un courrier va à son but. En même temps, on l'aecuse de n'avoir pas vu uet abime ouvert, ce piège grosuer. S'il ne l'avait pas vu, en efTet, ee serait sa gloire. Les guet-apena de souverain k souverain, le mensonge d'homme à hotnme en face du monde ne ae prévoient pas dans les temps civilisés. Le oar Pierre le Grand, sous le Régent; l'empereur d'Allemagne, pl|is tard, malgré la longue lutte des deux maisons, n'imaginaient pas de oraindre en l^ance, soua les Bourbons et au dix-huitième siècle, les chausses^trapes du mo;ven Age. Pourtant, don Fernand, averti par le ai des populations, par le sentiment espagnol (wofondément froissé, refusa, à Vittoria, de païsar outre. l4B» flatteries, len promessea, les menaces du général Sa^ vary, roD guide fatal, échouèrent contre sa résolution de ne pas ftller plus loin au-devant de son illustre voisin, par respect, déclsra-t-il, pour la dignité de la monarchie espagnole. Savary fut vaincu. 11 se vit obligé de partir seul pour Bajpwne, d'hier demander au maître des artifioes nouveaux qui reodissïiDt k la perfidie d^ouée sa vîeteire.

^L. I JIWi.

..C(K>.;lc

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488 LIVRE QOIKÏIËIIB.

■ Pendant ce temps, la Sëvre nous dévorait tous. Pins le jeune roi s'éloignait de la capitale, et plus la junte d'Ëtat, à Inquelle il avait remis en scHi absence les rênes de l'admH nîsl ration, rencontrait de hauteur et de dureté dans les prilenlions du grand-duc. Huratne cra^it pas d'employer des forineE brutales envers le vénérable infant don Antonio, oncle de don Fernand, qui remplissait, avec la dignité de son rang et de son âge, le Iriste devoir de présider la jonte. On vil ses ordres du jour gouverner le peuple espagncd nqp conquis et non vaincu. Il déploya la rigueur des lois inili> tnires, envahit tous les pouvoirs, traita une grande nation comme on traite une ville prise d'assaut. DèR qu'il snt qne le roi avait dépassé Burgos, il exigea que le prince de U Paii fût remis à ses grenadiers; on avait besoin de lui, de son fatal ascendant pour dicter auvénérableCharlesIVeti la reine elle>n>éme les résolutions qui devaient perdre leor maisoD. Et, comme si ce n'était pas braver assez l'orgueil castillan, Bonaparte écrivit de sa main, que les crimes de Gvdof se perdaient dans les droits du trône. Un monarque, élevé la veille sur le pavois, put tracer de tels mots ! Jamais encore il n'était entré dans les tètes couronnées autant de m^Mis pour les hommes.

■ Sans doute l'impnnité est trop souvent l'attribut de la puissance : mais la compter parmi les prérogatives des délégués de l'autorité suprême, publier l'assemblage de ces deux mots, droit et crime, c'est un excès d'insolence et d'immoralité auquel n'était encore parvenu aucun des despotes qui ont le plus foulé aux pieds les peuples. Je comprends les passions qui entraînent les grands de la terre i l'aban de leur pouvoir. Comment comprendre cette témérité qui semble défier la soumission en mêlant la dérision à la tyrannie? I^ puullanimilé courbe aisément la tète sous k pouvoir qui frappe ; la conçoit-on fléchissant devant le pouvoir qui outrage ï

( Grâce au ciel, par un juste retour des choses hontaînes, | Napoléon devait voir se tourner contre soi la force, cet in-

FIN DU MAHOSCRtr D'AINBOA. 489

strument sauvage qu'il maniait avec une foi superstitieuse, vomme les païens révèrent le dieu de bois ou de fer que leurs mains ont façonné. C'était li l'unique coDvîcUon do cet homme colossal et incomplet; pour lui le inonde naoral n'était pas, et dans le monde intelligent ton génie athée ne voyait quedes leviera ei des armes. Un tel homme, jeté sur les trAnes dans ces siècles de civilisation, semblait une mépnse do la Providence, un anachronisme déplorable, une résurrecUon des temps barbares, quelque chose de sembiable à Alaric dans les palais de Rome, ou à Mahomet II dans les murs de Byzance. La notion de droit, celle de propriété, celle de justice, celle de liberté, celle de patrie et de nationalité, où toutes les autres se confondent, étaient inconnues àcet esprit actif et puissant qui savait loul de nos lettres, de nos sciences, de nos arts, et rien des lois étemelles qui régissent le monde. Un tel successeur donné à la révolution française était un grand démenti et une étrange leçon.

c La résolution de don Fernand le retint à Vittoria près de huit jours entiers. Bonaparte, troublé, flottait entre la ruse et la force. Avant d'en venir à la force ouverte, il résolut de demander & la ruse ses ressources dernières. Il écrivit longuement à son jeune etroyalumi, pour l'inviter, le presser, l'adjurer, par l'autorité de son afiection et de ses années, à venir jusqu'à lui; ilindiquaitclairementlareconnaissancc immédiate de sa royauté comme le prix de sa coniicscendance. Cette lettre, incomparable suivant l'art, est l'un des mooumente les plus coupables de l'histoire, l'un des actes les plus indignesdu rang suprême, devant Dieu et devant les hommes. Don Carlos m'écrivait à chaque courrier. Je suivais dans les impulsions de ce cœur confiant et géné> reux les p^igrës du doute et de l'inquiétude. Il parlait de la lettre impériale en ces twmes :

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f Ami 1res à moi,

« Nous allons faira un pie de film. MkI^ le peof^ c soulevé, qui ■ coupti \6i trtiils éeâ eheraUz pmr gar- « du- son roi. Sa Majesté, quB Dieu gord*» part pour « Bayonae. L'empenUr l'a vaiosii par la leUra la plus le»

■ dre «C la plus belle qui soit Bortie d'une iotin bouts-

< rune. On aent à toul£s lee lignes le ^us graod des fa»- « mains. La aagesss des maûtàee, l'autorité deb conaols, « l'afiection des paroles, ce besoin d'un génie siipàieurde

< guider d'une main paternelle un jeune roi pat-mi les M écueils de la ^e et de la pidasattce, le prouesse de nous € reconnaître après le primer mot ^ de bom BMriar « après le second , ce cri d'un grand cœur que ka roia h • sont, comme les autres hommeË, qu'erreur et Eiibiaae,

■ tout est du maître du monde la plus bienYaiUaiit et 11 c plus sublime qui se soit vu depuis Harc-Âui^tett. ou Uw c du chat-tigre qui amorce sa proie «i la Foseiae pour la « mieux saisir danj sa griffe impitoyable, ficaueeiip hé»' « Udent sur cette alternative. Le vieilx H. d'Urquijo, tombé k depuis si longtemps devant GodojiélaKaCcoarui pensant

■ comme le peujile et insislant Maune lui. La due de l'li>^ a fantado a tranché le débat p4r- «ne noble et belle panrie :

< — Quoi! s'est-il é(»*ié, un héros mtauré de tant de gloire

■ descendrait vis-i-vis d'un allié à tant de perGdie!... s K Mon ami, pense de moi ce que tu voudras ; mais J'aimfr-

< rais mieux avoir dit ce mot qu'ëtne- empereur des Fran- € çais, s'il pouvait ; avoir sous cette lettre une trahison.

■ Je prét^ids même que» dans tt eoI, le plua véritable « homme d'État des deuk serait racore l'illustre due. Car « il faudrait voir la fia d'un tel drame et r^ardn- si le « trompeur serait dans dix ans aux Tuileries» et ai 1« « trompé ne serait pas, malgré tout, à l'Escurial. Je crois c qu'en nous confiant à tant de paroles données, nous c sommes les habiles gens; nous sommes dans tous les

r:„i- :i-,G00tjl>J

FIN DU umWCaiT C'KINHOA. 49l

c cas lee bonnêtes gefle H nous faisons bonneiif sti nom c espagnol : c'est l'essuitid.

€ Pour le reste, à la garde de Dieu et de noire épée A « tous!

( ton ami passionné Q. B. T. M '. ■

< Par malheur, l'altemaliTC de don Carbw K?ait sa 8oIu-> tfon tracée dans ce qui se passait au milieu de noM. Le roi CharleBetlareineHarie-LouiBepartaientJigratid bruit pouf Bayonne.Lajunted'Élatavait reçu l'ordred'eiiregistrer leurs prolsstations et de Ceuer de goUTwner au nom de don Fer' nand , sans pour cela rétablir l'autorité du vietii roi , de sorte qu'on nous conrtituait à l'étftt d'interrègne. On mainlHiBit l'abdication du père en même temps qu'on proclamait la déchéance du âls. 11 n'était bruit que d'un ordre nouveau ta'ansmis à la junte, celui de préparer le départ du jeune infant don Francisco, de la reine d'Ëtrurie et de son Dis, du chef du gouvernement lui-même, de l'auguste don An' tonio, e'est-à'-dire de tout ce qui restait du sang royal parmi nous-. La capitale, les provinces , les troupes étaient fré« mîssantes, et la junte, toujours asservie à la lettre des instructions que don Fernand avait laissées, la junte tremblant de compromettre par une vaine résistance la vie du jeune moaarque, ou par un éclat téméraire le repos de la Péninsule ; la junte, faible chaque jour parce qu'elle t'avait été forcément la veille, n'opposait ans menaces que des prières, ans ordres que des délais. Elle fut avertie que tout ce qui nsUUt des descendants de nos rois serait enlevé à force ou' verte ; et, mesurant trop l'abtme où allaient tomber tous ces prÏDces mandés à la irârre de Bayonne, et avec eux les .peuples des deui hémisphères qu'ils avaient reçu de nos lois la mission de gouverner et de défendre, la junte en vint k refuser d'c^ir, sans aller jusqu'à instruire l'Espagne ni des esigences de l'étranger ni de ses loyaux refus.

* Quibalw teinMiiu.

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492 LITBS QUIIIZl&ME.

« Une lettre de don Carlos me fut remise par u» de ses pages au moment où j'exerçais m.e8 troupes; je l'ouvris et lus :

t Bijoanc, » to Kiril, à niBBil.

■ Tu avais raison contre tous, mon ami; t'eç est fait de 4 la monarchie 1 les illusions doDt l'Espagne entière, se f nourrissait sur la grandeur d'&me de Napoléon sont déjà c dissipées. Le masque du héros, du monarque, du Fran-

• çsis est tombé; l'Italien seul reste, et un Italien des temps

■ barbares. L'empereur a embrassé tantôt don Femand en « frère, ce soir il le dépouille en brigand. Le général Savary

• vient de transmettre au roi l'ordre d'abdiquer.

t Nous avions cru venir pour être les hôtes de la France; t nous sommes ses prisonniers. Un de nos gens, né dans ( ce pays, partira déguisé, pour porter à la junte des dé-

• pêches du roi notre seigneur. Il te remettra ce billet. « Sa Majesté ordonne que tout ce qui l'aime soit patient et « circonspect. 11 y va de sa vie. On le lui a déclaré, et ceux « qui parlent ainsi ont fait voir ce qu'ils peuvent oser quand

< il s'agit d'un Bourbon.

i Je n'expierai jamais assez le tort que j'ai eu de repoussa

• les conseils. Nous sommes tous bien conslemés; nous

■ avons été bien aveugles. N'importe! j'aime mieux noire t rôle que des couronnes à pareil prix.

( Une consolation , c'est que le roi a été admirable ^

■ vraiment homme d'Étal autant qu'héroïque. Il a lépondu

< qu'il élail prêt à déposer le sceptre dans les mains de s<hi I père, à condition que ce serait sur le sol espagnol, ^ en « présence de la nation assemblée. Ces réponses si simples

< et si justes mettent hors d'eux tous ces géants qu'on c admire. Ils lempèlenti ils menacent, ils sentent que âc« « Fernand sera d'airain. Tu peux être assuré que devant « l'étranger il ne fléchira pas. Devant son père, nous ver< c TOUS. L'essentiel est que toutes les fureurs- impériales se c briseront à ses pieds. C'est lui qui a le grand rôle. Ceci,

PIN DU HMiUSCRiT d'aInhoa. 493

c foi de don CarlosI Oh! les historiens dignes de ce nom, « quolle page & écrire!,.. Tout ce qa'on vous dira de con- « traire sera un nouveau mensonge !

€ Adieu, l'ami de mon cœur, puisses-tu aimer encore c l'imprudent qui t'aime de toute son Ame, et Q. B. T. M.

I DoK Carlos. >

« Celte lettre m'accabla sans me surprendre. Les officiers me demandaient quelles nouvelles le courrier m'avait appor- -lées. • Je ne sais qu'une chose, répondis-je; c'est que bien- • tôt l'Espagne aura besoin du dévouement de ses fils. € Pois-jc d'avance compter sur vous? — Oui ! i répondirent toutes les voix avec l'émolion de l'enlhousiasme et de la douleur. Les soldats répétèrent ce cri, et des acclamations unanimes retentirent au loiii dans la plaine. Cette plaine les a vus fidèles à leur serment : depuis la bataille d'Ocaiia, la plupart y sont ensevelis.

c Le lendemain, c'était le 2 mai, jour écrit en traits ineffaçables dans notre histoire. Au plus fort de l'ardeur du jour, une voiture attelée de six mules et escortée de quelques dragons s'arrêta à ma porte. Je pensai que Maria, in> quiète de ne pas me voir et peut-être instruite de la captivité que le marquis avait trouvée dans le guet-apeus de Bayonne,' venait chercher auprès de moi des consolations. Je volai; j'allais me précipiter dans ses bras: ce furent ceux de Matéa qui s'ouvrirent à mon empressement. Une impression pénible me saisit. Elle le vit trop : • Tu es plus snr-

< pris que satisfait de ma brusque apparition, me dit-elle ■ avec un accent douloureux; je n'ai pas à m'en étonner ni € presqu'à m'en plaindre ,' mais j'espère que le motif de ma

< visite te la rendra plus douce. Je viens t'apprendre une (t nouvelle dont tu seras heureux. Tes parents sont libres. « -^ Ils sont libres! m'écriai-je. Hais, ajoutai-je, comment

494 LITRB mHt)6RKi

( le 8oDt-ils7 Qui k obtenu leur dtiivranceT -^ Hol, mon

■ Alonso, moi de qili l'unique prisée est de deviner tes

■ YfGux afin de les satisfaire. J'ai prîA le graDd<duc d^a> « tervenir ; il a suai avec ardeur l'occakion de donner, sni- « Tant ses propres paroles, des témoipâges d'estime à \'q$-

• fîcier le plus jeune et le plus considéré de notre armée. f 1^ saint-tiFTice, qui s'est montré sourd aux prières de don 1 Fernand, ne l'a pas été aux désirs de don Joachira. ■

' « le me taisais. Il me graissait affi^ux de regretter la délivrance de mes parents; adVeilx de la devoir à l'artisaii des malheurs {tublics. Je me taisais.

« AIdnso, reprit la comtesse, tu semblés avoir pris à lâche 4 de ne jamais sentir comme moi. Je croyais cependant que a nous serions d'accord pour h première fois quand il s'a-

* gissait de la liberté -, peut-dtre aussi de la vie des êtres

* qui doivent t'étre le plus chers. Écoule, poursuivit-elie, c il ne faut pas te faire d'illusion ; j'ai trop souvent la Favew « de voir te prince généralissime pour ne pas pénétrer dans a sa pensée. Le règne des Bourbons est fini. Don Fernand ( abdique sa royauté usurpée; son père doit être arrivé « maintenant à Baycmne, et il va y réngner à sdd tour^ peur « lui et pour tous les si^s, nu sceptre trop pesant i ses « faibles maîas. Il cédera à l'empereur tous ses dnuts — « QuihI... Et tons ceux de sa race?... — Sans doute!. ..-^

• Et lôus les nôtres, tous œux de le naticHi espagnole!... « — Écoule : aitjounl'hai même, riafant don Francisco « et Ifl reine d'Élrurie quittent kiadrid. Toute ceUe race € royale ira porter qudque part, sur un trône moins agité, a ae faiblesse héréditaire ; et une dynastie nouvelle, à qui « les peuples ne pourront pas reprocher lears longues souf- « frances, nous apportera le bienfait d'une ré^énératioa c dont UH-même formais jadis le vceu. Prosrait deux fois « par les caprices du despotisnie, constamment écrasé sons « l'effi)rt de rivaux sang talents et bans vertus, frappé par « l'arbitraira dans tout ce que tu aimais, ta devrais em- « brasser je parti de la réforme avec plus d'ardeur que

C3.l:.-:ij,CiOOtjl>J

FIN DU KA»a(«IT »*^HOA. 4M

« tout aatn; ear tes lumières et tes idées généreusea t« « veuent à la défense d'une eauw qui devient oelle de là « gloire et de la liberté de ton pays ! — Hatéa, répondi»-je, € vous me coonaisseï dès longtemps; vong devriez savoir < que des oonaid^ations personnelles seront toujours sans c empire sur moi lorsqu'il s'agira du sort de l'Espagne, et, « ai je pouvais héait» aujourd'hui, la crainte de eéder à une « influence coupable suffirait pour Rxer irrévocablement « ma résolution. — ?u n'y penses pas, Alonso ! -Que préten- € draift-Ui foire} Les Bourbons eux-mêmes abdiquent ; eux- 1 mêmes ont abandonné le champ de bataille. — Silence, c Uatéa! Je ne laisse pas ainsi insulter devant moi l'hoitu neur et la vérité. Dans tous tee cas, la nation n'abdique c pas : la nation ne passe point, comme un troupeau, de « main en main, au gré d'un homme. Que les Bourbons

■ soient rendus iibns; que les drapeaux ennemis dispa- H ratssent; que l'Bspagne, assemblée en cortès, prononce « elle-même sur ses destinées : je me soumettrai à ce qu'elle « ordonnera. — L'Espagne, le dis-je, est lasse de tyrannie,

■ de décadence et de misère; elle acceptera avec joie un N gouvernement réparateur et une constitution libre. ^ « Moi, j'espère qu'elle n'acceptera point le déshonneur; « j'esp^ qu'elle n'admettra jamais, pour les restaurateurs

* de l'État, ceux qui commencent par l'outrager. Quel « plus grand outrage que d'enlever du inilieu'de nous nos

■ princes, nosohefs, leaélusdenosaieux,' de disposer enf)» a des desUnéea d'un grand peuple qui embrasse les deux « béinisph^res, sans daigner consulter ses voix? On méprise

* lea fourberies d'un mendiant, on dédaigne les injures

■ d'une lemoie, et on se révolte contre lea injures et les « fourberies d'un Attila on d'un Tamerlan. Ha léte pourra « s'incliner devant Tusurpation de tous les droits de mon

* pays, mais il faudra que la hache du bourreau l'ait d'a-

* bràd abattue.

< — Fort bien ! fais-toi ledon Quichotte du despotisme, des

■ iH'éjugés,del'fnquisttion,dela'tcnlure. Je le prévins que

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■ tu resteras seul. L'Espagne n'a ni ai^nt ni armes ; le pen « de troupes qu'avait orgimisées Godoy campe à trois cents I lieues de nous dans les rangs de l'année française. Noas « verrons ce que vous opposerez à des soldats qui ne p«i- « vent pas èire vaincus, et au conquérant qui a soumis c le monde. — Hatéa, encore une fois : c'est assez! Vous f savei que je ne défendrai jamais des institutions qai ont ft jeté la monarchie de saint Ferdinand assez bas dans l'opi-

< nion du dehors, et, à ce qu'il me semble, du dedans, pi^r « que l'étranger ait conçu la pensée d'allenler aussi inst^ « lemmenl à notre indépendance ; mais je défendrai, tant f qu'il me restera un soufDe de vie, l'honneur et les dnnls

• de )a pairie espagnole. Je trouverai des Castillans qui ent tendront ces deux mots de la môme manière que moi; ou

• s'il fallait que les fils des fiers Cantabres et des vainqueurs ( du Maure eussent assez perdu la mémoire des traditions ( et des vertus de leurs aieux pour que l'étranger régnU sur € nos provinces, j'irais sur la roche du Cid me plonger ce

< fer dans le cœur, et le monde verrait une âme indépen- « dantc protester aux noms d'Espagne et de liberté! ■

n Je parlais encore, quand, du dehors, se fit entendre une voix qui m'appelait à grands cris. Mes balcons étaient grillés de fer et tournés vers la plaine déserte. Je courus : une n<Hnbreuse quadrille traversait au loin ces vastes solitudes, se dirigeant sur Madrid; au pied de mon balcon principal, Salv adora, montée sur une mule hennissante, allaitait un de ses enfants en tenant sur la croupe les deux autres : la joie animait son visage. « Seignenr colonel, me dit-etle, j'ai re- « trouvé mon empereur, le justicier d'Aragon; je l'ai re- ( trouvé couvert de gloire, ayant du sang sarrasin jusqu'au « coude. Je suis heureuse ! aussi j'ai pu songer à voos f apporter un antidote contre les morsures de la vipère qui « est maintenant auprès de vous. Je l'avais oublié lors de

• noire rencontre dans les jardins d'Aranjuez : j'étais si I triste alors! Hais la joie aiguillonne la vengeance! — La ( vengeance encore après tant d'années I lui di»-je. — La

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